SÉBASTOPOL
Supposons- nous au moment de la guerre de Crimée (1855). Nous trouvons une place de 1. er ordre par son étendue et son importance, ayant à sa disposition tout le gros matériel d’une grande flotte et dont les forts tiennent à distance la flotte ennemie. — Elle touche à la droite d’une armée de 200 mille hommes, qui renouvelle sa garnison, ses munitions, scs vivres, etc. Défendue par un des premiers ingénieurs de notre époque, qui la fortifie du côté de terre,. en présence d’une armée assiégeante. Ce qui est presque sans précédent.
Après deux campagnes on n’est pas encore parvenu aux chemins couverts; sur cinq assauts, un seul réussit, et le résultat eut été nul si le retranchement intérieur de la place eut été achevé. Place dont la garnison se retire sans crainte devant son ennemi, qui n’ose pas y entrer.
Que Sébastopol, au lieu d’ètre fortifié comme il l’était, eût été, au contraire, fermé par une enceinte entourée de grands fronts détachés, dans lesquels les masses russes auraient pu se mouvoir et, un assaut repoussé, se porter au secours contre un assaut près de réussir. — Défendue de plus par des armes à grande portée, dont on aurait armé une
grande batterie sur les hauteurs d’Inkermann (le rideau qui couvre la droite de l’assiégeant étant rasé); cette batterie forte de 100 pièces, et même » plus, aurait vu à dos et la droite de l’assiégeant et ses attaques sur ce point, et y aurait fait de grands ravages.
De là de grandes difficultés, qui auraient demandé, pour être surmontées, d’autres efforts que ceux faits dans ce siège, et peut-être cette place n’aurait-elle pas succombé.
On pourrait ainsi multiplier les exemples, et se convaincre de la supériorité du système de fortification proposé, sur le système actuel d’une enceinte continue à petits fronts.
Conviction qui se gravera de plus en plus dans l’esprit, par la comparaison entre les défenses des deux systèmes contre une attaque dirigée d’après les principes de Vauban, comparaison que nous allons essayer de faire.
Mais pour bien comprendre en quoi consiste la puissance du système d’attaque de Vauban , il faut l’étudier dans l’application qui en a été faite par le père de la fortification , aux places qu’il a assiégées (et prises par conséquent), autrement nous n’aurions que le système modifié par les quelques améliorations apportées au front par Cormontaigne, et nous risquerions de nous faire une fausse idée de ce qui fait la force de l’attaque et la faiblesse de la défense.
Aussi nous supposerons, dans ce qui va suivre, que les fronts de la place ancienne (fig. 42) ne peuvent opposer aucune résistance qui puisse empêcher l'attaque de se développer, telle qu’elle le faisait dans l’application par Vauban.