‹ Mémoires sur Voltaire, et sur ses ouvragesChapitre 14 sur 19 · DENIS · texte numérisé non relu

DENIS

Faites dire à M. Dupults que mon oncle va mieux. Lettre de M. d'Hornoy à M. Wagjîière {g).

A Paris, ce aSmai 1778.

Mon pauvre oncle , mon cher Wagnière , est dans l'étaC le plus fâcheux. Madaiïie Denis a dû vous mander son acci^ dent. L'effet de l'opium est passé, mais il a laissé des suites

Je n'aurftis qu'une yile biire.

Deux prêtres s*en irftient ^ienwat Porter m» figure Ugire , Et la loger mesquinement Dans le recoin d'un cimeti^é.- Mes nièces , au lieu de prière , Et mon janséniste de fr^re.

Riraient )t mon enterrement; Et j'aurais l'honneur seulement Que quelque muse médisante M'affnblerait pour monument D'une épitaphe impertinente.

Hélas! tout cela n'est-il pas, à peu près, exactement arrivé en 1778?^

» Qu*il est bon que je me conserve , » Pour être encor témoin long -temps » De tous les exploits éclatans M Que le Seigneur Dieu tous réserve. ••

VoUaire%\%i en effet conservé pris de soixante ans depuis cette époque, et ne pouvait guère reculer plus loin l'événement qu'il a l'air de redouter dans ces vers si pleisA de gr&ce et d'esprit.

EN 1778, ET SA MORt* Î77

cruelles. L'anéantissement est extrême; il a un éloignement afiEreux pour tout ce qui pourrait le soutenir et le réparer; il ne veut point prendre de bouillon. Tout ce que nous pouvons faire à force d'instances^ de supplications, et même de propos faits pour l'effrayer sur son état, est de rengager à avaler quelques cuillerées de gelée ou de blancmaflger. Aussi sa faiblesse augmente, et elle est effrayante. Il vous désire vivement ; je le fais comme lui. Il m'a chargé de vous écrire pour vous presser de revenir le joindre.

Ne perdez pas de temps. Vous aurez ici un spectacle bien crael , mais peu^tre aurez-vous plus de crédit sur lui que nous. Il a assez de tête pour résister obstinément aux instancœ que nous faisons pour qu'il se nourrisse , et pas assez pour se renâre à la raison (h). Il est bien douloureux de voir un homme qui avait encore quinze ans à vivre , se tuer par son impatience. Hâtez-vous donc de venir , mon cher Wagrdère; vous consolerez peut-être les derniers momens d'un honime que vous aimez, qui vous ain^e beaucoup, et dont je partage bien les sentimens qu'il a pour vous.

Autre lettre du même.

A Paris, 26 mai 1778.

Les nouvelles, mon cher Wagnière, sont toujours plus fâcheuses, et le deviennent tous les jours de plus en plus. La âdblesse augmente de jour en jour. L'impossibilité de faire prendre à mon malheureux oncle de la nourriture Vaccroît encore. Ce serait se faire illusion que de conserver

{s) ^^ P'^® ^^^ ^^^ compare les deux lettres qu^on ya lire avec les àeox précédentes^ écrites les mêmes jours et reçues en même temps j après qu6i on fera les réflexions que Ton voudra.

{h) Pl&t à Dieu qu'il e&t toujours résisté ainsi! S'il refusait alors, c'est qu'il avait enfin reconnu la vérité.

178 VOYAGE DE VOLTAIRE A jPARIS.

de respërance. Il est afïreux de lui voir terminer ainsi une carrière aussi brillante , dans l'instant où il a le plus joui de sa gloire. Malgré son âge , cette carrière pouvaif encore ^e prolonger. Il l'a abrégée par son impatience. J'adresse cette lettre à votre femme , parce que j'imagine que Vous serez parti sur ma dernière. Si vous ne l'êtes pas, partez toujours. Ce qui lui reste de tête est pour vous désirer. Il esf fort douteux que vous arriviez h temps ; mais au moins, s'il vit encore , vous adoucirez un peu ses derniers momens.

Adieu, mon cher Wagnière; je suis navré. Je sais combien vous serez affligé l'un et l'autre. Vous perdez un homme qui avait pour vous bien de l'amitié. Si celle que vous trouverez dans sa famille peut être mi adoucissement, vous êtes bien sûr de la trouver ici (/).

(/) Je dois ici rendre justice à M. à^Hornoy ^ qui vil avec le plus grand chagrin que Ton eût engagé M. dt Voltaire, à rester à Parb , et qui me le témoigna plusieurs fois. Mais en qualité d^hérilier naturel de madame Denis j ayant trois enfans, n^étant pas riche, il n^osait \nxs manifester sa façon de penser. IL n^a du moins jamais trempé dans le complot , et c^est pourquoi on cherchait même à Téloigner.

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