I 1 4 MÉMOIRES DE RIOUFFE
traiififél'ait dans une autre prison, lorsque sur la charrette on le transférait à la mort ; et il le crut. J’avais vu ce vieillard qui avait plutôt l’air d’attendre avec l’autorité patriarchale les hommages de deux ou trois générations , que d’être prêt à ccMnparqître devant des juges, disons mieux , devant des beurreaux.(A chaque instant on est fatigué de l’impropriété des termes , et de donner le nom de tribunal à une caverne, de juges à des assassins ,et de procès à des proscriptions. C’est au lecteur d’y suppléer ici comme dans mon Mémoire. ) Quand je le sus condamné, je me portai à des extrémités qui auraient dû infailliblement me perdre ; il ne m’a manqué qu’un dénonciateur.
' Enfin voici les stances que j’avais composées longtemps avant le 9 thermidor, et que nous récitions tous les jours. Lisez-Ies, jugez par elles de mon courage et de celui de mes amis du n° i3; voyez si dans le mondé chacun de. ces vers , prononcé à cette époque , n’eût pas fait frissonner de tout son corps le plus intrépide des citoyens ; voyez enfin que si j’ai vécu, on ne peut pas au moins m’accuser d’avoir cherché à vivre. Je finirai, par ces stances, cette lettre entreprisé pour vous plaire, pour plaire à quelques-uns de mes camarades d’infortune, dont elle attendrira les souvenirs. Si c’est un tort de l’avoir écrite , ce tort appartient uniquement à l’amitié.
. Salut et fraternité.
Honoré RIOUFFE. ’
FRAGMI3NS KT correspondance.