‹ Mémoires sur les principaux travaux d'utilité publiqué éxécutés en Egypte depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos joursChapitre 26 sur 61 · FERMETURE DB LA DIGUE D'ABOUKIR · texte numérisé non relu

FERMETURE DB LA DIGUE D'ABOUKIR

Je n'ai voulu parler, jusqu'à présent, que des principaux tra^ vaux qui avaient un rapport soit avec les irrigations, soit avec les communications et l'utilité publique ; cependant en dehors de ces travaux, il en existe encore qui, quoique n'étant pas d'une utilité directe pour la population, en ont pourtant une pour le pays en général ; je parlerai donc aussi des principaux travaux de ce genre, comme par exemple : des Fortifications, des Arsenaux, des Palais, des Écoles, mais toujours d'une manière générale et seulement au point de vue de leur construction.

Le premier des travaux d'une grande utilité que fit exécuter Méhémet-Ali et qui eut une grande influence surtout pour les environs d'Alexandrie, fut la fermeture de la Digue d'Aboukir.

Tout le monde sait que pendant l'Expédition française en Egypte, commandée par le général Bonaparte, un des fléaux de la guerre fut la submersion de toute la partie de la province de Béhéré environnant le lac Mariout, l'anden Maréotis; pour isoler Alexandrie , l'armée anglaise détruisit la digue qui est au fond de la baie d'Aboukir, et les eaux de la mer se précipitèrent dans la plaine jusqu'au canal du Nil à Alexandrie, le Mabmoudiéh d'aujourd'hui ; elles vinrent recouvrir terrains et villages dans le sud du lac jusqu'à Hoché Issé, comme on le voit encore aujourd'hui par les villages ruinés, abandonnés, et les terrains incultes de cette contrée, tous recouverts d'efilorescences salines.

Pour fermer cette digue et la remettre en état, il fallait exé-

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cuter un graod travail, d'autant plus difficile et plus coûteux que dans les environs il ne se trouve aucun des matériaux nécessaires ; ils durent être apportés d'Alexandrie, soit par noter, soit à dos de chameaux.

On travailla pendant bien des années pour compléter cet ouvrage ; car il y a au fond de la baie, où est la digue, une profondeur d'eau de plus de 5 mètres, et toute la digue a une longueur de 1.2AS mètres.

On est continuellement obligé de faire d'assez grands travaux d'entretien à cette digue, travaux toujours mal exécutés et in< complets; d'où il résulte qu il vaudrait beaucoup mieux, une fois pour toutes, faire une nouvelle digue en bons matériaux et bonne maçonnerie intérieurement à celle qui existe, de manière à ce que l'ancienne servît comme d'enrochement préservatif; alors on n'aurait plus à craindre que dans une forte tempête de vent du nord la digue actuelle ffit emportée par les coups de mer, ce qui occasionnerait naturellement la rupture de la bei^e du canal Mahmoudiéh, qui se remplirait d'eau de mer, et la submersion de tous les terrains cultivés aux environs d'Alexandrie, plus encore le remplissage du lac Hariout, la destruction de la chaussée du chemin de fer, et enfin la privation d'eau du Nil pour les besoins d'Alexandrie. La distribution d'eau ne pourrait plus suffire aux besoins, et les citernes n'étant plus entretenues comme par le passé avec leurs conduits souterrains pour les remplir, ces citernes étant vides et non curées, la ville d'Alexandrie finirait par se trouver dans un état désastreux.

11 serait donc d'une sage prévoyance de faire les travaux néèessaires pour prévenir tout accident de rupture de la digue d'Alexandrie.

DIGUE DE PHARAONIËH.

Une autre Digue aussi très-importante est celle du canal Pharaoniéh.

Anciennement, il existait une communication de la Branche de Daaiiette à celle de Rosette à travers le Delta par un cours

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d'eau naturel, qui avait sa prise d'eau près du village de Bir- Shams dans la Branche de Bamiette et qui en passant à Mënouf allait couler dans la Branche de Rosette à Nadin

Ce canal ou cours d'eau est nommé Pharaoniéb, soit à cause d'un petit village de ce nom situé près de sa prise d'eau, soit qu'on Tait appelé ainsi au figuré parce qu'il était la cause de dégâts dans la Branche de Damiette, détournant beaucoup d'eau de cette Branche au détriment des cultures riveraines et au profit de celles de la Branche de Rosette : car les Égyptiens modernes attribuent à Pharaon tout le mauvais côté des choses ; dans ce cas, le village aorait pris le nom du cours d'eau.

Quoiqu'il en soit, la grande quantité d'eau que, pendant l'étiage surtout, cette dérivation enlevait à la Branche de Damiette était une cause d'importants préjudices pour la culture du riz dans la partie nord du Delta et dans celle du Daccalîéb, depuis Mansoura, à peu près, jusqu'à Damiette , parce que les eaux de la Branche de ce nom n'étaient plus en assez grande quantité pour refouler celles de la mer qui entraient dans l'intérieur ; alors les eaux devenaient saumâtres, ce qui était fort nuisible aux cultures de riz qui demandent une eau extrêmement douce.

Il est toujours à remarquer que la Branche de Damiette ayant, depuis la pointe du Delta, où le Nil se bifurque, un développement plus grand que celui de la Branche de Rosette, à cause de ses nombreuses sinuosités, elle se trouve par conséquent avoir moins de pente, et qu'alors les eaux de la Branche de Damiette se trouvant plus élevées que celles de l'autre, ont une tendance à couler vers le nord-ouest dans la Branche de Rosette (1). Effectivement, comme on l'a vu dans la note des canaux séfi, tous les canaux principaux d'irrigation, tous les anciens cours d'eau naturels coulent de la Branche de Damiette vers celle de Rosette en inclinant vers la mer.

Cette disposition des localités faisait donc que le Pharaoniéh nuisait beaucoup aux cultures des terrains traversés par la Branche de Damiette.

(1) D'après le régime du Nil, cela donnerait à penser que la Branche de Damiette est plus ancienne que celle de Rosette.

Pendant l'expédition du général Bonaparte, il existait des querelles violentes entre les cultivateurd des environs de Farescor, ceux d'une partie du Delta et ceux de la Branche de Rosette, querelles qui duraient depuis longtemps. Les habitants des parties situées au nord de la Branche de Rosette, ceux même de la province de Béhéré jusqu'aux environs d'Alexandrie portèrent plainte parce que le canal de Ménouf ou le Pharaoniéh restait fermé; et ceux de la Branche de Damiette en portèrent aussi, faisant opposition à l'ouverture de ce même cours d'eau, qui était fermé à la Branche de Damiette.

Une des dernières ordonnances du général Bonaparte est même relative à cette affaire ; en 1799, il ordonna qu'une enquête seradt faite, et elle eut lieu par les ingénieurs des ponts-et-chaussées.

Plus tard, la digue de fermeture fut emportée par les eaux, soit naturellement, soit que les cultivateurs y aient aidé; mais enCn, en 1818, Méhémet-Ali fit refermer complètement le Pharaoniéh par une forte chaussée en pierres en enrochements avec deux musoirs dans le fleuve pour la préserver, et depuis elle n'a jamais été ouverte.

Méhémet-\li, pour donner quelque compensation à la province de Béhéré et à la pai*tie du Delta qui réclamaient l'ouverture de la digue du Pharaoniéh pour avoir plus d'eau dans la Branche de Rosette, fit creuser beaucoup de canaux qui furent plus avantageux que le canal de Ménouf.

Ce canal fut aussi fermé à Nadir et forma un grand bief dans lequel les eaux des canaux supérieurs conduisaient des eaux, qui servaient aux irrigations des parties au nord.

Malgré la fermeture du Pharaoniéh, quoique les barrages soient pour ainsi dire terminés depuis 1840, les cultivateurs de riz et de coton dans les environs de Mansoura et de Damiette se plaignent encore d'avoir trop peu d'eau dans le fleuve pour empêcher celle de la mer de s'introduire, et que, par ce seul fait, leurs rizières sont souvent perdues. On a construit alors un canal nommé le Ghercawé, qui a sa prise d'eau près de Mansoura, plus haut de beaucoup que le point auquel peut arriver le mélange des eaux salées et de celles du fleuve, et par ce moyen les rizières de ce côté ont toujours de la bonne eau ; les

rizières qui sont dans le Delta ont aussi des canaux qui apporteul des eaux.

La digue qui ferme le Pharaoniéh est donc aujourd'hui encore telle que Méhémet-Ali la fit exécuter.

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