piastres
D'après le rapport de M. de Lesseps à l'Assemblée générale de 1863, on avait exécuté dans la tranchée de Gisr avec 18.000 ouvriers un cubage de 4.350.000 mètres qui avait coûté 2.760.000 dont 1.200.000 pour le salaire des ouvriers.
D'après ceci, un ouvrier aurait donc fait par jour 0",806 de mètre cube pour la paie journalière de 51 centimes, environ
1 piastre 38 paras; et pourtant Fouvrier deviût être payé en moyenne à raison de 2 piastre 16 paras.
Mais remarquons seulement une choses c'est que l'ouvrier faisait par jour 0",806 de mètre cube pour la paie de 1 piastre 38 paras ; ainsi donc le mètre revenait à 2 piastre 16 paras.
Selon le rapport de la Commission) il y avait encore à faire en 186A : 23.700.000 mètres cubes à sec; en estimant aux prix cidessus, on aurait : 66.324.530 piastres ou 13.980.390 francs, qui seraient à payer, si l'on ne devait plus fournir d'ouvriers et en supposant que le prix de la journée de l'ouvrier fût resté le même.
Nous établirons un autre calcul :
Sur tous les grands travaux et même sur ceux du Canal, on a vu qu'en moyenne un mètre cube par jour était fort raisonnable; ainsi pour excaver à sec les 23.700.000 mètres cubes qui restaient en 1864 pendant que Commission impériale siégeait, il aurait feUu 23,700.000 journées d'ouvriers, ce qui est bien près de. ce que M. de Lesseps lui-même a énoqcé dans son rapport de 1863.
En 1864 la journée d'ouvrier libre se payait 4 piastres, mais dans le désert nous mettrons 6 piastres ; ainsi il fallait pour la paie de ces 23.700.000 journées d'ouvriers la somme de 142.200.000 piastres ou 35^000.000 de francs à peu près.
Mais la Compagnie , même en recevant des ouvriers de corvée, devait payer en moyenne par journée 2 piastres 15 paras, ce qui aurait fait une somme de 56.287.600 piastres; l'augmentation serait donc en prenant des ouvriers libres de 85.912.500 piastres; ce serait donc 22.314.945 francs qui seraient l'augmentation que subirait la Compagnie pour avoir des ouvriers libres au lieu de ceux des corvées.
Mais de plus, comme avantage pour elle, les frais de voyage des ouvriers n'auraient pas été à sa charge, ni les vivres non plus ; ainsi une indemnité de 22.314.945 francs était plus que suffisamment équitable.
Quant à l'augmentàtios de 15 centimes par mètre cube sous l'eau , ceci n'est point basé, ni fondé ; jamais ce ne sont les ouvriers de corvée qui ont travaillé aux machines, ou au moins
cela a été si exceptionnel que Ton aurait dû ne pas le compter.
II y a aussi une somme de 5.000.000 de francs qui entre en compte; parce que, a-t-on dit, des calculs analogues à ceux faits sur la suppression de la corvée prouvaient que la Compagnie serait obligée de supporter un surcroît de dépenses pour les travaux d'art.
Or, dans le règlement du 20 juillet 1856, qui a rapport aux ouvriers, jamais et nulle part il n'a été question de fournir des ouvriers d'art; mais seulement il est parlé des avantages que pourrit leur donner la Compagnie. Dans les corvées ce ne sont jamais que des terrassiers qui sont fournis, les artisans sont en dehors de cela. Aux travaux d'art comme maçonneries et autres, les hommes de corvée ne travaillent pas. Le Gouvernement, même lorsque la corvée existait entièrement, payait les ouvriers maçons, charpentiers, menuisiers, etc. Ainsi cette somme de 5.000.000 de francs n'est justifiée d'aucune manière , il fallait la retrancher.
Alors on a donc, au lieu de 38.000.000 fr.
Somme fixée par l'arbitrage, seulement 22.324.946
En moins 15.675.055 fr.
Ainsi on aurait :
Pour la rétrocession des terrains. i8.57i.420 fr.
Pour la suppression de la corvée 22.324.945
Total 40.896.365 fr.
au lieu de 8A. 000. 000 de francs; on a donc payé A3. 103. 635 fr. en surplus.
Voici, je crois , où Ton en serait arrivée par une discusssion plus prolongée, dans laquelle il n'y aurait pas eu de parti pris ; mais les esprits étaient aigris de part et d'autre, des influences trop haut placées imprimaient pour ainsi dire leur opinion ou même leur volonté; et c'est à tel point, que M. Thouvenel, président de la Commission , fut plusieurs jours dans l'hésitation avant de signer la décision.
Au commencement de l'affaire, il est certain que l'on aurait pu tout terminer avec 30.000.000 de francs, et la Compagnie eût été très-heureuse de les avoir; c'était aussi l'opinion de
quelques personnes mêlées dans T affaire. Mais les complications, provenant soit de Gonstantinople ou d'ailleurs, les indécisions de part et d'autre , firent que les esprits s'exaltèrent réciproquement; les susceptibilités d'amour -propre, les articles de journaux parus mal à propos, envenimèrent, et l'on fut bien aise de favoriser le plus possible la Compagnie au détriment de rÉgypte, conâdérée comme une mine inépuisable de millions; la sentence arbitrale de l'Empereur fut rendue.
On aurait pu certainement, sans attaquer les bases de cette sentence, revenir sur son application et sur les chifiGres; mais Son Altesse le Vice-Roi, toujours grand et généreux dans cette affaire du Canal de Suez, aima mieux payer que de manquer en quelque chose à la parole qu'il avait donnée à l'Empereur de s'en rapporter à son arbitrage, ayant entièrement confiance dans aa justice ; et il ne voulut pas que l'on discutât encore après la sentence rendue.
Quant à tout ce qui s'est passé depms, cela est connu de tout le monde; les écrits de M. de Lesseps, le journal de l'Isthme et les autres journaux l'ont appris ; et il sersdt superflu d'en parler ici.