‹ Mémoires sur les travaux publicsChapitre 66 sur 169 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

§ 1 . Des ancieni canaux de navigaUon de V Egypte.

L'isthme de Suez, de soixante lieues de largeur moyennei mesurée de Suez à Damiette, est le Delta du Nil^ formé de ses alluvions: le soi, sous un ciel brûlant, a la stérilité des sables du désert, partout où les inondations du Nil né peuvent Tatteindre.

Dans cette vaste étendue il n'existe ni rivières , ni sources d'eau douce ; les fontaines artésiennes qu'on établirait ne donneraient que des eaul saumàtres, hors du champ de l'inondation du Nil , parce que la mer Rouge, plus élevée que la Méditerranée, alimente d'eau salée les couches souterraines du Delta.

Dans la haute et la moyenne Egypte, du Giire aux cataractes, le fleuve, encaissé, a été saighé par des canaux qui fertilisent sop bassin, et les beaux travaux entrepris. pour les irrigations des terres riveraines, sont entretenus avec vigilance et remplissent leur destination.

A partir du Caire, le Nil, non endigué, et d'une pente plus rapide dans les temps de crue, avait été divisé en sept branches au-dessous du Caire, et embrasse l'ensemble de l'isthme par des dérivations; mais, avec le temps, la plupart des canaux artificiels se sont envasés, et le sol est rentré dans le domaine des déserts, ou est reconquis par les lacs salés des bords de la Méditerranée, également infertiles.

Sur les anciens canaux égyptiens, on n'avait entrepris que des barrages pleins pour détourner les eaux, dU des écluses simples pour les retenir. Les écluses à sas étaient inconnues; aussi, malgré la grandeur des ouvrages exécutés afin d'étendre le champ des inondations, le système de navi^tion et d'irrigation clans la basse Egypte a toujours été incomplet.

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§2. L89 premiers xmm'affeUur U NU y eont'ihé^mie^ékUe'mUirieiire, emitemponùle

€U jHMrieure à celU deê traeaux deê Pyramides

La «coDstructien de la grande pyramide ayant employé 'pendsint trente ans cent mille hommes, renouvelés tous les trois mois, et d^aylrçjs pUr vrages entrepris en méme4;emps, exigeant beaucoup d*ouvriç»^rjEigy£te, alors, devait être très-peuplée et très- fertile ; ce qui suppose quiç les ca^ naux de dériva^ons avaient été coiistruits antérieurement .pour féconder une plus grande étendue de terrains». et produire la nourriture nécessaire à une population très- nombreuse.

Telle est, d'ailleurs, la marche progressive des peuples. Ils ne se livrent d'abord t[u*à des travaux ixtiles qui les rendent riches et puissants, et ne sont condamnés à élever des monuments de luxe qu aux temps delà corruption, de la décadence et de la servitude.

A. chaque époque de régénération de.r£gyple«.9ous les princes ^Moçesp seurs de Cyrua, d\&.lexandré et de César, i les anciens canaux -ont; éi^Wir creusés, les viHes sur leurs rives rebâties ; jcnais i'E^pte; agricole, gouvernée par des souverains étrangers, en pays conquis, ne s'éleva plu£ à Tétat florissant des premières dynasties, nationales.

D.'aprè9 le nombre etriiumenrité-des monuments fiistueuxde TËgypte, on doit supposer qu'ils ont été le^ dernièrea entreprises d'un g]||find jieupie, et que le pays épuisé et. ruiné par les oiivrages de luxe, a ^,dans l'impuissance d'étendre et d'enti?etenin les travaux prpduqtifii« J^ pre» mières sources de ses richesses^ et de, sa .grandeur.

Les ruines de tant de villes, célèbres en dissent plus qne lesjbistorieos enthousiastes des Ptolâfnées et des Césars, qui.se montrèrent plus oocopé:» de signaler 'leurs règnes par de^nouveaux monuments, que de rendre aux populations leurs anciennes franchises, et par elles leurs prospérités.

§ 3. De Vàncien canal de h merRougeau Caire et à la Méditerranée.

Les historiens anciens qui ont publié des renseignements différents sur l'entreprise de: ce canal peuvent se .concilier, si . on admets * selon les pnFa»

TOM. â, SICT. II. 15

habilités, qu^elle a éié>ouvent reprfse et abandonnée. Nous rappellerons d'abord H discuterons leurs opinions sur le^ questions suivantes posées et controversés par le» écrivains et par les ingénieurs depuis 2290 ans.

Le canal de la mer Rouge a-t-il été ouvert k la navigation ?

Dans le cas de rafihrmativey le canal était-il atiinenté par la mer Rouge ou par le Nil ?

La mer Rouge est-<;lle plus élevée que la Biédkerranée>. et comment expliquei* cette sur-élévation ?

La mobilité des sables du désert, oppose-t-elle un obstacle insurmontable à l'exécution et à la conservation d*un canal navigable ^

§4. Opimomdèianeimêhiêionetti ei nmmrqim $ur (eurs cot^'cdicrei.

Hérodote (né en 484f ^^^ ^^ 4>^ y ^^t écrivait 44^ &i^ avant J.-G.) , attribue k Néços ou Nécas, roi d'Egypte (quia v^é de 616 à 600 avant J.'^G.)} l'entreprise de ce grand canal; «r Darius, fils^d'Hystaspey roi d'Egypte et empereur des Perses (qui a réfpaé de 5a2 k 4^6), le fit contt** nner.

» Ce canal a de longueur quatre journées de navigation , et assez de largeur pour que deux trirèmes puissent y voguer de front. L'eau dont il est rempli vient du Nil , et y entre un peu au-dessus de Babastries : ce canal aboutit à lu mer Erythrée, ville d'Arabie.

» On commença à creuser le canal dans cette partie de la plaine d'Égypte qui est du côté de FÂrabie ; la montagne qui s'étend vers Memphis lui est contiguë. Il commence donc au pied de la montagne, va d'abord pendant un long espace d'Occident en Orient; il passe ensuite par lès ouvertures de cette jmontagne,. et se porte au midi dans le golfe d'Arabie.

» Sous le règne de Nécos , cent vmgt mille hommes périrent en creusant ce canal; ce prince fit discontinuer louvragÇi sur la réponse de IV racle qui l'avertit qu'il travaillait pour le barbare. »

Remarques. Hérodote lut publiquement en 44^ (avant J«*C.}, son histoire k Athènes, qui avait de fréquentes rdaiions avec l'Egypte; il eut

p0Ur auditeurs Thucydide tel tes pk» gnimb hommes :de la jGrèoeç im petft donc considérer comme avérés les £iii8 presque contemporaiiis^ïectieiUis par ittrodole dans -an pays- voisin qn'il avait viiîié,^6t 0DiHnîa\par lui k Tépreiive de f opinion publii^ fort éclatfée tl* Athènes et de la Grèce.

Le témoignage d'Hérodote , oonsidéré comme anûiratique, ne détaok pas les conjectures des historiens postérieura, qni en admettant -comme avéré le jugement du père dé rhistoire, ont prétendu que 'le eanal fiït commencé, les uns par les rois dé TÉgjpte Aménof^îsl'' (contempumin d* Abraham) y roi de ia dix-huitième dynastie (a régné de igi6 è 1B96 avant J.-C.), et les autre» par Sésostris , de la dix-neuvième dynastie , contemporain de Joseph, (et qui a régné dé 1723 à i663), et que Nédos et Darius reprirent les travaux entrepris par leurs prédécesseurs / treîee siècles on onze siècles avant lé règne de Nécos.

L'obscurité , dans la nuit des temps , sur les époques et les détails des travaux du canarde jonction des deuxnier8a''ex{i|ique fadlemeiit :1a ligné de ce canal traverse des déaerts sur une étendue de- trente lieue* ; tes caravanes nombreoséB du €atre à Sues «t en Arabie » du Oiire è P^toe et en Syrie ', ne traversent pas la ligne du canal ; et'tea ingénieurs Irkfiçm de Tezpédition d^Égypte ne purent pas trouver au Caire , ville deSoo^ôob âmes, des habitants qui eussent visité les localités. Ils redierchèrent les vestiges du grand t»nal d'après les descriptions donifées par lea ancieM historiens.

Le canal du Caire aux lacs Amers avait deux desikiatiottë dii^Mites , la première d'étendre le champ des irrigations du Nil; la seooflde-d'ouvrir une commiDmication du Nil il la mer Rouge.

AmérjLopfus /^, roi de la Basse-E^pte \ xipx le premier soumit toute

l'Egypte et régna près de trente et un ans , fut le premier roi qui eC^Joaqu'alors la possibilité et la puissante d'entreprendre celte grande àén*^ vation destinée à rendre productifs de vastes terrains j et à augmenter les moyens de prospérité*et de défense de l*Égyptev surtout près deaanciennes limites des deux royaumes de Tbdbes et de la Basse-Egypte , soavent en guerre.

Le canal artificiel du Caire jnsqu^à'Belbéiv est tm des plus anciens et des |dàs utiles /puisqu'il aeit à condtdre les eaux du Nil dans la prMiMa

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àe Barquichi qui serait reconquise par le désert ^ sans les irrigations des eaux du Nil*

Sésostris ou Ramesses^ fondateur de la diz-^euyième dynastie qui est montée sur le trône deux siècles après Amén<^his I«' , qui a signalé soa règne (de 1723 à 1 663 avant J.-G. ), par de grandes et utiles entreprises ^ a dû ordonner la continua tion.du canal du Caire aux lacs Amers,, et le creusement dés parties ouvertes et déjà comblées.. Telles sont les conjectures que viennent confirmer les historiens des temps anciens et modernes.

Diodore de Sicile ( 4^ ans- avant J.-C. ) , attribue » comme Hérodote» les premiers travaux du grand canal à Nécos^et la continuation des ouvrages à Darius , roi d'Egypte et de Perse.

«Mais ce prince ( dit cet écrivain ), interrompit ensuite rentreprise, sur l'avis de quelques ingénieurs qui Jiui dirent qu'en ouvrant ce canal , il inonderait l'Egypte qu'ils avaient trouvée plus basse que la mer Rouge.

» Ptolémée IIPhiladelphe(quirégnade385àa47Avant J.-G.)nelaissa pas cjfxe d'achever l'entreprise I mais il fit mettre, dans l'endroit le plus favorable du canal ». des barrières , ou des écluses ingénieusement construites^ qu'on puvre quand on veut passer, et qu'on referme ensuite trèspromptement. C'est pour cela que cette partie du canal qui se jette à la. mer, à l'endroit où est bâtie la ville d'Arsinoé , prend le nom àe fleuve de Ptolémée ».

Strabon , historien contemporain d* Auguste , attribue à Sésostris , avant la guerre de Troie ,.les premiers travaux du canal , qui furent repris par Nécos , et continués par Darius et.les.Ptolémées, rois d'Egypte.

« Darius abandonna ce canal presque achevé , parce qu'on lui avait persuadé, à tort , que la mer Roug^ était plus élevée que l'E^Qqpte, et qu en conséquence > si on venait à couper l'isthme la mer. couvrirait le pays.

» Les Ptolémées coupèrent l'isthme , mais ils firent oonstrilire une euripe ( barrière fermée), qui permettait une navigation facile du canal intérieur dans la mer, et de la mer dans le canal.

)> Les eaux qui coulent à travers les lacs, qui étaient amères, ont été changées en eaux douces par la communication du fleuve au canal.

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AtijouitHiai œs lacs prodaiseDl de bons poissons y et abondeiirt en ;< aquatiques. »

(c Près d'Arsinoé , on trouve la ville des Hères et celle de Géopatris,. à-rextrémité du golfe Arabique , vers FEgypte , ainsi quç des ports ^ des habitations , et plusieurs canaux et des kcs qui leur sont contigus ; oa j trouve encore la ville de Phagroriopolis , dans la préfecture de ce nom. L'origine du canal, qui se jette dans la* mer Rouget est au bourjg de Phacuz ,. auquel est adjacent celui de Philon : le canal a cent coudées de largeur; sa profondeur est celle qu'il faut aux plus grands bâtiments. Ces lieux.sont situéssucla tête du Delta^où est la vill^ de Babaste, daqs la préfecture de ce nom : au-dessus est le canton d'Héliopolis » où est située la ville du Soleil ^ renfermée dans les digues élevées, n

Pline ^ q/j\ donne les mâmes détails que Strabon sur la première époque des travaux ,. diffîre sur quelques points.

Ptolémée II fit creuser ce canal en lui donnant une largeur d au moins soixante coudées ( 33 mètres) , et de profondeur ( lo mètres) , et sa longueur est de quatorze lieues, jusqu'aux lacs Amers, ou l'on s'arrêta , par la crainte d'inonder le pays , la mer Rouge ayant été trouvée supéneure de trois coudées ( i".65 ) au sol de l'Egypte. Quelques auteurs en donnent une autre raison ; suivant eux , l'on craignait dé gAter /par cette communication, les eaux du Nil qui, seul en Egypte, donne dëseaux^ potables.

Les auteurs arabes modernes rendent compte dés ouvrages exécutés depuis la conquête de l'Egypte par les Romains; et font, comme les anciens géograpbes et historiens, remonter à la plus haute antiquité, les premiers travaux du canal des deux mers, qu'ils attribuent aux premiers rois d'Egypte.

Le 6euve Tmjan, dit ^tfergou (en. 812 de J.-G.), qui passait à Babylone d'Egypte, est le même que celui qui fut appelé le canal du Prince des fidèles^ et qui ooule le long de Fosthath ; car O'mar,- comme il estxlîi dans l'histoire de la guerre d^Égypte, ordonna que cexsana), alors comblé par les sables, fût rouvert, à l'effet de faire transporter des vivres k Médine et à la Mekke, qui étaient désolées par la £imine.

« Maqryzjr{\Z%o de J.-C.) rapporte que le nom du prince qui, pour la seconde fois, fit creuser ce canal, est l'empereur Adrien; soit que ce.

prioee 1 Ait &k achever sous les auspices de Trajan-, soit qu'il ei^ ait été seul auteur ou restaurateur, rhistorien arabe dit que ce canal avait réU creusé pour la seconde fois, n

Schems-Ëddin. « Le canal du Caire doit son orij^ne h un ancien rot d'Egypte, nommé Tarsis Ben Mafia; ce fut sous son règne qu^ jihraham

vint en Egypte. Ce canal s*étendait jusqu'à la ville de Kolsom^ en passant près de Suez, et les eaux du Nil se déchargeaient en ce lieu, dans la mer Salée. Les vaisseaux chaînés de grains descendaient, par ce canal, dans le golfe Arabique, jusqu'au port de Jambon, où ils déchargeaient leurs marchandises pour la Mekke et pour Médine. (^mar, qui fut calife des Sarrasins, de 634 à ^^^i ^^ nettoyer et recreuser ce canal, et on le nomma depuis ce temps Kalidj-Emir-Mmoumenin (canal du Prince des fidèles). Il demeura en cet état pendant cent quarante ans jusqu'au règne du calife Âbbasside Almansor (775 de J.-C.) qui fît fermer l'embouchure de ce canal dans la mer de Kolsom ,- il n'en resta que ce que l'on voit encore aujourd'hui ; on lui donne maintenant les noms de Kalidj^Hakemy^ etc., et plusieurs autres encore.

El Maqrjrzjr (gé(^raphe du Caire), écrivait en i435 de J.-C. : « Le canal du prince des fidèles est situé hors de la ville de Fosthath^ et passe à Toccident du Caire; il a été creusé par un ancien roi d'Egypte pour Agor, mère d^Ismayi, lorsqu'elle demeurait à la Mekke. Dans la suite des temps, il fut creusé une seconde fois par un des rois grecs qui régnèrent en Egypte après Ja mort d'Alexandre. »

tt Lorsque jfmrou fit la conquête de l'Egypte, ce général, d*après l'ordre d'O'mar, prince des fidèles, s'occupa de faire recreuser ce canal dans Tannée de sa mortalité* Il le conduisit jusqu'à la mer de Golzoum, d'où les vaisseaux se rendaient dans l'Yemen et dans l'Inde. On y passa jusqu'à l'époque où Ben^Abjr^Thdleb se révolta dans la ville du prophète {Médine) contre Mokhammed-al-Mansourf alors calife de FIrag (760 ans de J.-C). »

Ce souverain écrivit à son lieutenant ea Egypte, pour lui ordonner de combler le canal de Golzoum^ afin que l'on ne s'en servit pas pour transporter des provisions à Médine. Cet ordre fut exécuté, et toute çomoau-

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■icaUoaï iatavrompue evea la met àm Goktuat ; les choses sont ttsiées dans l'état où nous les voyons aujourd'hui. «

ir Ce canal se noanHant encore originairemeM le caBalde Messràti de F9rihatkf quand le général Djauhet fonda la ville du Gaive, sur le bord oriental de ce cabale on le nomma canal du G9ire;-il fut aussi désigné sous le nom. de canal du Frince* des fidèles, c'est^ndûre d'O'mar, qui le fit recreuser. Aujonrd'huii le-pettple*le nomme Je c^nal dei?aXrem> parce cpie, suivant uqe opinion-vulgaire^ naais mal fondée, Hakeni^ ditron, le fit recreuser, ce qiii est de tpute &usseté, car ce canal existait bien, des an-* nées avant Hakem f on le npmoia. encore le Canal des Perles. »

jébdouUfih'^^eU'Saalehh cite les &its bisloriquas suivants :

O'mar écrivais à A'mrou :« le Tressauta livré l'Egypteauz Musulmans ; ce pays abonde en biens et en comestibles de toute espèce ; je veux profiter de l'occasion que Dieu me présente lui- même de procurer Tabon* dance aux habitants des deux viBes sacrées, et des vivres à tous les Musulmans ; il fiiut creuser un canal depuis le Nil jusqu'à la mer ; il nous facilitera le transport des provisions à la Mekke et à MédinCy qui serait long et difficile si l'on employait des bétes de sommes; et nos vues. ne seraient pas remplies. Concerte-toi, avec les plus instruits, sur les moyens d^etécuter ce projet» »

« Amrou ne perdit pas dêteiMpë; il communiqua Tidée S Omar aux Egyptiens qui en futekit désespérés. « Nous craignods, lui dirent-ils, que ce nesoit uDgksand malheur pour l'Egypte; tAche donc cPexagére^ aux yeux du prince dos fidèles les difficultés de cette entreprise , et dis-lui que cda ne se peut pas^ et ne sera pas ; car nous ne connaissonsr aucun moyen d'exécutioa. »

« 01 marne tenant paa compte de f opposition des Égyptiens quHlavsfrt prévue, recommanda à ué-mrou de s'occuper sérieusement, d'exécluter s6n projet, et de le* terminer dans un an. »'

jfmrou rassembla aolant d'ouvriers qu^il en avait besoin, et il fit donc creuatr dans le voisinage de Forsthaêh , un canal que l'on nomma le canal du Prince 4es» fidèles ; il lo^cônduiait; depuis le Mil jusqu'à la nier; et l'année n'était pas encore éooulée,' lorsque les vaisseaux purent y naviguer, et porter les vivres nécessairerii la AtekkeetMédme. Tel est le Inanbit

que Dieu accorda aux deux villes sacrées; on s*en servit poar le transport des vivres jusqu'à la mort d'O'mar.

. Plus tard, les gouverneurs d'Egypte le négligèrent; on cessa de s'en servir; le sable l'encombra ; la communication fut tellement coupée que le canal finissait à la Queue du Crocodile, dans le canton du château de Qolzoum.

« On raconte encore que lorsque Omar^ prince des fidèles , ordonna b A'mrou d'établir la conmiunication du JNil à la mer Rouge, A^mrou lui répondit : « Je sais qu'avant l'islamisme , des vaisseaux amenaient chez nous des marchandises de l'Egypte. Depuis que nous avons fait la conquête de ce pays, cette communication est interrompue; le canal est encombré, et les marchands en ont abandonné la navigation. VeuxHu que j'ordonne de le faire creuser, afin d'y faire passer des vaisseaux chargés de provisicHis pour le Thedjaz P »

« Âmrou confia la direction du canal à un Qàhthec^x lui dit : « Veux-ta que je te conduise dans un endroit où les vaisseaux pourront passer et se rendre à la Mekke et à Médine , déchargez-moi de l'impôt , ainsi que toute ma famille? » jfmwu y consentit, et en écrivit à G mur y qui Tapprouva. »

AUQodha dit c^A^mrou fit creuser ce canal, l'année de la grande mortalité (639 de J.-C), qu'il fut -terminé en six mois, et que le septième mois les vaisseaux y passèrent et purent se rendre dans le Thedjaz. »

A/. Leheauy histoire du Bas-^Empire. La côte de Famâ n'était éloi* gnée de la mer Rouge que de 52,920 toises. Cet intervalle étant une plaine très-unie, et peu élevée au-dessus du niveau des deus mers, A^mrou forma le projet de les joindre par un canal qu'il aurait rempli par les eaux du Pîil; mais Omar s y étant opposé, dans la crainte d'ouvrir aux vaisseaux chrétiens Feutrée de l'Arabie, A'mrou tourna ses vues d'un autre côté. Il y avait un ancieu canal nommé Trajanus AmniSj q\x Adrien avait fait conduire du Mil, près de Babylone, jusqu'à Pharbœthus , aujourd'hui ^e/^e/^,* il rencontrait en cet endroit un autre canal commencé par Nécos, et continué par Darius, fib d'Hystaspe, et qui allait se dé* charger dans une lagune d'eau salée, au sortir de laquelle Ptolémée .Philadelphe avait fait construire un large, fossé qui conduisait les eaux

jusqu'à la ville d' j4rsinoë on CUopdtris k\à pointe du golfe, où est aujourd'hui Suez.

Ce canal en partie comblé par les sables, était devenu inutile du temps de la fameuse Cléopàire ; Amrçu ne fut point arrêté par l'ancien préjugé qui, supposant les eaux de la mer Rougeplus hautes que le sol de l'Egypte, faisait craindre de leur ouvrir un passage ; il fit nettoyer ce canal, et le rendit navigable pour transporter en Arabie les blés de l'Egypte ; c'est ce qu'on nomme maintenant le Khalidjr , qui passe au travers du Caire ; mais il ne le conduisit que jusqu'à la lagune que l'on nomme le lac de Schèeb ,le reste, jusqu'à la mer Rouge, est ^titièrratient comble, quoiqu'on en distingue quelques vestiges. »

Af. de Tottj Mémoires sur les Turcs. «Le sultan Mustapha tteàlÊLwec un grand intérêt , le projet de la jonction des deux mers par l'isthme de Suez ; il voulut même ajouter aux connaissances que j'avais à cet égard , celles des difi*érents commissaires qui avaient été envoyés en Egypte; et l'on verra, que si Mustapha avait assez vécu pour entreprendre ce travail, il eût trouvé , dans le local , des facilités qui l'auraient mis à même d'opérer la plus grande révolution dont la politique soit susceptible. »

« Le sultan , dontl'esprit commençait à s'éclairer, m'a fait (aire un travail sur cet objet important, dont il réservait l'exécution à la paix. » »

(t Dans les différents travaux qui ont illustré l'ancienne Egypte, le canal de communication entre la mer Rouge et la Méditerranée mériterait la première place , si les efforts du génie en faveur de l'utilité publique étaient secondés par les générations destinées à en jouir, et si les fondements du bien social pouvaient acquérir la même solidité que les préjugés qui tendent à les détruire.

» Voilà cependant l'abr^ de Fhistoire , elle n'oflBre que ce tableau ; c'est celui de toutes les nations, celui de tous les siècles. Sans ces continuelles destructions , la position la plus heureuse aurait dicté des lois immuables, et le canal de la mer Rouge eût été constamment la base du droit public des nations.

» Les opinions les moins fondées , mais qui prévalent presque toujours sur les observations les mieux fiiites , ont établi assez généralement des doutes sur l'existence de ce canal ; on en a nié jusqu'à la possibilité ; ce- ToM. 2, SBcr. 11. 16

pendant Diodore de Sicile en atteste l'existence , et quoi qu'on puisse penser de cet auteur, rien n'autorise à rejeter les faits dont il a été témoin.

M U est démontré par les passages de l'histoire de Diodore de Sicile , que les écluses servaient encore de son temps; on retrouve aujourd'hui le radier sur lequel elles étaient établies , et le monument a été découvert près de Suez^ à l'entrée du canal qui existe encore ^ et qu'un léger travail rendrait navigable sans y employer d'écluses et sans menacer l'Egypte d'inondations. Rien ne peut en effet justifier la crainte des ingénieurs de Darius, lors même que leurs nivellements eussent été pris au moment des plus hautes marées. Il n'est pas moins important . d'observer que toute cette partie de l'isthme offre le terrain le plus Êivorable aux navigations , dans le petit espace de douze lieues qui sépare le golfe Arabique des bras du Nil , qui s'en rapproche et se jette ensuite dans la MéditeiTanée à Tinéh. »

§ 5. Examen des opinions des anciens historiens.

L'Egypte» d'un sol fécond, sous un beau ciel, dans la plus heureuse position commerciale, k la rencontre de deux mers et de trois continents, fut convoitée et conquise comme une proie riche et glorieuse , par tous les conquérants fameux.

Après les règnes souvent agités des seize premières dynasties de rois égyptiens, renommés les uns par la science et la sagesse des institutions , d'autres par des travaux fastueux, monuments éternels de leur vanité et de la misère des populations , les Egyptiens d^énérés, corrompus, avaient admis des étrangers, en violation de leurs lois , ils se mêlèrent avec les nations voisines et en subirent les invasions et la servitude.

Quelques siècles d'affranchissement et de grands règnes ne sauvèrent pas rÉgypte de la fatalité des guerres intestines et des conquêtes ; des .princes des trois parties du monde s'emparèrent tour à tour de ce royaume.

Les Arabes ou rois pasteurs furent chassés et remplacés par la dynastie de Sésostris ; mais après vinrent les dynasties des Ethiopiens, plus tard les

successeurs de Gyras, Alexandre, et la race de Ptedéméei son général, César et les empereurs romains, les califes et les sultans mameluks, puis Napoléon.

Sur le Delta du Nil , terre de création nouvelle , formée de détiitus des montagnes d'Afrique, le réceptacle de toutes ses eaux, la population égyp? tienne est comme un débris des divers peuples du monde attirés par la conquête et retenus par la dé&ite ; ils différent de couleurs, de religion , de mœurs, de langage, n'ayant entre eux de commun que la servitude perpétuelle.

Après les successions fréquentes et violentes de révolutions et de dominations, pendant lesquelles des conquérants se signalèrent par la destruction des livres et des monuments des science3, on conçoit la difficulté de percer Tohscurité des siècles, et de rétablir la chronologie des travaux mémorables.

Si l'Egypte a été le pays le plus visité par les philosophes, les historiens, les poètes de l'antiquité, les malheurs des temps ont détruit leurs écrits; d'ailleurs, aucun d'eux, peut-être, n'avait été chercher les traces d'un ancien canal, à travers les déserts, avec chances presque certaines d'être dépouillé par les Arabes nomades.

Mais, il est des faits avérés qui ne permettent pas de doute sur l'existence prolongée du canal du Nil à la mer Rouge.

Sur ses rives, sont encore les ruines de plusieurs villes désignées sur les cartes anciennes, dont les noms restent dans les pages conservées de llHStoire et dans la mémoire des peuples.

Les ruines d'^rsîhoé' ou Cléopàtrisy de Sérapin^ de Abou Kachah^ HerOj Tell el Kebir^ Mou^ entre la mer Rouge et Belbtàs^ en suivant les vestiges de l'ancien canal, et celles de Magdolemy de Tell el Her, Péluse et Faramahf entre les lacs Amers et la Méditerranée, attestent qu'un bras du Nil a longtemps coulé dans les lacs Amers, par le canal dont oi^ voit les vestiges; parce que, sans les eaux du Nil, ces localités n'auraient pas été habitables.

Les preuves géographiques viennent aussi confirmer les témoignages des historiens.

Hérodote, qui a vécu de 4^4 ^ 4'^ avant J^-G., avait été informé

par les Grecs^ qui commerçaient avec l'Egypte et les Indes, des travaux exécutés quelques années avant sa naissance, par Darius, de 5:23 à 4&6 avant J.-C. ; Solon, contemporain de Nécos, qui visita FEgypte pendant son règne, avait sans doute rapporté k Athènes des documents sur les grands travaux exécutés par ce roi.

On ne peut donc révoquer en doute que Touverture du canal des deux mers ait été commencé par Nécos et continuée par Darius , et que les eaux du Nil furent amenées dans les lacs Amers, transformés en eaux douces.

L'histoire des Ptolémées , rois grecs, qui avaient appelé beaucoup de leurs compatriotes en Egypte, est mieux connue encore, et il est constaté que Ptolémée acheva l'entreprise de Nécos et de Darius^ et établit la communication entre le Nil et la mer Rouge par un canal alimienté par les eaux douces du fleuve.

On fit usage d'écluses simples, fermant avec poutrelle, et on attendait à chaque marée, le moment où les eaux de la mer et du fleuve étaient étales ou de niveau, pour faire passer les navires, du canal dans la mer et de la mer dans le canal.

On verra par les nivellements que cette opération était possible et facile pendant une partie de l'année, à Fépoque des crues du Nil.

Le canal ({\\ Adrien fit creuser à la recommandation de TrajaUy parait être celui qui est dirigé sur Péluse, et destiné à féconder la partie méridionale de l'E^pte, et à donner des eaux à Péluse, ville importante, considérée comme la clef de l'Egypte. Les Romains n'avaient ni relations de commerce avec les Indes et l'Arabie, ni possessions en Arabie. Ils n'avaient donc pas d'intérêt à établir une communication entre le Nil et la mer Rouge, et à recreuser le grand canal que les siècles avaient comblé.

Mais les califes^ maîtres à la fois de FEgypte et de l'Arabie, résidant à la Mekke et Médine, contrées stériles, tiraient les approvisionnements de

l'Egypte, et attachèrent une grande importance à Touverture du canal de jonction du Nil et de la mer Rouge.

El-Magrjrzjr^ géographe arabe , habitant du Caire, a pu puiser aux meilleures sources pour donner l'historique du canal que fit ouvrir A'mnjUj par l'ordre du calife Omar. Les détails qu'il fournit, d'ailleurs

confirmés par les autres historieDS arabes, ne laissent aucun doute dans la pensée. Il est donc avéré que le canal du Nil à la mer Rouge a été ouvert pendant cent quarante ans, de Tannée 635 à Tannée 775.

Puisque A'mrou est parvenu en neuf mois à rendre la communication navigable , ce seul fait constate qu il a profité des travaux antérieurs , et qu'il a suffi de déblayer les parties envasées et de relever les ouvrages détruits par le temps ou la main des hommes.

La proposition qui lui fut faite par un habitant du Caire de lui indiquer une direction ou un projet d'une exécution facile et prompte , s'explique par cette circonstance que le canal ancien traversant le désert sur vingt lieues , les vestiges n'en étaient pas connus aux autrea habitants que nulles circonstances n'appelaient dans cette partie du désert, éloignée de la route suivie par les caravanes.

Le canal fut ouvert par les ordres d'O'mar, calife des Sarrasins, en 635 , et resta navigable jusqu'en 775 , pendant cent quarante ans.

A'mrou^ lieutenant d'O'mar, ayant employé un iiombre extraordinaire d'ouvriers è cette entreprise , achevée en neuf mois , on peut supposer que la grande mortalité de cette même année doit être attribuée , comme sous le règne de Nécos , au rassemblement d'hommes dans le désert , manquant d'eau , de tentes , de nourriture sous un ciel brûlant, et soumis aux traitements les plus barbares.

Les siècles chevaleresques et pieux des croisades , en Orient , n'ont fourni aucune lumière sur Thistoire du grand canal d'E^^te; dans les combats à chances variées, et non sans gloire, contre les Sarrasins, les chrétiens ne conquirent en Egypte que les bouches du fleuve et leurs rives ; n'en revinrent qu'en petit nombre , n'en rapportèrent que des maladies et n'y laissèrent que les tombeaux de leurs guerriers et des villes en ruine. Us ne pénétrèrent point jusqu'au Caire , ni sur la ligne de jonction du Nil à la mer Rouge.

L'expédition française , sous les ordres de Napoléon , paiement scien • tifique et guerrière, a conquis , avec TEgypte , une double gloire. Le grand ouvrage de TListitut d'Egypte est un monument impérissable comme la mémoire des victoires de cette armée héroïque.

M. Lepère, alors ingénieur des ponts et chaussées, a publié le journal des

opérations et des reconnaissances faites sur le terrain , par les ingénieurs français sous ses ordres , entre Suez et le Caire etPéluse; et les documents recueillis par les anciens historiens et géographes sur les travaux du canal du Caire à Suez. Nous donnerons le résumé des nivellements et devis.

M. Jomard, savant géographe, ingénieur de l'expédition d'Egypte, a dressé les belles cartes de la haute et de la basse Egypte, et un mémoire curieux et profond sur le lac Mœris comparé au lacduFayom. Il a montré avec une haute sagacité que le lac Mœris n'avait pas été creusé de mains d'homme , et que le cube de onze cents milliards de mètres cubes du canal , n'aurait pu être déblayé qu'avec une prodigieuse quantité d'hommes, de temps et d'argent. Ce travail eût exigé l'emploi de cent mille hommes pendant quatre mille ans, en raison du cube des déblais et de la longueur du transport des remblais.

Le lac Mœris était autrefois un lac sans eau , comme les lacs Amers , séparé du Nil comme ce lac de la mer Rouge par une digue naturelle. Le roi Mœris fit couper ce barrage et ouvrir un canal de communication entre le Nil et le bassin.

Les eaux du fleuve arrivant dans le bassin l'ont rempli , et chaque année Talimentaient dans les crues du Nil , qui durent trois mois ; lorsque les eaux du lac Mœris avaient atteint le niveau des plus hautes eaux ascendantes du fleuve , on fermait alors les écluses ou retenues du lac pour empêcher leur écoulement , jusqu'au temps où le fleuve abaissé ne pouvait plus arroser les terres. On ouvrait alors les écluses , et le lac Mœris , plus élevé , fournissait aux campagnes les eaux nécessaires.

Cette entreprise, quoique moins gigantesque que celle qu'on avait supposée, est cependant aussi grande, aussi importante et utile pour l'Egypte que l'ouverture du canal du Caire à Suez.

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