INTELLIGENTE ET LABORIEUSE
§ 1 . Dénombrement, situation et avenir actuel de la jeunesse intelligente et laborieuse des contrées rurales, dépouillée des droits de la Charte par les abus de la centralisation.
La classe de vingt à vingt et un ans se compose , en France , de trois cent quarante mille jeunes gens, représentant le centième de toute la population.
De ce nombre vingt mille appartenant aux familles dès-riches propriétaires , des grands manufacturiers , des négociants , des hauts fonctionnaires, des habitants des trente-neuf grandes villes dotées de collées royaux, d'établissements publics et gratuits, peuvent recevoir, selon leurs dispositions, une éducation étendue et complète. Par cette raison, ils sont appelés à jouir du monopole des emplois publics , et se trouvent affranchis des lois de la conscription , soit en achetant des remplaçants , soit en obtenant des fonctions qui en exemptent.
Cent mille , fils de prolétaires , n'ayant ni instruction ni indépendance , sont enchaînés par les besoins et exposés aux dangers de ]a misère.
Les deux cent vingt miUe restants sont enfants des propriétaires des campagnes, des fermiers, des petits fabricants, des fils de médecins, de notaires, de fonctionnaires et militaires retraités , etc.
Ces jeunes gens reçoivent de leurs parents plus d'éducation que d'instruction et sont réduits, pour la plupart, à un sort précaire. Eloignés des collèges royaux , manquant de ressources suffisantes pour résider dans de grandes villes, ils ne peuvent être admis dans les administrations, où l'on exige, pour être surnuméraires, des connaissances qu'on ne leur a pas
apprises; ils sont donc en dehors de la Charte qui a consacré les principes d'alité pour l'admission dans lés emplois publics.
Ces deux cent vingt mille jeunes geos appartiennent k la population laborieuse de vingt-deux millions d'&mes qui créent les produits de l'agriculture, des fabriques,, les transportent dans les pays lointains, etc. , payent la presque totalité des impôts.
De ces deux cent vingt mille jeunes gens, cent vingt mille sont destinés h aider ou à remplacer leurs pères dans les diverses positions sociales moyennes et sédentaires.
Les autres cent mille comprennent les fils des familles ruinées par les révolutions ou par la mort de leurs parents aisés et éclairés, des enfants de notaires, de médecins de campagnes, d'officiers retraités et qui leur ont inspiré des sentiments élevés; beaucoup de ces jeunes gens privilégiés par la nature , ont la passion des arts , une ardeur infatigable d'études et de travail , l'ambition de parvenir par le mérite , et se trouvent dans Vimpossihilité, par l'asservissement de centralisation, de se placer au rang que leurs facultés intellectuelles leur devraient assigner.
En 1789 toutes les carrières leur furent ouvertes, et de leurs rangs sont sortis les Biot , les Malus , les Fourrier, les Bernard , les hommes célèbres dans les arts et les lettres, la plupart des grands généraux. Plus tard l'entrée des carrières puUiques devint plus difficile; depuis i83o, elles sont encconbrées et même fermées par des r^lements qui blessent la raison et violent les lois.
Pour être admis dans les écoles militaires, dans les emplois admiuistrati&, dans les écoles de droit, de médecine, etc., illàut être reçu bachelier es lettres, es sciences; savoir du grec, du latin, des mathématiques qu'on n'enseigne pas dans trente-sept mille communes du royaume ; il faut donc qu'un jeune homme ait la possibilité de dépenser, pour courir la chance d'obtenir un emploi bbre ou public, 5ooo francs pendant un séjour de cinq ans dans ime grande ville. Il &ut , de plus , que ses épreuves soient &it«s ayant vingt aus, terme ûital d'exclusion dans plusieurs concours.
Maintenant on n'admettrait pas, dans le génie, Bernard , fils d'ouvrier sans -fortune ; Vauban, dont le génie ne se révéla qu'à vingt-cinq ans; dans la médecine, Bichat, qui ne savait pas le grec; comme t^-
sa
ciers, les généra ux célèbre qui se aont illuftrés sur tous les champs de batailles.
En Ffaqce, les jeunes gqqs des campagnes, deuélde génie, n'ont aucune chance de fortune et d'avenir ; un horloger comme Watt, quia doté le monde des machiQes h vapeurs perfectionnées , et créé le principal élément de la puissance anglaise ; des ouvriers mécameiens et charpentiers conune Brindley, Rennie, Stephenson, qui par leur génie naturel et le concours des belles institutions de la Grande-Bretagne, ont enrichi leur patrie de canaux y de docks, de ports de mer, de chemins de fer, de locomotives , etc. , et ont légué chacun à leurs femillee plus d'un million de rentes; Fulton et l'illustre Francklia, d abord prote, etc., tous resteraient ignorants , ignorés , et laisseraient leurs enfiints dans le besoin.
I) a fallu que Brunnel , Gérard , etc. , aliass^nt en Angleterre chercher l'occasion ofibrte de donner TesscH* à leur génie. Les bellea machines de Brunnel , la filature de lin de Gérard, ont été et sont encore des sources de prospérité pour la Grande-Bretagne; mais les rivalités contre les étrangers , la générosité et la confiance aveugle , innées chez les français , ont r^vi à ces célèbres mécaniciens le prix de leur mérite. Mongolfier, Tinventeor des ballons.et des béliers hydrauliques, Tingénieur des ponts et chaussées Lebon, à qui on doit la découverte de Téclairage an gas et de Tévaporation par le vide, ontaussi enrichi des miUiersdefamillesétrangères qui ont fait les premières applications de lenrs inventions remarquables dédaignées longtemps en France; ils ont épuisé le patrimoine de leurs en^ iants par les dépenses en essais coûteux et en démcmstrations gratuites. Les ingénieurs français , dans les divers services , qui jouissent cependant, en France, d'un monopole nuisible» sont encore ceux qui ont le plus k soufinr et à perdre du maintien d'une centralisation aveugle et sans borne. Ces hommes d'un rare mérite, d^une vie laborieuse et dévouée, sont condamnés k dresser des états , des rapports , des règiemefits de comptabilité , et soumis aux ordres cajMÎcieux d'administrateurs étrangers aux connaissances théoriques et pratiques , et hors d*état d^être piqueuia ; et cependant les premiers comoiis bercent le pouv<4r de se prononcer souverainement sur les projets des ingénieurs , sur leur avancement , leur résidence , et leur avenir toujours compromis.
On ne sait ce qui doit le plus étomrar de Tiitiprévôyaiice d'une telle organisatioo » ou du couragie de ceux qui accepieot la oliasiaD de donûet des ordres à des subordonnés tous plus instruits , plua copàbk^ et plu« méritants que ces prétendus hoainies politiques dommés tour à tour el&efs des divers services qu'ils ignorent. Tels sont les résultats d'une ce&tvidi-^ sation exagérée , habilenaent exploite par l'intrigue ; le génie est étouffé et reste stérile et inconnu ; la jeunesse intelligente et laborieuse est réMduite à un sort pénible et incertain ^ sans chances de gloife et de fortune; et le pays ^ qui devrait^, comme autrefois» marcher en tâte des nations civilisées, devient, pour sa ruine, stationnaire et dans beaucoup de dépai*-* tements rétrograde.
Les améliorations sociales que noua réclamons changeraient les des^ tinées de cent vingt oiille jeunes gens> d'une condition moyenne « et dténe seule classe , et ensemble de deux millions quatre cent mille jeunes genè des classes de dix ans à trente ans.
Par l'émancipation instantanée ei heureuse de ces deux milHons quatre cent mille jeunes gensi nous élèverions à cette même situation, par leur exemple et leufs actions , le» fik des prdétaires de dix ans à trente ans y d'un nombre de quatre^vingt mille par classe , ou ensemble de un million six cent mille.
La législation que nous proposons améliorerait l'arenir de qaàttt millions de Français.
Maintenant les plus ardests de ces jeunes gens et les plus habiles dans les arts» repoussés pas une centralisation impitoyable/ oppressés par les monopoles,, vont chercher sur un sol étranger les chances de fortune et de gloire, et manquent rarement d'être victimes du climat , des préventions de l'étranger, et de l'abandon coupable des intérêts français par le ministère dans les conffits intematiotiatix.
Les réformes que nous réclamons sont Clément favorables à tous les intérêts sociaux qui se suicident dans leur aveugle isolement.
Le gouveroeflieiit , ea retirant des naaina d'administrateurs subalternes , ineapaUea , un pouvoir discrétionnaire exploifté par eux au profit éx<^ dusif de leucs &milles , mériterait la rdoonnaissanee' et le dévonemétlt des populations maintenant opprimées.
Les familles riches, n'exerçant plus des monopoles intolérables, seraient moins enviées, plus aimées, et jouiraient d'une sécurité profonde et d'un avenir plus fortuné.
Les jeunes gens de la classe moyenne, dans les campagnes, qu une législation prévoyante sur l'éducation publique , sur les entreprises nations^s, etc., saurait émanciper, éclairer, enridûr, deviendraient des hommes de génie, des savants dans toutes les carrières, la force des armées nationales et la gloire du pays.
Sous la centralisation actuelle, la plupart restent dans la dégradation de l'ignorance et la servitude de la misère, mécontents, indignés de ne pouvoir remplacer leurs pères qui se distinguèrent dans les services publics ou dans les expéditions lointaines.
On est arrivé, par les abus de cette centralisation administrative, à faire exécuter par des ingénieurs et des mécaniciens d'Angleterre , à l'aide des subventions du trésor, l'un des plus grands chemins de fer de France, sous les yeux de trois cents ingénieurs français d'un grand mérite, réduits , pendant ce temps, à faire mettre des cailloux sur les routes.
Ainsi , les impôts payés par tous les contribuables du royaume, seront employés au profit des contrées les plus riches, et ne contribueront pas à donner de l'expérience aux ingénieurs , à former un grand nombre de mécaniciens français ; cette importante entreprise sera un titre de gloire pour des ingénieurs étrangers , et restera comme un témoignage mémorable des sentiments anti-nationaux des agents prépondérants de la centralisation administrative , et du danger de leur confier le sort de la jeunesse française et l'emploi des fonds à consacrer en travaux publics.
§ 2. Influence du système d'exécution des chemins de fer, par F État ^ sur le sort
et l'avenir des classes intelligentes et laborieuses.
Le gouvernement d'un grand empire , se réservant le choix et la direction des travaux, n'adopte que de vastes projets; il les entreprend avec luxe; il les commence partout avec imprudence, les abandonne avec légèreté au premier événement imprévu ; ne tenant aucun compte de la
perte des intérêts , et semble se complaire à justifier cet adage : Qui trop embrasse mal étreint.
Dominé , d'habitude , par la pensée de tout concentrer dans le chefli^u, de sacrifier las droits des provinces aux intérêts de la capitale , d'imiter l'empire romain dans sa décadence , il ordonne l'ouTerture de lignes immenses , s'étendant du centre aux extrémités ; de Paris k la Manche, à Strasbourg , à Marseille, à Toulouse, à Bordeaux, à Nantes, au Havre, etc., sur un développement de huit cents lieues, et d'une dépense effective d'un milliard , sans comprendre les intérêts.
En consacrant, chaque année, 5o millions à ces ouvrages, il faudrait vingt années pour les achever.
Mais , pendant cette longue période , et après trente années de paix européenne, il est de toute probabilité que des guerres étrangères, absorbant les ressources , forceront d'interrompre les travaux , de les abandonner plusieurs années à l'état de destruction et de ruines, avant de les rendre productifs.
On peut ainsi compter que la durée de l'exécution de ces projets gigantesques, entrepris par le gouvernement, embrassera plus d'un tiers de siècle. Il faut donc ajouter à l'évaluation première la perte des intérêts composés, d'une valeur de plus de 2 milliards , et porter la dépense totale à 3 milliards.
Les grandes lignes ne s'achevant pas rapidement , les contrées voisines ne pourront entreprendre des embranchements ; on est donc es^ droit de conclure que la loi conférant au gouvernement le choix et la direction des travaux , est une loi contre les chemins de fer , et qu en définitive les populations , en France , seront plus imposées que dans les autres
Etats pour les chemins de fer, et ne retireront que de faibles avantages des tronçons achevés.
Les pertes énormes en argent que doivent entraîner le luxe d'exécution, les retards , les ouvrages improductifà» sont encore les moindres inconvénients du système adopté. Quelques détails en convaincront.
L'administration centrale, ordonnant les travaux à cinquante, à cent
lieues de distance, etc., les fractionnera par lots, les adjugera à des en«^
trepreneurs et sous-traitants , et leur imposera des cahiers des charges Ton. 2, sicT. II. 4
ëoat left^clauaes rigoureuses , ezorBitaantes y les livreront à la discrétion de l'autorité administrative.
Fwc oes rigueurs , les homaies>derart « oflfrant touCé^ garantie , n -oseront se hasarder à concourir dans la crainte de Farbitraire; les ouvrages ne seront entrepris (jue par des tàdierons, chefe* ouvriers » qttt> ne calculent que sur ks bénéfices directs à*ol>tenir dans le^ fournitures et^la' maind'œnwe.
Ce» tâcherons ne prennent pour aidies que des ouvriers comme eux» et n'ont pas la possibilité (Rapporter des modifibatîods , d'essayer aucun perfectionnement.
Les ingénieurs des localités , les auteurs même des projets, chargés de les diriger, sont assujettis à se conformer servilement aux tracés et aux détaiU approuvés Iwgtemps d'avance à Paris; ^ils déoouiH^nt des amé- KoratioBs notables , ils sont tenus de dl*easer de n^uTeaux plans et devis , et d^attendre longtemps des décisions «spéciales.
Par la force des choses , l'art reste stationnaire ; l'autorité est réservée à des administrateurs éloignés , qui n^ont pas visité lès localités , et ne jugent que sur ciessin» et d- après des renseigaementB insuffisants.
L'ingénieur de province , souvent déplacé, soilfr le» ordres d*autMs ingénieurs, n'a pas de chance de succès et de gloirel Les récottipenses d'un beau travail sont presque toujours réservées aux ingénieurs qui n'ont eu ni la pensée, ni le mérite de Texécution directe d^un beau projet.
Aii-Klessous' des ingénieurs , les géomètres , les conducteurs , les mécaniciens , les dessinateurs n^ont aucune espérance de fortune et d'avenir. Les ingénieurs, les adjudicataires des travaux, les chefs ouvriers ne sont point incorporés dans* lies entreprises; leur sort ne dépend ni de la rapidité de Fachèvement des travaux, ni du succès dlnnovations importantes. La plupart, au contraire^ se trouvent dans une condition meilleure par la lenteur de l'exécution des onvra^. Dans ce cas^ fréquent^ les ingénieurs et lies conducteurs ont moins de fatfig^e, et lies tâcherons beaucoup plus de pmflts, la* inaitt-^d'œuvre étant altfrâ^ à* plus bas prix.
Le systémei de l'administration conduit donc à* empêcher les essais , les découvertes, à« ralentir la marche des entreprises i et à exagérer lesP dépenses par l'accumulation des' intérêts composés perdus» *
'El
Puisque huit cents lieues de chemins de fer , évaluées à un milliard , doivent coûter, par les intérêts composés et perdus, 3 milliards; il est évident que I%itervention de l'admitiistration fait supporter au pays une perte de 2 milliards , et que plus on entreprend de travaux d'après ce système, plus le pays «'épuise , et plus les triasses intelligefatés etlalk)-
rieuses sont malheureuses.
L'exagération des impôts , qui est la conséquence de ce système , fait descendre les petits propriétaires dansîë classe des prolétaires, et conduit les familles de prolétaires aux derniers termes delà misère. H faut aès lors accroître le nombre et l'étendue des prisons et des hôpitaux , et redouter de fréquentes perturbations.
Une grande ligne dé chemins de fer, de canal, qui ne s'achève pas et reste improductive pendant dix ans, vingt ans, etc., produit les mêmes résultats que la construction d'une pyramide gigantesque ; elle ruine les populations par les corvées et les impôts , et prépare les séditions , les invasions par le mécontentement et la misère.
A toutes les époques , chez tous les peuples , les grands ouvragés improductifs ontenrtraiiïé des désastres, et souvent même la servitude.
On se laisse séduire par de dangereuses illusions lorsqu'on suppose qu'un chemin de fer, un canal, est toujours utile ; il n'est profitable que lorsque les propriétaires du sol , les ouvriers , les prolétaires en retirent plus d'avantages que le montant des contributions prélevées potiir en acquitter les dépenses.
£n d^nitive , le gouvernement , voulant exécuter lui«-même les éhemins de fer , et les entreprendre sur une vaste éèhelle avec la certitude de ne les terminer que dans une longue période , il écarte ou détruit l'esprit d'association; il fait descendre les ingénieurs au métier de conducteur; il ôte toute chance d'avenir aux classes intelligentes et laborieuses ; il empêche les perfectionnements et les découvertes ; il demande aux ouvriers , par l'impôt , plus qu'il ne leur donne en journées ; il épuise la génération présente dans l'espérance vaine de bénéfices éloignés; il rend stationnaire, et même rétrograde , le pays, comparé aux peuples rivaux rapidement progressifii ; edfin il afEaiblit son influence au dedans et sa prépondérahce au dehors.
% 3. fnflumce de VexéeuiUm des etUrcpriMs de ehemini de fer par de vériteMêi aseodaiUmê iur Favenir des chutes intelligeniet ei labaneuees.
Depuis la paix générale , les relations fréquentes entre les nations ont établi une concurrence dans les arts et une communauté dans les découvertes utiles. Par un concours universel , les sciences d'application , d'économie politique , de l«^islatioB , ont fait des pas rapides.
Un habitant des Etat»-Unis invente et construit à son usage » dans une résidence inconnue au pied des AU^hanys, un pont en chaînes de fer; les journaux de tous les pays rendent compte de cette application , et en quelques années les fleuves d'Europe sont franchis par des ponts analogues, de plus en plus perfectionnés.
Un charpentier anglais , mécanicien , homme de génie , Stephenson , exécute le premier chemin de fer pour le transport des personnes , et la première locomotive, et quinze ans après une révolution s'opère dans les voies de. communication de tous les Etats civilisés.
La science législative y plus importante encore par son influence sur le sort des peuples , a fait aussi de rapides progrès , et les saines doctrines d'économie politique sont démontrées et ont été admises couEune les théorèmes et les propositions de mathématiques et de géométrie.
On sait que le travail utile est le principal élément de puissance et de richesse des nations; que l'instruction positive des classes laborieuses contribiie à augmenter la masse , la qualité et la valeur des ouvrages exécutés; que l'aisance de ces classes , due aux travaux productifs, est la meilleure garantie de l'ordre , et que la sécurité publique assurée inspire confiance et courage , et contribue à développer les prospérités générales. On sait encore que les propriétaires du sol , dans leur isolement , par des améliorations locales et privées, n'ont d'action que pour conserver, et laissent le pays presque stationnaire.
Il faut de plus à un grand peuple j. en face de nations étrangères rivales , entreprenantes et ambitieuses , une organisation prévoyante destinée à assurer , dans un prompt délai et aux meilleures conditions , l'exécution des grandes améliorations productives, qui enrichissent les culti-
valeurs et les £ij)ricants par la rapidité et l'économie des transports , et qui procurent une aisance générale aux classes des ouvriers et des proie» taires.
Pour remplir ces divers buts , les hommes d*Etat , dans les empires bien réglés , ont puisé , depuis deux siècles et demi , dans les édits de Henri lY, les principes féconds de la meilleure l^;islation des travaux publics. Ils ont reconnu que les ouvrages doivent être payés par ceux qui en profitent , et qu'il faut les confier à des- associations , chaînées , à leurs frais et périls, de les exécuter, de les entretenir et de les perfectionner.
Cette heureuse combinaison est fertile en prodiges. Les associations étant conviées, protégées, encouragées, aidées ifùême par le gouvernement, les hommes de génie découvrent les entreprises utiles, en rédigent les projets, organisent des sociétés pour les entreprendre , réunissent les capitaux pour en payer les dépenses.
Chaque association appelle à elle les jeun^ gens intelligents et laborieux de la contrée ; leur donne avec des emplois lucratifs la facilité de développer leurs facultés^ et les intéresse au succès par des primes et des actions des compagnies.
Les entrepreneurs des travaux , les chefs ouvriers de tous états , les fournisseurs de matériaux , les propriétaires du sol, des carrières, etc., sont payés , en partie , en actions de Teotreprise , et devieniient membres de l'association et propriétaires.
Par la multiplicité des améliorations de ce genre, les jeunes gens intelligents et laborieux acquièrent de l'instruction, de l'aisance, et les hommes d'invention et de génie s'élèvent à la fortune par la renommée.
Les prolétaires deviennent propriétaires , et les agriculteurs , comme les manufacturiers, s'enrichissent parle bien-être plus général des consommateurs. '
Une nation , par les bienfaits d'une parfaite l^islation des travaux publics, marche donc à une prospérité rapide; les familles se conservent , s'éternisent , s'unissent par les mille liens des associations.
Le gouvernement puise dans leur sein des administrateurs éclairés ,
expérimentés ,> des hommes d'Etat supérieurs , et voit au dehors sa pré--
pondérance croître et détendre par-Védat de se6 prospérités et de ses forces intérieiires.
Par ce système , les contrées diverses » disposant Clément des méme^ éléments de richesses nouvelles ,' sont mues par des seittiments d'une noble concùnreiice. Afirandûes des pensées 'de -seevète jalousie , elles n'ont point à:8oUiciter desfiivéurs au détriment deilooâlités difliArentes, et k accuser Vadministratiôii de^préftrencSes nnisihles.
Mille lieues dé chemins de fei* et de oanaut exécutés par icient compagnies diflRSrentes , d-une dépense' directe de 1 3oo millions , et ensend)le de 1 5oo millions , par des constructions particulières , rendraient en produits bruts , diàque aimée , >i5o- millions, et occuperaient utilement cent cinquante mille chefs de &mille , rqirésentant mi million de personnes.
La législation des associations , substituée au régime «dmihistratif de centralisation absolue , afiranchirait un peuple jusqu'alors 'soumis k exécuter des travaux gigantesques et improductifs, è «payer- des impôts excessifs 9 à < éprouver des copvulsioné fréquentes , des dévolutions périodiques, et le trtinrformerait en iiation prospère, riche, unie, heureuse, puissante , respectée et redoutée par tous lel Etats du- j^obe.
Quelques honmies seulement, ayant un intérêt privé fiivorisé par la centraUsation administrative , fdnt des eflforts persévérants , et jusqu'ici heureux en France , pour faire repousser là législation dés associations.
Les partisans d'une administnltkm absolue prétendent que Louis XIV et Napoléon ont dû leurs conquêtes et leur gloire & la centralisation , leur ouvrage ; que , disposant d'un grand peuple ookmne d'une armée , ils ont pu accabler de leur puissance les Etats voisins divisés , et institués pour la paix.
Ils citent encore les expéditions glorieuses , les grands travaux des empereurs romains , les routes ouvertes de la capitale aux extrémités de l'empire, et choisissent leurs modèles de gouvernement, de législation et de travaux dans les siècles reculés.
L'histoire, plus impartiale, et l'expérience de notre époque, nous avertissent que la centralisation administrative , instituée par Fusurpation des franchises des provinces et des libertés des communes, a toujours conduit è des catastrophes; plusieurs des cdntemporains de Louis XIV et
beaucoup de ceux de Napoléon ont été témoius et yictime8\des invasions et des révolutions, résokitts du pouvoip absolu et de ^enivrement inévitaUe qu'il denotne même! aux grands bonmiies.
Il parait aussi impoissible de nâtablir longtemps- le pouvoir adminiAnitif absolu, à Fimitation des empereur» romains , de renoncer aux bi«!i«* faits des institutions^ représentatives , d-entreprendre encore dç grands travaux improductifs par corvées, oupàr de nouveaux imp^, que d'empêcher l'emploi des machines à vapeur dans le&i fabriques, sur les vais* seaux , et sur les chemins de fer.
(c A ces gens qui veulent rendre modernes tous les siècles anciens , je » dirai ( Mo^nsQUiEtr ^ Espnt des Lais ) ce que \e» préIMs d'Egypte » dirent à Solon : O Athéniens! vous n'êtes* que' des enfants. »
ÏA découverte des associations, dans les Etats r^présentiitifr , est une conquête comme Ifa vapeur , plus impioitante eneore et plus puissante ; et? l'application dé Ifr législation des associations aux travaux- publics est plus utile au bonheur des classes' intelligenjtes et laborieuses^que l'inven* tion de l'imprimerie, et leur est aussi néoessaire que la culture des' terres.
GHAPI'Ntt m.
DES^ CHEttlNS DE FER EN ANGXETERRE.
S 1*'. ComfrtitaÛHHi» po/ilifiies.
Lorsque l'emploi des chemins de fer était restreint au transport de la houille , de l'ardoise , le gouvernement anglais se bornait à protéger leur exécution par une législation tutélaire et parfaite. Les compagnies exéeutantes dbfenaient la fkcuUé d'exproprier, la propriété à perpétuité
de ces entreprises , et le concours oUigé des autorités et du public.
Après la découverte des kxxmiotiyes et les premiers succès constatés du chemin de fer de Mandbester à Liverpool pour le transport des personnes à de grandes vitesses, les ministres ont compris que le pays pourrait attendre de ces nouvelles voies admirables les avantages suivants :
Une i^us grande extension de l'exploitation des mines de houille ;
Une plus grande prospérité des usines à fer et des ateliers de fabrication des machines à vapeur;
L'instruction et pour ainsi dire la création d'un grand nombre de mécaniciens habiles;
Le développement de la navigation à vapeur , par le concours des manufacturiers et des mécaniciens nombreux et exercés;
Le monopole des transports des personnes et des litres entre l'Europe , l'Amérique et l'Asie , par les compagnies de navigation à vapeur ;
En définitive , l'espérance de la domination des mers et de la concentration des affidres de l'Europe à Londres , considérée par les Anglais comme la capitale du monde conomerciaL
Par ces motifs , les entreprises de chemins de fer ont été proclamées d'un intérêt national , et les premiers honunes d'Etat ont cru de leur devoir de s'inscrire en tête des diverses associations , de les honorer et de concourir de leurs fortunes et de leurs efibrts à leurs succès.
Dans un empire réformé , où l'on procède à la recherche des meilleures lois par des enquêtes publiques parlementaires, où les hommes d'Etat aspirent à mériter la renonmiée par l'accroissement de la grandeur de la patrie, et savent dédaigner la fortune, les périls et les machinations de l'envie, le système d'exécution des travaux publics et particulièrement des chemins de fer devait être le plus parfait.
Les ministres ont compris qu'ils ne pouvaient prétendre à devenir ni bons ingénieurs , ni savants mécaniciens, ni comptables intelligents et économes , et que dès lors une administration publique , sous leur direction et leur responsabiUté , serait incapable d'ordonner , d'exécuter les chemins de fer.
Ils ont reconnu, comme Sully et Colbert , qu'une compagnie est plus intelligente à concevoir une entreprise, plus habile à la terminer^ plus
vigilante à l'exploiter que le gonvemement d'un grand pays ; que les associations forment des hommes supérieurs^ et contribuent < à unir les peuples, par des intérêts communs , comme tme grande famille dévouée au maintien de l'ordre et à la grandeur de la patrie.
Ces ministres ont encore su deviner que quelques grandes lignes uniques 9 isolées , accordées par préférence et comme des privilèges « à quelques villes principales , malgré les réclamations «t au détriment des contrées rivales , porteraient la perturbation dans le pays, déplaceraient les relations établies, mécontenteraient les populations délaissées et imposées pour payer les instruments de leur propre ruine.
Par ces divers motifs , le ministère anglais s'abstient de toute intervention directe ; mais il encourage les entreprises nationales des chemins de fer , en faisant soumettre à l'examen et à la sanction du parlement les propositions de toutes compagnies qui ont rempli d'avance les conditions prescrites par la loi, les mêmes pour chacune.
Le parlement ouvre une enquête publique sur chaque projet , examine, approuve , ou ajourne , et ne rejette jamais définitivement , la proposition d'ouvrir des chemins , des canaux , parce que cette faculté est considérée comme un droit inviolable qui appartient aux propriétaires* des localités traversées.
Le gouvernement anglais , par une profonde et persévérante habileté , appliquée à toutes les branches de l'administration , a obtenu des résultats importants qui se révèlent trop tard au dehors et qu'il fiiut signaler pour en prévenir les conséquences funestes à la France.
Les lettres traversant l'Angleterre pour le prix d'un décime , depuis la réforme de la taxe , et les voyageurs du conftinent étant transportés d'un port de la Manche à Londres , en douze heures , terme moyen ; de Londres soit à Liverpool , à Bristol , ou à Southampton , en quelques heures ; de ces ports à New- York en douze ou quinze jours; et de New-York dans les diverses colonies; il est évident que les lettres et les voyageurs du continent européen , même de la France , pour les Etats-Unis et pour les colonies, doivent, par économie de temps et d'argent, passer par Londres; ainsi l'extension des chemins de fer et de la navigation commerciale k vapeur préparent la suprématie de la puissance maritime deT Angleterre.
TOM. 2, SBCT. 11. 5
Cest ainsi que , djàns un i^vememeiit par&itemenr rëgjié , une législation d*intérét8 appdés matériek par des hommes inattentifs , contribue à k grandeur rapide de Fempire.
Supposes que F Angleterre se trouve ocmdamnée à subir la centralisation absolue de la France, que tous les canaux et chMains de fer soient expropriés, confisqués ou radietés par FÉtat, aux frais dès contribuableis ; que la direction en soit laissée à des administrateurs absolus , confondant la fumée avec la vapeur, le plan d'un édifice avec Fâévation , étrangers à h spécialité qui leur est confiée ; en moins de cinquante années les administrateurs anglais, entourés de sollicitenrs de travaux et d'emplois» de flatteurs , acoaUés de détails, finraient descendre rapidement la Grande- Bretagne de son haut rang , laissant éépéait les communications étaUies, entravant le commerce , sacrifiant les campagnes aux grandes villes, et rmnant les contribuables par des travaux inadievés , gigantesques et improductif.
§ 3. Chemitu de ftr txécutét m Jngltterre pour le tramport det ptnowia, depm 1837.
LonctttUB, Dtptnsis bt rnivEHus du cbshihs Dirsi tx UGunsu, adI" jumci 1842.
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Uverpool et Hmchestir .
Londres et Soullimpuii. '.
Korth-Doloo
Hucbeiter ei Lceda. . . .
Northcin et Eastern. . . . .
Arbroath et Forftr. ....
Glugow, Palscler et Ayre.
HiDchesler el Btdlon. .
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LoDdoD el Brighton. .
Edtnburgb ei Clugow.
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