III
M. Necker lui avait inspiré imt€ admiratioi^ que Mirabeau était loin de partager ; cependant l'arrêt du conseil * qni continuait aux billets de la caisse d'escompte un cours «forcé ilans le commuée lui ayant paru une opération de finance difficile à expliquer, il en fit le sujet d'une correspondance avec Mirabeau , et tout en avouant que , puisqu'un ministre éclairé avait prescrit cette mesure, iL fallait bien qu'elle fut salutaire , il n'en voulut pas moins avoir son opinion et le pria d'éclaircir la question.
« Sans connaître M. Necker , écrivait Ceratti , . » sans être connu de lui , sans dépendre de son » autorité , ni par aucune espérance , ni par au- » cune prétention , je suis son enthousiaste , son • pan^yriste, et ^ ce qui est trop peut-être, son » défenseur en toute occasion. Mais avec la même «franchise que je vous déclare ma prévention » dominante , je vous dirai que je ne conçois pas «l'arrêt du conseil concernant la caisse d'es-
fut nonimé député à la législature en 1791. On a de lui plusieurs ouTrag es écrits a^ec goût. C'était un philosophe peu fait pour des temps de rèyolatton , aimable dhos le inonde 9 mais un peu servile et trop obséquieux auprès des grands.
' 39 décembre 1 78e.
n compte. Si un mortel me paraît mériter la foi » humaine , c'est M. Necker ; pourquoi donc cet »acte qui semble le supposer infidèle ou du
• moins imprévoyant ? Tout le monde m'assure i>que les administrateurs ont sollicité ou arra- » ché cette prolongation , selon eux indispensa- 9 ble. On m'assure que la perception des deniers » ne se fait point en province ; des troubles et » des dérangements de toute espèce ont tari la » source dé l'argent ; au lieu d'affluer k Paris , il » reflue vers les campagnes , où tout est dans une » disette effroyable. C'est sous cet aspect que » j'envisage l'irrégularité d'une administration « qu'il m'est impossible de taxer d'ignorance ou
• de soupçonner d'injustice. Le temps dévoilera
• ce mystère, et absoudra Caton. Comment croi- »rais-je que l'homme qui ccmnait le mieux les
• principes du crédit , qui a £ait le plus de preu- 9 ves de constance et de sagesse , qui a un œil
• sans cesse ouvert sur le f^ublic , et qui voit le
• public fixer sans cesse ses yeux sur la moindre » de ses opérations , en hasarde une si équivoque,
» si elle n'est nécessitée par des circonstances irré- » sistibles, ou liée à des ressources qui en réparent » toutes les conséquences fâcheuses ? Un homme »> tel que M. Necker sait perdre sa place plutôt »que sa réputation et sa vertu. Enfin je croirais
i48 MÉMOIRES
» plutôt que toutes les têtes ont tourné, que la
» sienne ait varié ! »
Un pareil éloge (ut vivement repoussé par
Mirabeau, c Vous n'êtes pas au courant de la question , répond-il à Cemtti , et tout l'esprit du monde ne supplée pas les faits. Jamais il n'y eut plus d'argent à. Paris, quoique la méfiance le resserre; jamais la fatale industrie de l'agio* tage n'a plus fait afiQuer le numéraire dans la capitale; jamais on ne prit de plus sûrs moyens d'en arrêter la circulation, d'en tarir les sources, qu'en faisant du papier-monnaie; jamais on ne connut moins les sources du crédit que M. Nec^ ker, cela a été authentiquement démontré; jamais on ne fut moins dextre et moins fécond en expédients. Le Caton qui a mis à fonds perdus tous les principe^ et les revenus de la monarchie; leCaton qui a infecté l'Europe de rentes viagères et de mœurs viagères ; le Caton qui a loué ou proscrit , suivanf les circonstances particulières, les mêmes opérations et les mêmes hommes ; ce Caton a montré, il faut l'avouer, peu de constance , s'il s'est laissé arracher par des banquiers un arrêt extravagant autant qu'inique. Je ne sais si toutes les têtes tourneront plutôt
» que 4a sienne ne variera, mais je sais qu'il serait
è aisé de montrer que M. Necker , comme admi-
» nistrateur financier , se montre irrésolu , et » que son système paraît être précisément l'indé- » cision '. » ^
Quel motif pouvait avoir Mirabeau de publier cet écrit à l'approche des élections? Ne pouvaitil pas craindre qu'un homme aussi populaire que l'était alors M. Necker ne nuisît à ses succès; car il ne le censiu*e pas seulement sur les billets de la caisse d'escompte, mais sur un point beaucoup plus intéressant alofs^ ^P^^ l'enthousiasme se manifestait de toutes parts , le fameux résultat du conseil: il l'attaque dans les doutes que le ministre y élève sur certains droits nationaux, dans les intentions qu'il lui suppose de mettre en question ce qui était indubitablement démontré à la nation ; enfin dans tous les points où son opinion diffère de la sienne. Il ne se borne pas à ces reproches, il trouve dans le rapport fait au conseil par M. Necker , des inconvepances , et entre autres en ce qui concerne la reine *. « Sous aucun
' Ce jugement s'accorde, mal arec ce qu'a dit Mirabeau . dans une lettre à M. LacretcUe , que tous les succès de M. Necker Tenaient de ce qu'il avait du caractère.
' M. Necker arait dit dans son rapport : « Ce sont yos senntiments^ sire, que j'ai essayé d'exprimer. Us deviennent »un nouveau lien entre votre majesté et l'auguste prina cesse qui partage vos peines et votre gloire ; je n'oublierai ^
i5o MÉMOIRES
» rapport , dit-il , elle ne devait être là. Il n'y a
• qu'uiie majesté dans le royaiune , et je trouve ir 9 respectueux de prononcer le mot reine dansime » monarchie où les reines ne peuvent jamais être » rois. Le nôtre , respectable dans ses intentions , » intéressant dans ses malheurs % personnellement ren possession de la confiance publique , n'a be- » soin ni de caution ni de garants ; la reine , son t auguste compagne , est faite pour le délasser des » soins du trône, et n^P[)qur être impliquée dans t les affaires de l'état. Lorsqu'elle a voulu que le
• plus beau des arts la représentât couronnée de > toutes ses grâces , de tous ses droits , c'est au » milieu de ses enfants qu'elle s'est fait peindre ,
«jamais qu*elle me disait , il y a quelque temps : Le roi •ne se refusera pas aux sacrifices qui pourront assurer le 9 bonheur public; nos enfants penseront de même s'Us i> sont sages, et, s'ils ne l'étaient pas, le roi aurait rempU un it devoir en leur imposant quelque gène. Belles et louables » paroles que je priai savaajesté, avec émotion, de me • permettre de retenir. » Rapport au conseil du roi, de rimprimerie royale, pag. 21.
* Il n'est pas aisé .de comprendre de quels malheurs M. Necker et Mirabeau Toulaieut parler. Jusqu'A cette époque ( 1788), Louis XVI n'avait éprouvé rien qui pût porter le nom de peines et de malheurs , pas même oeox qui viendraient de maladie ou d'infirmité corporelle.
SUR MIRABEAU. i5i
» et non le, globe à la main ou la carte de la » France sous les yeux.
«Quant au style, mérite bien indi£Sérent au
• reste dans un tel ouvrage, je Tai trouvé com- »mun, impropre, entortillé ; j'en excepte ce bel
• alinéa sur les compensations que le roi trou* 9 vera de la diminution de son autorité arbitraire, » ou plutôt de celle des ministres. Admirez la
• puissance de la vérité et de la loyauté! Là
• M. Necker a été libre et piu*, là aussi a-t-il été » noble, élevé, éloquent; partout ailleurs il est
• très faible , si vous en exceptez encore ce trait » de génie, qui peut-être aussi pourrait être placé 9 parmi les inconvenances , que la défaveur au- »prés des deux premiers ordres peut perdre » facilement un ministre , et que les mécontente- » ments du troisième n'ont pas cette puissance , » mais qu'ils peuvent perdre les rois, t
Si Mirabeau pouvait par cette censure irritei* contre lui un homme puissant et se faire de nouveaux ennemis de tous les partisans de cet homme, il donnait aussi une idée imposante de son indépendance et du sentiment de la vérité , qu'il préférait à tout. La hardiesse de ses exprès* sions , les traits acérés de sa brochure , ne pouvaient d'ailleurs que plaire au public , toujours avide de semblables écrits; aussi fut-elle recher-
i52 MÉMOIRES
chée et vendue à un très grand nombre d'exempkires. Ses amis cependant lui -en faisaient des reproches d^autant plus vifs et sincères, qu'ils désiraient le voir appelé aux états généraux , et qu'ils craignaient que le ressentiment de M. lïec • ker n'y apportât des obstacles.
c Je crois , mon ami , lui écrivait Champfort , » que votre écrit est peu propre à vos vues. Faire • du bruit , faire parler de soi est un mérite trop » petit dans les circonstances : vous en avez un » autre dont il faut ménager toute la force pour »le moment du combat, et ne pas semer des » pierres sur votre route à l'avance '. »
Ces craintes l'aflFectaient peu , et il en avait fait Faveu dans la correspondance même qui ]^uvait les iaire naître.
< On cherche en vain, dit-il à Cerutti , à me f persuader que M. Necker et ses amis s'efforcent »de m'exclure de l'assemblée nationale •. Je ne t crois pas cela : M. Necker est trop au-dessous ides circonstances et de lui - même , si , dans » ces moments de régénération et de crise , il ne » se place pas au-dessus des^ ressentiments -per- Bsonnels et des souvenirs haineux ; il est mal-
» i5 février 178g.
' Lettre du 3 ianvier 17S9.
SUR MIRABEAU. i55
na^isé s'il doute qu'on ne peut analyser ses op&« » rations et ses ouvi^ges d'une manière redouta- » ble même a sa popularité ; ses amis ne savent »pas lui déplaire pour le servir^ s'ilslui taisent » que les ménagements raisonnes du comte de » Mirabeau dans l'assemblée nationale lui vau- » dront mieux que son opposition hors de cette I assemblée ; enfin , en tout état de cause , je ne » me tiendrais pa^ pour exclus parceque M. Nec- » ker aurait voulu m'exclure. »
Rien ne prouve, au moins ostensiblement , que le ministre lui ^it suscité des obstacles ; mais, soit ressentiment, orgueil ou vauité, tious retrouverons Mirabeau toujours en opposition avec M. Necker, à commencer de l'ouverture des étatsgénéraux , où dans son journal le comte soumit à une critique amère le discours prononcé par le ministre des finances , qui, au surplus, eut plus d'une fois à se repentir des refus que nous le verrons faiye des services que le député lui ofifrit dans un moment où ils pouvaient être d'un grand prix pour le gouvernement.
Si la publicité qu'il donna à sa Correspondance avec Cerutti ^ contre la volonté de ce dernier , lui attira des reproches, parmi lesquels il y en avait de mérités , il en fut bien pis de l'Histoire secrète de la cour de Berlin , qui parut à la même
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époque , et de laquelle je ne dirai qu'un mot ici , en ayant suffisamment parlé à l'occasion de son voyage en Prusse , qui en fut l'origine.
Trop de personnes distinguées y étaient maltraitées, le caractère de délateur et d'espion y régnait trop du commencement à la fin, Finu** tilité de mille odieuses révélations rendait l'ouvrage un objet de trop de plaintes , pour qu'il n'en rejaillît pas beaucoup de- mépris sur l'auteur : aucun peut-être ne nuisit plus à ^ réputation; il le compromit autant qu'aucune des actions les plus bl&mables de sa vie.
IjC prince Henri, qui y est si souvent calomnié, se trouvait alors à Paris : le gouvernement voulut lui montrer à quel point il était indigné de la publicité de ce libelle ; le roi lui-même en remit l'exemplaire à M. de Séguier , avec ordre de le dénoncer aux chambres. On sut dans le temps que ce magistrat , en sortant de chez le roi , reiiconti*a le prince , à qui il fit part de la détermination de sa majesté, et qu'il lui répondit: Si le public a fait comme moi^ le livre est déjà oublié.
Ce île fut cependant que trois semaines après le prononcé de l'arrêt de condamnation que l'ouvrage fut livré aux flammes. M. Lefèvre d'Amecourt, conseiller de grand'chambre, chargé de l'enquête , fit comparaître madame Le Jay, chez
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qui l'ouvrage se vendait ; mais ce fut plus pour la rassurer sur les suites de cette affaire que pour un interrogatoire juridique. On ménageait Mirabeau , en posses^on de diriger l'opinion pu*. •Blique à son gré , et de se venger par de vigoiureuses attaques de celles de ses ennemis. On craignait peut-être qu'en poussant trop loin les recherches on ne trouvât le gouvernement compromis , et honteux d'avoir reçu et payé un espionnage comme celui qui avait donné lieu à la Correêpondance. Mirabeau ne la désavoua ^as moins fet cet acte de résipiscence, en satisfaisant ses amis, imposa silence à ses adversaires ^ qui n'en tirèrent d'avantage qu'un peu de bruit et de médisances contre lui , auxquelles il était accoutumé '.
Je ne dois pas passer sous silence une autre production sortie dé sa plume dans ce même temps , c'est la Théorie de la royauté d'après ta doctrine de Milum.
Pendant son séjour en Hollande, en 1776, Mirabeau s'était occupé de traductions anglaises, de celles surtout de Vffistoire de Phitippe II y de Watson , et à^ Angleterre ^ de madame Macauley ; ces travaux lui avaient suggéré l'idée d'extraire
' Voyez sa lettre à Mallet du Pan ^ extraite du Journaf politique de Genève , dans le livre III.
des grands écrivains de cette nation différents morceaux sur la littérature et la politique. Mil ton n'était guère connu que par son chef-d'ûeuvre du Paradis perdu; on ignorait assez généralement qu'il eût été un des plus ardents antagonistes de là royauté dans la sanglante querellé entre' lé parlement et Charles !•': il défendit les droits du peuple et la démocratie contre les partisans de la monarchie ; mais il ne se borna pa$ à ce seul sujet ; il en embrassa plusieurs autres qu'il rattachait la mém^ question : le divorcé et la liberté de la presse furent, avec la théorie de la royauté, ceux, qui fixèrent particnlièrement son attention. Une érudition trop recherchée, des citations de lois, dé nombreux passages de l'Ecriture, rendaient ces discussions difficiles à saisir pour beaucoup de lecteurs: elles étaient d'ailleurs écrites en latin, et par cela même peu à la portée des gens du monde ou des personnes illettrées. Mirabeau voulut les Éaiîre connaître à la France, et les inséra par extraits dansun Essai sur Milton et ses ouvrages. Mais il ne fit d'abord imprimer , peu après son voyage d'Angleterre ', que ce qui concerne la liberté de la presse; la Théorie de la royauté parut en 1789, dans YEssai sur Milton.
'En 1785.
L'ouvrage où le célèbre Anglais défend la liberté dç la presse comme la plus ferme garantie des droits du peuple, porte, en latin, le nom d'j4reapagilica. «Quoiqu'on en ait déjà publié » un extrait , dit Mirabeau , dans un tentos où » nous ne nous proposions pas de £aire un tr^ajl 9 étendu sur les œuyres de Milton , nous espé- «rons que nos lecteurs ne seront pas fâchés de, jv trouver ici les principaux raisonnements sur
• lesquels cet écrivain appuie sa réclamation » en faveur de la presse. Celle dont nous jouis- » sons maintenant en France* n'est qu'imparfaite » et de pure tolérance : d'ailleurs elle ne s'éteïi4 » pas aux pajpiers publics ; il nous importé qu'elle »soit générale, reconnue, sanctionnée, et telle- » me«t affermie que t^m que. ce soit ne puisse y
• porter atteinte; or lies considérations où nous » allons entrer , d'après Milton, sont de nafture à f conduire à ce but. «^
U jireopagitica est adressé au parlement d'Angleterre , où Je zèle.dl5 l'ailteuiv, son talent elrses opinions politiques lui avaient fai#(fe -nombreux partisans. « Milords: et messieurs, leur dit-il, je » ne prétends pas que l'église et le gouvernement
• n'aient intérêt. à surveiller les livres aussi bien
' C'était au commencement de 1 789. .
lis MÉMOIRES
» que les hommes, afin, s'ib&ont coupables, d'exer- » cer sur eux la même justice que sur les malfait teurs;carun livre n'est pas une chose absolument « inanimée. Je regarde les livres comme des êtres » aussL vivants et aussi féconds que lés dents du 1 sffpent de la fable, et j'avoueralque, semés dans n le monde , le hasard peut faire qu'ils y produis »sent des hommes armés; mais je soutiens que « l'existence d'un bon livre ne doit pas être plus » compromise que celle d'un bon citoyen : l'une » est aussi respectable que l'autre, et l'on doit éga- » lement craindre d'y attenter. Tuer un homme , ;> c'est détruire une créature raisonnable , mais f étouffer un bon livre , c'est tuer la raison elle- »méme. »
Ce traité fut suivi de ceitiî éa Droit des fots et des magistratSy que Miltoilhcomposa pour répondre aflix royalistes , qui s'étaient déclarés en faveur de Charles I*'; il avait précédemment écrit sur le même sujet , mais avec moins d'étendue , dans sa réponse à VIcoA Basilike , attribué à l'infortuné iiftnarque , mais qu'on a su depuis être d'un évÉque attaché à son parti.
Le parlement fut si satisfait de Milton qu'il le nomma secrétaire des affaires étrangères au conseil d'état, place qu'il remplit jusqu'au retour de Charles II. lies lettres qu'il écrivit
SUR MIRABEAU. iSg
pendant cette période forment un des recueils le» mieux faits pour connaître l'esprit de ce temps. Le gouvernement le chargea d'écrire la Défense du peuple anglais , tâche dont il s'acquifta avec un succès qui lui ipérita de nouvelles preuves dé satisfaction dii parlement. Dans l'analyse de cet ouvrage si favorable à la démo* cratie , Mirabeau fait une sage distinction : il blâmé Milton d'avoir confondu les rois avec la royauté, et d'avoir cru que, parcequ'un monarque aurait pu se charger de torts envers la nation anglaise, il s'ensuivait que la monarchie ne fut qu'une usurpation maintenue par la force.
Au reste , la Défense du peuple anglais par Milton , imprimée en i65i , fut brûlée à Paris, tandis que l'auteur recevait à Londres une récompense nationale et des ténx>ignages d'une haute estime.
Milton ne s^est pas seulement trompé dans la confusion qu'il fait de la royauté avec les rois , il s'est étranganent mépris encore en supposant que les rois pouvaient être mia en jugement; aucune doctrine ne pouvait cependant lui paraître plus contraire au droit du peuple dont il prenait la défense : comme un roi ne peut rien feire ,que sa volonté ne soit manifestée et légalisée par la signature d'un ministre au moins, c'est sur ce
i6o . MÉMOIRES
dernier que tombe la responsabilité. Les fonctions royales seraient impossibles, si celui qui les exerce, exposé aux intrigues, aux mensonges des agents de son autorité , pouvait en couvrir les prévarications de son inviolabilité. Cest^ar cette raison que , dans tout état bien gouvertiè , Taccusation contre les ministres doit être libre, Êicile, et entraîner des peines réelles contre eux en cas de forfaiture; lorsque cet ordre , cette harmonie , cette marche régulière d'un gouverne- * ment légitime et constitutionnel sont méprisés de la part du peuple ou du monarque , c'est alors que les troubles commencent et que tout est en danger.
Le recueil que nous venons d'indiquer, et que Mirabeau publia au commencement de 1789, est du- nombre des productions et des brochures qu'il composa en divers temps, soit en Hollande, soit après sa sortie de Vincennes , et que la nécessité de ses affaires ou quelque événement lui suggéraient. J'en pourrais nommer beaucoup d'autres; je me bornerai à ses deux lettres sur Cagiiostro et Lavater, écrites et imprimées à Berlin en 1786, et où l'auteur a recueilli raille traits piquants et consigné des réflexions judicieuses sur ces deux thaumaturges , dignes précurseurs des docteurs en somnambulisme et des apôtres
du miraculeux prince et abbé Hohentohe '. Tous ces essais ou brochures de circonstance se perdent dans l'intérêt immense de ses autres écrits , surtout ceux qui tiennent à sa carrière politique.
Tandis qu'à Paris ses amis s^occupaient de ses intérêts et des moyens de l'aider à se procurer des ressources, il était en Provence occupé de lutter contre les difficultés de toute espèce que la haine et le ressentiment des nobles opposaient à son ambition.
Déjà le lecteur a vu à quel point M. Necker pouvait lui être contraire, et comment la mort de M. de Vergennes et le renvoi de M. de Galonné avaient dû lui nuire. Mais il n'en chercha qu'avec plus de constance dans son courage les moyens qui lui manquaient d'ailleurs. Nous l'avons toujours vu se raidir contre les obstacles , qui, loin de l'attérer, ne faisaient que donner plus d'énergie à ses forces morales et à sa volonté,. Il craignait peu M. Necker , il le disait lui-même ;
' Ceux qui pourraient douter de la yérité des miracles de ce personnage peuTeat lire 9 pour s'eo convaincre, le Précis historique de deux guérisons opérées dans la ville de Saint' Brieuc en 1823 , par l'effet des prières du prince abbé de Hohenlohe» Cet ouvrage se trouve à Saint- Briejic même, et y est connu de tout le monde.