J. A. ROUCHER
A l'arehange Raphaël.
Ce 7 pluviôse an 2, à six heures du matin.
AikjcIo di dio, à l'heure où je vous écris, vos ailes de lys et de rose sont doucement repliées autour de vous ;
Vous dormez, et ce teint vermeil Qui fleurit votre adolescence,
Peint d'uno plus fraîche nuance, Va briller à votre réveil ; Vous dormez, et votre sommeil Est aussi pur que l'innocence.
Oh ! que votre aimable présence Doit orner la couche où jadis, Pendant lu règne du silence, La compagne de votre enfance Eeposait ses sens assoupis !
Vous en faites un paradis.
Qu'on le demande à l'assistance !
Je ne crains pas les démentis.
On vous bénit, et moi, tandis Qu'ici d'une longue souffrance, On torture mon existence, Moi, dans un infernal taudis, Et honni soit qui mal y pense, En vrai damné, moi, je maudis Oe hideux cachot oïi m'a mis Je ne sais quelle providence Que je ne puis, en conscience, Mettre au nombre de mes amis, Puisque de mes foyers chéris Elle m'ôte la jouissance, Juste, au moment où mon logis, De votre angélique substance, Voit tous ses recoins embellis.
J'ignore quels crimes commis
faiblesse ou par ignorance, Me raient cette circonstance, < . ra ad surcroît de peine et d'ennuis ; iVfais l<t Dieu qui, i»ans allégeance.
retient aux lieux, où je suis, Esc bien le vrai Dieu de vengeance.
Quoi ! je blasphème en franc vaurien Je me rétracte. Oh ! ce grand maître Qui, sans sagesse, onc ne fit rien, Est aussi le vrai Dieu du bien.
Hé ! ne vous-a-t-il pas fait naître ?
On peut en vous le reconnaître.
En vous il a mis sa beauté, Et sa douceur et sa bonté, Tout co qui fait aimer son être.
Ingrat ! n'ai-je pas dû sentir Qu'associée à ma famille, Les maux dont on entend gémir Et ma triste femme et ma fille, Vous alliez tous les adoucir ; Que vous la sauriez éclaircir De votre présence opportune Cette sombre nuit d'infortune Que ebaque instant vient épaissir, Et qui pourrait enfin noircir Des cœurs à trempe peu commune?
Continuez, ange du ciel, Sur ma famille casanière A répandre votre lumière ; Et dans ce vase plein de fiel, Boisson, bêlas ! par trop amère, Versez à ma fille, à sa mère, Quelques gouttes de votre miel.
LETTLŒ LXI.
KOUCHER A SA FEMME.