DE LA MER ROUGE SUR LA MÉDITERRANÉE
§ i . Résultats des ingénieurs français.
Les savants ingénieurs de Vexpédition d'Egypte, qnoiquau déhut de leur carrière , ont donné depuis des témoignages d'une si haute capacité , qu'on ne peut supposer une erreur de plusieurs mètres dans un nivellement fait en plaine , sous les yeux de l'armée, de Napoléon et du monde. Us savaient que la question qu'ils avaient à résoudre , partageait depuis trente siècles les historiens et les géographes , et que leurs noms seraient attachés à leurs travaux.
S'ils ont été forcés d'interrompre plusieurs fois et pendant plusieurs mois leurs opérations, et de se servir de niveau d'eau, ces circonstances mêmes ont dû prévenir de graves erreurs. Us ont visité plusieurs fois la ligne , et & l'inspection seule des terrains , ils auraient reconnu les erreurs des nivellements qu'ils avaient eu le temps de rapporter et d'étudier pendant ces intervalles de repos.
Du reste, ainsi qu'on en jugera , il importe peu pour le succès du projet f que le niveau moyen de la mer Rouge ne soit que de 6 mètres , de 4 mètres , ou même de :2 mètres , au lieu de 8"*y839 , trouvés par les ingénieurs français ; cette différence n'apporterait aucun changement , quant aux grands résultats des chasses , au projet de jonction de la mer Rouge à la Méditerranée , tel que nous le proposons.
S 2. Preuve par tradition.
Le canal de la mer Rouge au Nil et au Caire , a été recreusé dans les temps modernes , et la navigation établie en 634 > ^ ^^^ ouverte pendant i4o ans, et jusqu'en 774 • De cette époque à l'expédition de Saint-Louis, en Orient, de l'année laSo à ia5 3, différence '47^-
Et de 774 à 1798 , de Texpédition d'Egypte, différence. . 1,004.
Cette distance de cinq et dix siècles, immense sans doute, n'est en r^lité que la succession , par tradition , de six ou douze vieillards qui ont transmis à leurs enfants les faits recueillis , dans leur enfance^ de leurs ancêtres.
Ainsi , les habitants du Caire, fondé par AmroUy lieutenant d'Omar, le créateur delà grande communication du Caire à Suez, avaient tous conservé , dans leurs annales et leur mémoire , ces deux faits mémorables , contemporains solidaires entre eux ; le Caire n'ayant dû sa naissance, sa prospérité , sa population plus tard de 3oo,ooo âmes , et ses richesses , qu'au grand canal du Caire à Suez. Les historiens et géographes du Cai^e, dans les siècles postérieurs , écrivaient sous l'impression de Fopinion générale transmise de génération en génération.
Dans la conviction des populations de l'Egypte , la mer Rouge est plus élevée , et l'ouverture de la digue entre la mer Rouge et les lacs Amers exposerait la Basse-Egypte aux inondations d'eau salée de la mer Rouge, et à la destruction des récoltes , de la culture et de la population de la Basse-Egypte , le Nil étant la seule eau potable de ces contrées.
Le nivellement des ingénieurs français justifie ces craintes transmises par tradition.
§ 3. Preuve par la topographie du pays.
A r inspection de la carte, il paraît évident qu'après les derniers cataclysmes qui avaient mis en communication les deux mers , et depuis la formation plus récente de la Basse-Egypte, par les dépâts des vases du Nil y pendant les inondations, il a existé de grands courants de la mer Rouge, d'une part vers la Méditerranée à Péluse par la ligne de plus grande pente , et d'autre part vers le Caire par la vallée diOuadj.
Le courant venait frapper une montagne de dunes vis-à-vis et à l'aval du lac de Thaubactum , et se partageait dans les deux directions.
Puisque la grande vallée diOuadjr a une pente de la mer Rouge jusqu'à Thon , d'où les eaux de la mer se répandaient dans la Basse-Egypte, elle n'a pu être creusée que par un courant partant des lacs Amers et venant de la mer Rouge.
Entre le lac de Thaubactum et la Méditerranée, la suite des nappes d'eau conserve la forme qu'un puissant courant partant de la mer Rouge ou des lacs a pu donner, et représentent les circonstances du Delta d'un fleuve.
Si le grand courant qui a produit cet afibuillement avait eu la direction contraire de la Méditerranée à la mer Rouge , il n'y aurait pas eu de creusement entre cette mer et lac de Thaubactum , puisque la plaine qui borde la succession des lacs étant vaste et unie, les eaux 'de cette mer seraient arrivées au même temps et régulièrement de tous les points sans ouvrir un lit particulier.
Les lacs Amers, étant très-étendus , restaient au niveau de la mer Rouge , et à chaque marée montante le flot se précipitait de là vers la Méditerranée et vers le Nil avec toute la vitesse due à la différence de niveau des deux mers.
Cette dérivation de la mer Rouge n était autre chose qu'un fleuve salé aussi abondant que le Nil, mais d'une pente plus rapide; parce que les niveaux étant les mêmes , au temps des crues du Nil , la distance entre les lacs Amers et la Méditerranée est beaucoup moindre qu'entre le Caire et les embouchures du Nil.
Les cartes représentent parfaitement Tancien courant immense entre Jes lacs Amers et l'entrée du laoMensaleh.
Puisque ce lit na pas été comblé par les envasements, on doit conjecturer que le grand courant existait de 6Î5 à 776 , pendant les 1 4o ans de l'ouverture de la navigation sur 1^ canal du Suez au Caire.
On sait que l'écluse à la mer était simple , et formée de bajoyers et de poutrelles ; ainsi , à chaque grande marée extraordinaire, les eaux de la mer Rouge devaient dépasser les poutrelles et les rompre ; et pendant les crues du Nil , un bras du fleuve , prenant cette direction , devait se précipiter du lac de Thaubactum dans le lac de Menzaleh.
$ 4 . Preuve par ks bancs salins de gypse et de sel.
En admettant la surélévation de la mer Rouge sur la Méditerranée , la formation des bancs et des blocs de gjpse et de sel s'explique facilement.
Les lacs Amers ayant été tour à tour remplis par la mer Rouge , e| desséchés par la chaleur d'un soleil brûlant , les sels contenus dans le^ eau;K se déposaient.comme dans les oiarais salants et par les mêmescauses, mais plus rapidement en raison de la chaleur en Egypte. ,*
Plus près dé'Ia n^er Aougi^ , une filtration constante , dans les terrains nitia^JMiSy'd'es^u salée , qu'un sol échauffé et un ciel brûlant font évaporer» v^.<Jûjfi^i|gpiepter ifpçessamment les dépôts des cprps salins qui s' unissent ave^le.sayç. . . , . î ., ,. ., ,
La presi^ggiç ^n gyp^e 9vec le sel n'est point .up CA^ fprl^itî.fUf:!^irmi contre dans Ù>U3 J^ j)as^i^,dç ^^Xfievçm^^fM Yi^^^j fcrSttlzbourg , à Bex, comme en Ix)riïmtK^ et dans le Jura.
Le phénomène i^e pourrai^[||pj|lH}<ier par les filtrations des eaux de la Méditerranée , supposées plus élevées , vers la. mer Rouge; puisque ces bancs sont d'autant plus abondants qu'on se rapproche davantage de la mer Rouge à Suex.