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prise d'eau, et n'étaient augmentées que d'une hauteur de 0*,60 au*dessus des étiages moyens ; ce qui ne donnait dans le Canal, sur son plafond et sur la base des écluses, qu'une couche d'eau de 2*,50. La retenue sur le barrage et sur les pentes pendant l'inondation était de 7",75.
La disposition des ouvrages de la prise d'eau était fort bizarre, comme on peut le voir sur le plan, et l'on ne peut la concevoir (1).
L'entrée du Canal par la grande écluse en venant du Nil se trouvait avoir en aval la prise d'eau d'un autre canal, ce qui aurait offert une grande difficulté anx barques venant vers F écluse du c6té de l'aval ; celles, au contraire, qui seraient venues de l'amont pour accoster l'entrée de l'écluse, auraient dû nécessairement descendre en aval, et pour y entrer elles auraient été prises par le courant qui entrait dans le Canal et par le remou du courant du Nil, très-fort à cause de la partie avancée du quai d'amont du barrrage, et très-dangereux pendant les hautes eaux ; les barques n'auraient pu entrer dans l'écluse qu'avec beaucoup de difficultés.
L'entrée ou la sortie des écluses, même à l'intérieur da Canal, devenaient également difficiles pendant les basses et hautes eaux ; car celles-ci entrant par le barrage venaient battre sur le quai d'aval de la sortie de l'écluse, y clouaient les barques et y occasionnaient aussi un remou dangereux.
Enfin la porte busquée et simple, posée au permis à côté da barrage de huit ouvertures, qui ne pouvait s'ouvrir que lorsque les eaux du Canal et celles du Nil eussent été de niveau, offrait peu de sécurité pendant les inondations, ayant à supporter une retenue d'eau de 7>,75, et ayant une largeur totafe de 8 mètres.
Quel avantage aurait-on trouvé à exécuter un pareil canal, en admettant que la quantité d'eau entrant pendant l'étiagefût suffisante pour l'arrosage des terres, ce que nous examinerons plus loin ; mais pour la navigation, avec un cours libre comment aurait-on pu maintenir les eaux à une égale profondeur sur un
(i) Voir pi. V, n- 2.
parcours de 1S8 kilomètres. Et pourquoi pendant les inondatiens n'augmenter la hauteur des eaux dans le Canal que de 0",50 ? Avec cela comment aurait-on arrosé les terres pendant les crues, même celles que la Compagnie pouvait posséder? sans compter qu'il fallait en donner à bien des terrains, depuis la prise d'eau jusqu'à la jonction avec le canal du Caire, et encore plus loin, puisque le Canal fait par le Gouvernement doit servir à arroser les propriétés de ses sujets pendant les inondations, et aussi, pendant l'étiage, les 13.099 feddans situés le long du Canal et du cdté du désert, que le Gouvernement a acquis par la convention du 18 mars 1863.
Ce projet de Canal ne pouvait donc exister ainsi, et effectivement Sciama-Bey ayant été remercié du service deux ans après sa nomination, on recommença les travaux d'après un projet modifié, mais qui, malheureusement pour le travail de la prise d'eau, se ressent encore de la mauvaise disposition du premier.
Ce fut Salam-Bey, un des meilleurs ingénieurs égyptiens, connaissant parfaitement l'Egypte, le Nil et son terrain, qui fut premièrement chargé de mettre à exécution le projet Sciama. Heureusement que ce qui avait été déjà commencé ne pouvait plus servir ; il fut forcé de modifier pour le moment seulement la disposition de la prise d'eau, mais plus tard ce fut tout le système (1).
Effectivement, il était impossible qu'il en fût autrement : le Canal appartenant au Gouvernement et non plus à la Compagnie, il était tout naturel que l'on se servit de ce canal pour arroser les terres, comme de tout autre, en conservant à la Compagnie ce qui lui était dû par la convention du 18 mars 1863.
Pour faire comprendre les raisons qui firent changer le projet du Canal d'eau douce présenté par la Compagnie au Gouvernement, projet qui avait eu un commencement d'exécution en ce qui concerne le travail de la prise d'eau, nous donnerons quelques détails, tirés des pièces qui ont figuré à la Commission de l'arbitrage impérial de 186i.
(1) Voir pi, V, n- 3.
Mais auparavant il nous faut indiquer ici les recettes des eaux du Canal d*eau douce, d'après le projet du (]anal approuvé par M. Conrad, avec les quantités de feddans qu'il devait arroser.
Selon favantp-projet :
lUeetteseB FràdtBS
24 heures. enltivje.
Étiage 708.480- 29.520
Inondation 2.937.900 44.347
Ce chiffre était plus grand encore que ce qui avait été prévu par M. de Lesseps, qui disait, dans son exposé du mois d'août 1855 : que l'on suppose que l'on ne mettra en culture que la moindre partie des terrains qu'elle pourra arroser ou 60.000 feddans ou 2A.000 hectares.
Selon le projet arrêté avec M. Conrad, on avait :
Par machines: étiage 1.296.000— 64.000'**
Inondation sans machines 8.467.200 120.960
Dans une pièce présentée à la Commission à Paris, par S. E. Nubar Pacha, et intitulée : « Note sur la question des terrains que la Compagnie du Canal de Suez pourrait posséder et aussi . sur le Canal d'eau douce », il est dit :
D'après ce projet (celui de la Compagnie), les quantités d'eau sont déterminées; elles sont de 373.200 mètres cubes par 2i heures à l'étiage, et de 1.891.000 pendant les inondations.
Pour l'arrosage pendant l'étiage, époque des cultures les plus riches, il faut par 2& heures, selon des expériences connues de tout le monde, une moyenne de 2& mètres cubes d'eau par feddan dans les terrains d'alluvion de l'Egypte, et non dans le désert, où l'on devrait en compter davantage, à cause de la p^* méabilité du sol.
Ainsi, pendant l'étiage, avec les eaux du Canal, on ne peut arroser en produits riches que 15.500 feddans ou 6.531 hectares, à condition toutefois que la nature du terrain le permette.
Le temps de la crue, pendant lequel on inonde les terres, dure environ 60 jours; et les eaux ne peuvent même séjourner
aussiJoDgtemps sur les terrains, parce que l'époque des semailles serait passée. Pendant ce temps, on compte qu'il faut fournir, pour laver les terres afin d'enlever les sels qui s'y produisent à la surface, et pour que le limon si indispensable surtout pour les terrains pauvres, salés et sablonneux, comme le sont ceux de l'Isthme, s'y dépose, un minimum de hauteur d'eau de 1 mètre sur la surface des terrains; ce serait donc &.200 mètres cubes par feddan.
Le Canal fournit 1.891.000 mètres cubes en 2& heures, soit 113.460.000 en 60 jours, ce qui donne à l'arrosage par inondation la quantité d'eau voulue pour 27.015 feddans. Avec le canal ainsi conçu et ses eaux, on ne peut donc cultiver que, en totalité et au maximum :
1* par étîage 15.550 feddans.
%' par inondation 27.015
Total. . . . 42.565 feddans ou 17.877 hect.
A ceci, le Directeur des travaux du Canal de Suez fit les objections suivantes, tirées de son Rapport présenté à la Commission de l'arbitrage et intitulé : « Réfutation de la partie de la note de S. E. Linant-Bey concernant l'évaluation des superficies de terrains arrosables, calculées d'après la portée du canal séfi dont le projet a été remis au Gouvernement égyptien, w
Nous prenons seulement ce qui a rapport à la question. M. Linant-Bey établit que d'après le projet remis au Gouvernement égyptien le 23 février 186A, le débit du Canal par 2A heures est, savoir :
A rétiage 373.200 met. cub.
Pendant Tinondation 1.891.000 —
et c'est en partant de ces données qu'il calcule les superficies arrosables; les résultats auxquels il est arrivé sont entachés de plusieurs causes d'inexactitude que nous allons énumérer.
Nous ferons remarquer d'abord que le débit de 373.200 mètres cubes correspond au plus bas étiage connu (1837) , lequel a été tout à fait exceptionnel. Or, il n'est ni juste ni rationnel de prendre un cas exceptionnel pour faire des évaluations-, les calculs doi-
vent être évidemmeRt basés sur le débit correspondaDt à Tétiage moyen, lequel débit, d*aprë8 les calculs donnés dans le rapport à l'appui du projet, est 1.2&8.000.
Les ingénieurs de la Compagnie out obéi aux néces^tés de la situation actuelle, qui ne leur permet pas de recevoir à l'extrémité de la partie du Canal à construire par le Gouvernement égyptien un volume d'eau plus considérable que celui qu ils peuvent débiter par la portion du canal à la suite, qui n'a été ou* verte provisoirement que sur des dimensions réduites. Mais cette seconde portion du canal devait être élargie au fur et à mesure du développement des cultures ; aussi les ingénieurs ont-ils eu soin d'arrêter le profil transversal du canal à construire par le Gouvernement égyptien, de manière à ce qu il pût débiter, quand besoin sersdt, pendant la période des inondations, un volume d'eau plus considérable que celui primitivement fixé. C'est dans ce but que les banquettes ont été établies à 1 mètre audessus du niveau correspondant à la hauteur de 2",50 d'eaa dans le canal, et que Ton a donné à ces banquettes une lai^ur de à mètres : disposition devant permettre d'introduire sans inconvénients ni danger dans le canal une tranche d'eau supplémentaire de 0",50. Dans ces considérations le débit du canal se calcule ainsi :
JL = 66- = î = 0,000089
C*est le débit ainsi calculé que l'on doit prendre pour base des calculs, dans l'évaluation de la superficie des terrains susceptibles d'être arrosés par voie d'inondation.
Nous présenterons enfin quelques considérations sur les quantités d'eau qu'exigent respectivement les deux modes d'arrosages par voie d'inondation et par voie d'irrigation.
En ce qui concerne l'inondation, nous adopterons, sans vouloir les contester, n'ayant aucun document authentique à leur opposer, les données de M. Linant-Bey, à savoir : que la durée de l'inondation des terres doit être d'environ 60 jours, et qu'il faut aussi un mètre d'eau sur les terrains.
Hais en ce qui concerne Tirrigation, il nous est impossible d'admettre le chiffre de 24 mètres cubes par feddan ou de 60 mètres cubes par hectare par 24 heures, indiqué par M. Linant-Bey, Nous voyons, en effet, dans la deuxième série des documents publiés par M. de Lesseps (page 155), que la Commission internationale consultée par S. A. le Vice-Roi, sur le système d'irrigation à établir en Egypte, qui avait dû recueillir, à cet effet, des renseignements sûrs et positifs, a adopté le chiffre de 20 mètres cubes par feddan ou 50 mètres cubes par hectare ; c'est donc ce chiffre qu'il convient de prendre pour base des superficies arrosables. Nous ferons remarquer, , en outre, que pour faire cette évaluation, il est inexact de s'en tenir purement et simplement au débit du Canal à l'étiage ; attendu que sur les dix mois pendant lesquels se pratiquera l'irrigation à l'aide du canal séfi, il n'y en aura que deux ou trois au plus pendant lesquels on ne jouira que du volume d'eau correspondant au débit en question ; tandis que pendant la plus grande partie de l'année, on aura à sa disposition tout le volume d'eau correspondant à la hauteur de 2,50 dans le canal.
D'après les considérations qui précèdent, le calcul des superficies arrosables doit s'établir de la manière suivante :
1^ Terres arrosables par voie d'inondation : Débit du canal en 24 heures : 2.680.000, soit pendant 60 jours : 160.800.000; ce qui, à raison de un mètre cube d'eau par mètre superficiel, permet l'inondation de 16.080 hectares.
2*» Terres arrosables par voie d'irrigation : Débit ordinaire du canal : 1.891.000 ; à raison de 60 mètres cubes par hectare, la superficie arrosable est 37.820 hectares ; débit pendant la période des étiages : 1.248.000; superficie arrosable : 24.920.
La moyenne pour la période de dix mois des irrigations sera
37.820 X 7 X 24.920 x 3 ^„ .. . ^ donc : r^ = dd.950 hectares, soit en
nombre rond : 34.000 hectares.
En adoptant ce chiffre moyen pour la superficie des terrains arrosables par voie d'irrigation, on voit que pendant 7 mois de
TaDDée, des terres reoevpont plus de 65 mètres cubes d'eau par hectare, et que pendant 3 autres mois elles recevront un volume d'eau diminuant depuis 56 jusqu'à 36; elles seront ainsi plus largement dotées qu'aucune autre terre dÉgypte.
En résumé donc, la superficie totale des terres arrosables avec le canal séfi, dont le projet a été remis au Gouvernement égyptien, est de :
{• par irrigation 34.000 hectares
2* par inondalioQ 16.000 —
Total 50.000 hectares
A cette note il fut répondu par une autre note intitulée : (f Note en réponse à M. Voisin, sur la réfutation à la note de M. Linant-Bey concernant l'évaluation des superficies de terrains arrosables, calculées d'après le canal dont le projet a été remis au Gouvernement égyptien. »
Monsieur le Directeur général des travaux du Canal de Suez prétend que pour déterminer la quantité de terrains arrosables pendant Tétiage, il ne faut pas calculer sur les plus bas étiages, mais bien sur l'étîage moyen déduit d'une longue série d'étiages.
Nous prétendons le contraire.
D'abord, s'il en était ainsi que le dit Monsieur le Directeurgénéral des travaux, dans quel but auiait-il indiqué le produit des eaux du canal au plus bas étiage ? C'était superflu, puisque cette donnée ne devait servir à aucun calcul d'arrosage.
Kt pour prouver que c'est sur l'étiage complet que l'on doit compter pour les arrosages, nous allons donner quelques éclaircissements \ préalablement, nous déclarons que c'est ainsi que cela se pratique en Egypte, et que si quelques propriétaires s'écartent de cette règle, c'e^t le plus souvent à leur désavantage. Pour les cultures les plus riches, telles que celles des cotons, on commence à les semer à la fin d'avril, on continue en mai et on finit en juin; c'est Fépoque du plus fort de l'étiage. Ou sème le coton dans quelques terrains déjà préparés, là où il lï'y a pas eu d'autres semailles pour l'inondation qui a
précédé Tétiage. Les cotons se sèment de deux manières : Balelé et Meskawé.
Les premiers, balelé (1) , sont en très-petite quantité, et seulement dans quelques localités où le terrain est compacte et conserve la fraîcheur, étant peu élevées au dessus de la ligne dçs eaux d'infiltration, et parce qu elles sont plus près de la mer où l'atmosphère est humide, comme, par exemple, dans la province de Bébéré. Ces cotons sont d'une qualité inférieure ; on ne les arrose qu'en les semant à cause de la nature des terrons où on les sème ; puis le coton ainsi semé attend la crue du Mil pour être arrosé largement en juillet. Ce sont là de pauvres cultures que souvent on sacrifie pour semer du maïs à leur place, quand la saison de cette culture est arrivée, culture dont nous parlerons plus tard.
Les autres cotons, meskawé (2), bien supérieurs aux balelé, sont arrosés, en attendant la crue, par des moyens artificiels depuis le moment où on les sème.
Les autres produits riches, comme les riz, sont semés dans la même saison, pour être piqués en juin et juillet même. Il en est ainsi pour d'autres produits de même nature.
Les eaux pour toutes ces cultures sont fournies par des canaux séfi, qui sont ceux ayant de l'eau pendant Tété, creusés plus bas que l'étiage.
Il faut donc que des terrains soient réservés pour ces cultures, et si pendant l'étiage l'eau ne suffisait pas, on perdrait d'abord les produits que Ton aurait pu obtenir par la récolte d'inondation dans les terres réservées, et de plus les grames et le travail de la préparation ^es terrains pour planter les cotons, que le manque d'eau ne permettrait pas d'arroser. Pour les riz, il en serait absolument de même. Si les eaux ne sont pas en assez grande quantité après les semailles, les riz transplantés dans les terrains conservés et préparés sont perdus.
(1) On les nomme ainsi parce qu'ils attendent l'arrosage de la erue : balelé, patience.
(2) On les nomme ainsi parce qu'ils sont arrosés au moyen de rigoles qui portent ce nom.
Voici donc la raison pour laquelle ou ne calcule jamais les plantations, semailles ou cultures de cette saison, que sur e plus bas étiage. Si, par hasard, d'imprudents cultivateurs veulent agir autrement, ils éprouvent des pertes considérables, ayant compté sur une eau qui ne leur arrive pas.
C'est donc sur les eaux de l'extrême étiage, et non sur celles d'un moyen étiage, qui est une éventualité, qu'il faut calculer les terrains à ensemencer en produits riches ou dans la siûson d'étiage.
Si la sûson de ces semailles est passée, quand bien même on aurait plus d'eau, l'étiage étant moins bas que celui prévu, on ne peut plus augmenter les cultures qui ont dû être semées en avril et en nm ; ce serait à contre-temps, et il faut attendre jusqu'à la fin de juillet ou au commencement d'août, saison où l'on fait une culture intermédiaire entre celles d'étiage et celles d'inondation ; c'est celle des dourah, maïs ou blé de Turquie.
Avec le commencement de la crue, qui est bien sensible à la fin de juillet et aux premiers jours d'août, on arrose les terres facilement par les eaux, qui du Nil entrent dans les canaux ; alors on sème le maïs, et on l'arrose sans machines élévatoires, comme aussi les cultures faites en mai pendant l'étiage. La récolte de ces maïs se fait en i5 jours au moins, et 50 et 60 au plus ; cela a lieu dans la dernière quinzsdne de septembre, avec peu de variation seulement, selon les localités.
Vient alors la culture par inondation : on inonde toutes les terres où étaient les maïs, on commence la récolte des cotons qui se prolonge en octobre, époque où commence à peu près celle des riz. Les eaux d'inondation s'écoulent, le terrain est labouré selon les localités, on sème les blés, l'orge, le bersim, les fèves, que dans la Basse-Egypte on arrose seulement une ou deux fois ; et les terrains restent ainsi jusqu'au temps de la récolte, en mai et juin, époque à laquelle on recommence & ensemencer les cultures par irrigation ou en temps d'étiage.
Si donc on se trouvait n'avoir plus d'eau à la fin du mois de juin ou au commencement de juillet, après que les semailles sont faites, on ne pourrait plus ensemencer, puisque la saison en serait passée.
Les cultures de mius,. blés, fèves, se faisant dan» les mêmes terrains par l'inondation et la crue, on ne peut compter que ceux qui peuvent être arrosés par la quantité d'eau fournie par le canal pendant l'inondation, ce qui est le maximum de ces deux arrosages.
M. Voisin commet donc une légère erreur en calculant sur la quantité d'eau pouvant être fournie avec une hauteur de 2°',50, et pendant la plus grande partie de l'année, pour fixer la quantité des terres pouvant être arrosées ; car il s'agit d'avoir pour ensemencer ces terres, non-seulement une quantité d'eau suffisante, mais encore il faut que l'arrivée de ces eaux coïncide avec la saison des semailles, saison qui est limitée.
Quant aux quantités d'eau voulues pour les arrosages, nous affirmons, malgré les citations de M. Voisin, que le chiffre de 2i mètres cubes par feddan est une moyenne bien faible. Pour les cotons, c'est à peine si 30 mètres cubes suffisent; et, pour les sucres et les riz, cela va à plus de 36.
Ce n'est pas seulement la moyenne des eaux indispensables pour les différentes cultures qu'il faut prendre, c'est aussi celle voulue dans les différentes localités qu'il faut faire entrer en ligne de compte. Par exemple, dans le bas du Delta, où l'eau n'est qu'à 1",50 ou 2 mètres au dessous du sol, et où il y a de l'humidité dans l'atmosphère, il faut moins d'eau que dans les terrains plus au midi, comme aux environs du Caire, où ils sont à 7 mètres au*dessus des eaux, et où, pendant l'étiage, il n'y a , pas une goutte de rosée. A plus forte raison, comme on l'a dit, il faudrait plus d'eau pour les terrains de l'Isthme ; et c'est pour ne pas être taxé d'exagération, que l'on a mis 2à mètres cubes par feddan et par jour pour l'Isthme.
Ce sont là d'ailleurs des chiffres que nous employons toujours, chiffres basés sur l'expérience ; c'est à peu près aussi celui adopté dans l' avant-projet, si l'on veut tenir compte des évaporations et infilti-ations énoncées à cet avant-projet, et ce que nous n'avons pas fait entrer en ligne de compte pour les produits du canal dont le projet a été remis au Gouvernement égyptien.
M. Voisin dit que n'ayant aucun document authentiquç à
opposer au chiffre désigné pour l'arrosage par inondation, il adopte œux que nous avons donnés. Cependant il a vu ou devait avoir vu dans l'avant-projet du Canal de Suez, qui est un document authentique cité bien souvent, que l'on a calculé qu'il fallait pendant 100 jours, au maximum de temps que dure l'inondation et pour chaque feddan de terres, un cube d'eau de 8.&00 mètres, ce qui fait 2 mètres d'eau sur les terres, et nous n'en avons compté que un mètre dans notre note.
Nous le répétons encore, ce n'est pas seulement la quantité d'eau que l'on peut avoir en dehors des saisons des semailles qui peut servir à cultiver des terrains, il faut aussi que l'époque de l'aiTivée de ces eaux coïncide avec celle des saisons des semailles; c'est-à-dire avec l'étiage, en mai, pour les cultures d'été ; puis avec les crues et l'inondation, en août, septembi*e et octobre, pour les cultures des céréales. C'est seulement sur les quantités d'eau que l'on peut avoir à ces deux époques que Ton doit déterminer les superficies de terrains à cultiver, comme il est dit dans la note à ce sujet.
L'avant projet, puis la Commission internationale et même le dernier projet présenté au Gouvernement égyptien, ne parlent jamais que de deux quantités d'eau, l'une pour l'étiage, l'autre pour l'inondation, jamais d'une intermédiaire pour les étiages moyens.
M. Voisin fait comprendre aussi que la partie du Canal qui a été ouverte par la Compagnie, ne l'est que provisoirement sur les dimensions réduites qu'on lui a données. Ne connaissant pas les profils en travers de ces parties du Canal ouvertes deraièrement et dont parle M. Voisin, on s'en rapporte entièrement à lui, qui dit encore que, dans la prévision d'avoir plus d'eau, on a donné certaines dispositions au profil du canal.
Tout cela est fort bien ; mais dans le projet présenté au Gouveniement égyptien ceci n'est nullement expliqué; et pour arrêter quelque chose de définitif sur les quantités d'eau à fournir pour les besoins de la Compagnie, d'après la convention du 18 mars 1863, il faut autre chose que des éventualités et des intentions qu'on n'a pas fait connaître. 11 ne peut être admis qu'à tout moment on change les dispositions déjà prises, dans
le but de satisfaire à de nouveaux besoins imprévus que le Gouvernement, propriétaire de la prise d'eau et de la plus grande partie du canal, devrait être le premier à connaître.
C'est sur des chiflFres présentés dans le projet que tout cela doit être fixé.
Il est bien dit dans l'exposé général, présenté au Gouvernement égyptien le 23 février 186â, en fixant les dimensions du Canal, son régime, etc., etc., que la hauteur d'eau maximum que pent recevoir le Canal dans ces circonstances, de manière à ce que les berges inférieures ne courent aucun danger, est de 2"»,50, etc. Comment aujourd'hui peut-on changer cette disposition, arrêtée avec autant de précision?
D'après ceci, on doit bien conclure que quand le travail du canal fut entièrement entre les mains du Gouvernement, ses ingénieurs voulurent faire quelque chose de plus convenable pour les provinces et même pour le Canal de Suez. Immédiatement on prit des dispositions pom* changer le système, et au lieu d'un canal à cours libre, on pensa à en faire un partagé en plusieurs biefs, ce à quoi les ingénieurs de la Compagnie ne firent aucune opposition, car déjà depuis longtemps ils pensaient qu'il n'en pouvait être autrement.
En attendant que la prise d'eau à Casr-el-Nil fût terminée, et que le Canal fût creusé sur toute sa longueur, afin de donner plus d'eau pour le Canal de Suez et la province de Cherkièh, S. A, le Vice-Roi voulut établir une prise d'eau provisoire pour conduire les eaux dans la partie du Canal déjà creusée à point, c'est-à-dire du village de Nemerièh jusqu'à la rencontre de la dérivation du Chercawè, dans l'ancien Zaflrannè.
Cette prise d'eau, faite un peu en amont du village de Choubra, allant à celui de Nemerièh au Khalig ZaiTrannè, augmenta effectivement, pendant l'étiage, d'une manière notoire les eaux dans la province de Cherkièh, et dans le canal de l'Ouadée allant à Ismaïlièh et à Suez.
Cette prise d'eau provisoire a nécessité un cubage de déblais d'environ 1.500.000 mètres cubes, et peut-être aurait-il mieux valu immédiatement faire ce travail à la partie du canal entre Casr-el-Nil et Némérièh ; mais Son Altesse le Vice-Roi avait pour
cela dés raisons, et le fait est toujours que cette prise d*eau a été utile jusqu'à présent.
On fit aussi creuser en partie le canal Zaffrannè, allant des environs de Sériakos à Ménayer, et de là jusqu'aux environs de Gawarnè ; ce qui occasionna un grand travail, car à Menayer on rencontra un banc de pierre, qui dut être enlevé à la mine.
En 4869, on prit des dispositions pour excaver le Canal dans la partie longeant l'Ouadée du côté nord, et aussi pour faire le Canal depuis les environs de Gawarnè jusqu'au nord d'Abascè, partie presque toute en remblais dans la traversée de FOuadée.
Un entrepreneur, connu par ses grands travaux dans l'Isthme de Suez, au seuil de el-Gisr, M. Couvreu, proposa de faire cet ouvrage. Il avait un grand matériel dont il pouvait disposer, et cela eût été parfaitement fait; mais des circonstances survinrent, elles coïncidèrent avec le départ de Son Altesse pour l'Europe, ce qui empêcha cette combinaison d'avoir lieu.
Enfin on a fini par donner à forfait l'achèvement de tout le Canal, avec la prise d'eau de Casr-el-Nil et un barrage régulateur avec écluse à la prise d'eau provisoire de Choubra, pour la somme d'environ 12.500.000 francs, à laquelle il y aura probablement encore à ajouter pour les éventualités : telles que différences dans les cubages des terrassements et autres.
Le nouveau projet, autant qu'on le peut connaître, participe du projet primitif et de celui des ingénieurs de la Compagnie du Canal de Suez.
Le Canal doit toujours être creusé à 1",50 en contre-bas de plus forts étiages, ce qui est encore davantage que dans le projet des ingénieurs de la Compagnie.
En même temps, on doit y établir difl^érents barrages avec écluses pour diviser le Canal en divers biefs, tout en laissant une pente régulière au plafond du canal. Cette pente régulière de la prise d'eau au canal de l'Ouadée, où le Canal n'a pour ainsi dire plus de pente jusqu'à Néfiché, où est la dérivation vers Suez, est de 0"*,0A5 par kilomètre, tandis que celle du canal primitif n'était que de 0",03.
De ce nouveau système mixte et confus, il doit résulter quelques inconvénients.
Le premier est l'obligation d'enlever annuellement, d'une manière ou d'une autre, une quantité de sable ou de limon qui serait apportée dans le premier bief du canal depuis le Nil jusqu'à Sériakos; sans compter le creusement à l'^^bO au-dessous de Tétiage, ce qui était épargné par le premier système du c^nai.
Le second d'avoir à faire un barrage avec des fondations trèsprofondes, ce qui occasionne toujours une plus grande dépense.
Le troisième, c'est qu'en donnant une pente uniforme au plafond du canal, il se trouve que, à Fétiage dans le premier bief, il y aura sur le plafond, en amont du barrage, 2'",90 d*eau, tandis qu'à la prise d*eau il y aura seulement 2 mètres, ce qui fera qu'il y aura une partie de ce bief creusée tout à fait inutilement.
Dans le second bief de Sériakos à Bulbeïs, il y aura en amont du barrage de Bulbeïs une différence avec l'aval de celui de Sériakos d'environ 4™,76, ce qui fait qu'il y aura ici encore une plus grande partie que dans le premier bief creusée sans aucune utilité.
Dans le bief de Bulbeïs à l'Ouadée, si l'on ne fait pas une écluse et un barrage à Gawarnè, il y aura du barrage de Bulbeïs au bief de VOuadée une différence de niveau d'environ 2"',65. Et alors, comme de toute nécessité il faudrait un autre barrage et une autre écluse pour partager le bief de Bulbeïs à l'Ouadée, soit qu'on la place à Âbascë, à Cassassine, à Mahsama, à Tel-cl- Maskhouta ou à Saba-Biars, il faudra toujours élever de beaucoup les berges du Canal dans la partie en remblais traversant l'Ouadée, afin qu'elles ne soient pas débordées ; ce qui sera un travail très-coûteux, étant tout en remblais, et de plus trèsdangereux par la possibilité de la rupture des berges faites entièrement en remblais.
Il est donc rationnel et de toute nécessité, qu'avec le projet actud du Canal non à cours libre mais creusé plus bas que réliage et à pente uniforme, que ce soit à Gawarnè, et non ailleurs, qu'une écluse et un barrage soient construits.
Pendant les hautes eaux, elles doivent être maintenues dans