AVIS DE L'EDITEUR
L'ouvrage dont fFagniere fait ici Texamen est intitulé : Mémoires secrets pour sentir à thistoire de la république des lettres en France, depuis 1 762 jusqu'à nos jours. Londres , John Adarnson, 1777 et svivans, 36 vol. in-i a ; mais il est beaucoup plus connu sous celui de Mémoires de Bachaumont. Ce livre si volumineux n'est autre chose qu'un recueil de bulletins ou noui^eUes à la main qu'on distribuait autrefois dans Paris , à des abonnés qui ne connaissaient pas plus que le public la source de ces feuilles manuscrites. La vogue qu'elles eurent provenait surtout de ce que les rédacteurs, afiranchis de toute censure et travaillant dans l'ombre, pouvaient impunément se livrer à une trèsgrande H cence ; et c'est aussi pourquoi la distribution ne s'en faisait qu'avec une sorte de mystère. Elles prirent naissance, dit-on, chez une dame DoMet, qui tenait chez elle, à Paris, une assemblée où se rendaient tous les soirs plusieurs amateurs de littérature, de spectacles, de nouvelles politiques et
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autres. C'était une espèce de bureau d'esprit, où chacun d'eux allait débiter tout ce qu'il avait appris dans la journée : épigrammes, bons mots, anecdotes scandaleuses, vraies ou fausses, de la ville et de la cour; nouveautés de tout genre; rien n'échappait aux recherches de ces messieurs. Un membre de cette société, M. Petit de Bachaumonty commença en 1762 à rédiger chez lui une partie de ces conversations du soir ; mais étant mort en* viron deux ans après, un M. Pidansat de Mairo^ bert lui succéda : d'autres suivirent leur exeînpie, et bientôt songèrent à tirer profit de leur besogne en multipliât les copies pour les curieux qui voudraient les payer. De là les souscriptions psur l'entremise des colporteurs. Au moyen d'un abonnement, un peu plus cher que celui des journaux, on recevait assez régulièi^ement deux de ces femlles manuscrites par semaine. Quelques abonnés les conservèrent et les réunirent en volumes. Un de ces recueils, tombé entre les mains d'un libraire, 'devint pour lui un objet de ^éculation; il l'imprima furtivement, persuadé que la malignité et la liberté qui régnent dans cet ouvrage lui en procureraient un prompt débit. Son édition , revêtue du titre imposant de Mémoires secrets ^ etc.j parut
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en 1777, sous le nom de Londres; elle fut contrefaite en 1784 avec la même indication de Londres.
C'est un journal dans le goût de celui de Y Étoile, avec cette dififérence que le journal de X Étoile est plus politique que littéraire , qu'il offre partout un esprit, un style et des opinions uniformes, avec ime liberté assez modérée; on voit au contraire dans le journal moderne des articles de toutes mains , des jugemens souvent aussi disparates que le style, et une liberté qui dégénère quelquefois en satire odieuse ou en cynisme efi^onté. Il commence avec l'année 1762, et s'étend jusqu'à l'année 1780, inclusivement, depuis le tome premier jusqu'à la moitié du seizième. L'éditeur ayant alors trouvé dans une autre collection de ces bulletins beaucoup d^articles qui manquaient dans la sienne, et voulant les y ajouter, il continua son édition; mais en reprenant le journal à l'année 1 762 , et le poursuivant jusqu'à la fin de 1787; depuis le tome 16 jusqu'au 36™«. ÏVagnière a écrit ses re-. marques dans le même ordre , à mesure que les volumes paraissaient, ce qui produisait de la confusion et des anachronismes. Nous croyons avoir rendu son travail plus utile, en rangeant toutes ses
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remarques dans l'ordre chronologique, avec les passages du texte auxquels elles se rapportent. Par ce moyen les articles supplémentaires se trouvent à leur vraie place, et les deux journaux n'en forment plus qu'un, depuis 1762 jusques et compris 1787, dixième année depuis la mort de VoU taire. Il n'en sera pas moins facile de vérifier, si on le veut, les articles sur le texte de Bachaumonty chacun portant en tête, outre sa date, l'indication du .volume et de la page d'où il est extrait. Pour ne point laisser de lacunes dans cette série de détails curieux sur Voltaire et sur ses ouvrages, nous y avons compris divers articles du même recueil laissés sans remarques par fFagnière^ apparemment parce qu'il en jugeait le contenu exact et vrai, ou trop évidemment faux et absurde pour mériter d'être réfuté. Quelques notes suppléeront à son silence sur plusieurs de ces articles qui nous ont paru susceptibles d'éclaircissemens.
Les notes de Jf^agmère sont partout indignées par des lettres alphabétiques, et les nôtres par des chiffres. L'édition des OEuvres de P^oltaire à laquelle on renvoie est celle de Kehl , in-S».
AVERTISSEMENT
DE WAGNIÈRE.
Ayant eu roccasion d'observer plusieurs fois dans les pays étrangers, et même en France, que bien des gens accordaient un certain degré de croyance aux Mémoires secrets de la République des lettres, désignés vulgairement sous le nom prétendu de Bachaumont, dans lesquels il est très-souvent parlé de M. de Voltaire d'une manière peu exacte, j'ai cru devoir y annoter tous lés passages qui le concernent, et les anecdotes , vraies ou fausses , relatives à sa personne ainsi qu'à ses ouvrages. Les remarques que j'y ai jointes, quoique peu étendues, seront cependant suffisantes , à ce que je crois, pour faire mieux apprécier à tout lecteur sans prévention ce que l'on a avancé dans ces Mémoires. Ce serait aux véritables gens de lettres à réfuter les jugemens, quelquefois frivoles ou absurdes , que Ton y porte de divers ouvrages de M. de J^oltaire, et des écrits de plusieurs auteurs célèbres, si un pareil recueil, formé sans choix, et publié à la hâte pour gagner de l'argent, pouvait obtenir un certain crédit dans la.postérité, et avoir besoin d'un préservatif.
l86 AVERTISSEMENT DE WAGNIÈBE.
J'ai écrit ces Remarques dans l'espérance qu'elles pourront être utiles à ceux qui entreprendront de donner une histoire vraie et bien détaillée de la vie et des ouvrages de mon ancien maître.
Je puis et je dois certifier la vérité de ce que je dis, tant dans ces Remarques que dans celles sur le Commentaire historicfue et dans ma Relation du dernier voyage de M. de J^oltaire à Paris et de sa mort.