FUITE DBS HËBREUK ET LEUR PASSAGE DANS LA MER ROUGE
Il nous reste à parler de quelques lieux ou villes nommés dans la Bible, et cela nous conduira naturellement à dire un mot sur la route que les Israélites ont du suivre à leur sortie d'Egypte.
Nous avons vu qu'à Tépoque la plus reculée, l'ancien golfe d'Héroopolis s'enfonçait jusqu'au lac Timsah, et par conséquent jusqu'à Néfiché, où était le PUkakirot de la Bible : to Baie ou le Bois des roseaux^ aujourd'hui Krouébet-el-Bous, nom arabe qui a la même signification.
On admettra aussi que le second atterrissement, celui du Serapéum d'aujourd'hui, quoique submergé pendant les hautes marées de la mer Rouge, indiquait à peu près la limite navigable du golfe aux basses marées, comme le fait aujourd'hui encore le banc sous-marin qui forme la passe, à la pointe du banc de Suez, qui assèche à chaque marée: tandis que dans la passe, il y a des moments où il n*y a à peine que 80 centimètres d'eau (1).
Il est d'abord évident que la Terre de Gëchen comprenait l'Ouadée, ses environs, le seuil de Gisr et jusqu'à Salhiéh d'aujourd'hui; et aussi enfin, que RhameSës, cette place ou ces magasins construits par les juifs, était située, comme nous Tavons dit, dans cette même Terre de Gëchen, sur l'emplacement des ruines où plus tard s'éleva VHéroôpolis des grecs.
Il faut remarquer avant d*aUer plus loin, que l'on ne doit pas prendre les noms des stations des routes des arabes dans le désert pour des noms de villes ou de villages; ce sont le plus fréquemment les noms de quelque chose de naturellement remarquable, comme une montagne, un rocher, une source, un
(i) Les navires de cette époque ne pouvaient être autres que les mêmes qui existaient encore il y a trente ans sur la mer Rouge, tirant au plus trois mètres étant chargés; ils pouvaient alors passer à marée haute sur Tatterrissement, comme de nos jours sur celui de Suez, avant que le Canal ne fût creusé.
— id» —
arbre, ou selon une légende un nom qui rappelle un événement, un accident, une histoire. Il arrive souvent que le lieu de campement d'une tribu conserve le nom de cette tribu ; ainsi les hébreux, qui étaient essentiellement un peuple nomade, ayant à/ peu près les mêmes usages avant Moïse que les autres bédouins, devaient aussi donner des noms de cette manière, et les traditions parmi les auteurs qui ont plus tard écrit la Bible se seront conservées, tandis que dans le pays et sur les lieux mêmes elles auront été oubliées.
Beaucoup de ces noms ont des significations, qui sont propres aux localités qu'on voulait désigner; par exemple : Socoth^ en hébreu, veut dire tente, ce qui probablement était un campement; Ethatn est encore aujourd'hui le nom d'une petite tribu arabe, qui campe dans l'Isthme aux environs de l'Ouadée; Pithahirot signifie, en hébreu, le bois ou la baie des roseatAx^ dont la traduction en arabe est, ainsi que nous l'avons remarqué plus haut, Krouébet-el-Bous. Il sersdt donc bien difficile, après un laps de temps aussi considérable et après tant de changements topographiques dans l'Isthme, de retrouver les mêmes lieux dans le même état et avec les mêmes noms qu'ils portaient à cette époque reculée de l'histoire; mais pourtant on peut malgré cela reconnaître la route que les Juifs ont suivie.
La Bible dit que les Juifs partirent de Rhamesès, dans la terre de Gèchen, et très-probablement l'intention des Juifs, ayant Moïse à leur tête, était de se rendre vers le premier atterrissement de l'Isthme, qui déjà à cette époque devût fournir un gué pendant les basses marées, ce que les Hébreux devaient bien connaître, et surtout Moïse qui avait été plusieurs fois au Mont Sinaî.
Il est possible que les Égyptiens, livrés seulement à l'agi^Iculture et, comme aujourd'hui encore, ne s'écartant pas des terres cultivées, ignorassent Texistence de ce gué sur l'atterrissement.
De nos jours, les Fellahs qui se rendent à Suez pour y porter ou y prendre des marchandises sur leurs chameaux, et ceux qui vont à la Mecque en qualité de conducteurs de caravanes, ou qui vont même quelquefois porter des provisions au Mont Sinaï,
connaissent à peine le gué qui est au nord de Suez, au-dessous de la butte de Glysma, et. qui épargne, en traversant la mer à marée basse, une longue marche pour contourner les lagunes marécageuses du fond du golfe. Les Fellahs ne prennent aucune connaissance des indications des routes, accoutumés qu'ils sont à regarder la conduite des caravanes comme une spécialité qui appartient uniquement aux Bédouins; mais ces deniiers, qui font souvent cette route, connaissent parfaitement ce passage et les heures auxquelles ils peuvent le franchir.
 Tépoque de Moïse, ce qui arrive aujourd'hui pour le fond du golfe, à Suez, devait également avoir lieu pour l'atterrissement qui existait entre le lac Timsah et le bassin de l'Isthme.
Moïse devût évidemment prendre de ce côté, plutôt que de suivre la route directe de la Palestine; car par là il aurait rencontré beaucoup de tribus ennemies (1). < Or, Pharaon ayant « fait sortir de ses terres le peuple d'Israël, Dieu ne les con- « duisit point par les chemins du pays des Philistins qui est « voisin, de peur qu'ils ne se repentissent d'être ainsi sortis, a s'ils voyaient s'élever des guerres entre eux, et qu'ils ne « retournassent en Egypte. »
D'ailleurs, en suivant cette route du fond du golfe, il aurait pu donner trop d'ombrage au Pharaon roi d'Egypte, qui pensait que les Hébreux allaient sacrifier à leur Dieu (2). La route par l'atterrissement étant la plus courte et la plus directe pour se mettre promptement en sûreté autant qu'il était possible, puisque l'on entrait dans les montagnes de la péninsule du Mont Sinaî, où Moïse trouvait, chez son beau-père Gétro, des alliés avec lesquels il avait déjà vécu.
Les Israélites, qui étaient au nombre de 600.000 hommes, sans les enfants (3) , étaient pressés par Tordre qu'avait donné Pharaon départir immédiatement ; mais, malgré la crainte qu'ils pouvaient avoir que cet ordre ne fût révoqué, malgré le désir qui les poussait à s'éloigner promptement, les Juifs ne pouvaient
(4) Exode, chap. Xill, versets 47 et 18, traduction de Sacy.
(2) Exode, chap. XII, verset 34.
(3) Exode, chap. XIÏ, verset 37.
marcher que très-lentement, puisqu'ils partaient en plusieurs bandes (1), comme le dit T Exode : « et en ce même jour le « Seigneur fit sortir de TÉgypte les enfants d'Israël en diverses « bandes. »
Us devaient s'attendre avant d'être tous réunis pour être ensemble; ils avaient leurs bagages, leurs femmes, leurs enfants et leurs troupeaux. Aussi la maiche de la première journée ne pouvait être que de quatre à cinq heures au plus, ce qui serait encore beaucoup aujourd'hui pour une grande tribu arabe, le premier jour de son départ surtout, ce que j'ai été à même de voir souvent.
La première station fut à Socolh^ comme le dit l'Exode (2) : « Les enfants d'Israël partirent de Rhamesës et vinrent à Socotb » Socoth en hébreu veut dire tente, ce qui qui probablement était le lieu d'un campement. On trouve dans l'est de Tel-el-Maskhouta, sur le bord de l'ancien canal, un endroit où sont les restes d'une sakièh ou puisard que Ton nomme Oum- Khahmer et que plusieurs personnes dernièrement ont pris pour Oum Khéïam, ce qui voudrait dire la mire des tentes^ et de là déduisaient que ce lieu était celui de Socoth. Mais on concevra que Socoth étant probablement un campement, il serait difficile de le retrouver aujourd'hui; aussi la position du Socoth de l'Écriture est-elle difiicile à fixer, mais elle ne pouvait certainement être loin de Rhamesès ou Tel-el-Maskhouta.
Au sud-est de ce point, en dehors des dunes qui bordent rOuadée, se trouve un lieu où, entre de hautes dunes de sable et un terrain bas cx)uvert de plantes, il y a des dattiers et un puisard pour une sakièh qui servait à arroser un peu de terrain que l'on cultive en orge, aujourd'hui encore; ce lieu se nomme Menasché et Menaïef (3), c'est peut-être le campement d'une des douze tribus d'Israël dont le nom a une analogie avec celui de cet endroit: et comme la distance des environs de Rhamesès, d'où sont partis, par difiTéientes bandes, les Hébreux jusqu'à
(1) Exode, chap. XII, verset 54,
(2) Exode, chap. Xil, verset 37. *
{3) Voir pour tout ce mémoire la carte de Tlsthme.
Henaîef est convenable pour une première marche, on pourrait bien l'attribuer au Socoth de l'Écriture.
La seconde station est à Etham ou YExtrémiti de la 5oIi* tudê (1), comme il est dit dans la Bible : « étant donc sortis de Socotb, ils campèrent à Etham qui est à V Extrémité de la Solitude^ n lieu qui devait être la fin des campements, le désert vers la mer.
M. Bois-Aimé, qui a été si perspicace pour reconnaître les anciennes limites de la mer Rouge, a placé Etham, je ne sais pour quelles raisons, au puits de Suez. Cette distance est d'abord beaucoup trop grande pour qu'en partant de TOuadée ou la Terre de Gèchen, les Juifs pussent avec tous leurs troupeaux, leurs enfants, leurs bagages, etc. avoir parcouru cette distance en deux jours; car alors ils auraient dû faire près de àO kilomètres par jour, ce qui est certainement beaucoup trop, et surtout pour la première journée.
Pour moi, qui connais comment marchent les Bédouins dans de semblables circonstances, je placerai Etham, qui d'ailleurs aussi ne peut être que le nom du campement d'une tribu, dans les environs du Sérapéum d'aujourd'hui, entre ce point et rOuadée Ackram, près du bassin de l'Isthme.
L'Écriture dit (2) : « dites aux enfants d'Israël qu'ils retournent et qu'ils campent devant Phihahiroth qui est entre Magdol et la mer vis-à-vis Baal Séphon; vous camperez vis-à-vis de ce lieu sur le bord de la mer. »
Pharaon s' étant repenti d'avoir donné la permission aux Juifs de s'en aller, et les Égyptiens ayant appris la nouvelle de leur fuite se mirent à leur poursuite (3) ; et comme ils présumaient naturellement qu'ils gagneraient la Palestine, ils se seront dirigés sur cette route.
Pharaon avec ses guerriers, venant de Memphis, ou peut-être bien aussi de Sàné, aura dû prendre directement la route du fond du golfe d'alors, par Abou Souèra et le Gisr, qui est encore aujourd'hui la route directe de Syrie. Moïse, marchant au
(i) Exode, chap. XIII, verset 20.
(2) Exode, chap. XIV, verset 2.
(3) Exode, chap. XiV, versets 5, 6, T, 8, 9.
contraire vers le seuil du Sérapéum, le second atterrissement de risthme» aura été averti par le commandement de Dieu» qui lui ordonnait de faire un détour, que les Égyptiens arrivaient; il se sera jeté sur la gauche vers la mer. Les Égyptiens, arrivés sur la route suivie par les différentes tribus, auront reconnu la marche de celles ci et seront retournés sur leurs traces pour les poursuivre, et ils seront arrivés près des Israélites, un peu plus au sud que Néfiché, à Abou Balah. Alors le pharaon avec toute son armée aura campé au nord-ouest des Hébreux, qui étaient devant Pithabirot ou le Kbrouëbet el-Bous de nos jours, près de Néfiché, où était la cunette du lac Timsah ou les Lacs Amers remplis de roseaux et d'arbustes; alors il fallait qu'ils eussent vis-à-vis d'eux Baal Séphon comme le dit la Bible (1) : a les Égyptiens poursuivant donc les Israélites, qui étaient devant eux, et marchant sur leurs traces, les trouvèrent dans leur camp sur le bord de la mer; toute la cavalerie et les chariots de Pharaon étaient à Pithabirot vis-à-vis Baal Séphon. »
Effectivement, lorsque les Égyptiens, qui allaient poursuivre les Israélites sur la route de la Palestine, se seront aperçus que ceux-ci avaient pris un autre chemin, ils devaient être parvenus vers le fond du golfe d'alors, et en retournant vers le sud, ils se seront trouvés entre le Khrouébet-el-Bous, le Pithabirot et les Israélites.
Il faut donc retrouver le Baal Séphon. Cette position pouvait être à Chek Ennédek, au fond du golfe; ce Baal-Séphon est un mot qui peut être tout bonnement le nom d'un lieu dans le désert et non celui d'une place d'une ville, comme tous les noms qui précèdent. Ce mot peut être d'origine hébraïque, et signifier le dieu Thiphon. Ainsi on pourrait, sans chercher une place de ce nom, s'en tenir au désert, qui peut être au figuré pris pour l'habitation de Thiphon dieu du mal et pour le Dieu luimême, puisque chez les Égyptiens Thiphon était le Dieu de tous les maux (2).
(i) Exode, chap. XIL
(2) Mémoire de M. Rosier sur la géographie comparée des côtes de la mer Rouge.
Description de V Egypte^ édition Panckouke, vol. VI, p. 292.
Pour la position de Pithahirot entre Magdol et la mer« nous avons vu que les Lacs Amers ou le point de Nefiché se nommait Khrouébet-el Bous, et que c'était certainement le vrai Pithahirot, et qu'il ne peut être à Agerout comme l'a pensé M. Bois-Aimé.
Il y a bien à l'oreille une certaine ressemblance entre les mots; mais, comme je l'ai dit, Pithahirot veut dire : bois de roseaux, et n'est pas le nom d'une ville; et ni l'une ni l'autre de ces significations n'était applicable à Agerout, qui est une forteresse moderne bâtie sur une hauteur de rochers arides de 106 mètres au-dessus du niveau de la mer, avec un puits creusé dans le rocher à 70 mètres. C'est un endroit où il n'y a jamais pu y avoir ni roseaux, ni eau, ni broussailles, rien enfin qui ait pu porter les Juifs à nommer cet endroit Pithahirot.
Le mot Agerout a été très-bien donné à cet endroit; car il signifie en arabe une chose, un lieu peU, aride, uni; par exemple, on dit d'un jeune homme qui a le menton sans barbe, d'un homme qui a perdu ses cheveux et qui a la tète nue, que ce sont des Agerout.
Nous laissons donc Pithahirot à Khrouébet-el-Bous ou Néfîché, l'ancien golfe et les Fontaines ou Lacs Amers des anciens.
Pour que Pithahirot se trouvât placé entre Magdol et la mer, qui allait jusqu'au lac Timsah, il fallait que Magdol fût située, environ, vers le nord-est ou le nord ; et, efiectivement, nous avons vu, d'après l'Itinéraire d'Antonin, que de ce côté il y avait une ville de Magdolum^ qui doit être la même que Magdol de la Bible avec une terminaison latine.
Ce lieu ayant été une place forte, un lieu de garnison pour défendre la frontière, il est probable que, quoique éloigné du fond du golfe à cette époque, on en aura fait mention comme étant le site qui devait frapper davantage par son importance militaire; et la position qui se rapporte le plus à cette Magdol est certainement celle que je lui ai assignée, c'est-à-dire Tellel-Herr.
Les Juifs étaient donc campés de manière à avoir derrière eux Pharaon et son armée qui les poursuivaient; ils ne pouvaient s'échapper sans un miracle, puisque, comme on peut le voir sur ma carte, ils avaient sur leur gauche la mer Rouge, à leur droite
le désert de TÉgypte, et défaut eux, vers le sud, la montagne de Généffé qui, à cette époque, était sur le bord de la mer, comme aujourd'hui elle se trouve sur le bord du bassin de r Isthme; alors ils se trouvaient donc bien dans la position où Flavius Josèphe nous dit qu'ils étaient (1) : « lors donc que les Hébreux étaient sur le bord de la mer Rouge, ils se trouvaient environnés de toutes parts par l'armée des Égyptiens composée de 600 chariots de guerre, 50.000 chevaux et 20.000 honunes de pied très-bien armés, sans qu'il leur fût possible de s'échapper parce que la mer les enfermait d'un côté et qu'ils l'étaient de l'autre par une montagne inaccessible, et des rochers qui s'étendaient jusqu'au rivage. Dans cette position ils ne pouvaient s'échapper sans un miracle; mais il restait à Moïse la fuite par l'atterrissement qu'il connaissait près du fond du golfe, ou le seuil du Sérapéum. »
Soit qu'il y ait eu un véritable miracle en faveur de Moïse et du peuple qu'il conduisait, soit que ce fût tout naturellement, il n'en souffla pas moins toute la nuit un vent violent et brûlant (2), et « l'Ange de Dieu, qui marchait devant les Israélites, alla derrière eux, et en même temps la Colonne de nuées quittant également la tête du peuple en marche se mit aussi derrière lui, entre le camp des Égyptiens et le camp d'Israël; et la nuée était ténébreuse d'une part, et de l'autre elle éclairait la nuit, en sorte que les deux armées ne purent s'approcher durant tout le temps de la nuit.
a Moïse, ayant étendu sa main sur la mer, le Seigneur l'entrouvrit en faisant souffler un vent violent et brûlant pendant toute la nuit, et il en dessécha le fond, et l'eau fut divisée en deux. i>
C'est alors que les Israélites, profitant de l'obscurité et du vent, auront décampé très-précipitamment, qu'ils auront gagné l'atterrissement qu'ils connaissaient et sur lequel ils voulaient passer ; ils y arrivèrent sans doute au moment de la marée basse, alors qu'il y avait d'autant moins d'eau dans cette partie qu'il régnait un très-fort vent d'est ou d'ouest, vent régnant le plus
(i) Flavius Josèphe, cbap. YI, p. 98.
(2) Exode, cbap. XIY, versets 19, 80, 2i.
soufent, qui en diminuait la* hauteur; de sorte que les marées qui, en moyenne, sont d*un mètre, soixante œntimëtres (1"',60) et qui arrivent même à moins, pouvaient diminuer encore ; les Juifs purent ainsi passer à gué de l'autre côté sans danger, conduits comme ils Tétaient par un garde aussi expert que Moïse.
Les Égyptiens, fatigués de leur marche forcée, voyant le grand vent qui soufflait et croyant avec confiance que les Israélites ne pouvaient leur échapper, se seront reposés bien tranquillement, et n'auront connu la fuite de leurs esclaves que vers le jour, lorsque ceux-ci étaient déjà fort éloignés et de l'autre côté du golfe. Alors ils auront voulu les poursuivre, ils seront arrivés sur leurs traces à l'atterrissement qu'ils ne connaissaient pas bien au moment où la mer remontait déjà, en donnant une hauteur d'eau de 1",60, plus la quantité qui s'y trouvait au moment de la basse mer sur le gué; ils se seront engagés dans ce gué, sur l'atterrissement, où ils auront trouvé trop d'eau. Il y aura eu confusion dans les rangs; ceux qui venaient derrière, ne connaissant pas l'obstacle qui empêchait les premiers d'avancer, les auront poussés par derrière, et ils auront péri en grande partie dans les eaux.
Il faut bien reconnaître que la réunion de toutes ces circonstances favorables à la fuite des Israélites, combinées par la Providence, est une preuve de la protection divine que Dieu donnait à ce peuple, et qui aussi a pu être considérée comme un miracle.
Quand on connaît bien les peuples de ces contrées, qui, anciennement, étaient ce qu'ils sont encore aujourd'hui; quand on connaît aussi leur imprévoyance, leur ignorance; quand on a vécu avec eux, on est persuadé que des faits semblables pourraient encore arriver de nos jours.
Quant à la suite de la marche des Juifs jusqu'au Mont Sinaî, nous nous contenterons de dire que les localités prouvent qu'effectivement ils auront dû faire trois jours de mai'che depuis l'endroit de leur passage jusqu'au pied de Mara ou Mourra^ ce qui doit être le puits de Khargadé; car, avant ce dernier, on ne trouve aucune eau (1) .
(i) Exode, cbap. XY, verset 23.
C'est à Mara (ou YAmerlutne) que Moïse, pour rendre les eaux douœs, jeta dans les eaux un certain bois qui les rendit douces, d'amères qu'elles étaient (1).
Dne chose remarquable, qui s'est perpétuée chez les Arabes et qui existe encore de nos jours depuis cette époque, et probablement avant Moïse, c'est que les Bédouins du Mont Sinsû m'ont souvent présenté, pour rendre potables des eaux saumâtres et sulfureuses, un certain fruit, celui du câprier du désert, ou un certain bois nommé l'assaf el-céder, qu'il suffisait d'y jeter et d'y faire infuser; d'ailleurs cela n'est pas seulement connu au Mont Sina!, mais encore parmi les Arabes Bichariéh et autres.
De Mara ou Mourra les Juifs vinrent à £/tm, et, d'après ce qui en est dit dans l'Exode (2), que les enfants d'Israël vinrent ensuite à Elim où il y avait douze fontaines et soixante dattiers, on ne peut se tromper sur cette position, qui aujourd'hui est celle des Fontaines de Moïse (£youn-ilfoiiMa), où l'on voit des sources et des dattiers.
11 nous faut maintenant parler du vent nommé Khafiuin^ et abandonner la marche des Israélites qui dépasse notre sujet.
Le vent de Khamsin est ainsi nommé seulement par les Européens en Egypte; ils confondent, enJ'appelanl ainsi, le nom de la période pendant laquelle règne un certain vent et ce vent luimême.
Les Arabes le nomment Cherd^ Miris^ et dans les déserts, en Arabie, ils le désignent sous le nom de Simoun ou Yentempoi' sonné.
En Egypte, on le nomme Jftrû, parce qu'il vient du sud, ou anciennement était le pays de Méris ou le Dongolah ; on le nomme Cherd^ parce qu'il vient par raffales et qu'il est fort
Ce vent violent commence à souffler le matin du côté de l'est, il passe au sud-est en augmentant de force, vient ensuite vers le midi, au sud, et passe au sud-ouest; il souffle avec impétuosité, soulevant le sable, la poussière à en obscurcir l'atmo-
(1) Exode, chap. XY, verset 25.
(S) Exode, chap. XV, verset 27.
sphère, qui est chaude et enflammée comme si l'air sortait de la bouche d'un four, lorsqu'il souffle en avril et msd; autrement le vent du sud en décembre, janvier et février est froid. Cela s'explique, parce que pendant l'hiver, les sables du désert, sur lesquels il passe pour venir en Egypte, sont assez considérablement refroidis pendant les longues nuits, pour que pendant les jours, qui sont courts, le soleil, qui est bas et ne darde ses rayons qu'obliquement, n'ait ni le temps, ni la puissance de les échauffer; mais au printemps et en été, au contraire, les nuits étant courtes et le soleil pendant les longs jours dardant ses rayons peipendiculairemeot à plomb sur les sables et les terrains pierreux du désert, ceux-ci s'échaufient à une température élevée ; ce qui fait que les vents, qui passent sur ces déserts, sont échauffes et deviennent brûlants.
Ces vents du sud, de l'est et du sud- ouest, commencent en décembre et régnent jusqu'en mai, ensuite plus rarement jusqu'en juin. Il ne faut pas non plus penser que ce vent est continu, il ne souffle que périodiquement.
Dans la première période, il souffle quelquefois quinze jours de suite, mais tous les ans cela varie et c'est plus ou moins; dans la seconde période, il continue seulement à des espaces de temps plus ou moins éloignés d'un à trois jours, rarement davantage; quelquefois cependant il souffle jusqu'à six et neuf jours, alors il est extrêmement chaud, et le thermomètre à l'ombre, dans de bons appartements, monte jusqu'à 32 et SS Réaumur.
Les Coptes ont leur année divisée en huit périodes : quatre Khamsin et quatre Arbahin ; ce qui veut dire quatre cinquantaines et quatre quarantaines ; l'une des cinquantaines commence à leur Pâques.
Le commencement de cette Pâques est toujours fixé au premier dimanche qui suit la première pleine lune qui commence après l'équinoxe; ainsi l'on voit que cette Pâques peut varier beaucoup, jusqu à vingt-neuf jours, par rapport aux saisons. Malgré cela, le lundi de leur Pâques est ce que les Coptes nomment le Chum^l'Nesêim {respire le zéphir)^ et ce qu'ils prétendent être le dernier jour de beau temps. Ce jour-là tout le monde
sort de la ville pour passer la journée dans les Jardins ou en rase campagne, en donnant pour raison qu'alors commence une période Khamsin ou cinquantaine, pendant laquelle les Coptes prétendent que le temps est mauvais, malsain, et que le vent qui souffle est pernicieux, que c'est le temps des maladies et des épidémies.
Comme c'est alors que le vent chaud du sud règne et qu'il vient dans le Khamsin, les Européens ont nommé ce vent le Khamsin^ qu'il vienne dans une saison où une autre, confondant ainsi le nom de la période et celui du vent.
Dans l'Exode aussi il est dit (1) : alors fAnge de Dieu, qui marchaU devant le camp des Israélites, alla derrière eux, et en même temps la Colonne de nuée quittant la tête du peuple se mil aussi derrière, entre le camp des Égyptiens et le camp d'Israël, et la nuée était ténébreuse d*une part, et de t autre elle éclatràit la nuit.
Aujourd'hui encore, la grande caravane, qui tous les ans part du Caire pour la Mecque, a un conducteur monté sur un chameau qui marche en tête; c'est une fonction héréditaire dans la famille, on nomme ce guide Chek-el-Gamal. Il fait tout le voyage sans être couvert ni la nuit ni le jour quelque temps qu'il fasse, il est nu jusqu'à la ceinture, n'ayant qu'un caleçon de toile. Avec lui marchent des hommes portant de grandes torches ; pendant la nuit elles sont allumées et entretenues avec du bois résineux, et pendant le jour, quand le chemin est difficile au milieu de dunes ou de collines, elles produisent : au lieu de la lumière qui servait pendant la nuit, une quantité de fumée s'élevant en colonne lorsque le temps est calme, et s' apercevant de fort loin. Quand ces torches, que Ton nomme en arabe Machâal, sont fixées, c'est un signe que le camp se pose ou est posé. Ceci se rapporte parfaitement à ce que dit l'Écriture : Alors les . Égyptiens voyant ces nuées lumineuses toujours à la même place pendant que les Juifs fuyaient derrière, crurent qu'ils ne bougeaient pas de leur campement de nuit Le vent portant la
(i) Exode, chap. XIV, versets 19 et 20.
fomée da côté des Égyptiens, ceux-ci ne voyaient pas la clarté qni éclairait l'antre côté (!)•
(1) Depuis que j*ai fait ce traTail , des personnes savantes et en état de déchiffrer les inscriptions hiéroglyphiques, ont cru voir par ces inscriptions que les restes de la grande ville de Tbnû, connue sous le nom de San, avait été Atoaris^ la ville des Hycsos et aussi Rhamesès du temps des Hébreux.
Quant à la première, je trouverais étonnant que ces Hycsos, qui fuyaient devant nn peuple conquérant, et qui au dire des historiens conquirent eux-mêmes l'Egypte, vinssent faire leur principale résidence derrière la Branche principale du Nil, lorsqu^au contraire ces mêmes historiens nous font savoir que le roi qu^ils choisirent établit sa résidence à Memphis, et qu*il mit de fortes garnisons vers TOrient, parce qu'il craignait d*ètre attaqué par les Assyriens. La ville d'Aouotra. TAwaris des Grecs, qui devint leur principale place d*armes, était située à rorient de la Branche Bubastîque ou Pélusiaque et reçut une garnison de 240,000 hommes.
Quant k placer Rhamesès au lieu où est San ou Skné aujourd'hui, comment concevoir que les Hébreux, qui étaient un peuple de pasteurs et d'esclaves, eussent eu pour résidence un pays entièrement cultivé, coupé de beaucoup de canaux et si éloigné des bords du désert, où devait se trouver cette Terre de Gèchen ou des Pâturages propres k leurs troupeaux; car de San aujourd'hui, jusque bien au levant du lieu nommé Gantarrat, tout était autrefois cultivé; les Hébreux n*ont donc pu être établis que dans la partie que nous désignons sur notre carte comme Terre de Gèchen.
On dit aussi, pour accréditer Topinion que les Hébreux habitaient San et ses environs, qu'ils exécutèrent leur fuite en Egypte en prenant la route par Péluse, le long de la mer sur la langue de terre qui sépare' la Méditerranée des Marais nommés Berdaoui, nom qui leur vient de ce que Baudouin, k Tépoque des croisades, voulant les traverser s'y perdit avec sa troupe. Cette hypothèse se base, disent ceux qui ont cette opinion, sur ce qu'ils prétendent avoir trouvé sur cette route des restes d*antiquités avec des inscriptions en caractères hiéroglyphiques, où sont les noms des villes et positions citées dans la Bible.
S*il en est ainsi, ce qui demande confirmation, il est encore possible que ces restes d'antiquités aient été ^portés en ce lieu de fort loin même, comme cela se voit dans beaucoup de localités.
mSTOIRE MODERNE DU GÂNAL DE SUEZ.
Depuis l'époque à laquelle le Canal fut creusé par Amrou, en 63d ou ÔAO, et fermé IdO ou 150 années après, en 761 ou 67, pour les raisons que nous avons dites, on n'en entend plus parler qu'après de longues années.
Lorsque le sultan Sélim fit la conquête de l'Egypte, en 1519, il se proposait de faire creuser de nouveau le canal de Suez, qui avait été remis en état sous le premier calife Omar ; mais il ne fut pas donné suite à ce projet.
Lorsque Moustafa, fils de Mahomet III, devint sultan de Gonstantinople, il envoya aussi des commissaires en Egypte, pour étudier la question du canal de Suez qu'il voulait remettre en état, ce fut en 1621 ; et il chargea le baron de Tott de faire une étude sur ce projet. Il se promettait d'exécuter ce travail aussitôt que les embarras de la guerre le lui permettraient ; mais, avant la paix, ce sultan fut déchu du pouvoir, en 1081 de l'Hégire, ou 1622 de notre ère.
En 1766, on envoya encore de Gonstantinople des commissaires pour étudier la question du canal.
Enfin Ali Bey, qui était le chef en Egypte en 1788, il y a 8!2 ans, avait eu aussi l'idée de rétablir le canal; mais il se borna pour le moment à faire construire des navires sur la mer Rouge.
Le seul projet sérieux qui fut dressé, est celui de l'Ingénieur en chef des Ponts-et-Ghaussées, pendant l'occupation de l'Egypte par l'armée française, commandée par Bonaparte, auquel M. Lepère adressa son projet.
Ce projet, parfaitement conçu et complet, très savant, était malheureusement basé, comme on l'a reconnu plus tard, sur des documents manquant d'exactitude, à cause des erreurs qui s'étaient glissées dans les opérations du nivellement.
Quand nous en viendrons aux opérations qui ont été faites plus tard, avant 1847, celles de l'expédition Bourdaloue de cette année, et puis celles de vérification de 1853, et en dernier lieu.
celles des travaux préparatoires d'après lesquelles, toutes données réunies, on a dressé le projet du Canal qui existe aujourd'hui; nous indiquerons la partie où se trouve la plus grande erreur do travail de 1799.
D'après le nivellement exécuté sous la direction de M. Lepère, cet ingénieur avait établi tout son système de canal.
II semble que M. Lepère donnait la préférence au Canal d'ean douce, le canal des rois, partant de Bubaste ou du canal de Moeze, qu'il pensait être la Branche Péiusiaque. Ce canal devait être alimenté par le canal du Caire ou de Trajan; il avait plusieurs biefs, il n'était navigable que pour les barques du Nil, et encore il ne l'était que pendant les hautes eaux du fleuve et non à i'étiage.
Cette grande différence de niveau qu'il croyait exister entre les deux mers, qui était évaluée à 9*,908y et le peu de différence des hautes eaux d'inondation entre le Mékias du Caire et la Méditerranée qu'il trouva n'être que de 12",865, expliquent fort bien le projet de biefs d'eau douce au nombre de deux, et de deux autres d'eau de mer.
Avec ce projet, les navires ne devaient tirer que ft à 6 mètres, et comme le complément était une navigation d'Alexandrie à Fancien canal des rois, à l'aide d'autres canaux et par le fleuve, ces navires ne pouvaient naviguer sur le Nil ; puisque dans les basses eaux, il ne s'y trouve dans beaucoup de passages que 1"',60 au plus.
Ce projet n'était donc pas complet, et aurait été loin de suffire, surtout aux besoins de la navigation actuelle qui se fait au moyen de grands bateaux à vapeur.
M. Lepère aurait volontiers penché vers le projet d'un canal direct, mais il se trouvait une grande difficulté à établir un port sur le bord de la Méditerranée, et à tenir en état la partie située entre Suez et la rade ; aussi, ne parle-t-il de ce projet que comme d'un complément à l'autre travail.
Il semble de plus avoir eu quelques craintes du danger qu'un canal à cours libre d'une mer h Tautre aurait pu faire courir; or, comme plusieurs personnes avaient eu la même crainte et penf^aient à faire des écluses, quoique la chose soit aujourd'hui
décidée, voyons si même avec cette différence de niveau que M. Lepère croyait exister entre la mer Rouge et la Méditerranée, on aurait eu à craindre im exhaussement dans cette mer.
Avec la différence de niveau trouvée par le nivellement de 1799, on pouvait faire ce calcul : Le canal ayant 80 mètres de largeur à sa ligne d'eau, 8 mètres de profondeur avec des talus de 1"',60 et une longueur de 180 kilomètres, sur une différence de niveau ou pente totale de 9'*,907, donnerait ime recette, en 24 heures, de 671. 404*** '•^^S; et la surface de la Méditerranée avec TÂdriatique, la mer de Marmara et la mer Noire étant de 3.365.931.536.006 m., cela domaendt par le canal, en 100 années, un exhaussement deO-s044.
On voit donc que toute crainte était puérile, même en admettant la différence de niveau présumée entre les deux mers.
Le projet de M. Lepère n'eut aucune suite, puisque l'Egypte ne continua pas à être sous la domination française.
Le projet connu, qui vient après celui de M. Lepère, est le miea. Je le communiquai en 1880 et 1833 à MM. Mimaut et de Lesseps, tous les deux consuls en Egypte à cette époque, et ce fut en 1840 que je le terminai entièrement.
A cette époque, l'Angleterre et la Compagnie des Indes désiraient que le canal de Suez existât, et comme j'étids en relations avec les Consuls généraux en Egypte, ainsi qu'avec plusieurs hauts personnages en Angleterre, j'envoyai mon projet par leur entremise à plusieurs cabinets européens, dont quelques-uns m'ont adressé des remerciements^ en Autriche surtout, mon travail fut bien reçu par les soins du Consul-général.
J'envoyai aussi mon projet au Gouvernement des Indes, en 1842, et d'après des lettres que je possède, j'appris que ce projet avait été accueilli avec enthousiasme.
En 1841, je me liai avec le Directeur de la Compagnie péninsulaire orientale, pour l'entreprise du canal de communication de la Méditerranée à la mer Rouge, et un contrat fut signé entre nous.
Quatre années après, en 1845, le duc de Montpensier vint en Egypte, et le vice-roi, Méhémet-Ali, m'ordonna de l'accompagner
pendant tout son voyage. Le Prince emporta en France tout mon travail sur le Canal de Suez, mémoire, devis, cartes, plans, etc., dans le but de faire avancer la grande entreprise du percement de Tlsthme de Suez.
En 1847» ^ 1^ ^^^^^ ^^3 démarches du duc de Montpensier, ■ une société d'études du Canal de Suez se forma en France, e dans la pièce qui la coostitusût, il était dit : « que Ton a conçu le projet de former une société pour étudier les travaux du canal destiné à établir une communication entre la mer Rouge et la Méditerranée, en pratiquant, selon les plans de H. Linant, une espèce de bosphore ou passage à travers le désert de Suez, c'est-à-dire un canal à cours libre, n
Puis aussi, après examen des plans et mémoires de M. Ldnant, « on déclarait être convaincu de la possibilité d'établir une telle communication. »
En mai 18d7, par suite de la formation de cette société d'études, il arriva premièrement une brigade d'ingénieurs autrichiens; car la société était formée de trois groupes, l'un autrichien, représenté par M. Negrelli; le second anglais, représenté par M. Stephenson ; et le troisième français, représenté par M. Talabot.
Cette brigade d'ingénieurs autrichiens avait pour mission de relever toute la côte du golfe de Péluse, d'y faire des sondages, et de placer trois repères en maçonnerie sur la côte, pour y rapporter les observations que l'on ferait sur les marées, ainsi que les opérations de nivellement et de triangulation.
Cette brigade m'apporta une dépèche de M. de Negrelli, avec les instructions qui lui avaient été données et que je pouvais modifier s'il y avait lieu. Après avoir accompli sa mission, elle s'en retourna en Europe.
En septembre 1847 arriva M. Bourdaloue avec sa brigade, il m'apportait aussi avec les instructions qu'il avait, des pouvoirs pour les modifier et en donner de supplémentaires. On devait s'entendre avec moi pour tout ce qui concernerait cette expédition.
Mais, de plus, le vice-roi Méhémet-Ali, qui savait combien j'avais déjà travaillé pour le canal de Suez, me désigna pour
conduire et diriger la mission dans le désert. Son Altesse me prit à part et me dit : « J'ai mes raisons pour vous envoyer dans risthme de Suez ; je ne crois pas à l'exécution du projet, mais je veux que l'on puisse dire que je facilite de tout mon pouvoir cette grande entreprise. Ainsi veillez à faire donner à H. Bourdaloue et à tous les autres tout ce qui peut faciliter leurs travaux, et prévenez tous leurs besoins. »
Pendant quatre mois je fus occupé avec M. Bourdaloue à me transporter tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, pour visiter les trois divisions qui opéraient sur des parties différentes : une de triàngulateurs et deux de niveleurs ; en outre, je disposai d'une brigade d'ingénieurs de mon administration : la Direction générale des Travaux publics, dirigée par M. le baron de Gotberg, ingénieur employé aux travaux publics; avec sa brigade il fîit chargé de faire le lever du plan du lac Timsah et de ses environs, ainsi que de tous les nivellements parcellaires de cette partie.
Les opérateurs, facilités par tous les moyens dont je pouvais disposer, d'après les pouvoirs que j'avais de Méhémet-Ali, n'éprouvèrent aucun retard, aucune entrave; chameaux, Bédouins, provisions, tentes, soldats du génie, etc., tout fut largement fourni; aussi en trois mois et demi, à la fin de décembre et au commencement de janvier tout fut terminé : triangulation du Caire au point de repère, à Bir Abou Balah, de Suez à ce même point de Bir Abou Ballah, et de là jusqu'à la Méditerranée à Péluse. Puis les nivellements sur toutes ces lignes avec d'autres pour des profils en travers, ainsi qu'un nivellement de Suez au Caire par la ligne de la route de poste qui, comme vérification, vint fermer le nivellement circulaire. On fit encore à part un grand nivellement de vérification à grandes stations de Péluse à Suez.
Ces nivellements donnèrent les résultats suivants :
Dessus du couronneroent du quai de Suez, au-dessus de la met. basse mer de la Méditerranée prise pour point de comparaison, est de 2,61
Différence entre ces deux points, obtenue par le nivellement direct à grandes stations, est de 2,02é
Différence entre ces deux nivellements sur toute la distance, est de 0,692
Dessous de la pierre de taille du couronnement de Tayant-bec
de la maçonnerie de défense de Tile de Rhoda au Mékias. . 82,28
Dessus de la poutre du Mékias 21,05
Grandes eaux extraordinaires au Mékias 21,78
Basses eaux extraordinaires au Mékias 14,08
Couronnement du quai de Suez 2.61
Plus basses mers extraordinaires à Suez 0,63
Plus hautes mers à Suez 2,27
Plus loin nous donnerons d'autres résultats comparés à ceux-ci.
M. Talabot rédigea un mémoii*e d'après les travaux qui furent faits tant par la brigade autrichienne que par la brigade française, et établit plusieurs projets de tracés plus ou moins praticables, mais toujours n'attaquant pas décidément la communi cation directe pour les plus grands navires, et laissant les esprits encore dans Tindécision sur le meilleur système de conununication à établir. Il voulut aussi s'occuper de la géographie ancienne de r Isthme, de la géologie et de l'histoire de ses canaux, et il ne fit que répéter ou ce que M. Lepëre avût déjà dit, ou copier différents aiticles de mon mémoire. Il eut la bonté d'approuver presque entièrement les dispositions de mes projets, mais enfin rien n'était bien clair ni bien décidé; cela provient du trop d'empressement qu'il mit à son travail, fait en 18&7, et même avant que la division envoyée par lui n'eût entièrement terminé ses travaux ; puisqu'elle ne partit d'Egypte qu'au commencement de la seconde quinzaine de décembre, et que l'un des opérateurs resta en Egypte pour y faire, avec un de mes ingénieurs, un nivellement à grande portée pour une grande vérification.
La carte sur laquelle M. Talabot traça toutes les lignes des projets qu'il avait conçus, est la carte de la Basse-Egypte que j'avais moi-même dressée et que S. M. Louis- Philippe ordonna de faire graver en 1846 au Dépôt de la Guerre ; elle parut en 1848. C'est aussi sur cette carte que M. Bourdaloue rapporta toutes ses opérations de triangulation et de nivellement.
Quant à la brigade d'ingénieurs anglais qui devaient êire envoyés par M. Stephenson, pour étudier la baie de Suez et la mer Rouge, elle ne vint pas ; et dès lors en Angleterre, au lieu
de continuer à désirer le canal, comme on l'avait fait lorsque j'envoyai mon projet au gouvernement général des Indes et que je conclus un arrangement avec le directeur de la compagnie péninsulaire et orientale M. Davidson, il y eut au contraire une opposition continuelle; en exposer ici les motifs, ne serait pas de mon sujet.
Les projets de la société d'études de Tlsthme de Suez se bornèrent donc au mémoire de M. Talabot, qui même ne le donna seulement que sous le titre d'épreuve.
L'affaire du Canal de Suez ne fit plus aucun bruit; mais en juillet 1868, M. Favier, inspecteur général des ponts-et-chaussées, qui avait été un des opérateurs des nivellements de 1799, publia une lettre sur les nivellements de l'Isthme de Suez en 1799 et I847 où, par inductions, il tendait à prouver que le dernier était fautif.
Malgré la certitude que j'avais, pour ainsi dire, de la précision des opérations de nivellement exécutés sous mes yeui en ISA 7 par la brigade d'ingénieurs de M. Bourdaloue et la mienne, je désirais pourtant faire encore moi-même une dernière vérification tant de ceux-ci que de ceux exécutés en 1799.
Les résultats de ceux qui avaient été exécutés en 1799 se trouvaient être si différents de ceux que les ingénieurs de l'expédition avaient obtenus, et si peu d'accord aussi en apparence, au premier abord, avec ce que les anciens historiens avaient écrit sur le niveau des deux mers, que, quoique je reconnusse la précision avec laquelle les opérations de 18A7 avaient été exécutées par des hommes expérimentés et avec toutes les facilités possibles, cependant il me peinait de pouvoir mettre en doute les résultats donnés par les ingénieurs de l'armée de Bonaparte, et je doutais. Je me raccrochais pour ainsi dire aux plus petites circonstances qui pouvaient faire présumer une cause d'erreur, plutôt que d'admettre sérieusement le moindre soupçon sur la véracité des opérations de 1799. Le caractère de grandeur, qui existe dans tout ce qui fut fait à cette époque, me faisait croire, il faut bien le dire, à une erreur dans les opérations ou calculs de chiffres des opérateurs de M. Bourdaloue, erreur que pourtant nous ne pouvions trouver.
Tétais si fortement intéressé à ces travaux, que j'avais suivis avec grand intérêt, pour lesquels j'étùs eu rapport avec MM. Talabot et Negreili, et que le vice-roi Mébémet-Âli m'avait ordonné de diriger et de surveiller, que je désinds revoir ces nivellements.
Il y avait bien des années que j*avais moi-même exécuté un nivellement depuis le fond du golfe de Suez jusqu'aux limites nord du bassin de l'Isthme en suivant la même ligne que les ingénieurs de l'Expédition de 1709, et je m'accordais à quelques centimètres près avec leur nivellement aux laisses du bassin, ce qui me faisait penser qu'il n'y avait pas d'erreur ailleurs; d'autant plus qu'un peu plus tard j'exécutais un autre nivellement depuis la Méditerranée jusqu'aux dernières lagunes du lac Menzaléb, entre Abou-Eurouq et les dunes de Ferdanne ; il se rapportait encore très-bien avec les résultats de 1799. Je croyais donc ne pas pouvoir douter de leur exactitude; mais malheureusement c'était justement dans la partie entre ces deux nivellements que se trouvât l'erreur, comme on le verra tout à l'heure.
Les résultats des deux nivellements de 1799 et de 18d7 ayant été connus en Europe, les opinions furent partagées; car le grand nombre de personnes s'occupant de ces questions étaient portées à croire à la grande différence de niveau des deux mers.
Je reçus un grand nombre de questions à ce sujet ; mais, malgré mon vif désir d*y répondre, je sentais que je ne devais le faire qu'après avoir obtenu une nouvelle vérification.
Enfin ce moment arriva : M. Sabatier, agent et consul-général de France en Egypte, sur les demandes qu'il reçut de France, me fit donner Tordre, par le vice-roi d'Egypte Âbbas- Pacha, de faire de nouveau, comme vérification, les nivellements de l'Isthme de Suez d'une mer à l'autre; cet ordre me donnant toute facilité possible pour bien faire, je fis donc mes préparatifs pour ce travail. Le 3 février 1863 je partis pour Suez, d'où je voulais commencer mes opérations. M. Sabatier, qui désirait faire le voyage de Suez pour connaître la mer Rouge, profita de cette occasion, et nous fîmes route ensemble.
Mon intention avait toujours été de faire l'opération moiméme. avant de pouvoir avoir la satisfaction de répondre à toutes les objections et de n'avoir pas à dire que je m'en rapportais à d'autres.
Je pris avec moi le moins de monde possible, n ayant besoin d'aucune escorte. J'avais comme opérateur M. Michel Aivaa, ingénieur au service égyptien, et qui depuis longtemps servait sous ma direction; son caractère, sa capacité, sa bonne volonté et son exactitude m'assuraient que je n'aurais qu'à me louer de l'avoir choisi; et avec lui j'avais deux ingénieurs arabes, sur lesquels depuis longtemps j'étais habitué àcompter; puis j'avais aussi quatre sous-officiers d'artillerie, ce qui complétait le personnel des travailleurs.
Nous avions en outre nos domestiques, cuisiniers, et onze arabes bédouins conduisant notre caravane, montant les tentes du camp, allant chercher l'eau, etc., et vingt chameaux outre nos dromadaires.
Pour me mettre en dehors de toute chance d'interruption dans mon opération, j'avais pris beaucoup plus de provisions qu'il ne nous en fallait pour tout le monde ; et d'ailleurs, en envoyant un courrier soit à Suez, soit à Bulbeïs, soit à Salhièh, j'aurais eu immédiatement ce que j'aurais demandé. Quatre de mes chameaux étaient destinés au transport journalier de l'eau selon les besoins ; ils allaient la prendre premièrement dans la montagne d'Âttaka à Suez , où il y a des réservoirs naturels dans lesquels l'eau de pluie se conserve bonne longtemps; puis au Gebel GéneiTé, à l'endroit nommé Gèd-el-6amous, où on en trouve aussi quand il pleut; et enfin dans TOuadée à Mahsama, quand nous en étions rapprochés ; au lac Timsah et à Ferdanne, quand nous y fûmes; puis ensuite à Salhiéh et dans les petites Oasis de Zaheg.
Nous avions d'excellentes tentes, bien commodes, où, malgré les forts coups de vent et les orages que nous eûmes à essuyer, nous avons été parfaitement abrités, elles résistèrent aux plus forts vents ; enfin j'avais tout organisé, pour que pendant nos travaux dans le désert nous fussiçns aussi confortablement que nous l'eussions été dans une partie de campagne aux environs du Caire.
Pour perdre le moins de temps possible, en revenant le soir du lieu où nous terminions le travail de la journée jusqu'à notre camp, ce que nous faisions promptement à dromadaire, pour pouvoir être le matin sur le terrain des opérations avant le lever du soleil, et être à même de nous reposer pendant les chaleurs du milieu du jour; je faisais lever le camp une heure ou deux après notre propre départ, alors vers dix heures la caravane nous rejoignait, nous faisons établir le camp au lieu que j'indiquais en avant, nous allions nous y reposer vers onze heures ou midi, nous reprenions les opérations vers trois heures jus* qu'au coucher du soleil, et alors nous retournions au camp à dromadaire.
Malgré toutes les précautions prises, nous faillimes, une fois, manquer d'eau, à cause d'un graud coup de vent qui dura deux jours sans interruption et pendant lequel les chameaux ne purent marcher; à deux reprises différentes le mauvais temps nous retint deux jours sous la tente où nous fûmes pour ainsi dire recouverts de sable. Les brouillards aussi nous firent rester sur le terrain depuis le jour jusqu'à neuf heures, sans pouvoir faire une station, même de 50 mètres; et, pour en finir, les cha» leurs nous ont aussi tourmenté quelquefois dans la journée, depuis neuf heures du matin jusqu à quatre et cinq heures de l'après-midi.
Ces petites contrariétés,, que je rapporte ici, me conduisent à faire remarquer que si je les ai éprouvées combien les ingénieurs français de l'Expédition de 1799 durent-ils aussi essuyer les mêmes désappointements. Eux qui ne pouvaient avoir, comme nous, l'entière sécurité du désert où nous étions comme dans notre campagne ; eux qui au contraire devaient éprouver des craintes continuelles, tandis que nous étions là en maîtres, et que tous les Arabes que nous pouvions rencontrer n'étaient pour nous que des amis et des serviteurs empressés.
Maintenant je donnerai une idée des instruments dont je me suis servi dans mes opérations, et j'indiquerai la manière dont j'ai opéré; ensuite viendront les tableaux des résultats obtenus, et la comparaison de ces résultats avec ceux des nivellements précédents*
Dans les opérations de 18d7 faites par les ingénieurs françius conduits par M. Bourdaloue, aucun des six niveaux qui servaient ne fut mis hors de service pendant le cours de Topération, les théodolites; les boussoles non plus, et fort peu de mires furent cassées ; d'après ceci, j'aurais pu me contenter de deux instruments. Mais, comme je l'ai déjà dit, ne voulant laisser aux interruptions que le moins de chances possibles dans mes travaux, et de plus ayant su que M. Rochet d'Héricourt, consul de France à Djeddah, qui avait voulu faire le nivellement des deux mers, avait cassé trois fois son niveau tout à fait au début de ses opérations, je pris toutes mes précautions pour éviter de semblables accidents, je pris donc avec moi cinq niveaux ; deux seulement m'ont servi, les autres étaient en réserve. Ces deux niveaux étaient d'excellents instruments que M. Bourdaloue me laissa, lors de son départ d'Egypte en 18A7; c'étaient des niveaux cercles système Egault, exécutés par M. Gravet, successeur de M. Lenoir, et améliorés par M. Bonrdaloue.
Avec ces niveaux on pouvait lire très-facilement sur les mires jusqu'à 600 et 600 mètres dans quelques circonstances; mais je n'ai jamais pris de distances plus longues que A 60 mètres, c'était le matin et le soir; car après huit ou neuf heures et avant quatre heures lorsque le temps n'était pas couvert, le miroitement occasionné par le soleil sur le terrain et un peu de mirage ou de vent, empêchaient de lire sur la mire à plus de 160 mètres.
Avec des niveaux comme ceux que j'ai employés, les rectifications deviennent extrêmement faciles : la lunette est indépen^ • dante de la bulle d'air, et l'une et l'autre le sont du cercle de l'instrument ; ainsi Von prend à chaque station deux cotes en avant, deux cotes en arrière, ce qui donne une moyenne pour chaque cote; de plus j'ai toujours eu le soin de prendre à chaque station des distances égales pour éviter les erreurs provenant de l'instrument et aussi les corrections de la réfraction.
Outre ces deux niveaux j'en avais un des trois en réserve, qui est le niveau de détails de M. Bourdaloue; j'avais un niveau anglais de Troughton et Sinms d'une grande dimension; excellent instrument de vérification avec la lunette duquel on peut faci-
lemeot lire à 800 mètres, la bulle ayant 0",S6 de longueur, le corps de la lunette O^fib et le diamètre de Tobjectif 0",055.
Je ne me suis pas servi cette fois de cet instrument, parceque son maniement et sa rectification sont plus longs et moins faciles que pour les autres. Enfin pour dernière ressource, j'avais aussi un niveau d'eau, une excellente boussole nivellatrice à lunette de Chevalier, et un sextant pour prendre les directions et mesurer des angles; cela, avec des chaînes en rubans d*acier et des mires parlantes système Bourdaloue, composaient le total de mes instruments.
Ayant observé dans mes précédents travaux de nivellements toutes les difficultés et les causes d'erreur qui proviennent de la manière dont les mires sont posées et tenues, je me précautionnai contre cela : je fis faire avec de la tôle de l'épaisseur de 5 millimètres des plaques ayant 0*,80 de longueur sur 0»,17 de largeur, avec deux fortes fiches de 0'",12 de long sur 0",015 de diamètre tenant à la plaque avec des têtes rivées sur une £ace. Pour me servir de ces plaques, je faisais bien nettoyer le sol par le porte-mire, il égalisait le terrain, le creusant un peu si c'était du sable ou des terrains salés et spongieux qui enfonçaient. Alors sur ce sol devenu solide, il posait la plaque de tôle, et en sautant dessus avec les pieds il enfonçait les pointes dans le terrain et fixait la plaque sur laquelle était posée la mire entre les deux tètes rivées des deux pointes; la mire se trouvait ainsi fixée. Avec toutes ces précautions, et celle de ne pas travailler quand le vent faisait vaciller la mire, je crois avoir écarté toutes les chances d'erreur.
Pour le chaînage: les soldats, que j'avais exercés à ce métier, en avaient une longue habitude, c'étaient des soldats du génie, et d'ailleurs ils étaient encore surveillés par un des ingénieurs porte-mire ou par moi-même ou par M. Aivas en changeant de station ; car en passant à chaque mire j'indiquais auparavant la direction à prendre.
Lorsque le point de la station était fixé, mon instrument était établi, je lisais la cote sur la mire, mais sans que M. Aivas, qui était mon lecteur, en eut connaissance; alors, il lisait tout haut la cote qu'il voyait par le même coup de lunette que moi; si sa
Googlç -
lecture était conforme à la mienne, ^inscrivais cette cote après avoir regardé encore la mire; si non, nous recommencipns. Cela se faisait de même, après avoir retourné la bulle et la lunette pour avoir la seconde cote, et l'instrument étant retourné nous opérions de la même manière que pour les deux cotes de la mire précédente.
Mon opération terminée, nous allions àrinstrument de M. Aivas placé à quelques pas du mien , et là nous recommencions la même opération, lui devenant opérateur et moi lecteur^ Ainsi, nous avions deux carnets et quatre coups de niveau ou quatre cotes pour chaque point de mire, puisque le même servait aux deux opérateurs Ensuite à chaque piquet de repère, soit à celui que nous plantions à midi pour aller nous reposer, soit à celui du soir, nous calculions nos ordonnées; et alors nous voyions si celles d'arrivée étaient semblables ou leur différence tolérable. C'était donc un nivellement circulaire, qui se fermait à chaque repère. J'ai employé avec cette méthode, qui est celle de Bourdaloue, ses propres carnets, qui sont les plus commodes et les plus simples.
(Test avec ce mode d'opérations que nous partîmes de Suez et que nous arrivâmes à la fin de notre travail; et, comme on le verra plus loin, si nous avons une différence avec le nivellement de M. Bourdaloue, différence pourtant insignifiante, ce n'est que dans la première distance de Suez à son premier repère au monument persépolitain ; les autres, de repère à repère, sont nulles*
Le repère de M. Bourdaloue à Suez est marqué sur l'angle de droite de 1 escalier enclavé dans le quai, et servant à descendre à la mer devant la porte de 1 hôtel.
Le point de départ de nivellement des ingénieurs françai$ en 1799, est un piquet qu'ils placèrent aux vestiges de l'ancien canal et au niveau des laisses.
Le mien est un gros piquet placé au niveau des hautes marées du port de Suez, au nord du monticule de décombres nommé Tel-el-Clysmel, sur la ligne des laisses, près de la route conduisant de Suez à la jonction de l'ancien canal et du chemin des caravanes de la Mecque.
Ayant rapporté la tête de ce piquet au repère Bourdaloue à
l'hôtel de Suez sur l'angle de Fescalier, qui a pour ordonnée au dessus de la basse mer de Tinëh 2"',61, nous avons trouvé qu'il était en contre-bas de 0",91, ce qui donnerait l'ordonnée de la tèle de ce piquet au dessus de la basse mer à Tinèh à
En partant de ce point, nous avons pris un plan général de comparaison de 22"', 61, inférieur au repère Bourdaloue à Suez, ou supposé de ^0 mètres plus bas que la basse mer de la Méditerranée à Tinèh, puisque le repère donne 2",61 ; mais, comme d'après les résultats de nos nivellements et en prenant la moyenne des cotes d'arrivées des deux carnets : cotes dont l'une est de 22 -, 2140 et l'autre 22",1088, la diflérence étidt 0",1062, cette moyenne pour la cote ou l'ordonnée d'arrivée serait 22'*,1614. Or, puisque la cote ou l'ordonnée de ce point dans le nivellement Bourdaloue est de 21 '",98, nous trouvons donc notre point d'arrivée plus élevé de 0"481i que celui de Bourdaloue. C'est-à-dire que la basse mer k Tinëh serait plus élevée par rapport au repère à Suez de cette quantité. Ainsi nous retrancherons ces 0",1814 de l'ordonnée de notre point de départ, et au lieu d'avoir 1",70, nous aurons 1»,5186, et pour le repère Bourdaloue à Suez 2",4286; et alors toutes les ordonnées de nos nivellements ont été rapportées au niveau de la basse mer à Tinèh.
Nos carnets à la fermeture de chaque nivellement circulaire ont donné des différences très-minimes, qui ne peuvent laisser aucun doute sur l'exactitude de nos opérations.
An premier repère, éloigné du point de départ de 7400 met, la différence entre les deux ordonnées d'arrivée des deux carnete a été +0-,082 ;
Au second, sur une longueur de 25.200 mètres, elle a été de + 0",0160;
Au troisième repère, sur une longueur de 4.080 mètres, la différence était— 0-,0170;
Au quatrième, sur une longueur de 36.840 mètres, la diffé > rence était + 0»,0240;
Au cinquième repère, sur une longueur de 7.960 mètres, la différence des deux carnets a donné + 0",0126;
Au sixième, sur une longueur de 3.200 mètres, la différence était — 0,0018 ;
Au septième repère, la longueur nivellée était de 9.100 mètres et la différence était de + 0"»,0220;
Enfin au huitième repère, sur une longueur de 12. 260 mètres, la différence était de +0'»,0230;
Eu ne considérant le nivellement que comme un cercle commencé du point de départ et Unissant au point d'arrivée, la différence des deux carnets, sur une longueur totale de 10.66AO mètres, n'est queO",1052.
Résultais du Nivellement de 1853.
ORDOHNtet
par rapport i
la basse mer
de la Méditerranée
à Tinèh.
ORDOIfNÉIS
selon
les NivellemenU
de
Basse mer de la MéUiterranée à Tinèh
Bourdaloue, basse mer obseryée à Saei, le 25 novembre 1847
OfiOOO
liasse mer obs^ervée à Suez par les officiers anglais de la marine royale • • .
Basse mer d'équinoxe (irës-rare), d'après les renseignements du capitaine du port . . . .
Hautes marées à Tinèh, d'après des observations des ingénipurs autrichiens
Hautes marées à Suez^ observées par M. Bourdaioue.. •..•
Hautes maréjs à Sues, le 5 février 1853. . . .
Hautes marées à Suez, feclon les offlciers de la
marine anglaUe
Hautes marées extraordinaires, d'après les renseignements et d'après les laisses
D'après ces résultats» on a pour relations entre les niveaux des deux mers.
Basne mer à Saei, le 25 noT. 1847
Basse mer observée par les officiers anglais
Basse mer d'équiooxe extraordinaire • «...
Haute mer à Sues, le 25 nov. 1847.
Haute mer donnée par les officiers anglais
Haute mer, le & février 1863. . .
Hautes marées extraordinaires.. ,
A Dirv^Mim
moments
comparés à
Il buM m«r
à Tinèh. *
▲ BIVPÉ1KNT8
comparés k
la banta mer
à Tinèh.
lesNiTelkmenl de 1847 oomparés à la banfesm
Ca» des moyennes entre les hautes et basses marées à Suez et à Tinèfu
/ Hautes marées ordinaires + 9,0886
Suez. . I Basses marées ordinaires — 0,7414
V Moyenne entre la haute et la basse + 0,6736
/ Hautes marées + 0,3800
Tinèh. | Basses marées — 0,0000
\ Moyenne entre la haute et la basse + 0,1900
Différence en moins pour la Méditerranée 0,4836
Selon le Nivellement de 1847 0,6650
Repères du Nivellemeni de 1853 comparés aux mêmes repères du Nivellement de 1847.
Basne mer de la Méditerranée à Tinèh
Repère des iDgénieurs autricbieos à flnèh
Repère au piquet 29 L, 1853, point 26 de la triangulation
Bourdaloue sur les lagunes les plus élevées du lac Menzaleh^ près Fer danne ....
Repère 4 L, 1853, point A Bonrdadaloue, qui a été retrouyé et constaté
Piquet repère Bourdaloue, à l'embranchement du canal. Ce piquet n'est pas très-certain
Repère 3 L, 1853, au sérapéum.
Repère Bourdaloue, n* 83. Bur.ies laisses les plus élevées au bassin de risthme
RepèFe 2 L, 1853 et repère Bourdaloue B30x sur nn oloc de bois pétri Qé recouvert de concrétion sablonneuse aux laisses du bassin de l'Isthme
Repère 1 h, 1853. au monument persépolitain sur un bloc de grèd au sud de» fouilles, Bourdaloue E. .
Repère au chemin des caravanes, au piquet repère 3 L, 1853
Repère au piquet du point de départ n« t L. 1853
Repère quai de Saes à ThôteK le même que celui de Bourdaloue. .
OaDONNÉBS
an-deisns de la basse mer,
de la Méditerranée
à Tinèh.
l,9HO0 7,8210
nmriuiicB
avee
le Nivellement
de 1847.
Od voit par ce qui précède que la diffërenct absolue entre les deux nivellements, depuis le point de départ jusqu'au point d'arrivée, est de 0™,1814.
On doit remarquer que la plus grande difiérence qui existe entre les di£férents repères des nivellements de 1853 et de 1847, est celle entre le repère de Suez et le monument persépolitain ; différence qui est de 0'",26.
Le nivellement de 1853 ayant été fait en commençant à Suez pour aller vers le Nord, on a pour différences respectives :
Du repère de Suez à celui du monument persépolitain. . . + 0,2600 Du monument persépolitain au repère 2L, 1853, au repère
Bourdaloue B 30 + 0,0680
Du repère 2L, 1353, B Bourdaloue, à celui du Sérapéum. . + 0,0370
Du Sérapéum aupoint Adela base + 0,0260
Du point  au point 26 de la triangulation (incertain). . . . 0,0000 Du point 26 à la basse mer à Tinèh + 0,1814
Il nous reste à comparer quelques points de notre nivellement avec ceux qui, dans le travail des ingénieurs de l'expédition de 1799, peuvent être reconnus comme à peu près les mêmes.
Pour faire cette comparaison nous rapporterons à la haute mer de Suez, qui doit être à peu près la même, el les cotes du nivellement de 1853 et celles du travail de 1799.
Chemin des Caravanes de la Mecque : Ce point est bien indiqué k la station 6 et 7 du nivellement de 1799 :
j. I L'ordonnée des hautes mers k Suez. . . 48,7261 ■ "^^1 Celle du chemin 48,990 -^»*''*^
1853 i ^*^^^^°°^® ^^ ^^ 1^^^^® ^^^ ^ ^^^^ • • ^fi^^ l Celle du chemin 2,392