CARNASSIERS
G. HYÆNODON (de Laiz. et de Par.)
HYÆNODON BRACHYRHYNCHUS {de Blain).
(PI. III et IV.)
J'ai obtenu, durant le cours de cette année, des gisements de phosphate de chaux des environs de Caylux , une tête de Hyænodon brachyrhynchus. J'ai fait représenter ce magnifique échantillon, qui nous permet pour la première fois de nous rendre compte de la forme de la tête des Hyænodon (pl. III et IV).
J’ai décrit l’année dernière dans les mémoires de la Société des sciences physiques et naturelles la face d’un Hyænodon brachyrhynchus, quif ait également partie de ma collection. Tous les caractères du système dentaire supérieur et tous ceux relatifs au mode de constitution de la face se retrouvent sur la nouvelle pièce que je signale.
Le crâne du Hyænodon brachyrhynchus n’ayant jamais été rencontré en bon état jusqu’à ce jour, nous ignorionscomplètement la forme qu’il possédait en même temps que son mode de constitution. A ce dernier point de vue, la découverte de la pièce dont je vais donner une description offre un grand intérêt, car elle permet de rechercher la place que doivent occuper les Hyænodon dans le cadre de nos classifications, en se basant sur la disposition des orifices cràniens.
En effet, les Hyænodon constituaient avec les Pterodon , durant l'epoque éocène supérieure, un groupe très singulier de carnassiers dont les affinités avec les animaux de cet ordre vivant de nos jours ont été tout d’abord appréciés d'une manière fort inexacte.
Ainsi on les considérait autrefois comme des marsupiaux, voisins des Dasyure et des Thylacine, alors que des découvertes plus récentes ont montré qu’ils s’éloignaient complètement des apla-
centaires par mode de renouvellement des dents, par l’absence de lacunes à la voüte palatine, par la rectitude de l’angle du maxillaire inférieur.
Dans ces derniers temps, quelques auteurs ont considéré ces animaux comme alliés aux insectivores, et je dois déclarer que lorsque l’on étudie les différentes pièces de leur squelette et leur dentition, rien ne paraît plus étrange que cette manière de les classer. Il semblerait, à l’heure actuelle, que l’ordre des insectivores doive renfermer une grande partie des mammifères fossiles dont nous n’avons su ou pu découvrir jusqu'ici les véritables affinités. La description suivante va montrer qu'au moyen de l’étude de la base du crâne l’on peut arriver à mieux préciser, qu’on n'avait pu le faire jusqu’a présent, la position que doiventoccuper les Hyænodon dans nos classifications.
Chez les Felis, il existe, à la portion interne et postérieure de la bulle auditive, une dépression profonde dans laquelle l’on aperçoit les ouvertures du trou condylien, du trou déchiré et du canal carotidien ; chez les Hyænodon, il n’existe pas de dépression à la partie postérieure et interne de la bulle tympanique, et les trois orifices dont je viens de parler sont absolument distincts. On n’observe pas de septum dans l’intérieur des bulles auditives comme chez les chats, et, contrairement à ce que l’on note sur ces derniers animaux, il existe un canal alisphénoïdlal. Par conséquent, les Hyænodon s’éloignent, par la disposition des orifices de la base du crane, complètement des Felis.
Dans la Hyène, les trous condylien et déchiré postérieur se trouvent être compris dans une même dépression et il n'existe pas de canal alisphénoïdal.
Ces caractères sont encore tout à fait différents de ceux du genre que j’étudie.
Dans les Mustella, les trous condylien, déchiré postérieur et carotidien, sont distincts comme sur les Hyænodon, mais le canal alisphénoïdal manque et la structure de l’oreille interne est toute différente.
Chez les Viverra, les trous déchiré postérieur et condylien, sont compris dans une même dépression. Il existe un canal alisphénoïdal comme chez les Hyænodon, alors que la structure de la bulle tympanique et de l’oreille interne est complètement différente.
pe
Sur les Cunis, l’on voit le trou déchiré postérieur et le canal carotidien être compris dans une même longue dépression.
Chez les Ours, qui ont comme les Canis et les Hyænodon un canal alisphénoïdal, les orifices déchiré postérieur et carotidien sont accolés. D'autre part, la forme et la structure des bulles tympaniques sont complètement dissemblables.
Ainsi qu’on le voit par cet exposé, les Hyænodon s’éloignent, par la structure de leur base du cràne, de tous les carnassiers connus. Ils se rapprochent par l’indépendance des trous condylien, déchiré postérieur et carotidien des Mustela, dont ils s’éloignent par la présence d’un canal alisphénoïdal. Ce dernier caractère indiqueraitdes affinités avec les Viverra, les Canis, les Ursus. Comme on devait s’y attendre, la structure de la base du crâne des Hyænodon ne permet de découvrir aucune affinité avec le Thylacine et le Dasyure. On est donc conduit à considérer ces animaux comme des carnassiers constituant un groupe absolument spécial, n’ayant laissé aucune trace parmi les animaux vivant de nos jours.
La crête sagittale du Æyænodon brachyrhynchus était forte, très détachée dans sa portion terminale où elle se relevait assez fortement, le cerveau devait être petit relativement au volume de la face.
Je transcris les principales mesures concernant l’échantillon que j'ai fait représenter.
InuisivEs re Inc. 2me Inc. 3me Inc.
HOAnSUPUT.R ee 2e 0m0020 0m002?5 0ù0060 Hauteur rooms reset 0m0005 Om0060 Om0155 Diamètre antéro-postérieur. Om0040 0m0055 0m0074 CANINE IONÉTEURE --ouenpe D RE Ee OO LE ENT TONER ER Re PNR PEN Om025 HDAISSEUT SR ne rater eee eee OmO08
PRÉMOLAIRES ET MOLAIRES ire Prém. 2e Prém. 3e Prém. 4e Prém. {re Mol. 2e Mol. Longueur..... Om006 Om011 O"013 Ow013 Om013 0®017 Hauteur..." Ow005 Om014 Om009 Om012 02010 O05 Epaisseur. .... 0®004 O®008 Gm008S OmO14 Om007 O»010
ER | Les mesures relatives à la voûte palatine sont les suivantes :
Longueur jusqu'au niveau d’une ligne horizontale passant par
la partie la plus reculée de la dernière molaire........... 0092 Longueur palatine des inter-maxillaires. .................... 0017 Longueur palatine du maxillaire supérieur. ........... 2... 0m039
Les principales mesures concernant la face sont les suivantes : Espace occupé par les incisives...................,..,...... 0012
Espace occupé par les prémolaires...... LEE Tease à MOI Espace occupé par les molaires ........... monte tansints. 0 (M0RS Espace compris entre la portion la plus antérieure du bord
incisif et le bord postérieur de la dernière carnassière...... 0m093 Espace compris entre la portion antérieure des os du nez et le
point d’origine de la crête sagittale...............,... pee OmO86 Largeur de l’espace compris entre les apophyses orbitaires
supérieures..... Lecce dance Drames 0m(73 Hauteur des apophyses orbitaires supérieures au-dessus du bord
ANÉOIE SRE RERR ER EEE eee der... te. 2070 0083 Hauteur du point d’origine de la crête sagittale au-dessus de la
MPG DACILIRE 2200 sue samdid ets ed à oae re diera"s 01,5 à sert 00052
Hauteur du trou sous-orbitaire au- ut du point lui correspondant sur le bord alvéolaire.....................,...... Om014
Largeur de l’espace compris entre les trous sous-orbitaires.... Om043
Distance séparant horizontalement les trous sous-orbitaires
du bord antérieur de l'orifice des fosses nasales........... 0m037 Diamètre vertical de l'orbite. ................ PRESS ose 0027 Largeur maximum du front. ......................... see: UMUID
Les mesures relatives au cràne sont les suivantes :
Longueur de la crête sagittale......... Pooes ciel aie seb Om078 Diamètre transverse de la tête en son point le plus rétréci.... Om02) Diamètre transverse maximum de la boite cérébrale.......... 0m950 Hauteur du sommet de la crête sagittale au-desus du bord
supérieur du trou occipital............. M ne Eite miles 02044 Diamètre transverse du trou occipital. .........,....... case 2104 QUOET Diamètre vertical du trou occipital.....,....... FESSES ER Om014 Diamètre antéro-postérieur des condyles de l'occipital........ Om008
RO ÉPR EESe dé maée ee dictée M ce: 0019
G. PTERODON (ide Blainv.)
PTERODON DASYUROIDES (de Blainv.)
(PI. V et VI).
Nous ne connaissions rien jusqu’à présent de relatif à la forme du crâne du Pterodon dasyuroïdes. Uette lacune est actuellement comblée par suite de la découverte que j'ai faite dans les dépôts de phosphorites de deux échantillons très bien conservés. J’en ai fait représenter un sur les planches V et VI, jointes à ce travail.
La base du cràne, qui est dans un magnifique état de préservation, permet une étude très complète et très sûre des orifices qui la perforent. L’on peut donc rechercher les affinités que présentaient par la disposition de leurs orifices cràniens ces singuliers carnassiers fossiles avec les carnassiers actuels.
Le trou condylien (pl. V), donnant passage au nerf hypoglosse, est complètement isolé. Il n’en est pas de même du trou déchiré postérieur et du canal carotidien, qui sont groupés à la portion postérieure de la bulle tympanique comme chez les Ours. Il existe une autre ressemblance entre le genre fossile que j'étudie et le genre vivant dont je viens de parler, vu que l’on observe sur tous les deux un canal alisphénoïdal.
Les seuls orifices veineux que l’on découvre sur le crâne des Ptérodon sont : le mastoïde, le post-glénoïde et le post-pariétal.Ces mêmes foramen se retrouvent seuls sur les Ursus. Dès lors, par les trous de sa base et par ses orifices veineux, le crâne des Ptérodon offre beaucoup d’analogie avec celui des Ursus, et il s'éloigne de celui des Hyænodon par la non indépendance du trou déchiré postérieur et du canal carotidien. Je ferai observer au sujet du canal alisphénoïdal, que son diamètre transversal se trouvait être très réduit.
En résumé les Pterodon se rapprochaient des Ursus par la dispotion de leurs orifices cràniens, et ils différaient complètement des carnassiers marsupiaux, tels que le Dasyure et le Thylacine.
Si de l'examen de la base du crâne l’on passe à celui de ses faces latérale et postérieure, l’on reste frappé (pl. VI) du volume ex-
hr trêèmement réduit de la boîte cérébrale et du développement énorme offert par la crête sagittale.
Cette dernière partie (pl. V) est presque rectiligne dans toute son étendue, et c’est à peine si elle se relève à son extrémité postérieure. Je ne connais aucun carnassier, ni vivant ni fossile, qui présente une semblable disposition de sa crête sagittale.
La face postérieure du cràne présente également des caractères très particuliers et très remarquables. L’occipital (pl. VI, fig. 4), très élargi dans sa partie supérieure, est en quelque sorte pédiculé dans sa partie inférieure. Les apophyses jugulaires sont énormes et très divergentes.
Les principales mesures relatives à la tète que je fais connaître sont les suivantes :
Longueur de la crête sagittale................ SEA TE Je ap DZ Hauteur de la crête sagittale au niveau de son point d'origine au-dessus de la voûte palatine. ............. ane ue Largeur maximum de la boite crânienne. .............. ..... 0m060 Hauteur maximum de la crête sagittale............,......... Largeur de l'occipital dans sa partie la plus dilatée........... On050 Largeur de l'occipital au niveau de son point le plus rétréci.. Om025 Espace compris entre les sommets des apophyses jugulaires.. 0m076 Espace compris entre les sommets des condyles.,....., sc eu dELEXE ÉAUIEUT IL ÉTOM OC... nee one ce ét LHOCREÉE 0m0?? Largeur du trou occipital........ TA PO CORTE Om0?4 Diamètre antéro-postérieur des condyles.......,... Dec ÉUSECE Om027 Diamètre transverse des condyles......... US TION de .. O6mP10 Hauteur du cräne au niveau de son point d’origine. .......... 0Om067 Hauteur du crâne, mesuré du sommet de la crête sagittale au bordimiérieur du trouoecipital. -222.:.........4..,...6.0 OmO71
G. OXYÆNA (Cope).
OXYÆNA GALLIÆ (Filh.)
(PI. VII, fig. 6 et 7).
J'ai publié antérieurement la diagnose d’un carnassier fossile qui m'a paru devoir être placé dans le genre Oxryæna. La découverte de ce genre de carnassier, signalé jusqu’à présent seulement en
y os Amérique, ayant un grand intérêt, je fais figurer dans ce travail l'échantillon que j'ai trouvé (pl. VII, fig. 6 et 7). Je vais rappeler les observations que j'avais établies à son sujet. Le genre Oxyæna a été établi par M. Cope pour comprendre des carnassiers assez voisins des Pterodon. Leur formule dentaire était : C
Inc Le Can : À Prém pee Mol. : S Se "ÉD TA "ec. LE AR SL
Les deux incisives médianes supérieures étaient petites, alors que l'incisive externe était large et éloignée par un diastème de la canine. Cette dernière dent était puissante et se trouvait être séparée de la première prémolaire par un léger intervalle. Les deux dernières prémolaires et toutes les molaires supérieures avaient un talon interne. La dernière molaire supérieure était transversale. La troisième et la quatrième prémolaires supérieures possédaient un lobe antérieur conique, aigu à son sommet, et un lobe postérieur tranchant. La première molaire, faisant suite à ces dents, avait comme dans les Pterodon deux cônes antérieurs aigus suivis d’un talon coupant. La tuberculeuse ne possédait qu’une arète tranchante.
A la màchoire inférieure, où les incisives faisaient défaut, les canines étaient dirigées en avant et en haut. La première prémolaire n’avait qu’une racine, la seconde et la troisième comprenaient un cône antérieur élevé, suivi d’un talon qui était haut et tranchant dans sa partie moyenne. La quatrième prémolaire rappelait par sa structure les dents précédentes, mais son tubercule postérieur était plus anguleux et plus coupant. Les trois vraies molaires avaient une partie antérieure comprenant trois pointes aiguës suivies d’un talon abaissé.
La pièce que j’ai fait représenter comprend l’alvéole de la canine, les alvéoles des deux premières prémolaires et les deux secondes prémolaires en place.
Les diamètres antéro-postérieur et transverse de la canine sont de 0020 et 0012. L’espace occupé sur le bord alvéolaire supérieur par les quatre prémolaires, est de 0"057.
La première prémolaire était uniradiculée. Son alvéole mesure 0"006 de longueur et 0"005 de largeur.
La deuxième prémolaire avait deux racines. L’étendue de l’es-
AT CE pace occupé par ses alvéoles est de 0%9137. La deuxième racine était beaucoup plus forte que la première. Les diamètres transverses de la première et de la deuxième racine étaient de 0005 et de 0"007.
La troisième et la quatrième prémolaires sont en place. Ces dents sont absolument semblables à celles des Oxyæna de l’Eocène de l'Amérique du Nord, seulement leurs proportions sont fort
différentes. « OXY. GALLLZ OXY. MORSITANS OXY. LUPINA OXY. FORCIPATA A RS Re 3e Prém. 4e Prém. 3° Prém. 4° Prém. 3° Prém. £ePrém. 3e Prém. 4e Prém. Longueur. Om017 OmMOIT ..... Om)13 OmO15 OmO17T OmO14 Om015 Hanteuse SAONE. bi À Gr nt Pare nées à OmOI0 OmO12 Epaisseur. (OmO12 OmOI5 ..... OmOIL Om009 Om016 Om009 OmOI4
Le bord antérieur du maxillaire supérieur, bien préservé sur l’échantillon que je décris, était, ainsi qu'on le voit très nettement sur notre figure de la planche VIT, fortement arrondi et très élevé dans sa partie postérieure. Ainsi sa hauteur, prise au niveau de l’espace qui sépare la troisième prémolaire de la quatrième, est de0®071. La face de l’Oryæna que j'ai trouvé était, par suite de ce fait, élevée, courte et arrondie. Le trou sous-orbitaire correspond à l’espace séparant la troisième de la quatrième prémolaire. Il est haut et large ; son élévation est de 0015, sa largeur de 0010. Son bord inférieur est distant de 0013 du bord alvéolaire supérieur. L: distance horizontale comprise entre le trou sous-orbitaire et la portion correspondante du bord antérieur du maxillaire supérieur est de 0050. Ce dernier nombre permet d'apprécier la brièveté du naseau du carnassier que j'ai découvert.