‹ Mémoires sur les principaux travaux d'utilité publiqué éxécutés en Egypte depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos joursChapitre 23 sur 61 · bief · texte numérisé non relu

bief

Section du canal dans les différents biefs :

FUfond. Largeor à Largeur asx

réliag*. haatfli tua.

\" bieû 19.00 25,00 36,8»

2* bief. 19,00 25,00 33,144

3* bief: 19,00 25,00 31,566

4* bief: 19,00 25,0C 27,664

Les largeurs à Tétiage restent les mêmes à cause de la navigation.

Le chemin de halage aura dix mètres de large du canal au pied de la chaussée ou des cavaliers, qui dans tous les biefs auront de hauteur 3 mètres au-dessus du chemin de halage, et leur largeur sera déterminée par la quantité des déblais.

Ici se trouve un tableau des longueurs des différents alignements, qui sont au nombre de 17, l'ouverture des angles formés par ces différents alignements, les numéros des piquets mis sur le terrain pour indiquer les sommets d'angles , les rayons des cowbes reliant ces différents alignements, et les longueurs des tangentes ; il serait superflu de reproduire ici ce tableau.

Nous nous bornons à donner la longueur développée de Taxe du canal , depuis son embouchure au Nil jusqu'à sa jonction avec le Canal maritime au lac Timsah , longueur qui est de 128.687«,77.

Après avoir déterminé ainsi le tracé du canal et les travaux qui s'y rapportent, il s'agissait de faire le tracé sur le terrain, de manière à ce que les hommes pour les travaux arrivant de chaque province ou de chaque village fournissant des ouvriers pussent trouver leur tâche indiquée, et que chacun pût se mettre au travail sans encombrement et sans confusion ; ce qui est toujours à prévoir, quand on doit avoir sur des travaux aussi étendus des masses de plus de (35.000 hommes, et où la surveillance est par conséquent difficile.

Dans ce but, avant notre départ pour l'examen dont nous venons de rendre compte, il avait été remis, par ordre de S. A. le Vice-Roi, au Conseil les états du matériel et du personnel nécessaires pour faire ce tracé dans le temps voulu, avant que le grand nombre d'ouvriers n'arrive, et nous avons donné des instructions à l'ingénieur, chef de la division des travaux préparatoires, Salame Effendl, pour qu'il fit ce tracé.

On doit y indiquer le plafond du canal par deux sillons à une distance l'un de l'autre de 19 mètres, ou à 9», 50 de chaque côté de l'axe. Ces sillons sont d'un mètre de large sur un mètre de profondeur, les terres seront portées à la distance où doit être le sommet intérieur de la chaussée formée des déblais du canal.

Sur cette ligne seront placées de 200 mètres en 200 mètres des jalons, sur lesquels sera indiqué le niveau de la hauteur de la chaussée.

Sur la ligne supérieure de la berge seront placés aussi de 200 en 200 mètres des piquets indiquant cette ligne.

La ligne du bas du talus de la chaussée sera formée par la pente naturelle que prendront les remblais.

Sur Taxe du canal seront aussi de 400 en 400 mètres des témoins ménagés dans l'excavation, avec des piquets indiquant la cote du plafond du canal.

Nous avons remarqué que sur toute la ligne que le canal doit parcourir, les terres cultivées sont très-voisines et que partout il se trouve de l'eau dans des puisards de saidéhs, et dans des puits qui n'ont pas plus de deux à trois mètres de profondeur environ ; et que dans la partie de TOuadée jusqu'à Saba Biars, c'est de même ; ce qui fait que les ouvriers, en quelque grand nombre qu'on puisse les fournir, seront toujours facilement fournis d'eau.

En dernier lieu, afin que tout fût en ordre pour les travaux du canal d'eau douce, l'organisation du service du personnel dirigeant, surveillant et travaillant est remise an Conseil le 1" décembre 1856, ainsi que l'organisation des exploitations des carrières, pour les matériaux voulus, pour les travaux d'art du canal d'eau douce, pour la fabrication des briques et celle de la chaux, etc. , etc.

Caire, le !•' janvier 1857.

Conrad, Linânt-Bey.

D'après ce qui précède, le tracé fut déterminé, piqueté comme il est dit dans le projet, lorsque je reçus une pièce curieuse de M. de Lesseps, me prouvant ce que j'ai déjà dit, que près de lui c'était toujours la dernière personne qui le voyait qui avait raison. Cette pièce, en partie faite par M. Conrad, qui craignait de se compromettre, et par Mougel-Bey, qui ne s'était jamais occupé de canaux, qui n'avait rien fait des travaux préparatoires, ayant toujours été absent du lieu du travail, qui même n'en avait pas pris connaissance, qui voulait s'ériger en censeur

et membre du (]ODseil des travaux; cette pièce, dis-je, me contraria, mais j'y répondis, quoique j'eusse bien des velléités de ne pas le faire, et de laisser là toute l'affaire.

Par les réponses que j'y fis, cette pièce donne des renseignements peut-être utiles, je la reproduis donc ici.

Voici quelles furent les questions posées par M. Conrad et par Hougel-Bey, lorsque le projet du Canal, tel que nous venons de l'exposer, fut vu à Paris.

Mougel-Bey : l"* Le Canal d'eau douce tel qu'il avait été indiqué dans l'avant-projet reposait sur le nivellement Bourdaloue, et les biefs avaient été disposés pour adopter le canal au relief du terrain. Les nouvelles dispositions ne coïncident pas avec ce nivellement; faut-il penser que les opérations de Salam- Effendi ne sont pas d'accord avec celles de M. Bourdaloue? C'est ce dont il faut s'assurer en ayant le plan coté et le profil sous les yeux. Si les deux nivellements étaient d'accord, les nouvelles dispositions pécheraient par la base.

M. Conrad : l"" L'approbation des nouvelles dispositions a été fondée sur les cotes des nivellements dont les chiffres se trouvaient sur les cartes présentées par M. Linant-Bey, pendant notre voyage dans l'Ouadée Toumilat. M. Linant était accompagné des ingénieurs Aivas et Salam-Effendi ; il n'a jamais été question d'autres chiffres que de ceux-là, comme les seuls véritables. Je ne sais pas s'il y a des différences entre les nivellements de Bourdaloue et ceux de Salam-Effendi, mais il est bien sûr, d'après mon avis, que je ne devais juger la chose que d'après les chiffres qui étaient soumis à mon examen. Il parait qu'à présent il y a des doutes sur ce nivellement; il est donc de toute nécessité, qu'avant tout, cela soit éclairci par les ingénieurs du Vice-Roi. S'il y a des différences, il faut que l'on arrête quel est celui des nivellements qui doit être adopté. Les cartes et les projets se trouvent chez M. Linant-Bey, et il sera facile pour H. Mougel-Bey d'éclaircir avec M. Linant cette observation capitale.

Réponse de M. Linant à ces deux questions :

Quand nous avons fait l'avant-projet du Canal de Suez, celui du Canal d'eau douce a été basé, comme le dit bien Mougel-Bey,

8or les nivellements exécutés par M. Boordaloue, et nousayons pris sur la carte de l'Atlas de M. Talabot, copiée sur la mienne pour le tracé, les cotes qui sont semées çà et là; mus sur cette carte Taxe du canal n'est point indiqué par une ligne et, par conséquent, la disposition des biefs et des écluses n'était qu'un à peu près, comme tout l'avant-projet, y compris même le tracé et le nivellement relatif au Canal maritime.

Ce n'est qu'après l'avant-projet terminé que nous avons fait de nouveaux nivellements sur des lignes choisies, avec un scrupuleux examen des localités, pour déterminer l'axe du Canal d'eau douce et de celui des deux mers.

On peut voir par tous nos nivellements que sur la ligne des deux mers ces nivellements, qui ont été exécutés avec encore plus de soins, si c'est possible, que ceux de H. Bourdaloue, ne difl^rent entre eux qiie de quantités insignifiantes, et avec celui de Bourdaloue que de 0,18 en 1863, et de 0,il pour les nivellements de 1855, 56 et 57.

Nous ferons observer que les deux nivellements de M. Bourdaloue, exécutés sur la ligne de Suez à la Méditerranée, diffèrent entre eux de 0,582; quantité plus grande que celles des différences de nos nivellements entre eux et que celles de ces différents nivellements avec celui de Bourdaloue.

Pour le Canal d'eau douce, en partant d'un repère du nivellement de la ligne entre les deux mers et placé près du lac Timsah, nous avons fait faire quatre nivellements complets jusqu'au Mékias, sans compter plusieurs autres nivellements partiels comme vérifications. Et cela, parce que dans le premier, sur la ligne du Canal d'eau douce, je m'étais aperçu d'une différence avec des cotes de repères du nivellement Bourdaloue; je me suis convaincu que ces différences proviennent de ce que les mires dans les deux nivellements n'avaient point été placées sur les mêmes points, qui n'auront pas été bien reconnus parce qu'ils n'étaient pas bien désignés, et que nous n'avons pas vu cette différence dépasser un mètre : approximation dont on se contenterait bien ailleurs pour ces nivellements partiels. Mais pourtant dans nos grands nivellements, dont les résultats ne diffèrent entre eux que de quantités insignifiantes, comme

on peat le voir par les tableaux que je joins ici, nous n'avons avec le niyellement Bourdaloue de 18&7 qu'une différence de 0,50 sur un parcours si considérable.

Etant certain de nos opérations et de nos nivellements plusieurs fois vérifiés, faits d'ailleurs avec soin par plusieurs brigades, ne trouvant que cette différence avec le nivellement Bourdaloue, j'ai adopté mes résultats pour faire le tracé du Canal d'eau douce ainsi que son projet plutôt que d'autres, comme je l'ai fsdt et comme la Commission l'a fait pour le Canal maritime; car, je le dis encore, cette différence de 0,63 est iur signifiante, nulle même sur une si grande distance, 138 kilomètrest et pour un canal dérivé du Nil, divisé en cinq biefs où, par conséquent, il n'y aurùt pas pour chaque chute aux écluses une différence de 0,08.

De plus, pour être bien certain de l'exactitude de nos opérations, j'ai fait encore exécuter un nivellement du Mékias au quai de Suez comme dernière vérification ; et ce nivellement, terminant le cercle, s'est fermé au point de départ des autres à une différence de 0,332. Il me semble que quiconque a exécuté luimême des nivellements, ne peut exiger plus de précision.

Il était donc bien juste que, pour établir le projet du Canal d'eau douce, je laissasse les opérations antérieures de côté, et ne me servisse que de mes propres opérations pour baser le projet, qui avait été laissé à l'appréciation du Vice-Roi, et par conséquent à moi-même, en l'absence continuelle de mon collègue.

Tout le travail, présenté à M. Conrad et approuvé par lui, a donc été fait sur nos nivellements, nos cartes, l'étude et l'examen réitéré plusieurs fois des localités, et non sur des documents antérieurs moins complets. J'ai fait pour le Canal d'eau douce ce qui a été fait pour le Canal maritime, et revenir sur ceci serait autoriser aussi à revenir sur le projet entier du Canal maritime, qui est basé sur nos observations et nos nivellements comme l'est le Canal d'eau douce.

Quand M. Conrad a voulu examiner le projet du Canal d'eau douce en parcourant les localités, Mougel-Bey devait partir pour le Soudan, et il nous déclara que tout ce qui serait fait par M. Conrad et par moi serait entièrement approuvé par lui.

Je ne conçois pas pourquoi, alors, mon collée fait des observations, peu importantes il est vrai, mais je les trouve au moins tardives et faites seulement dans le but, je le pense du mmns, de prendre la position de juge à la place de celle de collée.

Je lui avais plusûeurs fois proposé, avant son départ pour le Soudan et aussi à son retour, de lui faire voir tout le travail; ce qu'il n'a voulu accepter, se disant toujours trop pressé. C'est peut-être parce qu'il ne connaissait point le travail déjà fait qu'il a été conduit à faire ces observations, quoiqu'il eût tout approuvé d'avance. Je me rendis encore à Alexandrie pour m' entendre avec lui, et je lui présentai tous les travaux dont il prit connaissance avec moi; il a donc vu et possédé toutes nos pièces, nos documents, cartes, profils, etc., etc., faits certainement avec plus de soin encore que ce qui a été donné pour le Canal maritime et surtout que ce que j'ai donné pour l'avant-projet; car j'ai voulu, ayant plus de temps et de moyens, mettre plus de soin à cette étude qui m'avait été confiée plus particulièrement

On peut voir que la Commission internationale eut raison de s'en remettre entièrement à moi pour le Canal d'eau douce, et qu'aussi mon collègue avait raison de me dire qu'il approuvât d'avance ce qui serait fait.

Quand on aura jeté les yeux sur les tableaux ci-joints, on se demandera où l'on a pu voir ces difTérences effrayantes entre nos nivellements et ceux de Bourdaloue; pour moi, je l'ignore entièrement, et je dois donc me trouver peu satisfait de voir que l'on puisse seulement présumer que j'ai pu cacher à M. Conrad que j'avais des doutes sur l'exactitude de nos opérations.

Pourquoi donc ce manque apparent de confiance dans le travail du Canal d'eau douce seulement, lorsqu'au contraire on m'en a marqué pour les travaux préparatoires du Canal maritime également faits par moi.

Deuxième question. Mougel-Bey: Le rapport adopte des chemins de halage de 10 mètres de largeur, ce qui n'existe nulle part et ce qui augmenterait les diflScultés et la dépense dans les terrains à exproprier. Pour le grand Canal maritime, la Commission a adopté des chemins de halage de à mètres. Les chemins de halage des canaux de Hollande ont en général 2 on

8 mètres au plus; il serait à regretter, si l'on adopte définitivement cette dernière largeur de 3 mètres, que les digues provenant des déblais des fosses du tracé soient placées à 10 mètres, , car il y aurait alors un travail à recommencer.

M. Conrad : Il est vrai que l'on n*a nullement besoin de 10 mètres de largeur pour les chemins de halage, mais j'avais cru pouvoir approuver cette largeur dans la supposition du peu de dépense dans l'expropriation. Il est vrai aussi que les chemins de halage en Hollande n'ont pas plus de 2 à i mètres de largeur, quelquefois même pas plus de 1 mètre; mais alors ils sont constamment côtoyés par d'autres chemins destinés aux voitures le long des canaux. Je n'ai pas attaché beaucoup d'importance à la proposition de 10 mètres, et je ne vois aucun inconvénient à donner à mètres de largeur au chemin de halage, comme à celui du Canal maritime.

Deuxième réponse. Les chemins de halage ont été fixés à 10 mètres de largeur :

1* Parce que tout le Canal étant creusé dans des terrains non cultivés, on peut s*étendre à droite et à gauche sans aucun inconvénient;

2* Parce que, en agissant de cette manière, les terrains sablonneux étant portés loin de la berge du Canal ne retombent point dans son lit; ce qui arriverait bientôt si le chemin de halage n'avait que 3 mètres, car la chaussée, étant au-dessus du niveau des hautes eaux, sera toujours sèche, et les terrains sablonneux, qui composent en grande partie cette digue ou chaussée, seront toujours mobiles;

S"" Parce que, lorsque nous curons nos canaux en Egypte, malgré tout ce que nous pouvons faire, les porteurs laissent tomber les déblais sur le talus de la digue ou chaussée du côté du canal, et qu'alors peu à peu le chemin de halage se réduit à rien;

&<" Parce que dans beaucoup d'endroits, selon les localités, le Canal étant creusé dans un terrain qui, sans être positivement du sable pur, est pourtant sablonneux, il y a des éboulements aux berges; ce qui diminue journellement la largeur du chemin de halage et finit par le faire entièrement disparaître, quoique

— SIO —

souvent il ait la largeur de 10 mètres, comme au Khatatbé et ailleurs; que serût-ce donc avec S ou A mètres?

5* Parce que n'ayant pas d'autre route en dehors de la levée, il faut un chemin de halage qui puisse permettre aux voitures, charrettes et chameaux de circuler ; or, pour ceux-ci, chargés de paille, de bois de cotonnier, de bersim ou luzerne, il faut pour un seul au moins 3 mètres;

6* Parce que, si au lieu de faire un chemin de halage entre le talus de la levée et la berge du Canal, on voulait faire ce chemin de halage sur la levée, en ne laissant entre la berge et le cavalier que trois mètres, bientôt la levée et la berge ne feriûent plus qu'un même talus, et que les déblais formant la levée s'ébouleraient dans le Canal. Cette levée n'étant pas arrosée et humide, comme le sera le chemin de halage par les eaux de Gltration des inondations, sera toujours un chemin où l'on marchera difficilement, soit dans la poussière, soit dans le sable.

En Egypte nous avons toujours fait nos chemins de halage fort larges; et plus ils le sont, mieux nous nous en trouvons. Ailleurs, d on les fait si étroits, c'est à cause de la dépense de rachat des terres, et parce que le climat humide et pluvieux consolide les berges, et que les levées qui se gazonnent ne s'éboulent plus ; mais ici il n'y a que poussière et sable trèssec. Et enfin, parce qu'ailleurs on fait d'une manière, comme le pense mon collègue, est-ce à dire que l'on doive faire de même ici ?

Le canal de Khatatbé, par exemple, a ses chemins de halage de dix mètres; ils ont disparu sous les terres provenant des curages et des éboulements; les levées ou chaussées sont éle« vées aujourd'hui à des hauteurs de huit et dix mètres par les terres et sables provenant des curages annuels, et cela dans le cours de trente années. Cela se voit aussi au canal de Mahmoudièh, ainsi que sur les autres canaux. Pourquoi ne pas prévoir ces graves inconvéniens, puisque cela ne coûtera pour ainsi dire rien de plus; ou bien pense-t-on que les curages du Canal pourront être portés au Nil, ce qui coûterait beaucoup d'argent et donnerait bien des désagréments.

Les grands canaux dépendants du système des barrages du

su —

Nil, qui ODt été combinés par mon collègue Mougel-Bey et moi, étaient de 100 mètres entre les deux bords; il y avait plus de 200 mètres entre les talus extérieurs des chaussées provenant des excavations; celles-ci n'avaient que S'yôO de profondenr. Ces canaux ont été creusés sur une assez grande longueur, et les chemins de balage avaient non pas iO mètres mais 25 de largeur. Ni mon collègue, ni moi, bien entendu, n'avons trouvé cela trop large; et nous n'avons pas pensé non plus que nous prenions trop de terrains, quoique le canal du Gherkièh passât dans de magnifiques jardins d'orangers et emportât même des parties de villages ; nous avions nos raisons pour faire de tels chemins de halage.

Je ne vois donc aucune raison pour diminuer de 20 mètres la largeur occupée par le Canal et ses chaussées, aucun avantage à cela; cette diminution sur une largeur de 120 mètres ne serait pas une réduction marquante, et pourrait amener les inconvénients que j'ai signalés.

Troisième question. Mougd-Bey : Les chemins de halage, étant établis sur un terrain naturel, sont exposés à être au-dessous de l'eau à Tépoque des inondations. Il serait sans doute à propos de les relever au-dessus des plus hautes eaux, au moyen de rapport des terres provenant du Canal ; la dépense se trouverait ainsi diminuée, en mettant une partie des déblais sur le chemin de halage, et en abrégeant ce transport par suite de la réduction de la largeur du chemin.

M. Conrad : cette observation est juste, mais j'ai considéré que c'était un détail qu'on pourrait prescrire dans le devis ^ il faut absolument que les chemins de balage soient élevés au-dessus des plus hautes eaux, ce qui sera très-facile par le moyen des terres provenant du Canal. En Hollande, on n'a pas besoin de prescrire ce détail; les entrepreneurs de travaux, par la seule raison qu'ils ont un transport moins grand de déblais, l'observent toujours d'eux-mêmes. Si l'on trouve que cela devrait être indiqué avec plus de clarté dans le rapport, je n'ai aucune objection, parce que j'approuve tout à fait cette observation de Mougel-Bey.

Réponse à la question troisUme. Nous savons très-bien que

des terrains destinés à devenir des chemins de haiage ne doivent point se trouver sous Feau pendant les crues et les inondations, car à quoi serviraient-ils alors; ce sont des observations inutiles, pour ne pas dire autre chose.

Les biefs sont disposés pour que les terrains naturels des deux c6té8 du canal soient arrosés, il est vrai, et ceux-ci sont au niveau de ceux où sont les chemins de haiage en partie ; mms, comme on peut le voir dans le profil en long des terrsùns où passe le canal, il y en a beaucoup qui sont au-dessus du niveau des eaux et où est le chemin de hals^ ; et dans ceux qui sont plus bas, les remblais se feront naturellement. Car, ici, nos terrassiers, lorsqu'ils voient un terrain bas, ne manquent jamais, comme les entrepreneurs de Hollande (ils ont autant Thabitude des terrassements, sans être moins intelligents) , d'y jeter les terres pour avoir moins de transport. Ces observations sont donc futiles, il faudrait ne s'être jamais occupé de canaux pour ne pas penser à cela. Si mon collègue avait regardé un instant le tableau joint au rapport sur le Canal d'eau douce, où sont données toutes les différentes sections du Canal dans les divers biefe, il aurait vu que partout le chemin de haiage est indiqué à 1 mètre au-dessus des eaux du Canal.

Les levées doivent avoir partout la même hauteur sur la longueur d'un même bief, et c'est la largeur du côté extérieur qui est variable.

Quant à la diminution du travail, en retranchant 6 mètres sur la distance des transports, qui est en moyenne de iO mètres, si l'on diminuait la largeur des levées il faudrait augmenter la hauteur; cette diminution n'existerait donc pas.

Quatriime question : Mougel-Bey : la hauteur des digues (levées), fixée à 3 mètres dans le rapport, semble insuffisante, au moins dans la partie des terres cultivées; et alors elle exige une trop grande largeur de levées. En modifiant l'ensemble des dispositions, qui portent la largeur des terrains occupés par le Canal au chiffre de 80 à 100 mètres, on pourrait probablement le réduire de 20 mètres au moins.

M. Conrad : Cette observation pourra être éckdrcie très-facilement entre M. Mougel et H. Linant. Il ne s'agit que d'examiner

les mètres cubes qu'il faut déplacer, ou bien d'en revoir les calculs si Ton doutait de l'exactitude, et de les partager convenablement de manière à occuper le moins de terrain possible, sans cependant les mettre à une trop grande hauteur. Je ne verrais pas beaucoup d'inconvénients à fixer la hauteur des digues un peu plus haut que 8 mètres, dans les lieux où cela serait absolument nécessaire.

QuoUrièmê réponse : En élevant la digue ou la levée, on aura outre l'inconvénient de devoir monter les terres à une plus grande hauteur, celui de faire du canal une fosse profonde, abritée du vent, où la chaleur sera concentrée et où les bateaux naviguant à la voile ne trouveront pas un souffle d'air. Et, si par la suite le chemin de halage disparaissidt et s'éboulait, que Ton dût haler les barques à la cordelle en marchant sur la levée, cela serait fort incommode, surtout aux basses eaux, quand leur niveau serait à environ 5 mètres en contre-bas des terres du chemin de halage et à 9 au-dessous de la levée.

Les digues ou levées ont été laissées à 3 mètres de hauteur à cause de ces inconvénients, et pour ne pas trop les élever plus tard par les terres provenant des curages annuels. On doit songer que sur le Canal, la navigation à voile aura lieu comme sur le Nil, et comme cela se pratique aujourd'hui sur les canaux navigables.

Dans la première partie du Canal depuis la prise d'eau jusqu'au désert, longueur de 25 kilomètres, il est vrai que la section des terrains occupés par le Canal, les chemins de halage et les levées, est d'une largeur de 116 mètres ; mais là on profite d'un ancien canal, qui avec ses berges et ses digues avait, lorsqu'il a été creusé, à peu près cette largeur de 116 mètres. On serait donc en droit, puisque cet ancien canal devient celui de la Compagnie, de reprendre le terrain qui a été occupé par lui, et dont la plus grande partie est encore sans culture. Car, d ailleurs, en Egypte le fond des terres appartient au Gouvernement, et l'on n'a pas plus d'indemnités à donner quant aux terres à prendre pour le Canal d'eau douce de Suez se faisant par le Gouvernement, que pour les terres prises tous les jours pour le recreusement d'autres canaux, ou pour l'élévation de digues.

— ai4 -

Il ne s*agit que de décharger les cultivateurs de ces terrains des contributions qu'ils payent, ou de leur donner ailleurs d'autres terrains incultes, ce qui se fait souvent.

Si Ton donne plus de hauteur aux digues, en leur donnant moins de base, où mettrons-nous plus tard nos produits de curage 7 ils ne pourront être mis en dehors de la levée, sur les jardins, les champs, les propriétés, qui par la proximité du Canal auront acquis un surcroît de valeur. Qu'en fera-t-on? on ne peut élever indéfiniment les levées; on ne peut non plus penser à transporter par eau les déblais au Nil, comme je l'ai dit ; il vaut donc mieux faire ces levées les plus larges possible dès le principe, laisser aussi les chemins de halage très-larges, afin d'avoir pour l'avenir un endroit pour déposer les curages, au lieu d'être plus tard obligé de faire l'acquisition de nouveaux terrains pour la Compagnie, ou de donner des indemnités au compte du Gouvernement.

Il faut à tout ceci une prompte solution, et non des paroles vagues comme les questions qui sont faites, etc., etc.

4 mai 1857, Linant-Bey.

Depuis cette époque, les travaux préparatoires pour le tracé de ce canal furent abandonnés ; on ne travailla qu'à la dérivation vers Suez, qui fut alimentée par le prolongement de l'ancien canal de l'Ouadée venant de Zagazig; lequel ne donnant pas d'eau pendant les étiages, puisque la Branche Tanitique ou le canal de Moeze, dans lequel est sa prise d'eau, était à sec, dut être alimenté par les canaux séfi de Chercawè et de Bessoussiëh ; ce qui causa un préjudice notable aux cultivateurs des provinces, auxquels on enlevait ainsi l'eau.

Enfin, par une convention signée le 18 mars 1863, sous l'influence de l'état nécessiteux de la Compagnie et sous celle des idées de Constantinople, où Ton ne voulait laisser à la Compagnie que le moins de terrains possible à cultiver, en dépit de la cession de Saîd-Pacha, le Canal d'eau douce fut rétrocédé, depuis sa prise d*eau à Casi-el-Nil jusqu'à l'Ouadée, au Gouvernement, ainsi que les terrains que la Compagnie

pouvait posséder sur tout ce parcours; ce qui, d'après les cartes cadastrales, se montait à 13.099 feddans.

Ge fut alors aux ingénieurs de la Compagnie à concevoir, surveiller et diriger les travaux du Canal d'eau douce.

Il faut remarquer que, dès l'origine, l'intention de ces ingénieurs avait toujours été d'établir, pour le Canal de commu* nication jusqu'à Suez, un canal-rivière à cours libre, et effectivement la dérivation de Néfiché à Suez a d'abord été établie d'^aprës ce système.

Hais il s'est trouvé que la pente de Néfiché à Suez faisait qu'à Suez le canal était trop plein, et que pour empêcher les eaux de passer par dessus l'écluse et les berges du canal, on dut établir un déversoir par lequel une très-grande quantité d'eau s'écoulait dans la mer sans utilité. Cela devait être nuisible, puisque que pour entretenir une hauteur d'eau convenable dans le canal depuis Néfiché, il fallait une très*grande recette au détriment de l'irrigation des terrains cultivés des provinces de Calioubièh et de Cherkièh aux canaux d'irrigation desquelles on prenait l'eau.

On s'aperçut alors que le Canal à cours libre ne pouvait véritablement pas convenir, et l'on en vint à le diviser de Néiiché à Suez en quatre biefs au moyen de trois écluses, en plus de celle de la sortie du Canal à Suez.

Quoique l'inconvénient du Canal à cours libre eût été ainsi reconnu pour la partie de Néiiché à Suez, MM. les ingénieurs du Canal de Suez, par la seule raison qu'ils l'avaient annoncé, tenaient à faire la partie du Nil à l'Ouadée à cours libre aussi.

Que serait-il arrivé, si cela eût été fait? C'est que pour avoir dans le Canal les deux mètres d'eau nécessaires à la navigation, même en creusant le Canal à cette profondeur en contre-bas de l'étiage, son débit aurait dû être considérable; alors les eaux dans la partie comprise entre Gawarné et Néfiché, qui ne forme qu'un seul et même bief, auraient continuellement rompu les digues qui se trouvaient parfois en remblais, et causé ainsi continuellement des dégâts.

MM. Voisin et Sciama, chargés du Canal d'eau douce, quoique ce fût le gouvernement qui dût le faire exécuter.

tenaient beaucoup à leur projet de canal à cours libre; mais ce projet devant être approuvé par les ingénieurs du Gouvernement, ils durent s'entendre avec moi, comme Directeurgénéral des Travaux-Publics ; tout cela était assez anormal.

Le projet était fait selon le programme donné par la Commission internationale, par des ingénieurs nouveaux de la Compagnie qui ne s'étaient jamais occupés de canaux d'irrigation en Egypte; de plus il devait être approuvé par moi, qui en avait déjà dressé un antérieurement d'après le programme de la Commission internationale ; projet qui, au contraire de celui de ces ingénieurs, comportait des écluses et différents biefs ; les travaux de ce Canal d'eau douce devaient être faits à l'aide des moyens fournis par le Gouvernement Égyptien, sous ladirecUon et la surveillance du personnel de la Compagnie.

Tout cela était si défectueux de combinsdson, que la réusâte en était impossible.

Nous eûmes, en mars 186S, une réunion avec MM. Voisin et Sciama ; j'étais alors entièrement dégagé de toute responsabilité envers la Compagnie; je n'agissais plus que comme Directeur-général des Travaux -Publics du Gouvernement Égyptien. Le Gouvernement n'avait plus aucun intérêt direct an Canal d'eau douce; c'était la Compagnie seule qui en avait. Le Gouvernement n'avait pas de terrains à arroser par ce canal ; sa navigation appartenait à la Compagnie, c'était donc à elle seule à voir ce qui pouvait le mieux convenir à ses intérêts.

Aussi dans la réunion qui eut lieu, voyant qu'une trop grande résistance de ma part, inutile d'ailleurs aux intérêts du Gouvernement, n'aboutirait à rien, je signai la pièce suivante, bien convaincu et persuadé d'avance que les ingénieurs de la Compagnie eux-mêmes reviendraient plus tard à faire, pour la partie du Canal du Nil à l'Ouadée et Néfiché, ce qu'ils avaient fait pour celle de Néfiché à Suez ; c'est-à-dire un canal partagé en différents biefs. Mais pour le moment ils s'étaient trop avancés, voulant toujours faire autrement que leurs prédécesseurs, ne voulant approuver complètement que ce qui venait d'eux-mêmes, pour revenir immédiatement sur leur projet du canal à cours libre ou rivière.

Yoid cette pièce :

Points arrêtés dans la conférence entre Son Excellence Linant-Bey et Yoisin-Bey :

Le profil en travers du Canal sera tel, qu'à la ligne des plus bas étiages la largeur y soit de 17 mètres. Il en résulte qu'au plafond en contre-bas de ce plus bas étiage, la largeur sera de IS mètres ; et dans le cas du canal non séfi, la dimension en largeur sera celle prévue au premier projet.

Il demeure entendu avec S. E. Linant-Bey que le Canal sera à cours libre (1).

Les terrassements seront tout d'abord exécutés dans l'hypothèse du canal nonséfi, sauf à se compléter ultérieurement lorsque l'étude comparative des deux systèmes de canaux, au double point de vue de Ja construction et de l'entretien, aura permis de trancher cette question, qui demeure quant à présent réservée. Les ouvrages d'art seront exécutés dans l'hypothèse du canal séfi ; quant à la prise d'eau, elle demeure réservée (2) .

Alexandrie, 29 mai 1863, Sgiava, Linâmt-Bey, Voisin.

Lorsqu'en décembre 1864, je me retirai du service, M. Sciama quitta la Compagnie pour entrer au service du 6ouverment égyptien en qualité de Directeur des canaux, sous les ordres du Ministre des Travaux-Publics, création faite depuis ma sortie.

Alors on voulut commencer les travaux du Canal d'eau douce par le barrage de prise d'eau, mais il n'y eut qu'un commencement d'exécution sous la direction de Sciama-Bey. Ce projet de canal consistait à le creuser à un mètre en contre-bas des plus forts étiages connus, et à deux mètres au dessous des étiages moyens selon le projet, pendant les inondations ou hautes eaux, qui étdent retenues par des portes au barrage de

(1) Provisoirement.

(2) Ce qui découle naturellement de la prévoyance d*un canal creusé en contre-bas deTautre; caries travaux d'art pour le canal non séfi ne pourraient servir pour celui creusé plus bas que Fétiage ; ce qui serait le contraire dans l'autre cas.

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