‹ Mémoires sur les travaux publicsChapitre 169 sur 169 · DU FLÉAU DES INONDATIONS ET DES CAUSES QUI LE FAVORISENT · texte numérisé non relu

DU FLÉAU DES INONDATIONS ET DES CAUSES QUI LE FAVORISENT

M. Gordier, député du Jura, vient de publier, sur le projet de loi ayant pour objet d'ouvrir au ministre des travaux publics un crédit de 4 millions pour la réparation des dommages causés par le débordement des eaux , des observations dans lesqueUes nous retrouvons la justesse de raisonnement de Thomme politique , et le coup d'oeil exercé de ringénienr habile et expérimenté. Tel est le caractère des écrits de M. Gordier ; mais les nouvelles considérations qu'il présente ont une importance qui appelle Fattention de tous les hommes éclairés.

En 1840 , il y a eu des inondations; le gouvernement a demandé 6 millions pour réparer les dommages dans sept départements. En 1841 , des inondations nouvelles ont emporté les travaux oonunencés , et le gouvernement demande encore 4 millions. M. Gordier assure que les digues qu'on établira dans le lit du Rhùoe seront emportées de nouveau, et que de nouvelles subventions seront demandées. N'est-ce pas là gaspiller la fortune publique dans un jeu ruineux ?

Telle est la conséquence de la centralisation abusive. M. Gordier prouve qu'elle est la cause de tout le mal , en ce qu'elle se substitue aux associations qui défen- ^draient efficacement le sol contre les débordements, et de plus, parce que le morcellement des attributions empêche de remonter aux causes et d'y remédier.

Les associations locales , ayant un intérêt de conservation , agissent promptement, avec économie , et selon l'expérience qu'elles ont du danger et de ses causes. La centralisation agit de loin, sans aucune connaissance de ce qu'elle fait, et trèsdispendieusement. L'unité de vues et de moyens ne peut exister entre des ministres qui ont des attributions différentes et se reposent du travail sur des chefs de division ( députés) portant le titre fastueux de directeurs généraux.

Pour neutraliser les causes des inondations , il faudrait reboiser les montagnes , pratiquer le système fertilisant des irrigations, favoriser par une culture intelli-

« geate la flltralioa et réyaporatioo des eaux; mais cela ne regarde pas le miiiiatre des tFatau publies, qui ne peut que proposer d'élever des digues. Son eopflrèéè âb. l'agriculture est une puissance avec laquelle il faut négocier, et de telles négodhtions sont intenninables.

M. Cordier rappelle à ce sujet que Sully était surintendant des finances etndnistfe des travaux publics par-dessus le marché; que Colbert avait dans ses attribalkNis les fonctions dont sont investis aujourd'hui cinq à six ministres ou directeurs généraux députés.

Pendant que la centralisation négocie, délibère, fait ses plans et sesderis, les fleuves percent ou franchissent leurs digues et ravagent toute une contrée. Qcràqoea secours bien simples et peu coûteux portés par des associations auraient probablement prévenu un grand désastre; mais qu'est-ce que cette considération aufM^ de la nécessité de mettre beaucoup de députés dans les bureaux?

M. GcHrdier aura peut-être vu , à son dâ>ut dans k carrière , les poldres Marguerite, Saint-Pierre et du Gapitalendam , sur le bas Escaut, entièrement couverts de l'eau de la mer , avec leurs villages submergés et la flèche des clodiers s'élevant au-dessus de l'inondation. Cétait en 1808, une pièce de fascinage ou quelques pdletées de terre auraient suffi pour fermer l'issue peu considérable que l'âérn^it s'était frayée et avait ensuite convertie en une large brèche. Mais Napoléon avait dissous les associations de défense, confisqué leurs caisses, aboli un ^tènie admirable de survefllance et centralisé à Paris l'administration des poldres. La mer, sans respect pour les décrets impériaux, donna dans une nuit et par une grande marée , une terrible leçon au vainqueur d' Ansterlitz ; mais ce fut aux dépens d'une laborieuse population qui vit du haut des digues engloutir le fruit de ses travaux. Les héritiers du despotisme impérial ne sont pas plus sages.

M. Gordier annonce qu'il votera la loi avec la conviction de son inefficacité , mais comme une conséquence du passé. Il voudrait une législation qui confiât les travaux d'endigage à la sollicitude des riverains organisés , aidés par des subventions accordées partout dans les mêmes proportions. Nous croyons , nous , que rien n'oblige à voter une mauvaise loi, quoique conséquence d'un passé défectueux. Les vues de M. Gordier sont sages , logiques et conformes à l'intérêt général. Ge serait une bien déplorable nécessité que celle qui obligerait , en voyant le meilleur parti , de suivre le pire , et de jeter ainsi , littéralement , des millions dans l'eau , au détriment dea contribuables et sans utilité pour les riverains des flraves.

FIN

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