STANCES
Entends ma rofic , fini» mes maur |
Reçois , bienfaisante nature '
Âu sein de l’ëtemel repos Ton innocente créature.
Pour ne plus voir tant de forfaits ,
Mes yeux , fermez-vous à jamais.
Dans l’épaisseur des noirs cachots , •
Où m’a plongé la tyrannie,
Dois-je attendre que des bourreaux Viennent finir ma triste vie?
Pour ne plus voir, etc.
Marat est le dieu des Français ;
Chaque jour la vertu succombe :
Ivre de sang et de succès, <>
Son meurtrier flétrit sa tombe. , ,
Pour ne plu» voir, etc. ^
Vingt Brutus par des factieux Punis d’adorer leur patrie.
Des flots de leur sang généreux Inondent un peuple en furie.
Pour ne plus voir, etc.
.T’ai vu , sous le même couteau , ,
Rouler leur tête triomphante ,
Et s'abîmer dans leur tombeau , ' '
La Liberté toute sanglante.
Pour ne plus voir, etc.
Affreux triomphe des pervers ,
Attentat dont l’hoireur m’accable ! '
J’en porterai jusqu’aux enfers Le souvenir inconsolable.
Pour ne plus voir, etc.’
MEMU1RF.S DE RIOIIFFK.
Liberté , trésor des grands cœurs , Sernis-tu le crime du sage ,
Ijorsque chez un peuple sans mœurs.
Il fait entendre ton langage?
Pour ne plus voir, etc.
Des monstres sortis des forêts , '
Bien dignes d’être d’un Tibère Ou les bourreaux ou les valets , Assassinent sous Robespierre.
Pour ne plus voir, etc.
Tout un grand peuple ensanglanté, Chargé de misère et d’outrage ,
Au saint nom de la Liberté ,
Est replongé dans l’esclavage.
Pour ne plus voir, etc.
La moitié des Français aux fers.
Dans l’opprobre et dans les alarmes , Sur leurs tombeaux sans cesse ouverts Dans des cachots Versent des larmes.
I^^r ne plus voir, etc.
Voyez d'infâmes délateurs ,
Qu’aucun remords jamais ne touche.
Boire le sang , tuer les mœurs ,
La philosophie à la bouche.
Pour ne plus voir, etc.
Je suis comme un agneau tremblant , Ravi soudain à la prairie.
Et que sur un pavé sanglant , >
On entraine à la boucherie.
Pour ne plus voir, etc.
Chaque jour offre à mes regards La beauté dont la mort s’apprête, Livrant ses longs cheveux épars ,
Aux mains qui vont frapper sa tête.
Pour aie plus voir, etc.
FRAGMEKS ET CORRESPONDANCE.
Le fils qu'ua même sort attend ,
Est couvert du sang de son père;
La fille à l’ilchafiiud sanglant Précède sa mourante mère.
Pour ne plus voir, etc.
Ainsi qu’un sauvage abruti.
Brise l’ceiivre de Praxitelle ,
Sans pudeur 6n détruit Bailly Couvert d’une gloire immortelle.
Pour ne plus voir, eic.
Souvent des présages affi'eux Pénétrant ces voûtes funèbres ,
Glacent le cœur des malheureux •
Qui s agitent dans les ténèbres.
Pour ne plus voir, etc.
Tristes ombres de nos amis ^
Notre voix en vain vous implore ,
Et vous fuyeï ces murs rougis De votre sang qui fume encore.
Pour ne plus voir, etc.
Le sinistre oiseau de la nuit Ne va porter son triste augure Qu’aux toits où le moinant languit , Redemandé par la nature.
Pour ne plus voir, etc.
Des chiens par de longs hurleraens ,
Des cachots rompant le silence ,
Nous annoncent que nos tyrans Demain frapperont l’innocence. ' , .
Pour ne plus voir, etc.
L'airain géràis.sant dans les airs ‘ ■ Vient de marquer nos trisle.s heures; Soulevant le poids de mes fers ,
.Te veille -seul en ces demeures.
Pour tir plus voir, etc. ' ' ■ v
MEMOIRES 0£ HIOUFFE.
Je vais , je compte en pâlissant Toutes ces couches funéraires ;
Je suis comme un fantôme errant Dans la poudre des cimetières.
Pour ne plus voir, etc.
Toi , tu mourras dans tou printemps ;
Ta mort fera périr ton pèrC’: i>
Ainsi le souffle des tyrans / . ' .
Dépeuple et met en deuil la terre. '
Pour ne plus voir, etc.
Quels cris arrivent. jusiju’â moi°
Une voix éclate et s'arrête :
Un songe suivi de l’eiTroi ,
Vient de planer sur quelque tête.
Pour ne plus voir, etc.
Hélas! c’est un infortuné Dont l’épouse a cessé de .v|vre :
Comme elle , au glaive destiné , , e Gonsole-toi , tu vas la suivre.
Pour ne plus voir, etc. .
^ Entends ma voix , ilnis mes maux ,
Reçois , bienfaisante nature - :
Au sein de l’étemel repos ,
Ton innocente créature.
Pourneplusvoirtantdeforfaits;
Mes yeux, fermez-vous à jamais. ^
RELIGION D IBRASCHA.
Je mets ici cette religion, qui, après tout, en vaut bien une autre, et ne paraîtra un jeu tout-à-fait puéril qu’aux esprits fout-à-fait superficiels. Ceux qui voudront l’adopter en sont les maîtres.
FRAGMENS ET CORBESPONDANCE. I I9
GLOIRE A IBRASCHA,
DIEU DES SEPT LUMlènES.
L’homme ne peut comprendre les sept lumières ; à peine en possède-t-il une. .
Malheur à qui ne croit point à Ibrascha! mais surtout compassion ! '
Ibrascha n’est point incarne ; il n’est point flls de vierge.
Ibrascha dit : Depuis que j’existe , l’ordre de la nature n’a jamais été interrompu par des miracles , et ne le sera jamais;
Ibrascha est une intelligence ^ Vingt mille ans se sont écoulés depuis que cette intélligence est émanée de Dieu. Elle se détacha de son sein , commq, une étoile qui sillonne le ciel. Les hommes virent une longue traînée de feu dans les airs ; mais ils ignorèrent. ,,
Elle erra trois mille ans sur le monde d’eau ; mais elle ne s’y fixa point.
Elle erra sur le monde de feu ; mais elle ne s’y fixa point. .
Elle erra sur les animaux quadrupèdes , sur lés poissons^ sur les oiseaux , sur les végétaux ., sur les minéraux ; mais elle ne s’y fixa point.
i:20 M^MOIRKS UK RiUUFFE.
Klle s’arrêta quelque temps sur l’Éléphant ; mais elle ne s’y fixa point.
Elle avait déjà perdu de tout son éclat , quand Dieu dit : « Que cette parcelle de mon intelligence se fixe. » Elle se fixa dans la tête d’un homme de bien^ et la philosophie naquit.
Ce sage s’appelait Pyplasofu ; al vivait avec industrie , était craint? des mécbans , et protégeait les faibles.
Quand il savait quelque vérité , quand il connaissait quelque abus, il ne dormait pas, qu’il n’eût révélé l’un et dévoilé l’autre. /
Tous les soii’s il récapitulait ce qu’il avait fait dans la journée , et purgeait son ame.
Son ame et sou corps étaient sans souillure : il méditait , et il était actif.
^ Un faux sage, nommé Majehusmet, en devint jaloux. Il se dit : « Mentons-nous à nous-mêmes et aux autres; » et la religion naquit, ennemie de Dieu et des hommes.
Les fils de Majehusmet ont persécuté ceux de Pyplasofu.
Gloire à là vérité. Entendez la vérité , rien que la vérité. Ibrascha a vaincu , la lumière est sortie dé dessous les nuages. •