‹ Mémoires sur les travaux publicsChapitre 72 sur 169 · ROUGE SUR CELUI DE LA MÉDITERRANÉE · texte numérisé non relu

ROUGE SUR CELUI DE LA MÉDITERRANÉE

S I . Prmve Hrée de la dUaiaiian de feoti.

D'après les lois de densité , de gravité , et de mobilité de l'eau , le niveau moyen de la mer Rouge devrait être le même que celui de la Méditerranée^ si des circonstances particulières ne modifiaient pas le système d'équilibre.

Une première cause dont Fappréciation eiacte échappe au calcul , doit soutenir le niveau moyen effectif de la mer Rouge, au-dessus du niveau de la Méditerranée appelé moyen , quoique la marée soit peu sensible et ne varie en dehors et en dessous que de 0,176.

Nous exposerons notre opinion avec une extrême réserve , et conmie une conjecture toute spéculative.

Il est constaté que la température de la mer est plus élevée ou que sa densité est moindre sous la ligne que près des pôles; dès lors l'eau de la mer à la surface sous la ligne de l'équateur doit se porter par un courant perpétuel vers les légions polaires : d'autre part, leseaux, vers les pôleSy(i) étant plus froides , plus denses et plus lourdes , forment un contre-courant inférieur allant des pôles à l'équateur , et remplaçant le courant en sens contraire de la surface.

L'effet est le même que celui qu'on observe en mettant en communication par deux ouvertures , l'une de fond et l'autre de superficie , deux

(1) Nous avons dit Ters les pôles , parce qne les points les plus froids de la terre ne sont pas les pôles de rotation du globe , mais deux points situés à plus de dix degrés de ces derniers. Ainsi les deux centres de départ de ces courants froids ne sauraient être les pôles , alors même que les glaces seraient distribuées symétriquement autour de ceux-ci.

résenroirs remplis chacun d'un liquide de densité différente , ou d'eau k deux températures éloignées. Le liquide le plus lourd, ou Teau la plus froide , se précipite par le bas dans le résenroir du liquide le plus léger ; et le liquide le moins dense coule par le haut dans le résenroir du liquide lourd.

Ces courants , les uns de sur&ce de Féquateur, vers les régions polaires , et les autres du fond, de ces régions vers Téquateur, occasionnés par la différence de température, sont modifiés par une foule de causes dont Ténu* mération ne doit pas trouver place dans cette notice.

Mais quelles que soient les déviations , le principe n'en subsiste pas moins, et l'ensemble des observations de température et de courants, qu'on a faites jusqu'ici, soit à la surface, sait dans la profondeur de l'Océan, constate les effets de cette loi générale.

On ne pourrait évaluer, même avec une certaine approximation , la dilatation comparée des eaux de TOcéan équatorial avec celle des eaux polaires, attendu que Ton ne connaît pa» bien l'échelle des températures des couches plus ou moins profondes de ces mers, que les courants modifient.

On sait que la diminution croissante de température qu'on observe {généralement dans les eaux de l'Océan, à mesure qu'augmente la profondeur des couches qu'atteint la sonde thermométrique , est plus ou moins rapide suivant les latitudes, les saisons, les lieux, et que les courants surtout con<« tribuent à ces variations.

Les nombreux courants , établis par les causes permanentes , changent donc l'état thermométrique normal qu'ion pourrait concevoir dansunlieu donné, et renversent pour ainsi dire la loi de température de la terre.; mais si nous considérons en particulier la région du globe que baigne la mer Rouge , nous pourrons arriver à un résultat qui aura quelque importance dans la discussion qui nous occupe, bien. qu'il ne soit représaatépar aucune évaluation numérique.

Encaissé entre deux contrées nues et irès-chaudes , ne recevant aucun eourant d'eau qui ait quelque importance, la mer Rouge a , en tout temps, une température élevée; aussi M, le maféchal duc de Ragusea-t-il observé a 3 degrés dans ses eaux au mois de décembre.

La mer des Indes, qui alimente la mer Rou|(e, ne communique pas direoteraènt avec les x^pons polaires ooqame l'océan Atlantique et l'ooéaa Topi. S, sicr. u. IS

tu

Pacifique; de Mrtei|ue si Ton traee une ligne droite du cap de Bonne Espéranceà Jâva^ toute la pattiede la mér du côté du pôle aretîque^ «ourtiiseà «Bsolciîl brohvt, isafas connnunication directe avec les régions gla* cialea, devra se maifitenr à une très4iabte'teinpérature.

La mer iloi^e en particulier présentera , dans ce sens, une différence pins grande «ncore, comparée aux autres mers ; et f eioès de dilatation qu'elle éprouve doitmaùitenir son BÎmèoau*dessus du niveau moyen des mers.

Par ces diverses coiisidëfatîons, et ittDs admettre même comme rigoureux les nivrilementsdeanigénîeurs fnuiçais ^ue^^l&ns notre conviction , nras croyMs très*approximati& , on est en droit de conclure que le niveau moyen de la mer Rouge à Suez est plus élever que celui de' la Méditerranée à Péhise.

La dilatation de TeaU étaift de o degliÊ k i oo degréSy-i Teau l)0uiUaute, de 0,0433, si la température de la merRougeétait fiar supposition de a5 degrés -centigrades plus élevée que celle delà MéditemiDée^ la différence de niveau , sur une profondeur qsndjwmie de 400 .mètresi dans les deux mers, serait de 4"'-33.

S 2. Preuve tirée de V action de» vent» coMtant» du sud en hiver,

* Pendant les mois d*hi ver, des vents violents constants du sud, s'engouffrant dans Fétroite gorge de b mer -Rouge., bordée par les montagnes élevées et correspondantes de T Arabie Pétrée , du mont Sinaï , et de la Moyenne-Egypte, suivent ce bassin , et soulèvent le ni veau, moyen de la mer Rouge au-dessus de son niveau moyen; dans la saison où les vents permanents contraires vont de la Méditerranée au sud, le niveau s'abaisse de la même quantité. Plusieurs officierside-kr marine française qui ont navigué dans ces parages et séjourné à ii^oi^eîr et à Suez y ont constaté cette surélévation qu ris ont estimée k i mètre.

Les ingénieurs français qui ont opéré à Sues le yjanvier 1799, pendant un hiver remarquable parla violence ^des vents et la fréquence des tempêtes sur la mer Rotita;e, ont pris pour bauléur moyenne delà mer le ni-

veau le plus é\ex6 ; el la difôcf nce en peut être estimiée ea tout à* i métrés dont la mojemie est dec/^^o.

(^(e. iMMÎalîoa d'mi mètce entrerietiUMaux moyens ezlvéttie» dé là mer Ronge y quoique faible^.doil.ètre notée ,. afin; d'en> tenir ciMppte- «dans la rédaction et l'exécution des projeta des ouvrages dTari li: oonslruhre à L'entrée dn grand, canal dans la merftmifpe. En ne tenant pas compte' de celte circonstance» et en fixant le na(tier d'apiès les dcumées des ingénieurs, les grands navires ne pourraient . entrer dans k canai . pendant les> mois d*étéy lorsque les vents régnent delà Méditerranée vecslesud^ le niveau moven étant abaissé d'un métce.

S 3. Preuve Urée de fattraciian du

Les astroiy)mes ^orptie^s- (agrées ^ qui Mtvaienti^.q^^ sièdeaaivana Jésus-Christ, croyaient avoir prouvé que le globe était une sphère parfaite: plus tard on 9vait admis l'hypothèse de V^pticité ; depuis on a constaté , par des opérations multipliées , qae la sj^ière terrestre diffère très-sensiblemoat d'un ellipsoide.

Des savants ont signalé les nombreuses irrégularités de la courbure du globe , en ont expliqué les causes , et calculé les efifets sur le soulèvement du niveau des mers par l'action de la partie solide de la terre élevée au-dessus de ce niveau.

Le soulèvement des mers est déterminé , comme la déviation du pendule, parl'acûon des inégalités de la snrface de la partie solide de la terre. Les eaux de la mer 90i^t attirée^ vers les mputagoep^ voisines. 4^. glû]^ > comme les molécules du pendule^ et doiyent s'éLçver d'autant plus. , imyut que le groupe des montagnes, a plus d'élévatiop:, plus de densité et. d'étendue, et se trouve plusisapprocbé.

Lie «avant auteur du mémoire sur la figure de la, terre, en copo^pavfUAt^ entre elles les hauteurs du niveau de la mer,, q|ai se déduisent de ïç^mt^' vation du pendjile ^avee et sans la oorrectîen relative à raitracûon..GQ«tinentale, a. trouvé, entre autre» ffésujltaîs, extrémea, qu'à l'Ile deOwo^y point le plus éLoigné^d^ c^ntipentoy lejûveau e&ç(if de l'Oeé» dewit

être à d86 mètres au-dessous du niveau , sans la correction ; et qu'au cap de Bonne-Espérance le niveau effectif se trouvait» au contraire, à 735* mètres au-dessus du niveau » sans la correction- de Fattraclion continentale.

Ainsi , près des îles éloignées des continents , l'abaissement relatif an niveau général de la mer, calculé sans la correction de Tattraction continentale^ serait plus considérable encore , sans hprésaice de TUe, et tel qu'on le constaterait en pleine mer, si on pouvait y observer le pendule. Cet abaissement de la pleine mer est une conséquence évidente de son élévation près des côtes.

L'auteur, faisant l'application de sa théorie à une tle circulaire et conique de lod^rés de. largeur, d'une hauteur totale de 1,000 mètres, à savoir : 5oo mètres de base dans l'Océan , et 5oo mètres d'élévation audessus des eaux, calcule l'exhaussement vrai graduel dé la surface de la mer au-dessus du niveau mathématique en se rapprochant de l'île, et la. prolongation imaginaire de cette sur&ce dans Fintérieurde File;

H trouve au centre de l'tlè 99-.30

àcinqdegréi. 92"'.30'

àsix degrés 89^.80

àseptdsgrés 85-.30

à huit degrés. . 80-.40

àneufde^ 74-.40

à dix degrés 67-.20

à onze degrés 68*.70

à douze degrés 50" .00

à'treize degrés 43".00

à quarante-cinq degrés T^.SO etc.

Réciproquement, phis la mer est profonde et éloignée ies continents , plus son niveau se rapproche du centre de la terre.

Ainsi, la courbure mathématique de la surface de là mer est modifiée par des ondulations contraires , que déterminent le rapprochement* ou Féloignement des continents , leur élévation , leurs masses , leur densité et les profondeurs variables de la mer.

D'après ces calculs, là mer Rouge, entourée de hautes montagnes, doit être évidemment plus élevée que la Méditerranée. La longueur de cette mer étant de a4 degrés, ses extrémités sont à 13 degrés du milieu, et à

une plus grânde distance du centre d'attraction des numtagnes cpii la bor^ dent sur les deux rives.

La distance entre Suez et la Méditerranée étant de jJus d'un degré », la différence de surélévation , d'après le calcul qui précède^ peut aller à 8 et 9 mètres par cette cause.

Dans le cas ou l'isthme serait coupé, il n'en résulterait pas une irruption de la qier Rquge produite par la différence des hauteurs » et avec une vitesse due à cette différence. L'altération de la courhure mathématique diminuerait graduellement en se' rapprochant'de la Méditerranée* ; . Un autre doute est à examiner;, la mer Rouge étant plus élevée que le niveau mathématique; à vingt lieues de Suez, et en se rapprochant de Suez, l'effet de l'attraction des montagnes étant presque nul, puisque la mer a peu de profondeur, quel doit être le niveau^ vrai des eaux à Suez? ce niveau ne serait*il pas plus élevé que le niveau mathématique en raison du barrage formé par le gonflement dû à l'attraction à dix lieues, à vingt lieues de Suez?

Dans tous les cas , il resterait la surélévation tantôt permanente , et tantôt accidentelle , déterminée par les autsescauses que nous avons signalées y i^la différence de densité parla chaleur, 2"" les vents, et 3^ la marée.

On voit , du reste, que le problème est d'une haute importance à étu* dier et à résoudre ; mais quelles que soient la solution et la différence de niveau des deux mers , le projet présenté peut recevoir de même son exécution et procurer les mâmes avantages.

S 4. . C&neluiwn des chapiires Ul et Vf.

On peut supposer, après examen des renseignements recueillis , et l'étude des cartes et des &it8,qiié la mer Ronge communiquait autrefois avec la Méditerranée par Fisthmede Suez , que la difl^rence de niveau.dueà l'attraction des montagnes ne suffisait paa pour produire un courant oootinu et rapide , mais que la surélévation produite par la dilataticm des eaux<, les vents et les marées^ devait porter., deux fois par jour , les eaux de la mer Rouge sur la Méditerranée et sur tous lesterrains.de la Basse-Egypte, ces terrains étant plus bas que le niveau des marées , ordinaires et Airtout

extraordinaires y de la mer Rouge' anrélevéea et poussées par des ¥ents perpétuels et violents du midi au nord.

L'opinion générale en Egypte que la opopure de la digue qui ferme maintenant la mer Rouge monderait l'ififdime et rendrait le sol infertile était donc très-fondée.

On doit croire que lorsque la mec Rouge se déversait deux Ibis par jour sur la Méditerranée y les eaux salées, recouvrant un mA brûlant, s'évaporaient; alors lé terrain , devenant salin et solide , résistait aux vagues , et le dépôt s'élevant toujours par la cristallisation des seb et les sables entraînés, a fini par former la digue naturelle et empêcher la commfunication des deux mers.

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