DIGUES DE GOGHEIGHÉ, DE BAHR-BELA-MA, DE TAMIÉH
La grande Digue de Cocheïché est fort importante, c'est une des plus anciennes de l'Egypte; j'en ai parlé dans la note inti-
tul^ : Commencement des travaux régfuUers; elle préserve la province de Giséh des inondations qu'occasionnerait l'écoulement de tontes les eaux qui viennent s'accumuler sur cette di« gue, et que par son moyen, en les retenant, l'on peut faire déverser au fleuve.
Au moyen de cette digue, les eaux qu'elle retient peuvent aussi monter jusqu'au Fayoum à la digue de Gedalla, près Illaoun, et servir à l'irrigation d'une partie de cette province.
Cette importante digue fut renforcée et revêtue de maçonnerie pour l'empêcher d'êire détruite par les flots des eaui du bassin situé en aval, qui, pendant les crues et avec un grand vent, <«ont assez fortes pour la saper. Plus tard, elle fut presque entièrement mise à couvert par des revêtements en pierre, en enrochements; cependant, à cause de la grande hauteur de la masse d'eau qu'elle soutient, et aussi de la quantité élevée des eaux du bassin de Recca, qui est en aval, cette digue demande une surveillance continuelle ; et malgré tout il arrive encore des accidents. Il serait fort prudent de diviser en deux chacun des bassins, l'un supérieur, l'autre en aval de cette digue, au moyen d'une autre digue transversale ; ce qui faciliterait les irrigations pendant les crues, en diminuant de moitié la hauteur des eaux aujourd'hui accumulées sur cette digue et sur celle de Recca, en aval de celle de Gocheïché.
La partie du Bahr Joussef, ou plutôt la dérivation de ce cours d'eau, qui du village d' Illaoun va jusqu'à Médinet, se trouve être beaucoup plus élevée que tous les terrains cultivables de la province du Fayoum ; les terrains de cette province sont loin d'avoir la ténacité de ceux de l'Egypte; ils sont légers, moins argileux, très-friables ; on doit comprendre alors qu'un petit cours d'eau avec une forte pente puisse raviner tous ces terrains. C'est efiectivement ce qui est arrivé dans le Fayoum» qui loin d'être uni et plat comme l'Egypte est, au contraire, acd* denté et raviné partout.
Les ruptures dans les berges de la dérivation du Bahr Joussef dans le Fayonm pendant les crues ont donc dû causer des accidents très-importants ; effectivement, en 1819 ou 1820, il y eut une rupture à l'ouest du village de Awarat-el-Macta, et en
m6me temps le pont d'IllaouD ne pouvant être fermé à volonté, les eaux se précipitèrent en torrent par ce que Ton nomme le Bahr-béla-mâ, ravageant les terrains, bouleversant les couches calcaires qui forment le sous-sol et renversant à Tamièh la grande digue en pierre servant à retenir les eaux pour en faire un réservoir destiné à arroser les terres.
Ce Bahr-bela-mâ, ce lit de torrent à Test, existait avant cette rupture, et avait sa prise d'eau près d'Awarat-el-Macta ; là, aussi, bien anciennement, on avait établi une fermeture avec un empierrement considérable et un beau déversoir très -bien construit» qui servait certainement à l'écoulement d'une partie des eaux du Bahr Joussef vers Tamiéh et au trop plein du canal ; on ne voit pas pour queUe raison ce déversoir n'est plus utilisé aujourd'hui.
Le village d'Awarat a pris le surnom de eIrMaeia de ces ruptures dans la berge du Bahr Joussef, car macta veut dh*e rupture*
La rupture dont nous parlons, àl'ouest du village* causa beaucoup de dégâts ; on chercha pendant la crue à la fermer, mais malgré tout ce que l'on put faire, malgré l'énergie des personnes qu'employait Méhémet- Âli, ce ne fut que six mois après qu'on put y parvenir, lorsque l'étiage arriva. Alors on construisit une digue en pierre avec des murs de soutènement et des contreforts, comme on le voit encore aujourd*hui ; tout ce trar vail dura deux ans. On refit aussi le barrage de Tamièh, qui fut encore emporté, n'étant pas assez solide pour la retenue d'eau qu'il avait à soutenir, et il fut encore reconstmit dans les conditions voulues par la science, en 183â, tel qu'il est aujourd'hui.
PONT D'ILLAOUN.
Le Pont d'Illaoun, construction fort ancienne, très-souvent réparée, est attribué primitivement, par la tradition des habitants des lieux mêmes, à Joussef, fils de Jacob ; mais les constructions qui se voient aujourd'hui hors de l'eau peuvent être du temps de Joussef Salah-el-Din ; elles ont été réparées plu-
sieurs fois, et il y a même trente-cinq années on fit en amont de Tancien pont, après la ruptare de Bahr-béla-mâ, nn placage d'une forte épaisseur, afin que si le vieux pont, dont le radier était en partie tombé dans un affouillement, venait à s*ébouler. ce placage servit de pont barrage.
En aval du pont d'IIlaoun est un affouillement de 16 mètres à Fétiage ; le radier est suspendu comme une voûte, ce qui a été reconnu au moyen de plongeurs.
Le pont d'IUaoun assure la sécurité du Fayoum contre les trop grandes crues : car si pendant le temps des inondations il venait à être emporté par les eaux du Bahr Joussef, qui ne peuvent être maîtrisées puisqu'il n'y a aucun barrage régulateur sur son parcours, les eaux entreraient sans aucun obstacle dans le Fayoum et causeraient de grands désastres; c'est pour prévenu- cela que depuis trente années on a construit en amont de ce pont, à une distance de iOO mètres, un autre barrage en très-bonne maçonnerie, avec un radier assez étendu pour ne craindre aucun affouillement, l'ancien barrage d'IIlaoun servant d'ailleurs à empêcher les affouiliements, s'il venait à tomber; aussi la province du Fayoum est aujourd'hui en parfaite sécurité de ce côté.