CONSIDÉRÉ COMME SIMPLE RÉDUIT
Le tracé de cette place fig. 2 repose sur un second principe que je vais essayer d’expliquer.
De tout temps l’on a considéré l’enceinte comme
constituant la place. — Ainsi, avant l’invention de la poudre, une muraille liante, épaisse, établie sur le bord d'un fossé large et profond , avec des tours rondes ou carrées, faisait une place forte.
L’effet du canon contraignit de terrasser les murs d’enceinte qu’on surmonta d’un parapet, — puis on traça les murs en redans, qui formaient des angles rentrants et saillants, et enlin vient l’enceinte bastionnée, que, l’on dérobe aux vues de l’ennemi par un chemin couvert.
Pour couvrir les sorties , au milieu des courtines, on ajouta une flèche ou 1 /2 lune qui , avec son réduit, compose les ouvrages extérieurs; lesquels dans le principe, comme encore aujourd’hui , ne sont regardés que comme les accessoires de l’enceinte bastionnée, considérée elle-même comme la pièce capitale de la fortification; aussi lui donne-t-on les plus hautes escarpes, les plus forts parapets, la grosse artillerie et des fossés larges et profonds.
Mais si l’on considère que dans les sièges les plus remarquables il y a peu de gouverneurs qui se soient exposés à soutenir l’assaut du corps de place, préférant se rendre plutôt que d’exposer, en perdant leur place, le reste de la garnison à être taillé en pièces (la prise d’un bastion entraînant la chute de tous les autres), tandis qu’au contraire l’assaut est disputé aux ouvrages extérieurs , dans lesquels l’ennemi est forcé de cheminer pour prendre suc-
cessivement tous ces ouvrages; que ceux-ci supportent tous les efforts de l’ennemi pendant toute la durée du siège et sont défendus pied à pied avec acharnement. ,
On peut dire que celte bataille de tous les jours, que l’on nomme un siège , se livre contre les ouvrages extérieurs et non contre le corps de place.
Et qu’ainsi l’enceinte est réellement un simple réduit qui sert de refuge à la garnison après la prise des ouvrages extérieurs.
Dans cet ordre d’idées qui est chez moi une conviction ancienne et sincère, il convient d’organiser les ouvrages extérieurs d’une manière puissante et de les isoler entièrement de l’enceinte, de manière à devenir un champ de bataille sur lequel doivent se livrer tous les combats et se concentrer tous les efforts des deux armées.
Le corps de place an contraire sera un simple mur, assez élevé pour ne pas être pris d’escalade, couvert par un glacis, servant de réduit dans lequel la garnison se retirera , après la prise des ouvrages extérieurs, pour obtenir une capitulation honorable et sauver les habitants des horreurs d’une ville prise d’assaut.
G’est d’après ce principe qu’a été étudié le tracé représenté fig. 2.