‹ Mémoires sur Mirabeau et son époque (volume 3)Chapitre 1 sur 10 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

DEPUIS LE VOYAGE DE MIRABEAU EN PRUSSE JUSQU'a SA NOMINATION AUX lÊTATS-GENiRAUX.

(4 juillet 1786 — a5 man 1769.)

On était »n printemps de 1786, Frédéric-le- Orand approchait de sa fin. Ce roi qui offrit k ses sujets le dangereux exemple du mépris des doctrines religieuses , qui gouverna despotiquement en applaudissant aux défenseurs de la liberté , avait négligé de donner à ses états des institutions propres à y développer le génie des habitant? et en accroître la richesse; il les laissa sous le régime militaire, qui pèsera long-temps encore sur

eux. Sa volonté était tout dans le gouvernement, on ne faisait rien que par lui ; et sans les principes d'équité dont il était animé, son règne n'eût été dans Tordre civil qu'une servile répétition de ceux de ses prédécesseurs* Il eut sur eux la supériorité des talents militaires , des lumières et d'une conduite politique qui élevèrent la Prusse au niveau des gi^andes puissances de l'Europe; mais cet éclat disparut avec lui ; d'autres d'idées , d'autres vues, des intrigues et la faiblesse remplacèrent, sous le règne suivant, l'énergie et les hautes conceptions de Frédéric.

La postérité l'a placé au rang des grands rois , de ceux qui ont illustré le trône ; heureux si à ce titre il eût su joindre celui de législateur et de fondateur de la liberté prussienne ! mais il ne différa en rien à cet égard des princes ordinaires; il partagea les erreurs des cours , et regarda les peuples comme des colons destinés à exploiter leurs domaines. Il fut philosophe , mais peu touché des nobles sentiments que suppose ce nom si prodigué, ej: si peu mérité, trop souvent, de ceux qui l'usurpent.

Sa mort menaçait la paix , qu'il avait plus d'une fois troublée pendant sa vie. Avçc lui tombait la clef qui resserrait la route des états de l'Allemagne et du Nord. La guerre était à craindre; la

reprise de la Silésie' par l'Autriche pouvait en être le prétexte, et il n'était pas indifférent non plus pour la France de savoir quelle serait, à l'égard des troubles qui se préparaient en Hollande , les dispositions de l'héritier de Frédéric.

Mirabeau , pour qui les grandes combinaisons politiques avaient de l'attrait , se sentit échauffé à l'aspect de cet avenir ; son ambition crut y voir un aliment et l'occasion de se signaler dans la car-' rière diplomatique. Il rédigea une note sur la situation de l'Europe et de la France en particulier^ où de nouvelles vues et des considérations d|un grand intérêt politique sont rapidement dévdoppées; il la fit remettre à M. le comte de Vergennes , ministre des affaires étrangères , et à M. de Calonne , en juin 1786'. J'en citerai quelques passages.

« Joseph II a peu d'argent , y est-il dit, mais » quatre cent mille soldats, quelques officiers, et

• le fatal pouvoir d'employer jusqu'au dernier de » ses sujets dans la guerre. Tous ses engagements » secrets et publics avec l'impératrice de Russie

• tendant à réaliser , à cimenter le système orien-

' GeUe provioce ayait été conquise par Frédéric II sur Marie-Thérèse dans la guerre de 174^ '• ^U® ^^ restée à la Prusse.

' £lle a depui» été imprimée eu tête de la Correspondance de Berlin.

» tal , devenu la passion de Catherine II , le salut et » Tespoir de Potemkin ' , l'empereur n'abandon-r

• nera jamais ce système que pour l'invasion de

• ritalie,.qui nous serait encore plus funeste que » ledémenabrement de la Turquie européenne, ou » pour le bouleversement de l'AUemagpe, qui rui- » nerait tout équilibre en Europe. Quelque plan 1 qu'il choisisse, sa turbulence naturelle, ses pro-

• jets gigantesques, appellent la confusion, le trou- »ble, la discorde; c'est son élément. i

»I1 est douteux que Frédéric-Guillaume" ne »le prévienne pas. La préservation de la liberté » germanique menacée lui serait un motif spécieux •aujourd'hui, dût le nouveau roi de Prusse vour

• loir en être un jour le plus actif oppresseur •.., 1 E^fin , indépendamment de toute autre considér » ration, il est difficile que Frédéric-Guillaume ne » soit pas tenté de s'essayer contre l'empereur ,

• qu'il regarde comme un émule, un rival, dont ail a éprouvé des injures personnelles. Frédéric-

' Ge que Mirabeau, arec les publicistes d'alors, appelle ici le système oriental est celui dont l'objet était le partage de la Turquifs d'Europe entre la Russie et l'Autriche ; l'Angleterre aât la puissance qui a toujours fait avorter ce projet.

" Successeur présomptif dte Frédéric II au moment où écrivait Mirabeau.

i(îiiiUaunie aura trois cent mille hommes qui » composent la meilleure armée de l'Europe, saos 1 comparaison aucune, et le plus grand général » connu "r • Frédéric - Guillaume est mécontent de la

• France ; il craint ses lenteurs , ses délais , ses > tergiversations , et, pour tout dire, ce que nous

• appelons sagesse et prudence , et ce qu'ailleurs

• on nomme impéritie et perfidie. . Il adore sa 1 sœur * ; il est furieux de la manière dont nous » traitons son beau-firère '. Les agitations de la » Hollande influeront , surtout dans les premier^

■ Mirabeau entend le duc de Brunawîck, le méioe qui a conduit en 179a les armées prussiennes en Champagne » et qui est mort des suites des blessures qu'il reçut à la bataille de Jéna^ au mois d'octobre 1806. Son ills, le duc de Brunswick-Oels , a été tué à la bataille de Waterloo eh juin i8i5.

* L'épousé du stathouder.

3 Guillaume, prince de NassaaDietietdèDillembaurg, mari de Frédéricque*Sophie Guillemine^ sc^ur du roi de Prusse, déclaré stathouder en octobre 1751. La France fayorisaitsous main le parti des patriotes en Hollande, qui voulaient diminuer les prérogatives de ce chef de la république , ce qui amena l'invasion dont nous parlerons plus ba&« et dans laquf$l|e Iq ii>inistéc^ fraoçaîs. manqua de por litique., et de parole aux (follandaÎA.

» moments de son règne , sur son cœur, son esprit, » et ses projets.

»Les Anglais l'observent, le surveillent, Tin- ' Investissent; ils l'échaufiferont , ils l'exalteront , ils » l'enivreront pour troubler la paix du continent » et se ménager l'occasion d'une revanche.

lOn ne saurait se déguiser qu'ils se préparent

.»pour cette occasion. Cent quinze vaisseaux en

» commission , un accroissement considérable de

• revenu, puissante hypothèque pour de nouveaux net immenses emprunts; une caisse d'amor tisse- »ment très propre à les favoriser; les interrissa- » blés espérances, qu'ouvre le prodigieux succès 1 de la commutation de droits ; un crédit tel que 1 les trois pour cent , le principal de leurs fonds , » qui ne représente pas moins de cinq milliards

• de notre monnaie, a monté depuis huit mois » graduellement et constamment de cinquante-

• sept à soixante-quatorze pour <îent; le procès id'Hasting, qui peut leur rendre la confiance des

• Indiens ; la faiblesse, la nullité de leurs ennemis 1 dans dette contrée qui leur vomit l'or" ; l'incen-

* Ceux de nos lecteurs qui voudraient avoir une idée de la richesse des possessions anglaises dans l'Inde, de la nature et de la quotité dés revenus qu'elles donnent , peuvent consulter l'ouvragé dé Colqboun intitulé A Treatise ofthe wealthf power and' ressources qfthe Briiish Em^'

»die général pirét à s'allumer en Europe; les divi ssions inextinguibles des Hollandais , seuls enne* » mis redoutables pour leur commerce lointain ,

• que la force des choses rendra tôt ou tard leurs » alliés ou leurs victimes ; leurs liaisons toujours «plus étroites avec la Russie, qui leur donnent

• le privilège presque exclusif des munitions na- »vales; des bruits semés dans l'étranger sur la » déporable situation de nos finances ; tout dis- » pose les Anglais à la guerre : leur roi est peut- » être le seul en Angleterre qui ne la désire pas ; » peut-être aussi ce prince , si entêté par nature , » et bien plus ambitieux que ne peuvent le croire »ceux qui ne l'ont pas étudié, ne la craint -il > pas autant que ses liaisolis et ses intérêts de «famille donnent à le penser. Telle est la crise

• qui menace le repos de l'Europe: qu'avons- »nous à y opposer? »

Ici Mirabeau trace un tableau de l'état intérieur de la France et de ses finances, de son crédit, de ses forces; tableau peu fidèle, où l'exagération perce de toutes parts , où chaque chose est envisagée sous un jour défavorable ; puis , reve-

pire. LondoD, i8i4- Us trouveront aussi de bons renseignements dans VEtai des colonies et du commerce des Européens dans les deux Indes , par M. Peuchel; 2 vol. in-8*. Paris, 1821, chez Coste.

nant aux moyens qu'elle présente cependant , il ajoute :

«A la vérité, la France, où la nature fait tout «pour le gouvernement , en dépit de lui-même, » la France, ce royaume inépuisable en hommes » et en argent poiir peu qu'on sache solliciter l'un,

• mettre en œuvre les autres, la France offre «mille et mille ressources: mais pouvons-nous » trop nous hâter de changer le fatal ordre des » choses où nous sommes tombés, de prendre les » moyens d'être exactement avertis, d'essayer s'il » est donc vrai qu'il soit impossible de se rap-

• procher sérieusement et solidement de l'Angle- »■ terre, en faisant porter sur un traité de com- » iiaerce qui , quelque avantageux qu'il puisse être » aux Anglais , ne fera pas qu'ils soient jamais » autre chose que nos voituriers , une alliance

• offensive et défensive, à laquelle nous associe- 9 rions la Prusse, dans le seul but formellement » déclaré de garantir à chaque puissance ses pos- » sessions respectives? N'est-il pas temps, en un «mot, si nous ne voulons pas sortir de notre » routine par cette sublime révolution qui assure- » rait la paix du monde , et qui n'a de difficulté «peut-être que la pusillanimité qui empêche de » la tenter, de nous préparer, ne fût-ce que pour «retarder la guerre, de nous préparer , dis-je ,

SUR MIRABEAU. n

» surtout aux Indes , où l'on frappera mortelle- » ment nous et nos alliés ' au premier moment , «sans nous menacer le moins du monde; enfin »de rétablir nos affaires au dehors et de les ra- »vitailler au dedans ?i

A la suite de ces considérations qu'on trouvera sans doute un peu hasardées et hors de portée , Mirabeau expose l'utilité qui résulterait pour le ministère français d'avoir en Allemagne, à une époque aussi critique, un homme d'esprit, actif, capable de s'insinuer dans la confidence des princes , de saisir le secret des cours , d'en rendre

compte au gouvernement fi*ançais , et de le tenir ainsi au courant de tout ce qui pourrait Tinléresser. C'était se désigner pour une semblable mission, qui au fond n'était que celle d'im honnête espion , mais dont Mirabeau espérait tirer de l'avantage par la suite. Il fut accepté et reçut secrètement l'ordre de se rendre en Prusse , mais sans caractère public , sans rien qui pût l'accréditer ou même faire soupçonner qu'il voyageait aux frais du gouvernement.

Il partit de Paris au mois de juillet 1786 pour se rendre à Berlin. On voit par la lettre qu'il adresse à M. de Galonné, du lieu de la première

' Il entend les Hollandais.

poste ' 5 qu'un des principaux objets de sa mission était d'instruire ce ministre le plus promptement possible de la mort du grand Frédéric '. Les expressions qu'emploie l'envoyé font connaître l'importance qu'il mettait à lui donner le premier cette neûvelle. Il lui mande «que le » courrier de Berlin, qu'il a attendu à la première » poste avant de monter en voiture , n'avait ap- » porté aucune lettre; qu'il était possible mais

• qu'il n'était pas probable que la lettre de son

• correspondant à Berlin' eût été mise trop tard »à la poste; qu'il était plus vraisemblable et » même à peu près sûr que le ^and événement » était ou très prochain , ou consommé si M. de » Vergennes de son côté n'avait rien reçu : car , » ajoute-t-il , je tiens pour certain que dès l'ago- »nie les courriers seront arrêtés. Ceci va me

• presser beaucoup ; je me rendrai avec une très

• grande célérité au moins à Brunswick, où je » serai très sûrement informé et où je m'arrêterai

• plusieurs jours si le roi est vivant. Maintenant

> Juillet 1786.

' Ce prince mourut le 17 août 1786, dans la 76* année de son âge.

^ Ce correspondant était le marquis de Luchet , mauvais écrivain, pubiicîste détestable, que Mirabeau vante cependant quelquefois dans ses écrits.

SUR MIRABEAU. i3

»il ne me reste qu'à vous dire que rien ne me

• coûtera, efforts, temps, peine, pour vous ser- » vir et la chose publique. »

Une grande partie de cette correspondance est d'un style maniéré, affecté, saillie du jargon de l'espionnage et de l'astuce; on y retrouve souvent ce ton rampant et à la fois vaniteux des agents de la police et des ambitieux subalternes. J'en citerai quelques preuves et je pirendraila première dans la lettre datée de Brunswick, i/j juillet 1 796. «J'ai dîné et soupe hier avec le duc deBrunswipk. » Au sortir de la table, après le dîner , il me prit en » particulierdans une embrasure, et nous y causâ- » mes environ deux heures, d'abord avec beaucoup

• de réserve de sa part, ensuite avec plus d'ouver- » t ure, enfin avec le désir évident d'être cru sincère.

• L'occasion de la conversation particulière

• fut un mot d'estime pour M. le comte de Ver-

• gennes, et de crainte sur sa retraite prochaine.

• Ce mot fut suivi brusquement de cette question, » faite d'un ton affecté d'indifférence qui décelait » une très vive curiosité : Et sans doute M. de Bretteuil sera te successeur? La duchesse était en V tiers. J'ai répondu en baissant la voix, mais » articulant avec beaucoup de fermeté : Monsei- 9 gneur^ j'espère et je suis persuadé que non. Je

• n'avais pas fini de prononcer, qu'il m'avait em-

i4 MÉMOIRES

» mené dans Fembrasure , au bout de Tapparte- Binent; et aussitôt il s'est mis à me parler, avec » toute la force que comporté sa mesure naturelle »et sa dignité, de l'inquiétude que ne pourrait » ne» pas avoir le corps germanique si M. de «Breteuil, qui était à la tête du parti autrichien, » depuis long-temps le serviteur et l'ami du ca- »binet de Vienne, venait à succéder au ministre » principal. Alors, parlant du comte de Vergennes » avec toute sorte de respect , et des intentions » généreuses du roi avec une grande confiance,

• j'ai dit que si M. de Vergennes se retirait, ce userait probablement de son plein gré, et que » personne n'influerait plus que lui sur le choix »de soii^ successeur ; que, soit qu'il restât, soit

• qu'il se retirât, le ministre principal ne serait » par conséquent pas du parti autrichien ; qu'as- » sûrement la probité du roi et la morale de sa » politique rendraient toujours respectables pour

• notre cabinet nos liaisons avec l'empereur, » comme toutes les autres , mais que l'intérêt de

• l'Europe et le nôtre en particulier était telvlement la paix, que ces liaisons ne pouvaient » qu'y concourir, bien loin de stimuler à la guerre ; » que la France était assez puissante par la force » des choses et même par la situation de ses af-

• faires pour se faire honneur d'avouer qu'elle

SUR MIRABEAU. i5

» craignait la guerre et qu elle Téviterait avec beau- 9 coup de soin ; que je ne pensais pas que rien la » rendît probable de sitôt , surtout lorsqu'en étu- « diant l'administration du duc de Brunswick je » voyais qu'il avait fait son métier de souverain »et de père avec une telle assiduité et un si » grand succès , que , quelque tenté qu'il fût na- » turellement de suivre la carrière où il est incon- » testablement le premier , je ne pouvais croire » qu'il sacrifiât à des idées de gloire militaire , » dont il était déjà si comblé , son ouvrage chéri ,

• ses véritables jouissances et le patrimoine de » ses enfants; que tout l'appelant à la suprême in- » fluence sur les affaires de Prusse après la mort » du grand roi , et la Prusse étant aujourd'hui «dans le continent le pivot de la paix et de la » guerre , le duc de Brunswick serait presque le » seul à en décider ; qu'il avait assez été le dieu »de la guerre, que j'étais convaincu qu'il serait » désormais l'ange de la paix. Il s'est défendu avec » beaucoup de force d'avoir jamais aimé la guerre, »méme au temps où il avait été le plus heureux. » Il m'a montré combien , indépendamment de s ses principes , ses combinaisons de famille et » ses intérêts' personiiels l'éloignaient de la guerre.

• S'il fallait, m'a-t-il ajouté, ne consulter dans » une si grande cause que les vils intérêts de l'a-

i6 MÉMOIRES

»*niour-propre, ne sais-je donc pas quel jeu de » hasard c'est que la guerre ? Je n'ai pas été mal- » heureux; peut-être aujourd'hui serais-je plus 9 habile, et cependant infortuné. Jamais homme > sensé, surtout avançant cjn âge, ne compro- » mettra sa réputation dans une carrière si ha- » sardeuse , s'il peut s'en dispenser.

» Cette partie de son discours , qui a été lon- »gue et vive, chaleureuse, évidemment sincère, » avait été précédée d'une phrase d'étiquette et » de représentation où il m'avait assuré qu'il n'au- »rait jamais d'influence en Prusse, et qu'il était . » loin d'en désirer. J'ai repris cette phrase, et, lui » prouvant par un tableau rapide que je con- » naissais bien Berlin, les principaux acteurs, »et la situation des esprits, je lui ai démontré, » ce qu'assurément il sait mieux que moi , que »son intérêt et celui de sa maison, celui de TAlslemagne, celui de l'Europe, lui faisaient un » devoir de prendre en Prusse le timon , pour la » préserver de l'ouragan le plus fatal aux états 9 dont la puissance porte . principalement sur » l'opinion, je veux dire les petites intrigues, les «petites passions, le manque de fermeté, de » suite et de système. Votre dignité personnelle , » ai-je ajouté, vraiment immense et mille fois plus » élevée que votre rang, quelque éminent qu'il

soit, vous défend sans doute de vous ofifrir, mais votre devoir est, je ne dis pas de ne pas refuser, je dis de vous mettre en mesure, et d'employer votre force et vos talents à prendre de Tempire sur le successeur et à saisir le sceptre des affaires

«Le courrier me presse, parceque, n'ayant point quitté la cour de tout hier , je n'ai pu écrire que ce matin , et le coiurier part à onze heures. Or, chiffrer est très long; j'omets donc mille et mille détails qui me font croire , 1 ° que les Anglais ne réussiront pas à beaucoup près aussi vite dans leurs tracasseries du nord qu'on pourrait le craindre , pour peu que le cabinet de Berlin puisse compter sur celui de Versailles; â" qu'il est temps de parler un peu plus clair à celui-là , et de ne pas confondre le mystère et le secret , la finesse et la prudence , l'équivoque et la politique ; 3® que le duc de Brunswick , que je crois être , et de beaucoup , le plus habile prince de l'Allemagne , veut sincèrement aujourd'hui la paix , et qu'il la fera vouloir au cabinet de Berlin , pour peu que l'on contienne l'empereur , lequel , m'a-t-il dit , a outragé en propos devant lui septième ou huitième témoin , le prince de Prusse , et d'obtenir en Europe une

grande confiance

iri. 2

i8 MÉMOIRES

I Je n'ai le temps aujourd'hui que d'esquisser ce prince tel qu'il m'a paru. Assurémwit il ne serait pas un homme ordinaire , même parmi les gens de mérite. Sa figure annonce profon*deur et finesse , envie de plaire , tempérée de fermeté et même de sévérité. Il est poli jusqu'à l'afifectation ; il parle avec précision et tnéme élégance; inais il cherche un peu à parler ainsi, et le mot propre lui manque souvent. Il est prodi* gieusement laborieux , instruit , perspicace. Ses correspondances sont immenses , ce qu'il ne peut dèîvoir qu'à sa considération personnelle , car il n'est pas assez riche pour payer tant de correspondants , et peu de grands cabinets sont aussi bien informés que lui. Ses affaires de tous genres sont excellentes. Arrivé, en 1780 ^ à la souveraineté , qu'il a trouvée surchargée de près de quarante millions de dettes , il a tellement administré , qu'avec un revenu d'environ cent mille louis , et une caisse d'amortissement où il a versé les reliquats du subside de l'Angle* terre, dès 1790 il. aura parfaitement liquidé, non seulement les dettes de la souveraineté , mais celles des états.

» Il ne serait pas moins sensible qu'un autre » aux plaisirs et aux élégances , mais sévère ob- » servateur des décences (sa maîtresse, mademoi-

» selle de Hartfeld , est la femme la plus raison- »nable de sa cour; et ce choix est tellement » convenable , que le duc ayant montré , il y a~ » peu de temps , quelque velléité pour une autre » femme , la duchesse s'est liguée avec mademoi- » selle de Hartfeld pour l'écarter); religieusement > fidèle à son métier de souverain , il a senti que » l'économie était sa première ressource. Véri- » table Alcibiade , il aime la grâce et les voluptés , » mais elles ne prennent jamais rien sur son trajivail et ses devoirs, même de convenance. Une » marque d'un très bon esprit, ce me semble, » et d'un caractère supérieur, c'est moins encore » qu'il suffit au travail de chaque jour , que le » travail de chaque jour lui suffît ; sa première » ambition est de le bien faire. »

Si cette correspondance secrète et chiffrée était toute comme ce portvait du duc de Brunswick, il n'y aurait rien là que le rôle d'un voyageur judicieux et jaloux d'observer les hommes et de rendre compte de ses remarques; ce travail n'eût pas été indigne d'un homme honnête et de génie; mais que dire de ce qui termine cette lettre ?

c Je ne saurais , en ce moment , parler du sou- » per où le duc m'ôta de la place d'honneur (vis- » à- vis la duchesse ], que j'avais occupée à (Uner

ipour me mettre, à côté de lui, qui est toujours ik l'extrémité de la table. La conversation fut «vive et entièrement particulière, mais point I politique (nous étions entourés), et de pure » curiosité, sur la France. Je dîne aujourd'hui avec i le duc et soupe avec la duchesse douairière à » Antoinetten-Ruh. Je n'ai pu éviter cette corvée, f qui m^ôte l'occasion de souper avec le duc , fa- • veur qu'il accorde très rarement , et qui a paru I hier fort marquée là où l'on m'observe avec 9 inquiétude, mais seulement peut - être parce- X» qu'on me croit un chercheur de place*

i» Le voyage de Zimmermann à Postdam * s'est » prolongé plus qu'on ne croyait. Il a écrit que » Fhydropisie n'était point déclarée , et il reparle

' Zimmermann , né en Suisse , était un homme de mérite; il était médecin du roi d'Angleterre 5 et demeurait à Hanovre lorsque Frédéric le fit appeler. On a de lui plusieurs (ouvrages, entre autres son traité de la solitude , chef-d'œuvre de savoir et de bon sens , qui a été traduit en français. C'est, dit-on, à la lecture' de ce livre que Gatherine II dut la force et la consolation qu'elle recou^ vra et qu'elle avait perdues par la mort de son favori , LanskoL Zimmermann a laissé une relation intéressanté des derniers moments de Frédéric II. Il est mort en 1795, à soixante-sept ans 5 du chagrin de la perte de ses enfants; il méritnitque Mirabeau en parlât avec quelque estime. '

de l'asthme : c'est un lieu commun. U est l'homme du roi 4 il n'est pas celui du public : ce qui est certain 5 c'est qu'il n'a puj remporter aucune victoire sur la polenta* et les pâtés d'anguilles ; que le roi n'a plus de rides au visage; que tout est affecté d'enflures œdémateuses. . ' ■

» Le prince Henri * est retourné à Rheinsberg , où le jeune et très beau Rech fait la pluie et le beau temps'. Un fait que je puis garantir, c^est qu'un Écossais, premier médecin de Gathe^ fine {I y étant dernièrement à Vienne , a xMné à la table de l'empereur, assis à côté de lui , et même Ja chose a été avouée dans les gazettes ; mais ce qu'on n'y trouve pas, c'est que, pend^pt le séjour de ce médecin, à Vienne , M. de Cobenzel , • ministre de Vienne en Russie , mais alors auprès de l'empereur, ayant été chargé de montrer à ce médecin une maison de plaisance aux

' Espèce de pâte à l'italienne , que Frédéric aimait beaucoup et que ses médecins lui défendaient. '

' Frédèric-Henri-^Lottîs, frère de Frédéric II , né le 18 janvier 1756) mort en 1802^, âgé de soixante-sei^ ans.

^ Mirabeau fait soupçonner ici les mœurs du prince Henri ; personne ne lui demandait de semblables ré^ilations, et il y a une telle lâcheté à le faire, qu'on est peiné de le voir s'abaisser à ce rôle.

» environs de la capitale , l'empereur s'est trouvé » à cheval sur le chemin du docteur , et a suivi » à la portière du carrosse pendant plus de »deux lieues, toujours s'entreténant avec l'É- » cossais. 9

Quel triste emploi du talent et du génie que ce jargon de gazette ! Quel style de bas espion qui cherche à faire valoir ses services! Tout n'est pas aussi indigne de Mirabeau dans cette correspondaocé de Berlin ; on y trouve quelques vérités fortes, une juste appréciation de la tendance politiqiie de certaines cours : mais dans combien de plates observations, d'insinuations mensongères , de rapports hasardés, ces passages sçnt^ils noyés ! On ne peut voir qu'avec dédain ces confidences tantôt folles, tantôt perfides, auxquelles Mirabeau se livre dans ses lettres : tel fut sans doute le motif qui empêcha M. de Galonné de donner suite à cette mission , que Mirabeau n'aurait pas dû accepter, ou à laquelle il lui convenait de donner un autre caractère et un genre de mérite plus digne du sien.

Il sentait bien au reste l'ignobilité de son rôle; il ne comptait pas s'y borner long-temps; il avait espéré qu'une fois à même de se. rendre utile dans les intrigues de la diplomatie , et de donner des preuves de sa perspicacité pour pénétrejT

les secrets des cours, il s'ouvrirait une plus noble

carrière.

Il voulait qu'on l'accréditât , qu'on lui donnât un caractère public ; enfin il visait à la place de ministre près d'une puissance d'Allemagne. Il paraît même qu'il avait jeté ses vues sur l'ambassade de Berlin , ou au moins une mission officielle équivalente. Peut-être est-il jpermis d'attribuer à cette intention les mauvais rapports qu'il fait de M. le comte d'Ësterno, ministre de France auprès du roi de Prusse; il le présente comme un homme au-dessous de sa place, crédule, sans savoir, et tout-à-fait étranger aux grands intérêts de la France.

Mais, à lire cette correspondance, on s'aperçoit que Mirabeau s'était prodigieusement mépris sur ses protecteurs et les intentions du ministère français à son égard. Il s'y plaint continuellement de la nullité dans laquelle on le laisse ; on y remarque l'embarras d'un homme qui consent à obtenir comme ime faveur ce qu'il semble ne demander que comme une justice ; l'humilité s'y mêle à la jactance, la flatterie aux reproches, et de ces sentiments divers résulte ui^ ton suppliant qui contraste étrangement avec l'esprit orgueilleux de l'homme qui l'emploie.

Dans une lettre ou il rend compte de la situa-

tion de la cour de Prusse ' , après la mort du grand Frédéric, il dit, en parlant du nouveau roi Frédéric- Guillaume II: « Ce pyince devient » très difficile à observer utilement ; il prend les ïi rites sévères de l'étiquettp allemande ; on croit ir qu'il ne verra pas d'étrangers, du moins dç » qudque temps. Or je saurai bien ce qu'on peut » apprendre ,par l'espionnage subalterne des va- »lets et des courtisans , des secrétaires, et de » l'intempérance de langue du prince Henri; mais » il n'y a que deux moyens d'influer , c'est en don- »nant ou plutôt en îFaisant naître des idées au » maître, ou à ses ministres. Au maître? comment,

• dès qu'on ne l'aborde pas? Aux* ministres? il «n'est ni facile* ni convenable de leur parler » d'affaires quand on n'est pas accrédité ; et les » discussions de hasard sont courtes , vagues , » tronquées. Si l'on me croit propre à quelque

• chose , on doit m'envoyer en lieu où je sois » accrédité , autrement j'afi peur de coûter ici plus » que je n'en rapporterai. »

Voici comment, dans une autre lettre, ri s'y prend pour attirer Sur lui l'attention des ministres dfe France et leur offrir une occasion de l'avancer* :

' ag août 1 786.

^ Lettre de Berlin , 5 scpleinbre 1^86.

• Huttel , chargé d^affiûres à Pétersbourg , mande à la cour de Berlin que la Russie est plus pacifique que le Turc, et que les provinces de Tempire ottoman invoquent la guerre; quant aux provinces frontières , celles qui appartiennent auxTartares ne sont certainement pas amies des Russes. La Moldavie et la Yalachie ont des hospodars ' , qui , en leur qualité de Grecs , sont sûrement vendus à qui veut les acheter, et par conséquent à la Russie. L'empereur d'Allemagne tracasse et se fait haïr là comme ailleurs. J'en dirai davantage , et je tâcherai d'esquisser ridée d'un voyage sur les bords de ces contrées , fait sous le déguisement d'un marchand dans le plus sévère incognito. On y instruirait le ministre de l'état des frontières , des magasins, des dispositions des peuples , etc. ; enfin de ce qu'on doit craindre ou espérer dans le eas où il faudrait en venir au veta armé ( dans lequel il est bien probable que la Prusse nous aiderait ) , c'est-à-cBre si l'empereur se décidait à ne tenir aucun compte de nos représentations, comme il en a déjà fait montre deux fois.

* Ce soDt des ^jouTeroeurs généraux, âons le noi|i Je prioce , nommés par la porte et choisis parmi les Grecs , mais o'en dépeodaot pas moins du grand-seigueur.

«importante k la mort de l'électeur.» Si Ton » compte me placer , et il le faut bien , si l'on veiit » que je serve, ne ferait-on pas bien de me foire » débuter ainsi ?»

Point de réponse à cette lettre, rien qui prouve qu'on eût envie de lui faire une mission avouée. De là ses griefs , tant de fois répétés dans^ cette correspondance , contre l'indifférence et l'oubli où on le laisse. Il s'en explique vivement dans une lettre à un ami , datée de Brunswick , 1 4 novembre 1 786.

«Si Je cours la poste, dit-il, vous voyez que »ce n'est pas par dissipation. Ehî de .bonne foi, » quelle vie convient moins à mes goûts naturels » que cette activité oiseuse , si je piiis parler ainsi, I» qui, me précipitant dans toutes les cohues , dans »les sociétés les plus fastidieuses, dans la perte » de temps qu'entraîne en général le tourbillon » des cercles allemands, qui s'appellent des entretnom quand on n'est pas trente personnes, » me ravit à . l'étude , à mes recherches favorites , »à mes propres pensées, et me force à me plier » sans cesse à des formes qui m'étaient si étran- » gères, pour ne pas dire si odieuses? Vous qui M menez une vie fort agitée, mais du moins dans • des sociétés d'élite, vous deyçz éprouyer, mal- »gré tout l'aplomb que vous a donné la nature,

» combien il est difficile de passer brusquement » de la dissipation sociale à la méditation du ca-

• binet. Cette première est cependant nécessaire » pour connaître , sinon les hommes , du moins » tels ou tels humains , indépendamment de ce 9 qu'elle est indispensable pour se ménager les ^ a parte qui instruisent des faits , et font deviner » ceux qui les suivront. Il faut galoper cinq jouk*s »avec un prince, et le suivre dans toutes les si- »nuosités physiques et morales de sa vie publi- » que et privée pour avoir le droit ou l'occasion »de faire une question, ou, ce qui est préférable , » pour lui surprendre un mot qui équivale à la » demande et à la réponse. Mais qui sait cela

• mieux que vous ? Je ne veux que vous faire seni tir que mes excursions ne scmt pas le fruit du » hasard, encore moins celui de la fantaisie. Ajou- » tez que chacune de mes courses complète des I connaissances locales , sur lesquelles je me suis » imposé de n'être pas satisfait légèrement. J'es-

• père que vous verrez, entre autres, par mon mé- » moire sur la Saxe , et par celui sur les états prus- » siens, qui sont des vrais ouvrages, et qu'à la

• vérité vous ne recevrez que dans quelques

• mois, que j'ai soigneusement approfondi les «pays que je veux connaître, et que je les ai

• étudiés autant dans les hommes que dans les

3o MEMOIRES

» livres, avec cette différence, que j'ose à peine » me. confier à l'assertion orale de l'homme le «mieux instruit lorsqu'il ne m'apporte pas de » preuves écrites '.

» Mais où marché - je dans cette route péni- »bie? Si je m'en rapporte au peu de comptes 9 rendus que votre amitié a daigné me faire de »la sensation qu'ont produite mes dépêches, «épurées, arrangées, embellies par vous' (car M comment soigner ce qu'on écrit au moment , » au jour le jour , et sans avoir le temps de re- » lire?), on est content. Si j'en juge par les sym- » ptômes redoublés de l'extrême inattention que » supposent les longs silences sur les questions » les plus importantes , sur les demandes les plus • instantes, et quelquefois l'oubli absolu de la ï plupart' de ces choses, je dois croire qu'on lit

' Les recherches et les travaux sur la Saxe et les états prussiens, dont Mirabeau parle ici , ont été employés par lui dans sa Monarchie prussienne,

' Cette lettre indique assez que la correspondance telle qu'elle a été imprimée en 1789^ et que nous l'avons , n'est point la même entièrement que celle que recevaient M. de Vergennes et M. de Galonné : cette dernière était châtiée, et vraisemblablement abrégée dans un nombre de détails à peu près inutiles, et quelquefois mal agréables, qu'on rencontre dans l'ouvrage imprimé.

SUR MIRABEAU. 3i

mes lettres tout au plus avec l'intérêt d'un bulletin assez bien rédigé, et que cette lectiure n'a pas la plus légère suite ultérieure.

» Si cela est vrai , est-ce donc bien la peine , je vous le demande , à vous dont les sentiments énergiques et les hautes pensées échappent par tant de côtés à la contagion de la légèreté, d'insouciance ^ d'égoïsme et d'inconséquence , qui s'exhale de tous les pores des pays que vous habitez; est-ce bien la peine que je sacrifie à un intérêt aussi subalterne que celui de la curiosité, mon temps, mes goûts, mes forces et mon talent? Vous savez, je crois , que je ne suis pas charlatan , vous savez que mon usage n'est pas d'exagérer ma peine et mon travail ; eh bien ! mon cher ami, je vous jure que j'en prends et que j'en £ais beaucoup. J'occupe trois hommes tout entiers de la se^le exécution mécanique de ce que j'ai dirigé ; je m'aide du travail et des connaissances de plusieurs autres ; tous mes moments et presque toutes mes pensées sont là , portent là et y retournent

Si cela ne produit pas davantage ( et, à

dire vrai , vous ne pouvez pas encore évaluer ce que cela produit , car mes plus grands travaux sont dansmon portefeuille ) , c'est la faute , ou de mon insuffisance , ou de ma position ,

p ou peut'étre de toutes les deux , peut-être aussi «seulement de cette dernièk*e ; mais j'y suis tout » entier, et. ce n'est pas à près de trente-sept* ans «que je dois être tout entier à des riens , si cela » ne produit rien , si cela ne mène à rien , ni » moi , ni les autres.

»Si donc cela produit quelque chose , qu'on » me le prouve ; qu'alors , par exemple , que je » fais une question pour le bien de ma commis- » sion , elle soit répondue ; qu'alors que je dis , » Il importe que j'aie un plan d'opérations de tel » et td genre à proposer , parcequ'on me ques- » tionnera incessamment sur cela , et que je per- » drais uae occasion que je ne trouverais jamais » si j'étais pris au dépourvu , on m'envoie ce plan » d'opérations. .

» Si cela me mène à quelque chose , qu'on me ».le dise, car j'ai bien dans ma position quelque » besoin d'encouragement , ne fut-ce que pour » pouvoir me livrer , sans folie , aux impulsions » de mon propre zèle. Je dis sans folie j car, pour » ne parler que du plus grossier mais aussi du » plus palpable des intérêts , quand ye vois que » je suis à une assez grande distance de pouvoir » joindre les deux bouts avec ce qui m'est assuré » (et comment assuré? on est tellement en arrière » que j'ai tout lieu de craindre qu'un changement

» de ministre n'aggravât mes dettes personnelles 9 des sommes dont mes amis m'ont fait l'avance ,

• pour le compte de ceux qui ne peuvent pas » ignorer que je ne saurais en faire , moi ). Ne 3» dois-je pas enrayer ? Si j'enraie , ma mission et 9 mon utilité ne sont-elles pas finies? me restera- »t-il autre chose alors que le regret du temps

• perdu et le chagrin profond et très onéreux » dans les suites , d'avoir attaché à mon sort des

• gens pour qui je ne pourrai rien qui les dé-

• dommage, que mal, et à mes dépens, de ce qu'ils

• m'auront sacrifié? Pardon si je déborde, mais

• à qui confierai-je mes anxiétés, si ce n'est à » vous , mon ami , mon consolateur, mon guide , » mon soutien ? Que me rapporte tout ceci ? pas

• même de l'argent , car il va tout à la chose et

• non à ma satisfaction personnelle. Véritable- » ment je ne serais susceptible d'aucune autre , si •mon avenir était arrivé, et que je n'eusse point

• d'entours. Vous savez bien que l'argent ne me » sera jamais rien, du moins quand j'en aurai. Où

• vais-je ? où mènerai-je les autres ? ai-je fait un

• bon marché de troquer ma vie, même ora-

• geuse, mais si mêlée de jouissances qu'il n'est » pas au pouvoir des hommes de me dérober ,

• pour une activité stérile , qui m'arrache jus- » qu'aux fréquents épanchements de votre ami-

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