CANAL D»EAU DOUCE, AUJOURD'HUI ISMAILIÈH
Nous ne reviendrons pas ici sur l'ancien Canal d'eau douce du Nil à la mer Rouge, dont nous avons déjà donné l'histoire; il suffit de dire que le tracé de ce que nous avons nommé le canal de Trajan ou d'Adrien était pour ainsi dire le même que celui du Canal que l'on nomme aujourd'hui Ismaïlièh.
Dans la concession faite par le Vice-Roi d'Egypte Saïd-Pacha, il est seulement dit, au sujet du Canal d'eau douce, ce qui suit, à l'article VII du firman du 30 novembre 1854 : Dans le cas m la Compagnie jugerait convenable de rattacher par une voie navigable le Nil au passage direct de V Isthme, et dans le cas où le canal maritime suivrait un tracé indirect desservi par teau du Nili etc
A ce moment, la direction à donner au Canal d'eau douce, pas plus que son but, n'étaient donc bien déterminés; et l'on voit que, ni le Vice-Roi, qui donna le Firman de concession, ni M. de Lesseps qui le dicta, ne déterminèrent ce que devait être le Canal d'eau douce, ni même si le Canal de communication direct devait être alimenté ou desservi par l'eau du Nil.
Dans les instructions données par M. de Lesseps, qui furent combinées entre lui, Mougel-Bey et moi la veille du jour de notre rentrée au Caire après notre excursion dans l'Isthme, nous restâmes vingt-quatre heures campés dans les dunes de Kanka, pour rédiger ces instructions ; dans ces insti*uctions, il est plus clairement parlé du Canal d'eau douce, il y est dit : Ajouter au projet du Canal maritime un projet du Canal de communication ^ d'alimentation et d'irrigation^ dérivé du iVtl, ayant son point de départ entre le barrage et BouUik^ pour gagmr VOuadéé et arriver jusqu'au lac Timsah. Les dimensions en seront calculées de manière qu'en raison de sa pente et de son tirant Xeau^ le Canal puisse arroser au moins 100.000 feddans à l'époque de Tinondation. Ce Canal devra^ aux environs du lac Timsah^ avec lequel il communiquera, se séparer en deux branches de simple irrigation^ pour être dirigées Vune vers Suez^ la seconde vers Péluse.
On voit par là que la dérivation vers Suez ne devait servir qu'à l'irrigation et à la fourniture de l'eau aux habitants de Suez, et non pour la navigation.
On pensait effectivement que le Canal d'eau douce venant du Nil, duquel, au lac Timsah, on pouvait, à l'aide d'écluses descendre dans le Canal maritime, n'était pas utile pour la navigation jusqu'à Suez; mais le Canal maritime n'étant pas fait, la Compagnie a dû avec raison rendre la dérivation vers Suez navigable pour ses besoins.
Quant à la dérivation vers Péluse, comme on pensait faire l'entrée du Canal maritime à Péluse même, la dérivation du Canal d'eau douce de Timsah à Péluse se faisait facilement sur la berge du Canal ou à côté, puisque le tracé était dans les terrains à sec ; ce qui n'a pu avoir lieu, parce que le tracé définitif du Canal a traversé le lac Menzaléh.
D'après l' avant-projet, jusqu'au lac Timsah, le Canal d'eau
douce devait satisfaire à trois conditions : Il devait être assez large pour permettre la navigation aux barques et aux bateaux k vapeur qui naviguaient alors sur le Nil, et sans avoir besoin de transbordement. Le volume d'eau à fournir par ce Canal devait être assez considérable pour que les dépenses improductives, d'infiltrations, d'évaporation, de passage des écluses, étant faites, il restât encore assez d'eau pour l'irrigation de 100.000 feddans (&0.000 hectares) pendant l'hiver, et de 60.000 feddans (2i.000 hectares) pendant l'été ou l'étiage. Le niveau de l'eau devait être maintenu à la hauteur la plus favorable pour l'irrigation naturelle des immenses terrains qui se trouvent dans l'Isthme, et qui restent stériles faute d'eau.
On verra ce qui est dit à la suite de la précédente citation, au projet étudié par moi et approuvé par M. Conrad, ce qui n'est du reste que ce que contenait mon projet fait antérieurement.
Dans le second Firman de concession du 6 janvier 1866, au Chapitre 1*', article second, il est dit : la Compagnie devra exécuter à ses ftaiSi risques et périls : 2* trn Canal d'irrigation approprié à la navigation fluviale du Nil, joignant le fleuve au Canal maritime; 3* deux branches d'irrigation et d' alimerUa^ion dérivées du précèdent canai^ et portant leurs eaux dans les dieux directions de Suez et de Péluse.
Dans le rapport de la Commission internationale, on approuve entièrement le projet du Canal d'eau douce comme il est donné dans l'avant-projet, et il est dit que le GouvernemerU Égyptien s* est chargé d'exéciUer d forfait le Canal ieau douce de jonction et d'irrigation^ d'après l'évaluation de tavant-projet, ce qui était
Le projet du Canal d'eau douce du Nil au lac Timsah fut complètement dressé par moi, en décembre 1866. M. Conrad, l'ingénieur hollandais membre de la Commission internationale, vint alors pour examiner le projet, et suivit pas à pas le tracé sur les lieux mêmes, afin de l'examiner consciencieusement; après quoi, il y donna son approbation le l*' janvier 1867.
Mais avant d'entrer dans les détails de ce projet, il y a lien d'en reproduire plusieurs pièces, qui serviront d'éclaircissements pour plusieurs points.
Dans l'avant-projet, il était dit que le Canal de jonction ne
serait pa$ crmsé au-desfotis de l'étiage, et quil serait alimtnté à 2 mètres d'eau à partir du plafond à Taide de pompes ou autres machines à vapeur.
La Commission internationale avait approuvé ce projet, et laissé aux Ingénieurs de l'avant-proj^t toute latitude à ce sujet. Mais, dans une réunion du 8 avril 1856, cette Commission émit un avis qui me fiit communiqué, et qui tout en donnant des conseils ne concluait à rien, comme il est souvent arrivé ; c'était seulement pour mettre sa responsabilité à couvert. Voici cet avis :
Lorsque la Commission internationale a examiné à Alexandrie tavant-projet du Canal du Caire au lac Timsah^ elle a reconnu que V obligation éF élever au moyen d'une machine à vapeur les eaux nécessaires à la navigation et aux irrigations constituerait une assez lourde charge annuelle^ et qu'elle laisserait le service du canal abandonné à toutes les éventualités attachées à l'emploi des machines à vapeur. Elle, a pensé qu'il y aurait peut-être dès lors avantage à descendre le plafond du canal à 2 mètres audessous de Vétiage^ sauf à faire les frais de T établissement dans le fond de ce canal d'un revêtement en béton^ qui aurait pour but de prévenir l'envahissement de la cuvette par les sables régnant au^ssom du plan de Tétiage. Ce revêtement devrait embraser toute la partie du périmètre de cette cuvette creusée dans le sable -^ peut-être même pourrait-on se borner à t appliquer, sur les talus et les parties du plafond cotitiguës.
Cfn aurait aussi à exécuter quelques dispositions^ pour fmpéeher la formation de bancs de sables^ qui viennent dit-on toujours se placer dans le Nil en tête des canaux séfl ; Von y parviendrait en établissant dans le Nil une digue submersible en enrochement^ qui obligerait Veau^ à l'étiage^ à couler contre la rive droite du fleuve^ près du point où se ferait la prise d'eau.
L'abaissement du plafond du canal aurait pour conséqueru^e la suppression d'une écluse.
D'ailleurs, la Commission internationale s'en rapporte, pour l'exécution du meilleur mode à choisir, aux études et à l'expérience locale de MM. Linant-Bey et MougelBey, ainsi qu'à la décision que prendra S. A. le Vice-Roi d'Egypte après les avoir
entendus. (MoageI-*Bey était en Europe pendant tout le temps des études et des travaux préparatoires).
Je trouvai cet avis bien pâle, et je l'appréciai comme une de ces choses qui se font banalement dans une réunion, pour dire quelque chose.
Voici ce que je répondis :
Le Canal d'eau douce dérivé du Nil au-dessus de Boulak, nommé Khalig Zaffrannë, qui doit être conduit jusqu'au lac Timsah, est en partie creusé. C'est en 1837 que Méhémet-Ali voulut faire de ce canal un cours d'eau pour l'arrosage, pendant l'étiage, des terrains du Calioubiéh et du Gherkiëh ; il ne voulût pas que l'on s'en servit pendant les crues et pour les inondations, ce qui d'ailleurs n'était pas nécessaire, puisque pour cet usage il y avait d'autres canaux ; il voulait conserver celui-ci pour l'étiage, en empêchant qu'il ne fût comblé pendant les crues par les troubles et les sables.
Ce canal a été creusé depuis le Nil jusqu'aux environs d'Abou- Zabel, sur une longueur de 30 kilomètres, et dans plusieurs parties plus profondément qu'il était même nécessaire.
Les sables coulants commencent à être considérables à Mesteroud, distance de 12.i00 mètres environ de la prise d*eau, et l'on remarque sur le parcours du canal de ce point jusqu'à Bulbels que, quoique étant creusé seulement à une profondeur de deu}( mètres plus ou moins au-dessous du sol, les berges sont formées de terrains sablonneux.
Le nouveau canal, qui doit appartenir à la Compagnie Universelle du Canal de Suez, ne peut emprunter cette dernière partie d'Abou Zabel ou de ses environs jusqu'à Bulbeîs; car, alors il serait tributaire pour les eaux de tous les terrains riverains qni sont arrosés aujourd'hui, et ainsi la Compagnie ne pourrait plus faire arroser pour son compte la quantité de feddans que les eaux du canal lui appartenant exclusivement peuvent arroser.
Or, le canal Zafirannè dans la première partie, c'est-À-dire depuis sa prise d'eau jusqu'à Kafr Hamza, emplacement de la première écluse s^rès celle de la prise d'eau, qui doit former le premier bief, n'est tributaire de l'arrosage d'aucun terrain: puisque jusqu'à présent il ne reçoit pas directement d'eau du
fleuve par sa prise d'eau, qui n'a jamais été ouverte : le canal étant resté à l'état de fosse creusée sans utilité. Les terrains à l'est de ce canal sont arrosés par le prolongement du Khalig du Caire, qui coule parallèlement à l'autre jusqu'à Abou Zabel ; et ceux de l'ouest, par un autre canal nommé le Boulakièh, qui a sa prise d'eau près de celle du Khalig ZaiTrannè à une centaine de mètres au nord. Tous les deux ont été creusés pour donner de l'eau pendant les crues et les inondations, afin de ne pas être obligé de se servir du canal ZaiTrannè pendant cette saison, comme nous l'avons dit.
Ce sont là les raisons principales pour lesquelles on a choisi la partie du Khalig ZafTrannè du Mil à Kafr Hamza, pour devenir le canal de dérivation et d'irrigation devant appartenir à la Compagnie.
Au-dessous d'Abou Zabel et de Tel-el-Yeuoud, la partie du Khalig ZafTrannè, qui va plus au nord jusqu'au canal de TOuadée, reçoit ses eaux d'un grand canal dont la prise d'eau est plus bas que Choubra vers le nord. Ce canal, nommé le Chercawè, un peu au-dessous de Tel-el-Yeuoud, à Chibin-el-Canater, se divise en deux : une dérivation vient dans le Khalig ZaiTrannè pour servir aux arrosages des terrains de la partie orientale du Gherkièh jusqu'à l'Ouadée, l'autre dérivation porte ses eaux dans la partie occidentale. C'est pour cette raison qu'un peu au-dessus de ce point de partage des eaux du Chercawè, le Khalig Zaffrannè, devant devenir le canal de la Compagnie, devra décliner vers le nord-ouest pour aller rejoindre la lisière du désert, en dehors, vers Test, de tous les terrains aujourd'hui cultivés, et en ayant sur sa rive droite les terres incultes, qui pourront lui appartenir ; de cette manière toutes les eaux fournies par le canal pourront être employées à l'irrigation des terrains qui doivent appartenir à la Compagnie.
Les sondages et les fosses exécutés sur le tracé de ce canal, depuis Tel-el-Yeuoud jusqu'à l'Ouadée, ont fait connaître que partout le terrain était sablonneux. On reconnaît de même que l'ancien canal, fournissant l'eau d'inondation aux cultures dans cette partie, est dans des terrains semblables, et que, seulement le dessus des terres est du limon du NiL Ainsi, pour avoir un
terrain entièrement d'allnyion pour y creuser un canal, il faudrait se porter beaucoup trop dans les terres cultivées vers l'ouest, ce qui serait extrêmement coûteux, pour l'achat des terres et ensuite pour fournir l'eau aux propriétés riveraines du canal actuel.
Dans ce cas, la Compagnie ne pourrait d'ailleurs arroser par ce canal aucun des terrains qui peuvent lui appartenir le long du désert, ces terrains se trouvant alors séparés du canal par d'autres appartenant, partout, à des particuliers.
Voici les raisons qui légitiment le tracé du canal le long de la lisière du désert, dans des terrains au-dessus du niveau des terres aujourd'hui cultivées.
Dans tous les canaux dont on se sert pendant l'inondation et pendant l'étiage, qui, par conséquent, sont creusés au-dessous des étiages, on rencontre, surtout pour ceux qui sont dans le haut du Delta et le long du désert, comme le Kbatatbé dans la province de Béhéré, une couche de sable à travers laquelle les eaux filtrent à la hauteur des étiages ; ce qui fait qu'avec les moyens ordinaires de curage on ne peut parvenir, même avec beaucoup d'hommes, à curer plus de 0",50 en moyenne.
Au Khatatbé, par exemple, pour la partie de la prise d'eau qui s'étend jusqu'à Terrièh; distance d'environ 36 kilomètres, on emploie chaque année de 16 à 20 mille hommes pendant 30 à AO jours ; et si, au moment où Ton firtit le curage, le Nil ne commençait pas à monter, on ne conserverait pas cette hauteur d'eau de 0»,50.
Au Bahr Ghibin, il y a tous les ans environ 30 à àO mille hommes employés à curer la prise d'eau, et on a à peine 6»,50 de profondeur.
Au Bahr Moêze, il en est de même ; comme il y a des sables à une grande distance de la prise d'eau, on renonce à le curer.
Le Ghercawè, près de Choubra, est à peu près dans le même cas ; il faut environ J5 mille hommes chaque année, quoique sa prise d'eau et le canal s'ensablent et se comblent beaucoup moins.
D'après ceci j'ai depuis longtemps été porté à conseiller de ne plus employer ces canaux séfi, à moins qu'ils ne fussent alimen-
tés par des pompes à vapeur; car, si le grand nombre des hommes occupés à les carer, étaient employés chacun dans son village, sur les bords des canaux ou du Nil à arroser directement son champ avec des nattais, catouas, chadoufs et sakiébs (1), le produit serait plus considérable que par les eaux des canaux séfi; et d'ailleurs chacun jouirait de son travail direct, ce qui est loin d'exister par le curage des canaux séfi, comme je l'ai dit à la notice spéciale sur ces canaux.
Ce sont toutes les raisons qui précèdent, qui nous avaient portés, mon collègue et moi à proposer de ne curer le canal d'alimentation seulement qu'à la profondeur de l'étiage, et d'alimenter pendant le temps des basses eaux au moyen de machines élevant les eaux à trois mètres au maximum.
Le canal serait presque partout creusé dans des terrains sablonneux ; ainsi moins il y aura de profondeur, et moins grande sera la quantité de sable dont il se comblera.
Supposons qu'il soit creusé jusqu'à deux mètres au-dessous de l'étiage, afin de donner la profondeur d'eau nécessaire à la navigation et de pouvoir se passer de machines à vapeur pour l'alimenter : il est certain que dans tout le premier bief, qui a environ 3A.000 mètres, il y aura chaque année un dépôt provenant des sables et du limon apportés par le Nil pendant l'inondation t et, pour curer cet apport des eaux du fleuve, le canal étant creusé à 2 mètres en contrebas de l'étiage, il faudra de toute nécessité employer des dragues.
Ce n'est pas seulement les sables apportés par les eaux des crues qui combleraient le canal, ce sont encore peut-être comme au Khatatbé ceux qui surgissent du fond, et qui coulent des couches de la partie basse des berges par la pression énorme des cavaliers; au minimum, et d'après bien des expériences, sur une couche de 0",50 en moyenne; cela ferait, pour le premier bief seulement, un cubage d'environ A./188.OOO mètres.
Une drague de la force de vingt chevaux, car on ne pourrait en employer de plus grande sans trop encombrer le canal où doit avoir lieu la navigation, enlèverait en moyenne 500 mètres
(i) Paniers manœuvres par deux hommes, bascules, norias.
cubes par vingt-quatre heures, et pour avoir le curage fait au moment de Tétiage, il faut commencer deux mois avant, car plus tôt il y aurait trop d'eau et les dragues fonctionneraieDt moins; alors il faudrait quinze dragues, ou l'emploi de trois cents chevaux.
On peut dire, aujourd'hui, qu'il serait avantageux d'employer les grandes dragues qui ont servi au Canal de Suez ; mais ce serait difficile, le canal n'aurait que 25 mètres à la ligne d'eau pendant l'étiage ; il faut élever les déblais sur les chemins de halage à 9 mètres, puis 4 à 5 mètres pour les cavaliers ; les machines pour cela obstrueraient le canal. Et, s'il fallait porter les déblais au moyen de marie-saloppes, l'encombrement serait encore bien plus grand.
Le régime du Nil fait que souvent à l'emplacement de la prise d'eau d'un canal il se forme un atterrissement considérable, qui rejette les eaux loin de la prise d'eau; tandis que dans d'autres cas, il se fait des affouillements de 13 à 15 mètres et même davantage.
Au moyen de travaux d'épis et d'endiguement en enrochement, on peut quelquefois remédier à ces inconvéniens ; et j'ai exécuté de ces travaux en grand nombre, dont les uns ont parfaitement réussi, taudis que d'autres dans les mêmes circonstances n'ont donné aucun bon résultat. Ici, à l'embouchure du Kbalig Zaffrannè un travail pour rejeter les eaux du fleuve sur la rive où est la prise d'eau du canal, serait dangereux ; car s'il venait à se produire des aiïouillements comme ceux dont nous venons de parler, les palais du Vice Roi, les magasins du Gouvernement et une partie de Boulak, bâti sur le fleuve, seraient menacés et il faudrait des travaux très-coûteux pour les préserver.
Ceci est tellement vrai que, depuis que le Vice-Roi a fût combler un bras du Nil qui passait à l'ouest de l'île qui est devant Boulak et Gasrel-Nil, les eaux se sont précipitées pendant les crues sur la prise d'eau du Kbalig Zaffrannè, et que l'affouillement, qui était en cet endroit de 13 mètres, est arrivé à 19.
Le cas d' atterrissement est absolument le même pour la prise
d'eau du canal, soit qu'on le creuse jusqu'à l'étiage seulement, soit de 2 mètres plus bas; mais il est plus facile, lorsque le canal a ses eaux plus élevées que celle du fleuve, de pouvoir rendre praticables les abords de l'entrée du canal, et de conduire ses eaux jusqu'aux machines qui doivent les puiser. Au surplus, ces deux cas ne sont pas à craindre pour Gasr-el-Nil : les localités font que rien ne porte à croire à un atterrissement, et l'on pourrait facilement se prémunir contre un affouillement ; car il e^ facile de changer le cours du fleuve, si cela devenait nécessaire.
C'est pour la plus petite quantité des canaux séfi, que des bancs de sable se sont formés devant leur prise d'eau.
Le Bahr Chibin, Mit Affifi et Bahr Moèze sont dans le premier cas; mais le Khatatbé, le Khadrawiè, le Bouhièh, le Mansourièh, le Bagourièh, le Sersawièh, le Ghercawiè et le ZaflFrannè n'ont aucun atterrissement devant leur prise d'eau, depuis plus de trente-cinq années que je les connais.
Si, pour le canal de la Compagnie ou le Rhalig Zaffrannè, les sables qui surgissent du fond des berges et ceux qui sont apportés par les crues devenaient considérables, et que, comme on le conseille, on voulût, pour maintenir le plafond à 2 mètres au-dessous de l'étiage, faire un revêtement en béton sur tout le plafond et aussi sur les parties basses des talus des berges, ou bien seulement cette partie et une du plafond sur la longueur du premier bief, cela occasionnerait une dépense d'environ 28.000.000 de francs, et il y aurait bien d'autres inconvénients; ce travail n'est pas du tout pratique.
Cet immense travail, n'empêcherait pas un curage annuel du sable et du limon apporté par les eaux du Nil pendant les inondations; seulement le plafond et les bas des berges seraient maintenues.
Pour faire ce revêtement, il faudrait creuser le canal au moins à 3 mètres plus bas que l'étiage, au lieu de 2; ce qui ferait un cubage de 2.958.000 mètres cubes sous l'eau pour le premier bief, et cela avec des machines que l'on est fort éloigné de posséder, et par conséquent il y aurait un énorme retard dans la construction du canal.
U faudrait, en creusant le canal à cette profondeur, changer entièrement les choses.
Le Gouvernement égyptien ou le Vice-Roi possède des ouvriers pour creuser et curer le canal jusqu'aux eaux d'étiage à peu près ; msds il n'a pas, pour le moment, de machines pour le creuser à 3 mètres sous l'eau. U faudrait attendre la confection de ces machines, dont le système est même encore à inventer pour un bon nombre ; car nous n'en connaissons pas qui puissent, sans de grands changements, fonctionilfer dans les circonstances qui se présentent ici. Et certainement le Vice- Roi ne pourrait plus exécuter le creusement du canal aux mêmes conditions que celles auxquelles il s'est engagé de le faire.
Le canal, devant être creusé plus profondément, devrait par conséquent avoir une plus grande largeur au niveau des hautes eaux ou des terrains: cela occasionnerait des terrassements plus considérables et l'occupation, pour le premier bief, de bons terrains appartenant à des particuliers en plus de ceux prévus, augmenterait encore la dépense.
Les écluses devraient avoir leur radier plus bas, ce qui ferait que les poi-tes devndent avoir 10 mètres de hauteur, ou bien il faudrait faire deux écluses au lieu d'une.
Les pont-levis devraient aussi être changés, quant aux maçonneries qui les soutiennent
Nous avons des ponts construits déjà sur le tracé du canal, avec radiers, et ils doivent servir comme ponts de passage; il faudrait, en creusant le canal à 2 mètres en contre4)as de l'étiage, élever tous ces radiers.
Ainsi, d'après tout ce que je viens d'exposer^ il est évident qu'en creusant le canal à 2 mètres en contre-bas de l'étiage, les dépenses seraient considérablement augmentées sans avantages, et que le Vice-Roi ne pourrait plus exécuter ce travail qu'avec de nouvelles conditions de temps et surtout d'argent
On a vu d'ailleurs que les curages sous l'eau ne pourraient être que faiblement épargnés, et que la navigation serait consdérablement entravée.
Au contraire, en ne creusant le canal que jusqu'à l'étiage et en l'alimentant avec des mach'mes à vapeur pour y maintenir
2 mètres d'eau à Tétiage, ce qui le rendrait propre à la navigation, comme cela se pratique pour le Mahmoudièh, canal de communication d'Alexandrie au Nil, on peut toujours en trèspeu de temps facilement curer le canal, puisqu'il peut être mis
sec partout et curé à main d'homme, ce qui est un moyen prompt, facile ici, et moins coûteux que par les machines, même en payant les ouvriers convenablement.
Quant aux machines à vapeur pour le canal, elles ne doivent point être considérées au point de vue de l'entretien de la navigation ; elles sont établies pour fournir les eaux à l'arrosage des terres que la Compagnie fera cultiver, et qui pendant l'été ne pourraient l'être sans ces machines. Ces eaux, étant déversées dans le canal pour arroser les terres, sont immédiatement élevées de 2 mètres, et la navigation se fait sur cette eau sans en faire une dépense appréciable.
Les 6000 feddans qui sont énoncés dans l'avant-projet pour être arrosés pendant les basses eaux, seront probablement considérablement augmentés; ce qui peut se faire, si les eaux sont fournies par des machines dont on peut augmenter le nombre. Il n'en serait plus de même, en creusant le canal plus bas que Tétiage et sans machines ; car le canal ne peut fournir d'eau que d'après ses dimensions, les cultures pendant l'étiage seraient toujours bornées à la recette naturelle des eaux du canal, dont la section, la pente sont déterminées, sans qu'il puisse y avoir d'augmentation.
Il est à remarquer aussi que les établissements de machines à vapeur ne coûteront pas plus que les 15 ou 20 machines à curer, à draguer ou excaver dont on aura besoin pour l'entretien; car il faudra pour celles-ci un personnel bien plus considérable; de même pour le charbon. Les machines à vapeur élévatoires pour l'alimentation du canal, qui pendant peut-être huit mois chômeront, peuvent servir de moteurs pour des établissements industriels.
Quant à placer les machines à vapeur alimentaires du canal à la prise d'eau du Klialig du Caire, au lieu de les mettre à l'embouchure du Khalig ZafTrannè, qui est celui pour la Compagnie, il y a en cela des inconvénients. Le Khalig du Caire ne peut être
Digiti
creusé même jusqu'à l'étiage sur la largeur moyenne qu'il a de dix mèti*es, car il est eutiërement bordé de maisons, de mosquées« dont les fondations s'ébouleraient. Pour pouvoir y déverser les eaux puisées au Nil pendant l'étiage, il faudrait les élever à A ou 5 mètres environ, ce qui est de beaucoup plus qu'à la prise d'eau duZaffirannë.
On pourrait seulement, pour entretenir continuellement un cours d'eau dans le Khalig du Caire, qui seiTirait aux besoins de toute la ville traversée par ce canal et dont le surplus retomberait ensuite dans le Khalig Zaffrannë, établir une pompe à vapeur dont le produit ser^t proportionné à la quantité d'eau voulue. Mais alors il faudrait que la Compagnie fournit des eaux pour l'irrigation à toute la partie de terrains qui se trouve entre le désert et le Khalig Zaifrannë, depuis* le Caire jusqu'à Âbou Zabel, partie arrosée aujourd'hui pendant les inondatious par le Khalig du Caire.
Après que ces éclaircissements eussent été envoyés à H. de Lesseps, une note de lui me laissa libre de décider le mode que je jugerais à propos d'employer pour le Canal d'eau douce; et c'est alors que je dressai le projet définitif, ainsi que le mémoire signé avec moi par M. Conrad et que voici plus bas. Quoiqu'il soit un peu long et qu'il contienne des répétitions de ce qui a déjà été dit, je crois qu'il n'est pas inutile de le reproduire en entier; cela peut être utile pour l'exécution de ce canal, qui n'est pas encore terminé.
RAPPORT SUR LE TRACÉ DU CANAL D'BAU DOUCE OU DE JONGHON ET DE COMMUNICATION DE L'ISTHME DE SUEZ.
D'après ce qui fut arrêté dans une séance du 26 novembre 1866, nous avions à :
!• fixer sur le terrain le tracé définitif du Canal d'eau douce ou de jonction et d'irrigation, au moyen de fosses ;
2? indiquer l'emplacement des écluses et des côtes ;
5* entreprendre l'exploitation des carrières ;
â** placer les barraques au fur et à mesure de leur arrivée (six maisons et six barraques) ;
§• recevoir le, matériel commandé , puis indiquer sa destination ; j
6* chercher un emplacement pour les magasins de la Gom- 'i
pagnie sur le Canal. 1
Après avoir donné au grand Conseil un état relatif à quelques- \
uns de ces différents articles, nous avions à examiner sur le terrain, les plans, profils, biefs, positions des écluses, etc., relatifs au Canal d'eau douce, travaux qui' tous étaient déjà faits.
En conséquence nous nous disposâmes à parcourir la ligne du tracé de ce canal sur toute sa longueur, tracé déjà indiqué par des piquets placés de 300 à 400 mètres les uns des autres, avec leurs numéros d'ordre et leurs cotes de nivellement rapportées toujours au même plan de comparaison que ceux du nivellement du Canal maritime.
La première question à examiner était la prise d'eau du canal.
Le projet avait été de se servir de la prise d'eau du Khalig- Zafirannè, qui se trouve à Casr el-Nil -, mais cette prise d'eau , qui n'a jamais été ouverte, ayant été enclavée dans l'enceinte du palais du Vice-Roi depuis le premier projet, nous avons été conduits à mettre plus en aval cette prise d'eau de la distance de 110 mètres environ, et celle du canal Boulakièh à 70 mètres environ en aval de l'endroit où elle est aujourd'hui ; ce qui permettra de passer entre deux propriétés, sans que ce petit canal empiète en rien sur elles, mais au contraire leur donne plus de valeur par sa proximité.
Avant d'aller plus loin, nous donnerons les raisons qui nous ont fait choisir cet emplacement de préférence à tout autre, pour y placer la prise d'eau du Canal de la Compagnie.
Le Khalig Zaffrannè a été recreusé il y a environ 30 années pour devenir canal séfi, ou utilisable pendant l'étiage, et servir
pour Tarrosage des provinces de Calioubièh et Cherkièh. Ce canal a sa prise d'eau entre Boulak et le Vieux Caire, va
presque directement en longeant la ville du Caire du côté nord jusqu'auprès de la lisière du désert ; là il rencontrait le Khalig du Caire, et ces deux canaux réunis couraient vers le nord au milieu des terres cultivées jusqu'aux environs de Tel-el-Yeuoud, où un autre canal nommé le Chercawè , qui a sa prise d'eau en aval de celle du Khalig Zaffrannë à environ trois lieues, venait se réunir à eux.
Le recreusement séfi de ce canal ne put être terminé dans une campagne avant la crue du fleuve, quoique creusé de moitié, et Méhémet-Ali ne voulut pas absolument, qu'on y laissât entrer les eaux, craignant que la partie creusée ne fût comblée par le limon du Nil. Alors, pour l'arrosage des terres sur lesquelles ce canal devait conduire les eaux jusqu'à sa jonction avec le Chercawè , il fallut faire deux canaux, l'un pour la partie des terrains à l'est entre le désert et le Khalig-Zafirannè, l'autre à l'ouest pour la partie entre le canal et le Nil; le premier fut le prolongement du Khalig du Caire jusqu'à Kafr Hamza, le second fut le Boulakiëh.
Alors, par le moyen de ces deux canaux, dont le premier court latéralement au Khalig ZafTrannè dans toute sa longueur, on n'eût plus besoin du nouveau canal pour inonder les terres; et comme depuis cette époque on n'a jamais creusé de nouveau le Khalig ZafTrannè, sa prise d'eau n'a jamais été ouverte, et l'ar* rosage des terres s'est continué jusqu'à aujourd'hui au moyen des eaux du SJialig du Caire et du Boulakièh.
I^iC canal Khalig Zaffirannë jusqu'à ce jour ne donne donc pas d'eau du Nil, et par conséquent il ne peut devenir tributaire des terrains riverains. C'est ici une des principales raisons qui l'ont fait préférer pour être le canal d'eau douce die Suez pour la Compagnie, puisque cela ne peut causer aucun changement ni pour les propriétaires ni pour le Gouvernement.
Le canal Khalig Zafirannè, ainsi qu'on le voit, quoique traversant partout jusqu'à Abou-Zabel des terrains cultivés, n'est tributaire d'aucun pour ses eaux.
Un peu au nord de ce point , à Chibin-el-Canater. une partie des eaux du Chercawè vient coulerdans le Khalig ZafTrannè, et sert alors à l'arrosage des terrains que ce canal traverse en cou-
rant vers le nord. C'est pour ces raisons , et pour faciliter la construction de différents biefs que doit avoir le Canal d'eau douce, que Ton a choisi la première partie de ce canal depuis le Nil jusqu'à Âbou Zabel pour être le Canal d'eau douce et de communication.
Il eût été difficile et très-dispendieux de fsdre autrement.
Dans le cas où l'on eût dû faire la prise d'eau en aval de Boulak par exemple , il aurait fallu traverser des terres cultivées pendant environ cinq lieues, couper les canaux d'arrosage existants, et rendre le canal tributaire de l'arrosage des terrains que tous les autres canaux coupés ne pourraient plus arroser à cause du nouveau canal, sans des travaux d'art considérables.
On ne pourrait non plus prendre la prise d'eau du canal en amont de Casr-elNil où se trouve celle du Kbalig Zaffrannè, ou en amont du Vieux Caire ; car il aurait fallu traverser le rocher qui se trouve entre Eter-el-Nabé et le Caire, puis les hauteurs de décombres de l'ancienne Fostat, l'aqueduc conduisant les eaux à la Citadelle, et les jardins qui existent depuis l'aqueduc jusqu'auprès de la porte de Bab-el-Bahr où l'on devrait absolument se jeter dans le Khalig Zaffrannë.
La seule prise d'eau à laquelle, à part celle du Khalig Zaffrannè, on aurait pu penser, est celle du Khalig du Caire; et certainement si le canal avait pu traverser cette ville, c'était peut-être ce qu'il y avait de mieux , quoiqu'il y ait de graves inconvénients.
Le canal traversant le Caire est bordé de maisons, de mosquées , qui sont bâties tout à fait sur ses bords, ne laissant ni chemin, ni quai, et pas plus de dix mètres de largeur, en moyenne, d'un côté à l'autre. £t d'ailleurs aujourd'hui il n'est creusé qu'à environ quatre mètres au-dessus dp Tétiage maximum, et les fondations des maisons et des mosquées vont à peine au niveau de l'étiage.
Sur le parcours de ce canal il y a beaucoup de ponts, sur quelques-uns desquels sont des habitations. Il faudrait donc, pour le rendre assez long et navigable, faire de tous ces ponts des ponts mobiles, abattre sur toute la longueur les maisons et les monuments publics, ce qui serait une affaire colossale.
De plus, la prise d'eau de ce canal est dans le petit bras du fleuve formé par Tlle de RhOuda et en amont de l'Ile ; le régime du fleuve fait que dans quelques inondations il se forme des atterrissements qui pendant l'étiage interceptent entièrement le passage des eaux par les bras du Nil où est la prise d'eau du Rhalig du Caire, et à tel point, qu'il y a quelques années on a ensemencé totalement le lit de ce bras pendant Tétiage.
En examinant aussi le cours du Nil en amont de la partie de nie de Rhouda, on ?oic que pour assurer en tout temps l'écoulement des eaux par le petit bras, il faudrait faire de très-grands travaux, qui encore à cause des localités ne pourraient assurer le but qu'on se proposerait.
La prise d'eau du Khalig Zaffrannë est au contraire, on ne peut mieux située ; le cours du fleuve y vient en plein, la profondeur y est grande; rien ne fait présumer que le cours du Nil dans ce lieu puisse être changé, et à cause des localités on peut facilement maintenir le cours du fleuve où il se trouve^ d'autant plus que le Gouvernement, qui a son port de commerce à cet endroit jusqu'en aval de Boulak, avec tous ses établissements, et les palais même, aura toujours soin de faire faire les travaux nécessaires pour conserver le thalweg du fleuve dans cette partie.
Ainsi donc, toutes ces circonstances ont décidé à conserver l'ancienne prise d'eau du Khalig Zafirannè, pour celle du Canal de communication de l'Isthme de Suez.
En conséquence, les instructions, qui déjà depuis plusieurs mois avaient été données à M. Louis de Montaut, ingénieur sous les ordres de Linant-Bey et chargé par lui des .projets des travaux d'art du canal d'eau douce, ont été confirmées (1).
(1) Il faut dire ici que M. de Montaut n*a jamais rien fait de ce que comportaient ses instructions, si ce n^est un projet non terminé de la prise d'eau , qui a été entièrement désapprouvé, et que j'ai dû refaire. C'est celui approuva et signé par M. Conrad. Voir pi. V, n* 1.
InstrtÂClions pour t Étude du Projet des travaux d'arts qui doivent être exécutés aux prises Seau du Khalig Zaffranné el du Khalig Masri.
La prise d'eau du Canal d'eau douce ne pouvant plus être placée juste à celle du Khalig Zaffranné, puisque S. A. le Vice- Roi vient de faire enclaver cette partie du canal dans l'enceinte de son palais, on devra la reporter plus en aval du fleuve, entre le mur d'enceinte et le petit canal Boulakièh se trouvant à environ 120 mètres plus en aval que le Zaffranné.
Si cet espace était suffisant pour la prise d'eau du Canal avec le barrage qui doit être établi, pour Técluse à sas et pour l'établissement des machines à vapeur devant alimenter le canal de communication du projet du percement de l'Isthme de Suez ; alors, on laisserait le petit canal d'inondation Boulakièh sur l'emplacement où il se trouve ; sinon, il devra être reporté plus au nord en aval, pour avoir l'espace de terrain nécessaire.
On raccordera la prise d'eau nouvelle du Khalig Zaffranné avec le Canal par une courbe d'un rayon convenable pour la libre circulation de la navigation, sans pourtant donner à ce rayon une trop grande dimension, afin d'empiéter le moins possible sur les propriétés.
Les machines à vapeur, devant alimenter le Canal à la saison des étiages, devront être placées entre la prise d'eau du canal et l'enceinte du palais de Son Altesse à moins que l'espace manque, car alors il faudrait les placer en aval de sa prise d'eau.
On doit penser que quatre machines à vapeur, destinées à alimenter ce Canal, qui doivent premièrement être placées à la prise d'eau, ne suffiront pas plus tard pour les exigences des arrosages des terrains pouvant être cultivés par la Compagnie ; et que dans cette supposition, il faut réserver de la place pour l'établissement de machines additionnelles, pour leurs dépendances et pour ce qui est nécessaire au passage des écluses.
L'écluse à sas de la prise d'eau, ainsi qu'il a été décidé, devra avoir 12 mètres de largeur, et 54 mètres de longueur entre les buses.
Le radier de cette écluse sera placé à 0",80 en contrebas des
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plus grands étiages indiqués sur le profil du canal, car dans cette saison les bateaux, qui ont ce tirant d'eau, trouvent souvent dans le cours du fleuve des passages où ils ont bien des difficultés pour passer ; il serait donc inutile de descendre ce radier plus bas.
Dans ce Canal, le plafond doit être à l'",â5 au-dessus des plus grands étiages connus, ce qui fera que ce plafond sera à peu près à la hauteur moyenne des étiages.
Le couronnement desbajoyers des écluses sera placé à O^fAO au-dessus du niveau des plus hautes eaux indiquées sur le profil ou H",H5.
Ces écluses devront avoir double jeu déportes, les unes retenant les eaux d'étiage dans le Canal lorsque les machines les maintiendront plus élevées que celles du fleuve, et les autres pour retenir les eaux des crues et des inondations. Ces portes se trouveront avoir environ 9",990 de hauteur, plus les 0",40 de hauteur des bajoyers, mais ne soutiendront au maximum qu'une pression due à laretenue de t'",80 provenant de la différence de hauteur des eaux dans le Nil et dans le canal, au moment des inondations maximum, comme cela est indiqué sur le profil de ce caq^al.
Les premières portes ; celles intérieures n'auront à soutenir que la hauteur des eaux déversées dans le canal par des machines à vapeur, et pour celles extérieures, ce sera cette même hauteur plus la différence du plafond du canal avec celle du radier de l'écluse, ou plutôt avec le niveau des eaux d'étiage dans le fleuve.
Le Canal devra avoir deux mètres d'eau fournie par les machines, sa cote sera 17'",295 ; ces eaux seront donc à 8",450 au-dessus des plus grands étiages connus.
Ainsi, les machines à vapeur devront être disposées de manière à puiser l'eau à la hauteur de la cote des plus grands étiages ou 20",7A&9 6t à pouvoir la déverser dans le canal de manière à avoir la hauteur d'eau voulue.
A cdté de l'écluse à sas doit être un barrage régulateur pour déterminer les eaux du canal, dont le radier sera placé au niveau du plafond de ce canal ; de manière à y retenir les eaux
qui y seront déversées par les machines à vapeur pendant l'éliage, et permettre aux eaux des crues d'y entrer, lorsqu'elles seront à un niveau convenable pour remplacer les eaux fournies par les machines et donner celles indispensables pour les arrosages et la navigation.
Ce barrage devra être disposé de manière à ce que pendant les inondations il puisse retenir les eaux du Nil, et ne laisser passer dans le Canal qu'une quantité donnant le maximum de hauteur indiqué dans le profil, à la cote de 18"',365, ce qui fera une retenue seulement de 1",80 pour le barrage régulateur de prise d'eau.
Ce barrage doit avoir entre les deux culées une longueur de 30 mètres, afin qu'en donnant aux piles le moins d'épaisseur possible, on obtienne le plus grand débouché.
Le Canal ayant au plafond 19 mètres et à la ligne des eaux déversées par les machines la largeur de 25 mètres, on demande le plus grand débouché possible ; car, si pendant le maximum des crues il y a une retenue d'eau de 1",80 lorsque le Nil aura descendu d'à peu près cette hauteur, le barrage devra être entièrement ouvert pour fournir au canal la plus grande quantité d'eau possible, afin d'arroser et d'inonder le plus grand nombre de feddans de terrains. Il vaut donc mieux donner de suite le plus grand débouché par rapport à la section du canal, que d'être plus tard obligé d'ajouter de nouvelles ouvertures.
On étudiera donc les localités, pour faire le mieux possible, sur les bases que nous venons de poser, le projet de la prise d'eau du Canal d'eau douce, celui de l'écluse avec sas, celui du barrage, et enfin celui de l'établissement des machines.
Comme on veut aussi faire jouir les habitants de la ville du Caire des avantages d'avoir pendant tout le temps des étiages de l'eau courante dans le canal, qui traverse la ville d'une extrémité à l'autre, on placera à la prise d*eau du Khalig Masri ou du Caire, une machine à vapeur de 50 à 60 chevaux qui se trouve en Egypte ; elle devra être établie en aval de la prise d'eau du canal et en amont du pont existant déjà.
Le Canal du Caire ne pouvant être creusé jusqu'à l'étiage, comme le sera le grand canal Zaifrannë, parceque ce serait ris-
quer la sécurité des maisons et des établissements publics bâtis sur ses bords, on laissera le plafond du canal à une hauteur déterminée, pour n'avoir rien à craindre quant aux constructions et aussi pour ne pas avoir trop de curages à faire chaque année ; ce qui est un travail difficile, puisque Ton n'a d'issues que par les maisons.
La cote du plafond de la prise d'eau sera donc de 16°*,295 environ. Les machines à vrpeur devront donc alors élever les eaux à cette hauteur au-dessus des plus grands étiages, qui sont à 20"*,7â5, plus la hauteur de l^.SO qui sera celle voulue dans le canal, ou à la cote 15",095, ou enfm à une hauteur totale de 5",670 plus encore celle nécessaire pour le déversement.
A la prise d'eau du Canal du Caire il y un pont d'une seule arche V on y placera un barrage mobile, dont le radier sera au niveau du plafond du canal, qui sera fermé de manière à ce que les eaux ne puissent se déverser dans le Nil, et aussi, que celles d'irrigation puissent y entrer lorsque, dans le fleuve, elles se trouveront assez élevées pour cela.
Ce barrage, comme celui de la prise d'eau du ZalTrannè, sera disposé de manière à pouvoir régler la recette des eaux dans le Canal et leur hauteur dans le canal même, en formant une retenue d'eau d'au moins 2 mètres.
Pour communiquer de ce Canil du Caire (dont la pente sera connue, celle du grand canal de 0™,03par 1000 mètres) avec le canal Zaffrannè, on établira à la jonction de ces deux canaux une petite écluse avec sas, qui ne devra servir que pour les petites barques de la grandeur de celles qui passent dans le Khalig du Caire pendant l'inondation; elle aura 3'°^,50 de largeur sur 10 mètres de longeur.
A côté de cette écluse on construira un petit barrage mobile ou déversoir, pour permettre au trop plein du canal d'être déversé dans le grand canal.
Par conséquent le radier de l'écluse sera placé à peu près, au niveau du plafond dn grand Canal ou à la cote 19,295, et celui du petit barrage déversoir au niveau du plafond du canal du Caire ou à la cote 16,295. La cote des eaux déversées dans le
grand canal étant 1 7,295, la chute à racheter par Técluse est de 2",200 à peu près.
Les bajoyers auront la même hauteur que les eaux d'irrigation dans le grand canal, plus 0 "^ &0.
Quant aux ponts de passage, qui se trouvent soit à l'écluse de prise d'eau, soit sur la grande route de Boulak, ou sur celle de Choubra, comme ce sont là des grandes voies de communication, nouspensons que deux ponts à coulisses ou bien deux ponts-levis de 6 mètres de largeur posés l'un à côté de l'autre, de manière que l'un serve pour les allant, l'autre pour les venant, serait ce qu'il y aurait de plus facile pour l'exécution, comme aussi le moins coûteux. Cependant, comme ces ponts sont une entrave au halage des barques, on doit étudier si d'autres systèmes ne seraient pas tout aussi faciles d'exécution et pas plus dispendieux.
On doit dans le projet de ces ponts de passage profiter, si cela n'offre pas de trop grands inconvénients, des ponts fixes construits en pierre, et qui se trouvent sur les routes déjà indiquées.
On devra donner à ces ponts une ouverture de 12 mètres, comme à l'écluse à sas de la prise d'eau, plus un débouché en rapport avec le barrage de prise d'eau.
Les ponts sur les barrages seront fixes, ils auront de largeur neuf mètres entre les parapets, et le tablier sera en bois, en pierre, ou en fer suivant ce qui conviendra le mieux, d'après les études qui en seront faites.
Le Caire, V décembre 4856.
Vu et approuvé :
Linant-Bey, Conrad.
La prise d'eau du Canal étant déterminée, nous avons parcouru le tracé de ce canal sur toute sa longueur jusqu'au lac Timsah, en partant du Caire le 6 décembre et revenant le 20 du même mois.
Notre examen s'est d'abord porté sur la partie du canal existant du Nil à Kafr Hamza ; ce qui forme un premier bief, à cause de la conformation des terrains qui se trouvent représentés par
— sosie profil du nivellement sur l'axe du canal ; ce bief comprendra la distance depuis la prise d'eau jusqu'à Kafr Hamza.
Nous donnerons plus loin le tableau des longueurs des différents biefs, ainsi que les dimensions des différents profils en travers.
Sur toute cette longueur on redressera les différents coudes du canal e^tistant, comme cela est indiqué dans le plan (1).
En aval du barrage et de l'écluse de la prise d'eau, sur le terrain qui se trouvera entre le grand canal et le Boulakiéh, on conservera l'emplacement où sont aujourd'hui des huttes et des cabanes appartenant à Ahmet-Bey, Gheik Sadat et autres, c'està-dire depuis l'embouchure jusqu'au pont d'Abou Lélé, pour y établir les magasins de la Compagnie et y faire les dépôts de charbon, de combustible, etc.
Nous ne parlons pas des ponts de passage, puisqu'ils sont indiqués dans les instructions ci-dessus mentionnées.
En aval du pont Lemoun, vis-à-vis de la gare du chemin de fer, une gare d'évitement sera ménagée pour les bateaux à vapeur et en même temps pour les autres barques, puisque dans ce lieu devront débarquer les chargements de navires, qui devront être à destination du Caire ou à en sortir pour le commerce et transborder en chemin de fer. Cette gare devra avoir au moins cinquante mètres de largeur en plus de celle du canal à étiage, sur une longueur de AOO mètres ; et autour de cette gare devront exister des magasins et docks pour la Compagnie, afin de faciliter la circulation du commerce.
A la jonction du Khalig du Caire et du grand canal, comme là, il y aura à l'écluse de communication d'un canal à l'autre une seconde gare considérable, qui permettra de faire faire au canal une courbe facile ; afin que la navigation soit rendue la moins difficile possible, pour le passage du pont à établir, pour le chemin de fer de Suez, et tel que cela est indiqué sur le plan.
Dans ce premier bief, nous avons dit que les coudes existants seraient redressés : selon la section du canal, avec les chemins
(1) Nous ne donnons pas ici tous ces plans, ce serait inutile et trop Tolumineux.
de halage et les chaussées, c'est une largeur moyenne de 120 mètres à donner ; et Ton va empiéter sur les terrains qui sont sur les deux rives.
11 faut remarquer que, quand on a creusé ce Canal, les déblais ont été posés de chaque côté, et que Ton avait ménagé un chemin de halage des deux côtés. Depuis cette époque, les propriétaires riverains ont fait disparaître la chaussée, ils ont planté sur remplacement de ces remblais, se sont emparés dans beaucoup d'endroiis du chemin même et ont ensemencé le talu et le lit du canal. Ainsi, en empiétant aujourd'hui de chaque côté du canal pour l'élargir et former le chemin de halage, comme pour les cavaliers où doivent être mis les déblais, on ne fait que reprendre ce qui premièrement appartenait au canal
Au village de Némeriéh, le Canal est resserré entre le village à l'ouest et les tombeaux avec quelques dattiers de l'autre côté ; on l'élargira entièrement du côté opposé au village.
Au village de Kafr Hamza, le tracé du canal dérive vers le nordest, en se dirigeant en ligne droite vers le nord du village et des jardins d'Abou Zabel, en traversant pendant environ 3.200 met. les teires cultivées. Ensuite, en suivant la même direction, il entre dans les terres incultes formant la lisière du désert, et qui sont composées de gravier, d'argile et de sable, ne demandant pour être cultivées et produire qu'à être arrosées et ensemencées.
Cette même direction continue jusqu'aux dattiers de Ménayer, où le Canal fait une courbe pour arriver au village de ce nom ; là est l'écluse avec sas formant le second bief.
Ensuite, le troisième bief est directement vers Bulbeîs, en ne formant que des angles très obtus rachetés par des courbes d'un grand rayon. Dans ce bieF, le Canal est tracé dans des terrains incultes à une petite distance des terres cultivées, et qui peuvent par les eaux du canal être cultivées avantageusement, surtout du côté du désert, à une distance du canal de 200 à 2000 mètres.
Le quatrième bief continue de même que le troisième à longer les bords du désert, en traversant des terrains incultes jusqu'au village de Gawamé qui se trouve sur le côté sud de la vallée ou Ouadée Toumilat.
Dans tout ce parcours, depuis Abou Zabel le Canal est tracé de manière à n'entrer aucunement dans les terres cultivées ou cultivables ayant des propriétaires ; il est dans un terrain composé de gravier, d'argile et de sable, le tout compacte, susceptible d'arrosage et de culture par conséquent.
A Gawarnè, deux tracés à suivre se présentaient : l'un sur 1? côté sud de TOuadée, l'autre sur le côté nord.
Le premier aurait pu, à cause de la hauteur des cotes du terrain, passer dans le désert, en laissant au nord les terres cultivées de rOuadée, ainsi que les dunes de sable qui les bordent; mais par ce tracé on devait traverser des dunes assez considérables et un terrain peu convenable à l'agriculture. De plus, comme les dunes qui bordent partout la vallée ou Ouadée du côté du sud, sont formées par les sables apportés par les vents qui soufflent de cette direction, le Canal eût été un obstacle, qui aurait fait accumuler les sables et Taursdt obstrué promptement.
Le tracé au bas des dunes existantes et dans les terres cultivées, en suivant le petit canal qui existe , se trouvait passer par une cote trop basse; et il aurait fallu faire en remblais une grande partie du canal, ce qui est toujours un inconvénient à éviter. Même en construisant une écluse à Gawarné, pour faire de là au lac Timsah un autre bief plus bas que le précédent, cela présentait l'inconvénient de ne pouvoir plus arroser, sans élever les eaux, toutes les terres qui sont dans le haut de l'Ouadée, depuis Tel Rétabé jusqu'au lac Timsah. En suivant ce tracé avec un bief de Gawarnè au lac Timsah, on arrivait là avec une cote qui ne donnait pour la direction vers Suez qu'une différence de niveau de 6",232, et par conséquent une pente trop faible.
L'autre tracé, en traversant l'Ouadée à Gawarné, en passant à Abascè pour aller longer les terres cultivées au nord et se dirigeant aussi vers le lac Timsah, a l'avantage de tenir le Canal dans des terrains plus élevés, formés d'argile, de sable et de gravier, fort convenables pour le creusement du canal , puis de ne traverser que fort peu de sable coulant, pas de terrains cultivés, d'être à l'abri des ensablements, d'être partout en déblais,
de pouvoir maintenir partout les eaux assez élevées à la hatiteur de celles du bief de Bulbeïs à Gawarné, et par conséquent permet de ne faire qu'un seul bief de Bulbeïs au lac Timsah. Ceci donne entre le dernier point de Suez une plus grande différence de niveau, et par conséquent une plus grande pente pour le canal de dérivation qui doit porter les eaux à cette place. Enfin, ce tracé traverse les terrains qui de Ras-el-Ouadée jusqu'au lac Timsah peuvent être cultivés, les eaux du canal pouvant facilement les arroser, ce qui ne se pouvait par l'autre tracé.
Tous ces avantages nous ont conduits à adopter de préférence le tracé sur la partie nord de l'Ouadée.
Les seuls inconvénients, qui d'ailleurs sont assez légers, sont : !*• que l'on coupe l'Ouadée, mais à l'emplacement d'une digue dite de l'Abascé, faite par Méhémet-Ali, qui sépare aujourd'hui les terrains de ce que Ton nomme TOuadée, de ceux qui sont en dehors; ainsi au lieu d'une digue ce sera un canal qui séparera ces deux parties ; 2* les terrains de l'Ouadée, qui sont d'à peu près 20000 feddans, sont arrosés aujourd'hui par les eaux du canal qui longe la partie sud de l'Ouadée sous les dunes, par les eaux d'écoulement de l'inondation du bassin en amont de la digue d'Abascè pénétrant dans l'Ouadée par de petits déversoirs pratiqués dans cette digue, et par le canal de l'Ouadée venant de Zagazig et passant au nord. Toutes ces eaux n'arrivent que pendant l'inondation, excepté celles du canal de l'Ouadée qui servent à arroser pendant Fétiage. Il faudra donc, pour le passage de ces eaux indispensables aux arrosages des terrains de rOuadée, et pour que le canal ne soit point tributaire, que l'on pratique pour ces canaux deux syphons sous le canal, pour laisser passer les eaux par dessous le plafond du canal, ce qui est facile, puisque le canal sera entièrement en remblais.
De cette manière, on aura au lac Timsah trois écluses à sas pour partager la chute; et du Nil au lac Timsah, on n'aura que quatre biefs.
Chaque bief sera formé par un sas écluse pour le passage des bateaux, avec un barrage comprenant toute la section du canal à chaque bief, et laissant le plus de débouché possible pour les hautes eaux.
On établira à chaque éclase et barrage une gare, faite de manière à ce que le barrage se trouve directement dans Taxe du canal , et le sas écluse se trouvera sur Tun des côtés dans la gare d'évitement.
Comme aujourd'hui il existe sur le Rhalig Zaffrannè des ponts de passage indispensables pour les communications, on en fera aussi sur le nouveau Canal. A part ceux de la prise d*eau, de celui de la route d'Abou Lèlé, de celui de Lémoun et de celui du chemin de fer de Suez , on en aura aussi : à Waliëh, à Mesteroud, à Kafr Hamza au barrage même, à Ménayer aussi, à Chouliëh, à Bulbeîs au barrage et à Gawarnè, à Tel-el-Maskbouta et au lac Timsah.
Les bieis du canal ont les longueurs suivantes :