MÉMOIRES SECRETS
JL orne I, page i, du i*' janvier 176^. Les Cheçaux et les AneSf ou Etrermes aux Sots, Tel est le titre d'une espèce d'épître de deux cents vers environ , qu'on attribue aiM.,de Voltaire, et par laquelle il ouvre l'année littéraire. C'est une satire dure et pesante contre quelques auteurs dont il croit avoir à se plaindre , et contre M. Crémier particulièrement. C'est un professeur de l'université, et l'auteur d'une histoire de ce corps, dans laquelle il a inséré des personnalités odieuses contre M. de Voltaire, et l'attaque sur son irréligion. Elle n'est point assez piquante pour faire plaisir au commun des lecteurs, qsi ne se passionnent pas à un certam degré pour les querelles du philosophe de Ferney.
Cette satire est véritablement de M. de Foltaire, £Ue ne parut point aux yeux des Parisiens aussi
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pesante qu'à ceux du rédacteur de cet article; elle fut très-recherchée, et l'on ne pouvait en envoyer assez d'exemplaires pour répondre à l'empressement de tous ceux qui voulaient l'avoir. On voit dans cet article même une nouvelle preuve de ce que nous avons dit plusieurs fois ; c'est que dans les querelles assez nombreuses de M. de Voltaire avec d'autres gens de lettres, il ne fut jamais l'agresseur. Dans cette satire, qui paraît dirigée principalement contre M. Crénery il ne faisait que se venger des injures que celui-ci lui avait prodiguées, sans aucune provocation, dans son Histoire de l'université. Quelques vers, où le lourd Crévier s'est trouvé enchâssé pour son malheur, ont suffi pour le caractériser d'une manière ineffaçable aux yeux de ses confrères et de la postérité. Ce n'est point s'appesantir que de se défendre ainsi; au reste, si M. de Voltaire y malgré sa modération, a eu beaucoup de querelles littéraires à soutenir, c'est apparemment parce que son mérite était de nature à lui susciter un grand nombre d'envieux.
Ibid,, page 2 , dudit jour i®' janvier. Le Sermon dw Rabbin Akih est une autre brochure , en prose, attribuée à M. de Voltaire , et dans laquelle il se plaint de Tatrocîté du dernier Aido-dorfé de Lisbonne. Il invoque l'Etemel pour dessiller les yeux des barbares qui font un acte de religion aussi contraire à l'humanité, et si peu digne de Dieu. Les «Jésuites s'y trouvent englobés au sujet de Malagrida, Le tout est assaisonné de traits mordans, et d'autant plus forts que la plupart ne seraient pas faciles à réfuter. Ils sont rendus
D£ BÀGHAUMONT. [176a.] 189
avec une liberté philosophique , qui n'est pas faite pour enlever tous les suffrages.
Cet opuscule est aussi de M. de Voltaire. C'est un plaidoyer en faveur de la tolérance et de l'humanité, il ne pouvait défendre froidement une pareille cause. Son zèle sans doute devait déplaire aux esprits intolérans et persécuteurs.
Tome I, /wg» 11, du 2 janvier. On a donne aujourd'hui, pour la troisième fois, Zidime, tragédie nouvelle de M. de Voliaîtr. Le jour de la première représentation, l'auteur nous a fait dire, dans une espèce de compliment , que cette pièce avait été jouée il y a près de vingt-deux ans (i), qu'il l'avait retirée à la huitième représentation; que d'autres occupations l'avaient empêché long-temps d'y faire les corrections dont elle était susceptible , mais qu'ayant paru étrangement défigurée à l'impression depuis six mois , ses entrailles paternelles s'étaient émues , et il avait cru devoir la donner au public telle qu'elle était. . . . Par une bizarrerie qu'on remarque quelquefois dans les plus grands hommes , il s'est toujours obstiné à regarder cette tragédie comme excellente.
Point du tout, il en a toujours senti la faiblesse ainsi que le vice du sujet; il en convient très-positivement dans Tépître dédicatoire à mademoiselle Clairon, imprimée au-devant de la pièce, en 1762.
(1) Cefutle aojuîn 1740; et la première repréâenta lion de la reprise »e donna le 39 décembre 1761 ; elle fut retirée après la neuvième. On peut voir dans le Journal de Paris, juillet 1778, deux lettres curieuses de M. le marquis de yHiet^Uille , à l'occasion d'une crilique de Zulime par M. de La Harpe.
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Il dit qu'un prince tel que Ramire, qui n'est qu^amoureux sans être tragique, ne peut émouvoir; que la médiocrité de ce rôle se répand sur tout l'ouvrage, etc. Il est vrai qu'il fit de grands efforts pour surmonter les obstacles que présentait son plan, et surtout le sujet, qu'il n'avait choisi, ditil, que par un motif d'utilité particulière. Il corrigea cett^ tragédie à diverses reprises, comme on le voit par ses nombreuses variantes ; mais s'il ne put vaincre des obstacles insurmontables, il tira du moins d'un sujet ingrat à peu près tout ce qu'il comportait. Il y a des beautés de détail, le rôle de Zulime est très-passionné, celui de Benassar intéressant et neuf. Ces avantages, il est vrai, ne suffisaient pas pour élever cette pièce au rang de ses meilleures productions en ce genre.
Page 16, du 7 janvier. On commence à parler beaucoup de VEcueil du Sage^ comédie philosophique et en vers de dix syllabes, de M. de Voltaire, On espère qu'elle triomphera des scrupules de la censure et de la police, et que nous la verrons représenter... Voici une anecdote quiconcerne cette comédie... Avant qu'il fût question de cette pièce , un jeune homme obscur vint la présenter comme sienne sous le titre du Droà du Seigneur, au comédien semainier. Il fut reçu avec la morgue ordinaire. . . Il fallut bien des courses , bien des prières , ayant d'obtenir une nouvelle audience. Enfin on lui déclara que sa comédie était détestable... Le pauvre diable insista pour obtenir une lecture , la troupe assemblée. . . Il fallut avoir recours aux suppliques , aux bassesses ; et les entrailles du coQiédien s'étant émues , on lui accorda, par
compassion , un jour de lecture. Le comique aréopage était si prévenu qu'il ne fit pas grande attention à ce qu'il entendait, et la pièce fut conspuée par toute l'assemblée. Le jeune homme se retira fort content de la comédie qu'il venait de jouer. Quelque temps après, M. de Voltaire adressa cette même pièce aux comédiens, sous le titre qu'elle porte aujourd'hui, VEcueil du Sage; on la reçut avec respect, elle fut lue avec admiration , et l'on pria M. de Voltaire de continuer à être le bienfaiteur de la compagnie. Cette anecdote s'est divulguée, on en a beaucoup ri, et l'on s'est rappelé plus que jamais la caricature plaisante où ce tribunal est peint sous l'emblème d'un certain nombre de bûches en coefïures ou en perruques.
Cette anecdote est très-vraie. Le jeune homme se présenta sous le nom d'un M. Picardin de Dijon. La pièce ayant été reçue sous le titre de VÉcueil du Sage, fut représentée de même; mais Fauteur lui rendit dans la suite son premier et véritable titre. Peu de temps avant sa mort, il l'avait réduite en trois actes et l'avait apportée avec lui à Paris, dans l'intention de la faire jouer ainsi. On la représenta de cette manière en 1779.
Tome^Yïy page 129, du 31 janvier 1762. On vient d'enrichir la Pucelle , de M. de Voltaire, des omemens qui lui manquaient. Un graveur intrépide publie 27 estampes concernant ce poème. Ce sont en général des caricatures piquantes et qui s'allient très-bien à l'ouvrage. Elles offrent aux yeux avec vérité les peintures lascives ou grotesques du poète. C'est ainsi que , tandis que l'auteur cherche à rendre à son héroïne l'honnêteté dont on lui reproche de l'avoir dépouillée, un plaisant la prostitue de plus en plus, et la met hors d'état de paraître jamais aux yeux du lecteur pudibond.
IQS £XAMËN DES MEMOIRES *
Les éditions furtives et Êilsifiées de la Pucelle^ qui se répandaient depuis i'jSSj décidèrent enfin M. de Foliaire à laisser paraître son véritable ouvrage; ce qu'il fit dans l'édition in-8^^ en vingt chants, imprimée en 1762, chez MM. Cramer, de Genève. Elle est ornée de vingt estampes, qui ne sont nullement indécentes. Le poème y est purgé des grossièretés que Ton y avait introduites; on n'y voit point ce fameux chant de l'âne , dans lequel, en effet, la pudeur de Jeanne souffrait de terribles épreuves : c'est là ce qui fait dire au rédacteur des Mémoires j que tandis que l'auteur rendait l'honnêteté à son héroïne, un graveur l'en dépouillait plus que jamais (2).
Ihid. f page 12g , du 23 janvier. UEcufîl du Sage va son train. M. de Voltaire ^ toujours disposé à recevoir les conseils du public, avait différentes leçons toutes prêtes pour varier le dénoûment. On l'a rendu moins ridicule et moins absurde, mais on ne peut sauver les étranges disparates qui se remarquent dans cette comédie , et qui* font présumer aux con~ naisseurs que ce sont différens lambeaux détachés que l'auteur a voulu coudre ensemble et qui ne cadrent point.
C'est bien • cette dernière supposition qui doit paraître absurde aux connaisseurs (3).
(a) Les estampes dont parlent les Mémoires sont probablement celles qu'on voit dans une petite édition de la Pucelle, in- 16, de forme presque carrée, sous le titre de Londres. Elles sont en efièt • très-libres, et se font d'ailleurs remarquer par vme touche iine et spirituelle dans le dessin comme dans la gravure.
(3) La pièce a des scènes comiques et des scènes pathétiques, comme
DE BACHAUaiONT. [1762.] Ig3
Tome I, page 28, du 25 janvier. On parle beaucoup du retour de M. de Voltaire à Paris. On va jusqu'à dire qu'il aura une pension considérable h la cour. Ces bruits ne sont encore que très-vagues. D'après cette supposition, on a toujours fait à bon compte l'épigramme suivante :
Voltaire, en esprit fort, plein d'orgueil et de rase, Après avoir choisi le sein des pro^estans^
Four éviter les sacremens , Tient mourir à Paris, sachant qu'on les refuse.
L'auteur de l'épigramme était alors bien loin de s'imaginer qu'il prophétisait , et l'événement a prouvé que cette prédiction était bien funeste (4).
Ibid., page 3g, du 3i janvier. M. de Voltaire a écrit à M. l'abbé d^Olioety que c'est mal à propos qu'on faisait courir le bruit de son arrivée à Paris; qu'il était content comme un roi sur son lac. Il se défend aussi d'être l'auteur de VEcueil du Sage^ il l'attribue à un académicien de Dijon, M. Ficardin, Il trouve pourtant de l'intérêt dans cette pièce, et ce grand homme continue à persiffler le public suivant sa coutume.
lhid,i page 3g, du i*"' février. M, de Foliaire a répondu par
il y en a dans ï Enfant prodigue^ c'est là ce que le rédacteur des Mémoires appelle ^étranges disparates. Mais ce mélange n^est point hors de la nature , et Ton en trouve des exemples dans Molière et d'autres bons auteurs. VEcueil du Sage eut huit représentations.
(4) ff^agnière était convaincu que Voltaire avait beaucoup abrégé sa vie par son voyage à Paris , et il a été vivement affecté de cette perte, jusqu^à son dernier moment. L'épigramme dont il parle est bien médiocre. Elle fait allusion aux Refus de sacremens, qui firent tant de bruit à Paris dans le temps du jansénisme. La pensée en est plus spécieuse que juste. Voltaire n^avait pas besoin de quitter les proiestans pour mourir sans sacremens. D'ailleurs il était en pays catholique, à Femey comme à Paris.
les vers qui suivent à M. BUn de ScdrO- More, qui lui avait
envoyé son Héroïde de GabiieUe d'Iles à Henri IV : .
Mon amour propre est vivement flatté De votre écrit, mon goût Test davantage; cic.
Cela est vrai, et cette réponse a été recueillie dans les dernières éditions des œuvres de M. de VoUaire.
Ibid., page 43, du 11 février. Trois pièces, que les comédiens n'ont pas voulu recevoir, paraissent imprimées, et les auteurs en font juge le public. La première est de M. le comte de Lauraguais^ c'est Qytemnestre, La deuxième est un / Aleocandre de M. le chevalier de Fénelon., . La troisième est dont Carlos , de M. le marquis Ximenès, Le même sujet a été traité par Campistron , sous le nom à^Andronic, . . L'auteur frappe bien un vers. On a cru long-temps que M. de Voltaire retouchait les ouvrages de M. ^«e Ximenès,
On pouvait le croire et le dire avec raison , ainsi que de bien d'autres, qui ne s'en sont janaais vantés (5).
(5) On découvre quelques indices de cette vérité dans la corrçspon» dance générale de Voltaire, Il est certain que parmi les écrivains célèbres, aucun n^a plus que lui encouragé les jeunes gens de lettres qui montraient d'heureuses dispositions. Il les favorisait de sa bourse , <le ses conseils et de sa plume. Il leur donnait des plans, corrigeait leurs vers, améliorait leur besogné, le tout avec une discrétion qu'ils gardaient aussi scrupuleusement que lui. Dans les premiers temps, Derfontaines, Linant, La Mare, du JResnel, Monorif, Bernard^ La Bruèrcy etc., en fourniraient des exemples. Il aidait le premier dant ^^ traductions de l'anglais, les deux suivans dans leurs œuvres dramatiques ou poétiques , le quatrième dans ses vermons en vers français des poèmes de Pope, les trois derniers dans leurs opéras, et notamment ceux de Castor et PoUux, et de DardanuSy qu'il a revus et corrigea.
De bachadmowt. [1762.] agS
tbid., page^Sj du 16 février. On nous a donné, l'an passé, ta Coîifession et la Mort de M, de Voltaire ; on nous produit aujourd'hui son Testament littéraire. Malheur aux plaisans sinistres qui nous obligent h prévoir un événement dont raâpectafïlige toute la littérature I Quant à cette productiont
M. d& SaiFU-Lam&ert a conimence sou poème des Saisons k \sl cour de Luné ville ^ ctant joumcllement avec M. de Voltaire ^ k qui il corn* mtinîquflit les premiers es&ûis. Celm-ci Bans doute, par une censure juste et sévère, nVtait pas inulile au jeune poéte^ il en est queslion em ptusieurs endroits des écrits JW VoUaire : il diLdaiis une lettre de 1740, à son ami M. d'Argenlal ^^ en parlant de M, Je Saint- Lambert : « Pai ij là im terrible élévp. J Vipère que la posténté m'en remertiera^ car, u pour mon siècle, je nVn attends que d^s vessies de cûcbon par le w nez. it Daa-î des temps ptiia rapprochés de nous on trouverait aussi de pareils exemples, quoique Wetgmère, alors non moîna discret que Vùîlairtj nVn cite ici c^u'un seal* Ne pourrait-on, à ce sujet, hasarder une observa tîoû qui, ai elle n'eat pas d"*QU grand poids, est du moina siïigulïéfe? Ceatqueles deu\ principaux ouvrages dramatiques de La ^ar^« , lea mieux écrits , les deus seuls qu'd ait jugea dignes dVnirer dans Ui première édition de ses œuvres, enfin 0^ar-wick et âiéianie^ ont été oompoâéa pendant deux longs séjours quMl ïît au château deFerney, à deux époques différentes. On ne peut douter au^si que F'okmre n^aît revu (au moins pour le style) les principaux ouvrages de madame du Chéuht et du roi de Prusse, On aperçoit même, à Tégard de celui-ci, une grande différence de £tyle entre jies œuvres publiées nv^nt ou après 1^53, époque de la séparation des deux auteurs, et surtout dans les poésies, SMl était si obligeant à cet égard avec les étrangers, à plua forte raison a-t-il pu Tétre avec ses parens^ et Ton peut croire que les ouvrages historiques de Tabbé Mignot^ son neveu, avaient été lus et corrigés par raacle avant d'être livrés à Timpressioup II en était de même , sans doute , d^une certaine comédie intitulée la CoifuéUe corrige f attribuée à madame Denis. Cette comédie n'a été ni jouée, ni imprimée, et on la croît perdue* Eu tin ce qu'avance ff^agnière se vérifiera dans le supplément aux muvre» de VokairB , par divers écrits , tant en vers qu'yen prose , qui ont été impriméa sous des noms éirangerSf et quon a revendiqués à juste titre au nom de cet inépuisable auteur «
iqG examen des mjémoires
elle est d'un homme qui, à force de chercher de l'esprit, en rencontre quelquefois par hasard. On l'attribue à l'avocat Marchand,
Il est réellement de cet avocat , qui le composa pour gagner quelque argent. Plusieurs personnes cependant, du vivant même de M. de VoUaire^ crurent que ce testament était véritablement celui de ce grand homme, et après'sa mort, je reçus encore beaucoup de lettres où l'on me demandait des éclaircissemens sur cet objet.
îhid,, page 54.» du a5 février. Nous avons sous les yeux une lettre de M. de VolUdre à M. l'abbé de Launay, dans laquelle il nous apprend que son Commentaire sur Corneille doit l'occuper encore deux ans ; qu'alors il en aura soixanteneuf, et qu'il est trop vieux, trop ami du calme et du silence pour désirer son retour à Paris, etc. Il signe , Voltaire, gentilhomme ordinaire de là Chambre du Roi,
Cette lettre est vraie, et M. de VoUaire pouvait avec raison signer tainsi.
Tom^XVI , page i35, du aj février. Le public s'était flatté de voir jouer incessamment cet hiver une troisième pièce de M. ^2^ VoUaire, Olympie, tragédie ; mais un schisme s'est élevé entre mademoiselle Dumesnil et mademoiselle Clairon, Celle-ci ne voulant pas jouer le second rôle, M. d'jirgental, ami de l'auteur et son agent littéraire, a été obligé de retirer cet ouvrage. ^
Olympie ne fut représentée à Paris que deux ans après, en 1764, mais elle l'avait été à Manheim en 1763, devant l'électeur Palatin, par les soins
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de M. Colini, ancien secrétaire de M. de Foliaire ^ et alors attaché à la cour de ce prince; il la fit imprimer dans la même année, l'auteur lui en ayant donné le manuscrit. Les Aew^ autres pièces de M. de Fokaire jouées à Paris en 1762, sont VÈ^ cueii du Sage (ou le Droit du Seigneur)^ comédie nouvelle, et Borne saucée^ tragédie remise au théâtre, M. d'Jrgental n'était point V agent Une' raire de M. de Foliaire; il était son ami, et celui . de ses amis qu'il consultait le plus volontiers sur ses ouvrages dramatiques. #
Tùfne I, pitge 5g , du 7 mars, i^ Sermon du rcMin Akiit, îh M. de Vdimre^ qui était peu répandu, s'ctarit divulgue beaucoup au moyen d'une impression faite en ce pays , la police fait les recherches les plus sévères sur ce pamphlet, ce qui lui donne une vogue qu'il n'avait pas eue.
TWel, piige Sg^ du 10 mars, M. de Voiiaîm ne laisse passer aucune occasion de s'égayer en amusant le public. 11 paraît une plaisanterie qu'on lui attribue à Toccasion de Fexpulsion des jésuites, dont il est tant cjuesllon aujourd'hui, Cellt; pièce est intitulée In Baiante égide. 11 y expose le pour cl le contre ; le tout assaisonné des saicasraes qu*il sait si bieu manier.
Ces deux cciits sont en effet de M, de Voltaire.
Tome 1 , page 60, du i3 mars. Quoique Tanecdotcque nous allons rapporter soit ancienne, comme elle n'est pas connue et qu'elle intéresse tous les partisans de M, dt Vdtmt^^ tîous allofiâ 1^ consigner ici. Un témoin oculaire (Tabbe' Besson) nous rapporte que M. de Folàilrr, dans la quinzaine de Pâques dernière , se crui oblige' d'e'difier les nombreux vassaux dont
Digi
il est seigneur, et surtout mademoiselle Corneille ^ dont il forme û parfaitement le cœur et l'esprit. £a conséquence ce grand homme fait venir un capucin , se confesse humblement à ses genoux , fait entre ses mains une espèce d'abjuration, commimie ensuite, et fait donner six francs au vilain.
Un abbé Besson, dont nous n'avons point entendu parler, ni aucun autre abbé ou laïc n'a pu voir ce qui n'est jamais arrivé. Il venait assez souvent ëes capucins dire la messe à Ferney, et dans le temps des fêtes ils aidaient le curé dans ses fonctions. Vers Pâques 1761, madame Denis, qui s'était chargée depuis peu d'élever et d'instruire mademoiselle Corneille , lui faisait remplir les devoirs de la religion catholique, et lui en donnait l'fgEemple. C'était répondre assez aux calomnies <pac Fréron répandait impunément dans ses feuilles sur l'éducation que l'on donnait à Ferney à cette demoiselle. Elles se confessèrent en effet toutes deux à un père capucin. Ce jour-là le temps était fort serein, et M. de Voltaire se promenait avec moi dans son avenue ; le capucin ayant fini sa besogne et s'en retournant par l'avenue, nous aborda avec des salutations, dans le moment où un ouvrier maçon venait de nous joindre pour demander quelque ordre à M. de Voltaire; celui-ci apercevant le capucin, lui dit : Père^ vous venez de donner bien des absolutions y ne m en donnerez^ vous pas une aussi y à moi, qui me confesse ici à
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^ous et devant témoins, que je ne fais de mal à personne, au moins sciemment? Le père se mit à rire, et répondit que cela était assez notoire* à Ferney et dans soi) couvent. En disant ces mots, il serrait un écu de six francs que M, de Voltaire lui avait mis dans la main; i! Ten mnercia, lui demanda la continuation de ses bontés pour sa communauté, et sans pousser plus loin le dialogue, il partit fort content. Il a pu répéter ces propos de M, de Foltaire à des gens qui, les prenant au sérieux, les auront racontés à d'autres avec bonne foi ; ceux-ci les auront amplifiés et brodés à leur manière et selon leurs vues; et voilà comme des anecdotes absurdes acquièrent quelquefois dans le public un certain degré de croyance.
Un autre capucin, nommé i^kx^ Joseph^ jeune et vigoureux, venait de temps en temps au cbâteau, témoignait à M. tle Foltaire un grand désir de s'instruire etd'acheter des livres, et lui demandant pour cela quelqu argent; maïs c'était pour avoir soin d'une fille à laquelle il avait fait un enfant. Mon maître en fut dupe assez long-temps; pour s*accréditer de coté et d autre, celui-là se vantait aussi d'avoir confessé M. df* Foltaire, La conduite de ce pauvre diable ayant enfin été découverte, ses supérienrsj pour le punir, le reléguèrent au Val-d'Aust; il y arriva dans un très-piteux état, car, dans un accès de désespoir, il avait pris en chemin le parti de se &lre la même opération qiCOrigène : à force de
Digitrzed bydOOQlC
soins, il n'en perdit pas la vie, mais seulement ce qui la donne. Depuis lors, dit-on, il fut sage et ne retomba jamais plus dans son péché.
M. de Voltaire a rendu beaucoup de services, et de plus d'un genre, à la maison des capucins de Gex; c'est ce qui fit désirer à ces moines de l'avoir pour leur père temporel y et ils l'obtinrent, dan^ l'année 1776, de leur général à Rome, qui expédia à M. de Voltaire des patentes de père temporel des capucins de la province de Gex. Par réciprocité, ils lui rendaient, et à ses vassaux, tous les services qui dépendaient d'eux. Ils venaient toujours volontiers à Femey , et y étaient bien reçus. Ce sont indubitablement ces circonstances, jointes aux petites aventures dont nous avons parlé, qui ont donné lieu à ces contes, quà la plus petite indisposition ^ il faisait venir un capucin et se confessait humhlein^ent à ses genoux; contes si avidement accueillis et si souvent répétés par ses ennemis.
Ihid, , pa^e 67 , du 3o mars. Il paraît une Réponse auijo EpUres du Diable, attribuée à M. é^ Voltaire, La pièce, comme tout ce qui paraît depuis quelque temps, est indigne de son auteur. Outre les victimes ordinaires que s'immole le poète des Délices , il a fait choix d'une nouvelle , c'est le sieur Palissot, et tout le monde applaudit à ce qu'il dit de cet anti-philosopfae.
Cette satire n'est point de M. de Voltaire, qui n'a pas même connu ces belles épîtres que le diable lui a, dit-on, adressées.
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Tome 1 , page 74. , du 16 avril. Revenons au Colporteur de M. Oieçrier, . . A travers toutes les infamies dont cette satire est pleine , il se trouve quelques anecdotes assez amusantes. On en lit une sur un vers de la Mariamne de M. de Voltaire, qui fait rire. Madame la maréchale de Villars ayant ouï dire que cette tragédie était meilleure sous sa première forme, en demanda une lecture à son auteur, qui était du même avis. Quand il en fut aux fureurs d'Hérode, après avoir empoisonné Mariamne , il appuya beaucoup sur ce vers que dit le prince en exhortant son épouse à vivre :
Vis pour toi, vis pour moi, yis pour nos chers enfans..
Le poète exhala si pathétiquement cette exclamation , que la maréchale attendrie se mit à pleurer : Ne cous affligez pas, madame, lui dit le prêtre Makaiil, il y en aura pour tout le monde.
Le premier dénoûment de la tragédie de Mariamne, d'où le vers qu'on cite est tiré, n'existe plus; je n'en ai trouvé aucune trace dans les papiers de l'auteur (6).
Ibid,, page 79 , du 28 avril. Le sieur Le Kain est allé chez M. de Voltaire en députation de la part des comédiens, pour réparer leur impertinence à l'occasion de sa dernière tragédie (^Olympie)j qu'il a été obligé de retirer à cause de leur désunion. Ils sentent combien il est essentiel de ménager ce grand poète , leur bienfaiteur.
Ceci n'est qu'une supposition. M. Le Kain ne
(6) C'était peut-être dans Fespérance d'abolir jusqu'à la mémoire de ce seul vers, que Fauteur avait supprimé avec taut de soin ce premier dénotiment, qui d'ailleurs était plein de grandes beautés. Et, par un hasard singulier, il se trouve que ce même vers est le seul qui nous en ait été conservé, grâces à Chevrier.
202 £XAM£N DES MEMOIRES
fut point envoyé en députation à Ferney par les comédiens, quoique ceux-ci, à la vérité, en aient toujours , agi d'une manière peu réconnaissante envers M. de Fokaire , à qui ils avaient assurément de grandes obligations, et qui de plus n'exigeait jamais d'eux la rétribution qu'il avait droit de réclamer comme auteur. Ee seul motif du voyage de M. Le Kain était de voir M. de Foliaire et de jouer devant lui , et peut-être aussi de gagner de l'argent par quelques représentations dans les grandes villes où il devait passer, telles que Lyon et Genève.
Ibid., page 80, du 28 avril. Tout ce qui vient de M. de Voltaire est précieux. Voici encore une plaisanterie qu'on lui attribue, et où l'on trouve pour le moins autant de patriotisme que dans tous les mauvais vers dont nous sommes inondés; c'est à l'occasion des vaisseaux. Extrait de la Gazette de Londres du :iq février 1762. Nous apprenons que nos tHHsins les Fninçaisj etc.
Cette plaisanterie est bien de M. de Foltaire^ et se trouve dans la dernière édition de MM. Cramer (7).
Tome l^page 85, du 8 mai. Toute la littérature est consternée de la fâcheuse nouvelle qui se répand sur la maladie dangereuse de M. de Voltaire. On le dit attaqué d'une fluxion de poitrine. Tronchin écrit en même temps qu'il espère le tirer d'affaire , ce qui rassure un peu. On serait
(7) El dans l'édition de Kchl , lome 46, page 79. C'est pourquoi on supprime ici la citation entière.
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d'auiant plos fâché de cette perte, très-grandt: eo tout temps, que cet auteur n'a point encore fini la belle édition de Comeiile^ annoncée depuis deux ans. Le grand homme qu il s'agit de commenter, rexcellence du commentateur, les pompeux éloges que Ton fait du commencement , tout contribue à piquer la curiosité. M, de Voltaire, à mesure qu'il avance Touvrage , en envoie les cahiers à l'Académie française; il se soumiit au jugement^ de celte compagnie, qui trouve jusqu'à présent plus à admirer qu'à critiquer,
Tout cela était vrai.
lèîd,, page 89 , du i3 mai. On apprend que M. de Voltaire est hors d'aflaire. On exalte beaucoup ia philosophie avec laquelle il a soutenu ce dernier assaut. On lui reprochait d'avoir montré de la faiblesse dans quelques occasions où il a été attaqué de maladies graves. Dans' cette dernière il s'est comporté en héros; il a vu la mort avec Tinlrcpidile' digne d'un grand homme.
Cest avec cette même fermeté tranquille que je Vai toujours vu les vingt-cinq dernières années de sa vie; et les contes ridicules que Ton fait sur les frayeurs qu'il avait de la mort, sont très-faux; il ne la cherchait pas, mais il ne la craignait point; il l'attendait avec la sécurité d'un homme à qui sa conscience ne reproche rien.
IMd,, page io3 » du 16 juin. M, Fabbi! de Chamclin a reçu iine lettre anonyme de Genève sur les jésuites. C'est une plaisanterie légère qu'on présume sortir de la plume de M. de Volimrs,
Cette lettre est en effet de lui*
ao4 EXAMEN DES AliMOIRES
Ibid.y page ii3, du 8| juillet. Il y a à Genève une fermentation considérable occasionéé par la condamnation de V Emile de Rousseau. Les ministres de IVglise réformée prétendent que les séculiers (le conseil de Genève) ne l'ont condamné que par esprit de parti , à cause que Rousseau soutient dans le Contrat Social les vrais sentimens de la démocratie, opposés à ceux de V aristocratie, qu'on voudrait introduire. A l'égard de la doctrine théologique renfermée dans Emile, ils disent qu'on pourrait la soutenir en bien des points; que d'ailleurs on ne lui a pas laissé le temps de l'avouer ou de la rétracter. Ils ajoutent que l'on souffre dans l'Etat un homme (M. d!p Voltaire) dont les écrits sont bien plus répréhensibles , et que les distinctions qu'on lui accorde sont une preuve de la dépravation des mœurs et des progrès de l'irréligion , qu'il a introduites dans la république depuis son séjour sur son territoire.
C'est /.-/. Rousseau hxi-mèm^ qui écrivait en ces termes, pour exciter les Genevois contre M. de VoUaire, chez qui on représentait quelques pièces de théâtre en société. Aussi ai-je vu alors des gens de la populace de Genève venir l'insulter jusque chez lui , et l'on affichait des placards injurieux aux portes de sa maison des Délices.
Ihid.^ page 122, du 6 août. Il court dans le monde une lettre au sujet d'un nommé Calas, roué à Toulouse, pour avoir assassiné, dit-on, son fils, par fanatisme de religion, etc. On prétend que ce père infortuné est innocent; il est question de travailler à réhabiliter sa mémoire. On attribue à M. de Voltaire cette lettre qui n'a pas la touche forte et pathétique dont ce sujet était susceptible en pareilles mains.
Il est probablement ici question de la copie de
DE BACHAUMONT. [1762.] 2o5
quelque lettre écrite par M. de VoUaire à M. d' Arpentai ^ ou un autre de ses amis, en faveur de la Camille de Calas. Ce que Ton dit ici à ce sujet, est tout-à-fait contradictoire avec ce que l'on dit page 171 du même tome, et à là page 182 du tome II, où Ton parle d'une lettre de M. de Foltaire à M. Damikufille sur les Calas. Mais comme il est évident que ces Méjnoires de Bachawnont sont composés d'articles de diverses mains, il n'est pas surprenant que le même objet y soit jugé quelquefois d'une manière , et quelquefois d'une autre tout opposée. Cet exemple n'est pas le seul.
Ihidt, page 126, du 1 5 août. M. de Voltaire, animé d'un esprit de charité des plus fervens, ne cesse d'écrire en faveur du roué de Toulouse. Il envoie des mémoires à toutes les personnes de considération, et ces nouvelles tentatives de sa part donnent lieu de croire que la première lettre dont on a parlé est de lui. On ajoute qu'il offre d'aider de sa bourse la malheureuse famille de cet innocent.
Tout cela est très^vrai.
Wd. , page 127 , du 18 août. Il paraît une brochure intitulée : Eloge de Créhillon. Ce livre, écrit par un grand maître, ne remplit nullement son titre. On y désigne pièce à pièce le théâtre de cet auteur, et l'on ne fait grâce qu'à Rhadamiste et Zénobie.,., On y tombe sur le corps de Rousseau
le lyrique On exaltç la bonne intelligence qui a toujours
régné entre M. deCrébillon et M. de Voltaire^ quoique ce dernier ait refait trois de ses pièces. A ces différens traits on croit reconnaître la main qui a travaillé cette brochure.
ao6 £XAM£rr des mjêmoirês
M. de Vohain ne peut être loué- dignement que par lui^ même.
Il est Fauteur de cette brochure. Voyez ce qui est dit encore au sujet de CrébiUon dans une des remarques suivantes.
Ibid.^ page 128, du 21 août. Il court des Pourquoi sur l'afFaire des jésuites qu'on attribue à M. <2? Voltaire; ils sont imprimés depuis peu.
Ces Pourquoi ne sont point de M. de Voltaire.
Ihid. , page i3i , du 28 août. Les Pourquoi, ou Question sur une grande affaire pour ceux qui n'ont que trois minutes à y donner. Cette plaisanterie, qui a couru long-temps manuscrite, imprimée aujourd'hui, est attribuée à M. de Voltaire; elle, roule sur la dissolution de la société; elle porte un caractère d'aisance et de gaîté digne de son auteur.
Voyez ce que nous disons ci-dessus.
Ibid, , page 182 , du 29 août. Personne dans le monde littéraire ne doute que V Eloge de CrébiUon , dont on a parlé, ne soit de M. de Voltaire, Il est fâcheux que ce grand homme ne puisse se guérir de la basse jalousie qu'on lui reproche si justement... Il ne peut surtout digérer qiïe son rival ait été imprimé au Louvre , tandis qu'il n'a pas encore joui de cet honneur.
Cette raison que donne ici l'auteur des Mémoires est bien puérile. Il aurait pu dire plutôt, avec quelque espèce de vraisemblance, que M. de Foltaire s'est toujours souvenu de la manière dont en usa M. de CrébiUon quand on lui présenta la tragédie de Mahomet pour l'çxaminer. D'ailleurs , quoique
DE BACHÀ.UMONT. [176a.] flO'J
M. de Crébillon ait été imprimé superbement au Louvre, cela n'a pas adouci la rudesse de bon nombre de ses vers, et les mauvaises impressions que Ton a faites des pièces de théâtre de M. de Voltaire n'ont point ôté la bonté et la beauté de ceux qu'on y trouve.
îhid., pa^ i5a, du a5 octobre. M. Ptnto, juif portugais, vient d'écrire une petite brochure en faveur de sa nation. (On appelle nation portugaise les Juifs portugais et espagnols établis en France depuis i55o, et jouissant des mêmes privilèges que les autres sujets du roi. ) 11 attaque surtout le i**^ chapitre du 7® tome des Œuvres de M. de Voltaire. Il , combat fortement, et avec toutes sottes d'égards, ses préjugés injustes à l'égard des Juifs. Il faut qu'il ait raison; M. de Voltaire lui a répondu très-poliment , est convenu qu'il s'était expliqué trop violemment , et a promis de faire un carton dans la nouvelle édition. On ne saurait trop consigner à la postérité un exemple aussi mémorable de l'équité et de la modération de ce grand homme.
JVI. de Voltaire^ dans l'un des premiers chapitres de X Essai sur V histoire générale^ intitulé depuis. Essai sur les mœurs et V esprit des nations ^ etc., en pelant des Juifs, s'était servi d'expressions vives et générales qui inculpaient toute cette nation. D'après les remontrances de M. Pinio , qui lui adressa sa brochure, il corrigea et adoucit les passages dont ce Portugais se plaignait : il fit à ce sujet une réponse très- honnête à la lettre qu'il en avait reçue (8). ,
(8) La réclamation de Pinto ne portait pas sur un passage de V Essai
2o8 EXAMEN DES M]ÊJM[OIR£S
Tome XVI, page 178, du 17 novembre. Il paraît trif mémoire très-long et fort bien fait , en faveur du roué {Calas) ^ dont M. de Voltaire vent faire revivre la cendre; quoiqu'il soit sous le nom d'un avocat, on ne doute pas que tout l'historique et les morceaux de sentiment ne soient de ce grand poète.
M. de Voltcdre a beaucoup écrit dans l'affaire des Calas ^ et ses avis , sans douté, n'ont pas été inutiles aux avocats de Paris qui avaient pris la défense de cette malheureuse famille, tels que MM. ÉUe de Beamnontj Mariette ^ Loyseau. C'est d'un mémoire signé de l'un d'eux , dont il s'agit apparemment dans cet article.
Tome I , page 17 1 , du i3 décembre. Il paraît un mémoire de M. Jjoyseau, ta faveur des Calas. Ce jeune écrivain veut se mettre sur les rangs. Il est le quatrième. M* Mariette^ avocat aux conseils, en a fait un, plus dans le genre de son état. Celui de M. Elle de Beaumont est bien écrit, tendre, pathétique. C'est à la sollicitation de M. de Voltaire qu'il s'en est chargé. Le choix de ce grand homme fait l'éloge du défenseur. Enfin M. Loyseau a traité cette aventure dans un goût nouveau : c'est un roman très-animé, très-chaud. On ne peut se dissimuler que le public ne préfère encore, comme ouvrage littéraire, les lettres courtes et légères que M. de Voltaire a écrites sur cette matière.
sur Vhistoire générale (devenu depuis V Essai sur les mœurs, etc. ), mais sur le premier chapitre du septième tome des OEuures de M, de Voltaire. Ce chapitre forme;, dans les éditions de Kehl et les suivantes , la première section de l'article Juifs du Dictionnaire philosophique. Pinto envoya son ouvrage à Voltaire, qui lui répondit le 21 juillet 1762. Voyez cette lettre tome LVII, page 44^ de Tédition iQ-8° de Kehl.
DK BACHAUMONT. [1762.] aOQ
Cest sûrement de ce mémoire de M* ÉUe de Beaumont dont on a voulu parler à l'article du 17 novembre, et auquel on suppose que M. de VoU taire a mis la main. Il est vrai que M. de Beaumont^ encouragé par ce grand homme à défendre les CalaSy travaillait d'après les conseils et les document qu'il en recevait, et lui communiquait ses mémoi*| res avant de les publier. Ce qu'on dit dans ce même article des lettres de M. ^fe VoUaire sur cette affaire , n'est guère d'accord avec ce qu'on en disait à l'article du 6 août. Voyez-y notre remarque.
Tome I, page 182, du 16 janvier 1763. It court dans le monde une épigramme sur Fréronf qu'on dit être de M. de VoUaire, £Ue est tapée, mais mal digérée; on en jugera:
Un jour, loin du sacré vallon y Un serpent mordit Jean Fréron.
Savez- vous ce qu'il arriva?
Ce fut le serpent qui creva.
Cette épigramme^ originairement en grec, ensuite traduite en latin, enfin mise en français, se trouve dans le dictionnaire de La Martinière.
J'ignore si cette traduction ou parodie d'une ancienne épîgramme, est de M. de Foliaire; ellt n'est remarquable que par la pensée. Il me semble qu'il l'aurait mieux exprimée^ et sans se dispenser du . mélange des rimes masculines et féminines (9).
(9) On Vtk mise dans l'édition de Kehl diaprés la tradition quîFattfi-
Ibid,, page i8 ^ du 19 janvier. On sait que M. de Voltaire travaille à une histoire de Fexpukion des jésuites : plusieurs journaux font mention de cette, nouvelle. On prétend qu'il travaille aussi è celle de la guerre qui vient de finir.
. Il a simplement rendu un compte fort succinct de ces objets dans le Précis du siècle de Louis XV.
Ibid, , fxige 187 , du ay janvier. M. deSaudgny presse pour faire paraître son Socmte. . • Il prétend qu'il a des ennemis. U présume que M. de Voltain^ qui a traité le même sujet, . pourrait cabaler sourdement contre lui.
Je puis assurer que M. de Voltaire ne cabalait point, et qu'il n'avait point encore entendu parler alors de la pièce de M. de Sauifigny. D'ailleurs, la sienne, par là manière dont il avait traité ce sujet, n'était guère susceptible d'être représentée à Paris. Elle parut imprimée, sans avoir été envoyée aux comédiens.
Ibid, , pages igo et 191 , du 2 février. Ily a quelques années que M. de Voltaire ayant appris l'extrême indigence où ét^it réduite la petite nièce du grand Corneille, touché de son état, fit offrir à son père d'en prendre soin, et de la retirer chez lui, h sa terre près de Genève, ce qui fut accepté avec beaucoup de reconnaissance. Les journaux s'empressèrent alprs
buait k^ M. de Voltaire. L'original est daui VAntfiologie grecque, Uv. n y litre 43, épig. 9. Grotius Ta traduite ainsi en latin :
Cappadocem morsa pttutfcra TÎpera, Teràn Ipsa Teneaifcro sangnim tacta pérît.
Cette traduction rend mot pour mot les deux vers grecs , qui sont de Dewtodoeus.
DE BACHAUMQirr* [1763.] 211
et publier cette généreuse action. Mademoiselle Corneille a vécu depuis ce temps a^u château de Ferney , où M. de Voltaire et madame Dans se sont occupés à lui procurer une éducation et des connaissances qu'elle n'avait pu acquérir chez &^s parens. On vient d'apprendre qu'elle épouse M. Dupuiis de la Chaux, cornette de dragons, qui possède une terre en Bourgogne, près de celle de Femey, et a huit ou dix mille livres de rente. En faveur de ce mariage, M. tk Voltaire donne vingt mille livres h mademoiselle Corneille, Quelque temps auparavant il lui avait assuré quatorze cents livres de rente viagère. Elle aura de plus le produit de l'édition des Œuvres de Corneille à laquelle préside M. de Voltaire,- et qu'il doit accompagner de ses remarques. Ce sera un objet de plus de vingt mille écus.
Ce qu'on dit dans ces deux pages sur M. de Pol- /aire et sur mademoiselle Corneille e&t très-vrai.
lèid., page 191 , du 3 février. Il court manuscrite une tragédie de M. de Voltaire intitulée Saill, Ce n'est point une pièce ordinaire, c'est une horreur dans le goût dfffla Pucelle, mais beaucoup plus impie, plus abominable.
Belle comparaison d'un drame satirique en prose avec le poème de la Pucelle! de deux sujets qui ne se ressemblent ni pour le fond ni pour la fprrpe! Du reste, s'il y a dans ce drame des horreurs, des abominations , elles sont extraites de la Bible ellemême; on n'a, pour s'en convaincre, qu'à lire et confronter les textes qui sont cités : ce drame a été impiîmé dans l'édition encadre'e de Genève, dans un des volumes de JPièces attribuées à V auteur.
Ihid, , page 197 , du 26 février. M. de Voltaire a .écri^ à
312 EXÀH£N- DES ^lÉMOlRES
M. d'Alemhert pour le congratuler sur le courage qu'il a en de préférer la philosophie aux richesses et aux grandeuts dont voulait le combler une grande princesse. La légèreté, la bonne plaisanterie , le sentiment pur et pénétrant caractérisent cette nouvelle production. Il y parle des jésuites , de mademoiselle Corneille, de l'édition des œuvres de Pierre Corneille; il dit que les graveurs conviennent que la souscription est ornée des noms les plus brillans, mais que les noms des grands seigneurs ne sont pas des lettres-dechange.
Cette lettre est vraie; il en courut des copies, on l'inséra dans les nouvelles à la main. Cest de là qu elle fut imprimée dans les Mémoires de BachaU" mont (lo).
lUd, f page 199 , du a8 février. Le curé d'un village appartenant à M. le marquis de Pompignan^ ayant fait dans son église un éloge des plus pompeux de son seigneur, cela a donné lieu à M. i2s Voltaire de ridiculiser de nouveau M. de Pompignan*paœ trois petites misères imprimées : Relation d'un voyage de Fontainebleau; une Lettre de L'Ecluse, acteur de l'ancien opéra -comique; et une Chanson Les amis de
Le Franc ne peuvent être que fâchés de ces écrits, d'autant plus que le public en général n'est rien moins que disposé en sa faveur.
Ces petites pièces sont en effet de M. de Voltaire (i i).
Ibid.^ page 20a, du 5 mars. Il y a deux lettres de M. de Voltaire à l'abbé de Voisenon, remarquables par l'objet
(10) Cest celle du 4 février 17Ç3, édition de Kehl, tomeLXVUI, jMige a43.
(11) Vofts, dans les Facéties, lome XLYI, édilion de Kehl.
DE BA.CHAUMONT. [t763.] 21 3
qu^l y traite. Ce grand homme, voulant l'être exclusivement, y dégrade de la façon la plus basse et la pius injurieuse Corneille et Crébillm, Ces- deux pièces, avouées et signées de lui , justifient le libelle qu'on lui attribuait à juste titre contre le dernier, sous le titre d'Eloge.
Si M. de Foltaire a quelquefois relevé les défauts qu'il trouvait dans les pièces de ces deux auteurs, il rendait en même temps justice aux beautés qui s'y rencontrent. Pouvait -il faire autrement pour former le goût des jeunes gens et les empêcher de tomber dans les mêmes erreurs (la)?
Ibid. , page du i*'' mai. Quoique le SaiU de M. de
Voltaire ne soit pas imprimé, les manuscrits s'en multiplient. Ce drame est dans le goût du François 'Seœnd, du président Hénault; il embrasse une partie de la vie de ^aiil et tout le règne de David, Les actions ridicules ou criielles de ces princes y sont rapprochées sous le jour le plus pittoresque. Si le but de l'auteur a été de prouver que le dernier surtout, si fort selon le cœur de Dieu, le prophëte^roi, le saint prophète, était cependant coupable de toutes sortes d'abominations , il y a réussi. Au reste, nul coloris étranger; ce sont le style et les figures de l'Ëcriture sainte.
Le rédacteur des Mémoires confirme ici ce que nous avons remarqué plus haut, au sujet de ce drame.
(12) L'une de ces lettres à Tabbé de Voisenon est du aîfétrier 176^ Voyez la Correspondance générale, tome LVHI. On peut, dans une lettre familière, dire son avis sur des auteurs^ sans bassesse et sans injures; et nous ne croyons pas que les lecteurs trouvent dans celle-ci de quoi justifier les reproches qu'on lui fait. L'autre lettre ne s'est pas trouvée.
ai4 EXAMEN DES MÉMOIRES
Tomeh^ page 287, du 4 août. On attribue 5 M. die? VoUaire une fable sur l'expulsion des jésuites : Les Rentùxfs et les Loups, etc.
Ces vers de M. de VoUaire ont été imprimés ailleurs plus correctement (i3).
Ihid,, page 3oo , du 3i août Catéchisme de Vhonnête homme, ou Dialogue entre un Caloyer, etc. ïel est le titre d'une pelite brochure fort rare. Il paraît qu'on veut le mettre sur le compte de J.-J. Rousseau ; bien des gens la donnent h TH. de Voltaire, Les personnes un peu instruites ne l'imputent ni h l'un, ni à l'autre, etc.
Ge petit ouvrage est de M. de Fôàaire.
Ibid., page 3o4., du 11 s^embre. M. de Voliaite avertit dans toutes les gazettes que son édition de Canrnlle est prête... Il profite de l'occasion pour faire ^ itiie nouvelle protestation contre tout ce qui pars^t sous soù nom. 11 déclare que les Cramer seuls ont arpit d'imprimer ses ouvrage, et qu'il n'avoue que ce qui sort de leur imprimerie.
lèid^, page 3og, du %^ septembre. M. de Lauraguais kyant écrit h M. de Voltaire pour hn faire part de sa détention à la citadelle de Met2, cet autèUr a pris la chose eri plaisantant. Il paraît, dans sa réponse , en ignorer les motifs; il le suppose en ce poste comme honoré de la confiance du roi; il le fflicite et he doute pas que Sa Majesté n'ait reconnu ses talens , en les récompensant si honorablement.
Cette r^onse est vrate.
Ihid., page Z\l^^ du la octobre. On attribue à M. <^
(i3) Tome XIV, p«ge 35g, édition de Kehl,
Voltaire des vers pour la statue du roi, faite par M. Pigal, pour la ville de Rheims : Esclaves prosternés, etc.
• Ces vers assez connus sont de M. de Foltaire,
ÎUd, , page 334 ^^ ^% ^ du 38 novembre et 3 décembre ,
ïnstrtÈction postante de P humble é\^êque d\4leiopolîs , etc* Leiire d*un quakre à j€an—(T€Qrges Le Franc de Fumpîgnafi ^ etc.
Ces deux opuscules, qui parurent anonymes ^ sont de M. de f^oltaire.
Ihidf pa^s 342 et 3^3 , du la décembre. Il paraît dans le inonde un ironie maanscrit de M. de Foltaiœ qui a pour titre Ce t^ui plaît aux Dames. Il est dans le goût de la Pucelk^ narré avec une naïveté charmante , ornée de toutes les grâces de son style. Il est d^environ cinq cents vers. Il a toute la fraîcheur ^ tout te velouté de &a jeunesse. Ses amis n« dissimulent pas que M, de Foliaire a cet ouvrage depuis plus de trente ans dans son porte- feuille.
^ Ses amis se trompent fort. Il me le dicta en le composant, et il fut fait en un jour et demi, vers k fin de novembre 1763,
Tome XVI, pa^e igS» du ^S décembre. 12 Education des filles^ c'est un nouveau conte de M. de Vdùûfe, Il est moins long que le premier et moins agréable* Il y a cependant des délaik très-enjoués et dignes du plus grand maître. Il doit être suivi de plusieurs autres.
Ces contes en vers, réunis en un volume, furent imprimés , et parurenl en 1 764 , sous le titre de Contes de Guillaume f^adé.
ai6 KXÂ.MEN DES MEMOIBES
Tome II, page 7 , du 11 janvier 1764. On parle avec beaucoup d'ëloge du Traité de la Tolérance, de M. de Voîiaùr, On prétend qu'il Pa d'abord adressé à M. le duc de Cholseul, avec une lettre cavalière, où il l'appelle son colonel. Il suppose qu'un Hollandais lui a apporté le livre pour le présenter à ce ministre. Il part de là pour dire des Raideurs au duc , et lui donne des éloges qu'on est toujours fâché de voir prostituer bassement par un homme de lettres. Au reste on annonce le livre comme très-bien fait.... Il est surtout dirigé contre V Instruction pastorale de l'évéque du Puy, quoiqu'il ne paraisse pas l'attaquer directement, etc.
M. de Voltaire n'a jamais fait bassement sa cour à personme ; mais il rendait à M. le duc de Choiseul toute la justice qu'il méritait. Il lui était (comme je l'ai dit ailleurs) très -sincèrement attaché, et le lui a été jusqu^à sa mort.
U Instruction pastorale de l'évéque du Puy n'a point été l'occasion du Traité de laTolérance, mais bien l'aventure horrible<les Calas.
Ibid>^ page 11, du ao janvier. Il court dans le monde une prétendue X^/!^ du secrétaire de M,defVbUaùvau secrétaire de M^ Le Franc de Pùmpignan, On sent assez que c'est encore une gaîté des Délices contre cette famille ; maisi elle manque de sel; et depuis quelque temps, les plaisanteries qui en viennent contre MM, Le Franc sont froides, pour ne rien dire de plus*
Il est très-vrai que, de l'avis de M. de Voltaire y'-^kr
DK BAGHA.UM01IT. [1764.] ^l^
crivis cette lettre en réponse à celle qu'il avait reçue du Secrétaire de M. /le Pornpignan, à qui il ne voulut pas répondre. Je n'avais ni le génie ni l'esprit de mon maître pour faire mieux.
I6£d.,page 3i ^ du i mars. Macare et Théième, all^orie de M. de Voltaire. Cette pièce est très-mëdiocre , et n'a ni la chaleur, ni lalëgèretë, ni le coloris des pièces fugitives de M. de Voltaire.
Elle est assurément pleine de philosophie, de délicatesse et de grâce. Le jugement qu'on en porte ici dénote bien peu de goût dans le rédacteur de cet article.
Ibid.y page 4-8, du 19 avril. Il court des copies manuscrites de plusieurs contes nouveaux de M. de Voltaire. Les Trois mfàdères, Azoian, VOrigtne des métiers r l* Education d'un prince. On y trouve toujours cette touche délicate qui n'appartient qu'à lui.
Us font partie de ceux publiés sous le nom de Guillaume Vadé en 1764.
ÎUd.f pa^el^'Q^ du 23 avril. Le cri est gÀiëral contre la nouvelle édition de Corneille, par M. de Voltaiit. Il paraît s'être attaché à déprimer ce grand homme... Il paraît adopter Racine, et le mettre en tête de son rival pour le mieux écraser... Ce travail lent et coûteux ne sympathisait pas avec l'imagination fougueuse de M. de Voltaire.
La manière très-ridicule dont il est ici parlé du Commentaire sur Corneille est bien contraire à ce qu'en a pensé toute l'Europe, et l'Académie fran-
:*l8 EXAMEJV DES MÉMOmES
çaise dle-méme, que l'auteur avait consultée sur la plupart de ses remarques avant de publier cette édition.
Tome II , page 56, du 5 mai. Les Contes de Guillaume Vadé^ nouveau volume de M. de VdUdre.., est un des plus médiocres sortis de sa plume. C'est un homme d'esprit qui ne fait que ruminer àujoiird^hui.
Ce jugement aussi noblement exprimé qu'il est profond et juste, peut aller de pair avec celui que les rédacteurs viennent de pointer sur le Commentaire du théâtre de Corneille. Le volume dont il s'agit est un des plus agréables de la collection des OEuyres de l'auteur; M. Cramer en eut un trèsgrand débit. Les poésies qu'il contient ne sont point inférieures, dans leur genre, à ses meilleuï*s ouvrages en vers. Les opuscules en prose qui les accompagnent sont très -variés et très-amusans. Voilà ce que le public paraît en avoir pensé, ainsi que les gens de lettres avec Icj^quels M. de Foliaire était en correspondance.
Ibid,, page 62 , du a3 mai. On parle d'une lettre de M. de Voltaire où il fait dialoguer l'âme avec lelcorps. 11 appelle la première Lisette; elle se révolte contre le dernier, et lui reproche de l'asservir. On sent que c'est un matérialisme déguisé, un dessein formé de faire voir combien il est ridicule de supposer un pareil assemblage. M. de Voltaire , qui a moins que jamais ses idées neuves , cherche à tout colorer de son style , et s'approprie bien des choses par le charme ^ont il embellit les pensées des autres.
DE BACHAUMONT. [lyO/f.] aiQ
Nous ignorons de quelle lettre on veut parler ici. L'auteur de Tarticle prétend toujours que M. de Voltaire n'a plus d'idées à lui, et ne fait que ruminer ^ comme il disait tout- à -l'heure, les idées des autres. Il veut bien cependant lui laisser, par grâce, le talent de les embellir. Si dès le commencement de l'année 1764 M. de Voltaire avait perdu toute imagination , combien de pensées les auteurs anciens ou modernes n'auraient-ils pas à revendiquer dans ce grai^ nombre d'ouvrages, tan^ en prose qu'en vers, qu'il a encore ruminés depuis 1764 jusqu'à 1778.
Tomz XVI, page 207, du 8 juin. Dans le supplément de la Gazette littémire du 6 juin , n*' 8 , on Ut une lettri; que les auteurs assurent déceler le goût et la main d'un grand maître. Elle est écrite à l'occasion des Mémoires pour servir à la Vie de Pétrarque, parVahbé de Sades. . . On voit, h la tête du même supplément, une lettre sur les histoires romaines que nous avons, où l'on reconnaît la touche légère et satirique de M. de Voltaire, Il se plaint avec raison quW y rapporte encore des contes puérils qu'on aurait honte de débiter dans une conversation, etc.
Ces deux lettres furent en effet envoyées par M. de Voltaire aux auteurs de la gazette littéraire (i4).
Tonie II , page 7g ^ du 1 4 juillet. On pdHAe depuis quelques jours d'un ouvrage qu'on attribue à M. & Voltaire, II a pour titre Dictionnaire philosophique , volume in^<> de trob cents
(i4) Elles sent dans le tome XLIX, édition de Kchl (Met, iill.)
^^^ EXAMEN DES AliMOIRES
pages. La liberté qui règne dans cet écrit et le nom imposant de son auteur, le font rechercher avec autant de soin <^u'on en prendra sûrement pour en empêcher la distribution.
La rumeur que causa cet ouvrage et la persécution qu'elle pouvait faire naître, le lui fit désavouer. Dans la suite il le refondit dans les Questions sur V Encyclopédie.
Ibid,, page 6, du i5 juillet. M. de Voltaire, dont la plume rapide ne peut s'arrêter, vient de donner une suite de son Discours aux Weiches.
Cette suite est bien de lui, ainsi que le Discours. Il ne mettait jamais son nom à ses ouvrages, mais on le devinait souvent à son style ou à la tournure de ses écrits.
Ibid,, page 84, du 3i juillet. Fréron, dans sa vingtième feuille , fait une sortie très-vive contre M. de Voltaire, Il attaque son nouveau volume de contes {de Guillaume Vadc),.,, Il ne peut pas lui laisser passer u* certain chant, accessoire à la Pucelk, où dans une bande de galériens que rencontre le roi Ounies et sa troupe dorëe , se trouve Jean Fréron.
Il est tout simple que Fréron, en cette circonstance, fit son métier avec un redoublement de zèle; il s'agissait de sa propre cause. Ce maudit chant de la Pucelle lui tenait fort à cœur; il y voyait son effigie exposée aux yeux de la postérité dans un tableau indélébile. Cela seul devait lui faire paraître le reste du volume détestable;
DE BACHAUMOWT. [1764.] aai
aussi en crîtîquaît-îl toutes les parties avec encore plus de fureur et d'ineptie qu'il n'en montrait dans les occasions ordinaires.
Tome XV!, page 221, du 24 septembre. Fréron, dans sa vingt-sixième feuille, se fait t'crtre mie lettre contre JVL fïe Voltaire^ où il attaque surtout le Discours aaus Wekhes^ et prétend que le fond en est pîli»! chez un certain BesiandeSf auteur, dit-il , de je ne sais quelle Histoîm cHiique de la phllasûphte, 11 profite de roccasion pour insérer au bas de cette lettre, dans une note, le desaimique {ailFanckouche, libraire, d^une lettre supposée, où le libraire assure M. de Vxdtaire ipse pers&ime ne fait de ses taiens une plus grande esHtïie que M. Fréron^ et n^a plus lu ses ouvrages. 11 insinue que cette lettre est une fourberie du grand poète. FtTrou finit à son tour par un désaveu de tout ce que Panckuucke pourrait avoir dit en son nom,
Cette dernière précaution de Frérou était bien inutile, du moment qu^il avait en main itn désaveu formel de M. Panckoucke; donc, ce prétend ti désapeu n'en est point un , ou est supposé. Ce qui ne Test pas, quoi qu'ait pu dire ou insinuer Fré-^ rortf ce sont les lettres originales de M. de Notaire et de M- Panckoucke que j'ai eues en mains. Le folliculaire, humilié de voir la démarche qu'il n'avait osé faire directement lui-même, méprisée par M- de Foltaiw, devint dès ce moment encore plus forcené contre lui, et plus ridiculement injuste en décriant ses ouvrages. Les dénégations à regard du libraire ne lui coûtèrent rien (i5)<
(iS) Ceftc iiiifctÎQtâ <yît aesct aîïifjultcrp pour qtït^notis njons rtur-
Ilil EXAMEN DES MEMOIRES
TomeHjpage 79, 4u 27 septembre. M. de Voltaire, sui-» vant son usaige, persiffle le public et désavoue le DUUonnaùt philosophùpie. Voici une anecdote à ce sujet, que nous tenons du sieur Cramer, son imprimeur à Genève, et qui est en ce moment à Paris. IL nous a conté qu'il avait écrit il y a quelque temps à M. i2ff VoUaire, pour lui rendre, compte d'un livre nouveau, fort scandaleux , qui faisait g^apd bruit à Paris, et qu'on lui attribuait; qu'il le priait de vouloir bien lui en çnvoyer un exemplaire. M. de Voltaire hii rëpoadit qu'il avait aussi entendu parler 4'un Dictionnaire philosophique, qu'il ne l'avait pas lu, et qu'il lui demandait en grâce de le lui communiquer aussitôt qu'il tomberait entre ses mains. M. Cramer a répliqué h M. de Voltaire qu'il avait montré sa lettre à tout le monde ^ présumant que c'était ses intentions, quoiqu'il ne le lui eût pas ordonné; qu'actuelle-» ment que la farce était jouée, il le suppliait de nouveau de lui envoyer un exemplaire de cet ouvrage.
ché à nous assurer de sa réalilé, et nous ne pouvions Papprendre plus positivement que par M. Panckoucke lui-même, qui nous en a confirmé tous les détails. Devenu éditeur de V Année littéraire^ par l'acquisition du fonds de Lambert, il avait obtenu toute la confiance du rédacteur de ce journal , et le recevait habituellement dans sa maison. Quel intérêt pouvaitr-il avoir à faire une démarche qui , s'il n'y avait pas été autorisé, l'exposait à passer pour un imposteur, soit qu'elle réussit, soit quelle ne réussit pas? car» dans le premier cas , Fréron l'eût démentie , au moment de l'explication avec M. de Voltaire^ dans le deuxième, celui-ci^ instruit de la vérité, eût reconnu Pimposlure du libraire , et lui eût répondu tout autrement qu'il ne Fa fait. Comment, d'un autre côté, s'imaginer que M. de VoUaire eût été s'exposer de gaîté de cœur au même reproche, en publiant cette anecdote du vivant de Fréron, si elle avait élé fausse? Enfin , ce qui, réuni au témoignage, dq M. fVagnière, achève de démontrer de quel côté se trouve ici l'imposture, c'es^ que M. Panckoucke a autorisé les éditeurs de Kelil à imprimer les deux lettres dont il s'agit, telles qu'on les voit dans la Correspondance de Voltaire , tome LVÎII , page 365, édition in-8**. *
DE BÀGHÀUMOirT. [1764.] ^^3
Le fond de Tanecdote est vrai, mais la dernière circonstance ne Test pas, à moins que M. Cramer ne continuât à jouer encore un rôle concerté, en parlant à Fauteur de cet article. M. de Foliaire et son libraire étaient pourvus du livre, mais il avait été convenu entre eux de s'écrire ces lettres ostensibles, pour en faire usage au cas où 11 s'élèverait quelque violente persécution contre les distributeurs de ce livre, et où l'on en rechercherait l'auteur, ce qui ne pouvait guère manquer d'arriver.
Ibid, , page io6 , du 3 octobre. Dans la Gazette littéraire d'aujourd'hui, on voit à l'article d'Angleterre la traduction d'un éloge très-complet de M. de Voltaire comme historien. Il est extrait d'un journal anglais intitulé Monthly Review, Voici comme on en parle au sujet d'une nouvelle traduction anglaise de son Histoke de Russie sous Pierre le Grand,
«< Il n'y a peut-être jamais eu d'écrivain plus propre à M composer l'histoire de son temps, que M. de Voltaire. A la *» portion extraordinaire de génie qu'il a reçue de la nature , » il joint une connaissance intime du cœur humain et des » mœurs. Le ton brillant, vif et rapide de son style , l'art » de développe^ les passions, l'étude approfondie des prin* »» cipes des gouvememens , rendent ses écrits également n utiles et agréables ;, il sait saisir ces détails de la ^de prin véè, qui, quoique minutieux en apparence, expliquent n souvent les plus grands événemens. Ses liaisons avec les M princes et les personnes les plus considérables de l'Eu- M rope lui ont fait connaître beaucoup de particidarités in- » connues au commun des écrivains. Né dans une monar- M chie, il a su concilier le respect dû au gouverneipent de
2!24 l^AMFJ^ DES MÉMOIRES
» son pays avec les principes d'une noble liberté/ et il s'est » toujours^montrë un ardent défe|iseur des droits de la nature n humaine. Ses liaisons et ses principes ne l'ont rendi; esclave » d'aucun parti. Il juge les écrits des historiens contemporains M avec cette mâle franchise , naturelle a un esprit ëcjairé et » indépendant, et il décide sur les événemens plutôt par les » probabilités et le concours des circonstances , que par Fau- >> torité d'aucun écrivain, quel qu'il soit. Ses écrits historiques » sont une charte des privilèges de l'humanité, où la vérité » n'est ni altérée par des affections particulières, ni obscur- » ciepar des préventions d'un esprit étroit, ni trahie par un » lâche asservissement aux opinions des autres. JJ Histoire de » V Empire de Russie mérite tous les éloges que nous donnons » à M. de Voltaire, L'ignorance , la présomption des écri- » vains qui ont prétendu nous faire connaître la vie de >} Pierre le Grand, avaient rendu cette histoire aussi néces- H saire qu'elle est agréable, intéressante et impartiale.
» M. de Voltaire voudra bien accepter cet hommage des M auteurs du Monûdy Reçiew , comme un témoignage de la » reconnaissance qu'ils lui doivent pour le plaisir que leur a » procuré tant de fois la lecture de ses écifits. >»
Telle est la manière dont s'expriment ces auteurs. Que diront à cet éloge les ennemis de M. de VoUaire? Oseraient~ils le regarder comme concerté, mendié et peut-être envoyé par ce grand homme? des hommes libres se prêteraient-ils à une charlatanerie aussi servile ?
Non sans doute, pas plus que M. Âobertson, leur compatriote, qui, dans son Introduction à Y Histoire de Charles 'Quint y rend un hommage non moins remarquable au mérite de M. de Voltaire^ comme historien. Le témoignage de ces étrangers, chez qui Fhistoire a été écrite , peut-être avec plus
BE BACflAUMONT. [1764.} 2^5
de dignité et: de profondeur que chez aucun autre peuple moderne^ ne fait- il pas rentrer dans le néant les misérables critiques et les invectives d'un Fréron et des autres détracteurs de cet homme célèbre?
lhid,9 page itS», du 27 octobre. M. de Voltaire ne s'est point borné à écrire à ses amis en particulier, à ses connaissances, à ses protecteurs mâme , po^ir tâcher de leur persuader qu'il n'avait aucune part au Dictionnaire phiiosophigue; il a encore écrit à l'Académie française (et l'on a fait lecture de sa lettre au comité), pour désavouer cet ouvrage, que ses ennemis , suivant lui , cherchent a lui attribuer. On ne peut assez s'étonner de la confiance de ce célèbre écrivain , à croire qu'il fera prendre le change sur sa parole , comme si chaque ligne de cette œuvre philosophique ne portait pas le caractère de son style et de sojti esprit.
La lettre à l'Académie est vraie. On avait mandé de Paris à M. de Foltaire que l'on travaillait à obtenir contre lui une lettre de cachet, comme din-teuv àa Dictionnaire philosophique ; qu'ainsi il devait se presser de détruire cette opinion.
Ibid., ;?. 122, du 5 novembre. M. de Voltaire ne se tient point battu; et, à l'occasion de la nouvelle édition duTestamentdu cardinal de Riéhelieu, où l'on établit incontestablement qu'il est de ce grand ministre, il vient de faire paraître une brochure sous le titre de Boutes nomeaux, etc. Il paraît que cet ouvrage avait été fait pour répondre h M. de Foncemagne. L^auteur j ajoute tout ce qui pouvait le rendre intéressant pour le moment. On ne saurait trop applaudir aux politesses et aux égards avec lesquels M* de Voltaire réplique ^ M. de Foncemagne,
aa6 EXA.AI£If DES MEMOIRES
Cette eontrôverçe devrait servir de modèle à tous les écrivains qui se combattent pour des opinions opposées. Elle est encore une preuve de ce que nous avons dit souvent, que M. de VoltcUre ne se /âchait pas quand on était d'un avis dififérent du sien et que l'on critiquait ses écrits sans amertume. Il est vrai qu'il s'échauffait et répliquait vivement lorsqu'on commençait à l'attaquer par des injures ou des offenses.
îhid.y page i25 , du ii novembre, M. de Voltaire ^ malgré 1a haute opinion qu'il affiche des profondes connaissances de M. de Foncefnagne, est si peu disposé à se repdre aux preuves que celui-ci allègue en faveur du Testament du cardinal de Richelieu, qu'il écrivait dernièreihent à un de ses amis qu'il était à ce sujet comme les hérésiarques, qui s'enracinent dans leurs erreurs à mesure qu'ils vieillissent.
Cette lettre est très-vraie (i6).
Tome XVI , page aa^, du 3o novembre. Le sieur Fréron , toujours prêt à saisir tes occasions de mortifier Famourpropre de M. de Voltaire, vient d'insérer, dans son n** 35, une ode de ce poète à sainte Geneviève. Il se fait adresser cet ouvrage par un anonyme , comme une^ pièce rare et curieuse. H est certain que cette ode , composée par M. de Voltaire, dans sa jeunesse , est détestable. Il en faut conclure qu'il avait peu dé disposition pour la poésie lyrique et sacrée,
• {i6) Cest à M. DamUavUle (lettre du 7 novembre 1764) qu'il disait : Je me sens de la pâte des Ti^résiarques : je n'ai jamais été plus ferme dans mon opinion.
DE BACHAUMONT. [l 764.] îiay
J'ignore absolument si Fode à sainte Geneviève dont on parle ici est de M. de Foliaire (17).
Tome II, page i4i , du 1 5 décembre. II paraît un volume de Lettres secrètes de M. de Voltaire, publiées par M. L, B. ; elles sont écrites depuis 1734., jusqu'en ijH. Cette production semble cette fois-ci une infidélité. Quoiqu'on annonce ces lettres comnie très-curieuses..., on ne peut qu'attribuer à Tavidité des éditeurs cette publicité.
La plupart des lettres de ce recueil étaient adressées à M. Berger, secrétaire du prince de Carignan. Elles tombèrent, je ne sais comment, dans les: mains d'un certain Fauger^ lequel en trafiqua probablement avec le libraire qui les mit au jour. Il y en a dans le nombre de fort agréables.
Ibid.f page 147 , du 27 décembre. La nouvelle édition du Dictionnaire philosophique portatif, attribué à M. d!^ Voltaire^ paraît enrichi de huit articles nouveaux et de plusieurs changemens dans les anciens. Quoique prosoît presque partout et même en tloUande, c'est de là qu'il nous arrive.
Nous citerons à co propos une anecdote relative à ce
(17) Nous croyons qu^elle est bien de luL Cétait la matière d'un tbeme donné par son régent , au collège des jésaites. Si cette pièce avait été jugée mauvaise par ces pères, ils ne l'auraient pas fait imprimer en beau papier in-4® avec le nom SAtotttt au bas. Nous ignorons sur <iuelle copie Fréron Ta transcrite. L'auteur a pu la désavouer avec d'autres productions de son enfance, comme trop inférieure à ce qu'il a fait dans la suite. Ce n'est pas une raison pour les jugéf mauvaises. Celle dont il s'agit, est la traduction en vers françab d'une ode latine du père Ltjafi «^ toutes deux sont imprimées eu regard dans la feuille in-4®' Cette ode a été admise dans presque toutes les éditions données depuis 1817.
a!ï8 SXAMEN DES MEMOIRES
livre. Au mois de septembre dernier, MM. de VAcsLdéxnie des belles-lettres ayant été présenter au roi leur nouveau volume... Eh bien! dit le roi au président Hénault, chef de la députatioUf ooilà yotre ami qui fait des siennes. Le Dictionnoire venait de paraître. Le malheureux! dit le président à $es confrères , il traçaillait dans ce moment même à revenir en France. C'est ce qui a donné lieu au désayeu envoyé par M. de Voltaire à rAcadémie française.
Nous croyons que cette anecdote est fausse en tout; M* de Foltcdre n'a jamais trai^cuUé à res^erdr en France y car il y était, ni à Paris; et le désaveu n'a été occasioné que par les avis qu'il recevait, que ses ennemis s'agitaient vivement pour lui susciter une persécution violente à l'occasion du D/ctionnaire philoscphique.
Tome II , page 1 54 1 lO janvier 1 765. M. de Voltaire ne cessé de faire retentir l'Europe de ses réclamations contre la foule d'éditions de toute espèce qu'on donne de ses Œuvres ténébreuses, en tout ou en partie. Il a écrit au Mercure 9 au Journal étranger f au Journal encyclopédique , etc. Il désavoue le livre intitulé Recueil complet^ etc. ; le Dictionnaire philoso-^ phique, les Lettres secrètes, etc*
On a VU plus haut la vraie cause de ces dés^ aveux.
Ibid,, page i54t du 11 janvier. Un anonyme vient d'envoyer dans les maisons une brochure légère, intitulée:
JDE BA.CHAUMONT. [lyÔS.] 229
Aéitrage entre M, de Foncemagnè et M. de VoUaire, au sujet du Testament du cardinal de BicheUeu,
Cet arbitrage est de M. de VoUaire lui-même.
I&Vf., pof^e 1 55, du 12 janvier. Les Lettres secrètes imprimées, de M. de Voltaire , ne sont qu'une très-petite partie de ce qu'on avait recueilli, M. Robinet, l'auteur ex-jésuite du Kvre de la Nature, en est l'éditeur ; il a mis pour lettres initiales publiées par M, L. B.j voulant faire entendre La Beaumelle, qui n'y a aucune part. Il a supprimé toute la correspondance du roi de Prusse, soit qu'il n'ait pas osé la faire paraître, soit qu'il eût espéré en retirer plus de profit de ce prince. Enfin il a tronqué une infinité de lettres; ce qui rend ce recueil fort décharné et fort sec. On a vendu lé manuscrit vingt-cinq louis , et c'est par une fille , maîtresse d'un homme anciennement attaché h M, de Voltaire, qu'un homme de lettres avide a fait enlever ce manuscrit.
Cela né peut être entièrement exact. Il semblerait par cette dernière circonstance, que ce recueil des Lettres secrètes provenait d'un vol fait chez M. de FoUaire ; mais cela ne se peut pas ; le volume, à très-peu de choses près, ne contient que sa correspondance avec M. Berger. M. de Voltaire y comme je l'ai dit ailleurs, ne gardait point de copies ou minutes des lettre$ qu'il écrivait; ce vol, par conséquent, aurait été fait chez M. Berger. Il est possible que M. Robinet ait eu ces lettres d'une main tierce et en ait fait un objet de spéculation en les livrant à un libj'aire (iB).
(i8) On voit par une lettre du 25 ifévrier 1765, (de M. de Voltaire à M. Berger, que ce dernier avait eu la faiblesse de laisser prendre
!i3o EXÂ.MEN DES MEMOIRES
Ibid,, page i$6, du i6 janvier. Oa a publié à Genève uub réponse aux Lettres de la Monfiagp^, sous le titrç de Seotinfen^ des citoyens.
Une réponse plus importante à cet ouvrage de Rousseau est celle de M. Tronchiriy procureur-général de la république de Genève, intitulée : Lettres écrites de la compare, Cellie dont on parie ici n'est qu'un petit écrit de huit à dix^age^, que Rousseau a traité de libelle, et s'est obstiné à attribuer à M. Vemet son ennemi. Cet écrit, assez violent en effet, est de M. de Voltaire y qui était très-courroucé des derniers outrages que lui avait faits Rousseau dans ses derniers ouvrages, et particulièrement dans ses Lettres de la Montagne. Du reste, c'était bien les sentimens d'une grande partie des bourgeois de Genève qu'exprimai^; cette feuille, mai^ non de la généralité.
Ihid.f page i6a,,du i*' février. On parie d'une lettre de M. de Voltaire sur leç troubles de Genève, où il compare cette ville h une ruche , et prédit que si les abeilles qe $'entendent point, on viendra manger leur miel, etc.
Cette lettre est ^vraie, et ce qui est arrivé quelques annéçs après cjans cette ville, prjouve que lyi. Yfe Fbltaire g eu raison (19). .
copie de cette correspondance à un M. Vauger, qui recueillait a?ec sbin tout ce ^i sortait de la plume de M. de Voltaire. Comment ces lettres ontr-elles passé d« ses maina dan^ celles de M. Mohine^ (supp^é que ce dernier en soit Péditeur)? C'est ce que nous ignorons.
(19} Cette lettre est du commencement de janyier i^65 : Nous tufons dans ce moment, etc.
DE BAGHiLUMONT. [1765.] aSi
Ibid., page ..,., du 9 février. M. Rousian (ministire de rÉvangile à Londres) est auteur d'une espèce de réfutation d'un article du Contrai social de Rousseau , intitul^ëe : Offrande aux autels et à la patrie. Il a fait aussi un Examen historique des quatre beaux siècles d^M.de Foliaire , où il entreprend de prouver qu'il n'y a point eu siècle qui ait produit plus de tyrans et de flatteurs , et moins de grands hommes, que les siècles d'Alexandre f d' Auguste , dé Léon Xetde Louis XIV,
Il suffit d'un pareil énoncé pour apprécier assez justement un homme. C'est ce même Roustan ou Rustarij grand déclamateur contre les philosophes et la philosophie, à qui, M. d^ VçUair^ a tâché d'inspirer un peu plus de goût, de modération et d« justice, dans le petit écrit in,titi^lé: Remontrances du corps des pasteurs <à^ Géf^audan à An-^ toine-Jacques Rustan (20).
Ibid.9 page 172, du i5 février. On fait en Hollande une nouvelle édidon de la Puçelle, petit format, enrichie d'estampes fort curieuses et en grand nombre. On l'aura dans toute l'ingénuité du texte. Un petit auteur , à Paris, a formé le projet assez plat de donner I^ continuation de ce poème.
Nous doutons que l'un et l'autre de ces projets se soient réalisés (*).
(tko) Tome XXXHI, page 35a, édition de Kehl.
(*) U existe une continuation du poème de Voltaire^ imprimée sous le litre c^ : Suite de la FuoeUe d^ Orléans , en sept chants , poème héroïcomiquêf par M* de Vokairei trouvée â la ^Bastille le i^ juillet 1789. Berlin ^7ans» 1791, io-ia dftiY «t 1Q9 fs^^'^^ plus, If IroiiUspjee. Ten pp«stf e un exemplaire. 6.
aSîi EXAMEN DES MÉMOIRES
Ibid., page 178, dti 2'd février. M. de Voltaire $^éiknl^excusé dans une épître à M. le chevaliA de Bcn0etSp sur sa vieillesse et sur le danger d'écrire encore à son âge, finit ainsi :
C*eâi à vous, ô jeune Boufflers, A TOUS, dont noire Suisse admire Les .crayons 9 la prose et les vers, Et les petits contes pour rire ; .
G^est à TOUS de chanter Tbémire £t de briller dans un festin, Animé du triple délire Des Ters, de l'amour et du TÎn»
M. de Bouffiers répondit à ces vers par une très* jolie épître, où, après une description fort gaie et fort agréable de la vie dissipée qu'il avait menée jusque là, il annonce à M. de Voltaire qu'il vient chez lui pour se régénérer et devenir sage. L'épître finit par ces vers ;
Jadis lés cheTaliers £rrans.
Sur terre, après aToîr long -temps cberché fortune,
Allaient retrouTer dans la lune
Un petit flacon de bon sens :
Moi je TOUS en demande une bouteille entière;
Car Dieu mit en dépôt cbez tous Ij' esprit dopt il priTa tous les sots de la It^rre, ISt tou^e la raison qui ^]anque à tous les fous.
thid,, page 182, du i3 mars. Il parait une nouvelle lettre de M. de Voltaire )k M. BamUaviUe, oh il rend compte , dVine façon très-intére3sa»te , de la manière dont il a pris en main la défense des CakiSf de toutes les ressources dont il a eu besoin pour se garantir de toute surprise, et pour mettre en mouvement cette grande affaire. Il en annonce un^
DE BiLCHAUMOITT. [lyÔS.] a33
nouvelle du mâme genre à l'égard des Siroen. On ne peut assez applaudir au style touchant et plein d^hunianlté dont cette lettre est écrite , et que Mp de Foliairs sait si bien employer.
Il est évident que cet article est d'tme autre inain que ceux où il a été parlé précédemnient des lettres de M. de Foliaire sur l'affaire des Calas (al).
IMd,^ page 190, du 3 avril. On répand des copies d'une lettre à M. Berger.^ à qui on a enlevé les lettres imprimées depuis sous le nom de Lettres sscrètês*.. On voit quelque chose de contraint dans toute cette façon de penser et de plaisanter^ qui déplaît. C'est un vieillard septuagénaire qui s efforce de rire , la rage dans le cœur.
La lettre est vraie, monsieur, mais vous vous trompez bien fort en disant que M. de Foàaire ne riait qu'avec la rage dans le cœur ; il paraît que vous ne lavez pas connu (22).
iMd^f page 30 4, du 38 avril. On annonce une suite au Dicli&nnmm phiîosoplii'que , sous le titre de Pfdlùsùphie deTMsimm, par feu tahbé Bazm, Ce livre est dédié à l'impeTatrice de Eussie , avec toutes ses qualifications. On ne peut dou-
(a g La kiire à M, DanùîapiUe^ dont on parle dan^ cet arlicle, rsi dans le tome XXX ^ page aS?» oà Vadtesàe, par efrenr, est 4
M. d'JlêmbtrL
\ (^s) Le rédacteur des Méttioir&s se trompe encore phia , él marque ply* de mauvaise foi Ou de mauvais gout, à Tégard de ïa lettre mému i(ii'il dénigre, et i|ui est. à la foLl ir és-agr cable , Irès-ùrigiaûle ei très-
2 34 F.XAM£]V DES AIÉMOIRES
ter que l'ouvrage ne soit deM.de Voltaire, tout y est marqué
au coin de son esprit, etc.
Cet ouvrage est de M. de Foliaire, mais il n'est point une suite du Dictionnaire philosophique; c'est une espèce d'introduction à son Essai sur V Histoire générale,
Ibîd., page 211, du i5 mai. Fréron, toujours acharné contre M. de Voltaire, publie, dans sa feuille i3^, une prétendue Lettrç d'un philosophe protestait à M, *** , sur une lettre de M. de Voltaire à M. Damilopille, at^ s^jet^ des Calas, Ce philosophe protestant réfute la manière dont M. de Voltaire prétend avoir été autor^ à prësumçr Pi^nocence des Calas* Il est bien extraordinaire qu'pn sache mauvais gré à ce grand homme d'avoir embrassé aveuglément la cause d'u^ vieillard qu'il souhaitait .n'être pas trouvé coupable. Quelque peu raisonné que fût son zèle , il ne lui &it que plus d'honneur^ Les vrais philosophes sauront très-mauvais gré à Fréran^ d'avoir mis sous le nom d'un autre philosophe toutes les mauvaises chicanes, tous les raisoimemens scolastiques qu'il emploie pour prouver que M. de Voltaire a eu tort.
Ces reproches au folliculaire qui charge un philosophe anonyme de ses propres sottises, sont assurément très -justes et très -louables; mais je trouve aussi, monsieur, bien extraordinaire, vos termes d'ai^oir embrassé aveuglément. Je puis vous certifier le contraire; M. de Fbàaire n'avait rien négligé pour connaître la vérité, et quand il a agi, son zèle était assez éclairé ; voyez mes additions au Commentaire historique. Je ne vois pa$ non
DE BAnHAUMpNT. [1765,] u3S
plus comment ce zèle lui aurait fait d'autant plus d'honneur qui! était moins raisonné; tâchez de raisonner vous-même un peu plus conséquemment
Tome XVI, page 2S0, du aS juin. Fréron revient encore, 11° 16, sur la leUre de M, de Vdtaire à M* DûmUmilk , et donne rextrait d^un journal anglais où l^on cite la lettre de M, de VidtaifTR comme Touvrage d^ua homme qui s^applaudîl lui-même , et qui , pour peu qu'il eût eu de délicatesse dans les sentîmens, aurait rougi de faire ainsi parade de son kumamie vis-à-vis du public. Fnéftm se félicite de s'être rencontré avec ce critique. Il en faut conclure seulement que ce dernier n'est pas plus ami de M. de Voltaire que Tau tue.
Cela est possible, surtout si les deux personnages n'en faisaient qu'un. Il n'était pas plus difficile à Fréron j pour mieux épancher sa bile, de se déguiser en journaliste étranger, qu'en philosophe protestant; du reste, on peut juger^ par son acharnement, combien il était irrité de la profonde sensation que cette belle lettre à M. Damilanlle avait faite dans le public.
Tome II , page a 33, du ^3 juillet. M, de Vdiatttj après avoir introduit en gros son poison dans le DicUonnairt phifm&phique et la Philosophie de Fkisfolre^ le di4ite à présent en détail* 11 donne une brochure intitulée ; Questwns sur hs miracles.,. Il a pris la %Taie tournure pour tromper la crédulité et glisser son venin partout où il voutlra , malgré les prohibitions de la police.
Cet article paraît sortir de la plume de quelque
a 36 EXAMEN DE9 M]£aIOIR£S
théologien bien échauffé, qui croit ou veut faire croire que tout ce qu'il ne peut digérer est un poison pour les autres estomacs.
Ihid. , ptige sSo , du 3o août. M. de VoUaire vient d'écrire une lettre à M. Marin , censeur de la librairie, pour le supplier d'engager le magistrat à interposer son autorité pour arrêter l'introduction d'une quantité d'ouvrages que tout le monde sait être de lui.
Il avait ses raisons pour cela, et ce n'était pas pour jouer et persiffler le public , comme le disent ces Mémoires.
Ibid,/page 25a, du 3 septembre. Mademoiselle Oamm a déployé ses talens chez M. de Voltaire, Ce grand poète ne là connaissait que par renommée ; il n'avait pas vu celte actrice à son apogée ; il en a été enchanté et lui a marqué sa reconnaissance dans une épître en vers.
Cela est vrai.
Ihid. , du 7 septembre. Il est parvenu ici une lettre imprimée de M. le marquis d'Arg^nce, datée du château de Dirac, le 20 juillet 1765. Elle roule sur la lettre indécente que Fréwn s'est fait adresser, il y a quelque temps , par un philosophe protestant, au sujet du jugement de Calas. On se rappelle combien ce folliculaire voulait y dégrader la belle action de M. de Voltaire, que l'honnête militaire venge avec toute la noblesse et la logique possible. Suit un remerciment de M. de Voltaire, en date du 24 auguste 1765, où il cherche à intéresser M. le marquis de Richelieu et le duc de VUlars, et même les maîtres de requêtes, à faire châtier un auteur de libelle , qui ose censurer un jugement authentique.
BÈ BACHAUMONT. [X765.] tkZ'J
Ces pièces sont véritables, c'est M* d'urgence de Dirac qui les ÛX imprimer à Angoulême.
Ibid. , page .. . , du 9 septembre* Aujourd'hui les comëdiens français ont remis au théâtre Adelcade du GuescHn, tragédie de M. de Voltaire. Eâ 1734. cette pièce n'avait pas réussi. Le coup de canon, à ce que prétend l'auteur, la fit tomber... Il la redonna en ijSa sous le titre du Duc de Fotx. Elle prit mieux alors. Depuis le succès du Siège dé Calais, dû tout entier aux noms français qui s'y trouvent , M. de Voltaire a jugé à propos de rapprocher de nouveau l'époque de sa tragédie, pour la rendre plus intéressante, et de la restituer sous ses premiers noms. Cet arrangement lui a parfaitement réussi. Le succès a été complet. Le coup de canon a fait le plus grand effet. La marche rendue plus rapide, l'intérêt plus pressant, un grand nombre de beaux vers ajoutés, des noms plus illustres et chers à la nation, tout cela , joint aux beautés dont l'ouvrage était déjà rempli , a transporté le^ spectateurs.
Tout n'est point exact dans cet article; la pièce fat jouée telle qu'elle était originairement. C'est Le Kain qui engagea ses camarades à la remettre au théâtre. Peut-être les éloges prodigués à M. de Belloy pour avoir mis des noms français sur la ' scène, contribuèrent-ils à l'idée qu'eut Le Kain de ressusciier Adélaïde. Quoi qu'il en soît, elle fut représentée sans qu'on en prévînt M^de Foliaire; il ne put faire autre chose que d*eri demander une copie, et d'envoyer des corrections en très-petit nombre pendant les représentations (aS).
(a3) n est surprenant que fVagnièi-e ne dise rien ici de la tragédie
^38 EXA.MEN DES HÉMOIRES
Ibid, , page a6i , du 27 septembre. On parle d'un ouvrage formidable de M. de Vdixdre , intitulé: Dénonciation de Jésus- Christ et de V Ancien et du Nouoeau Testament, à toutes les puissances de V Europe, Ce singulier homme, toujours avide de renommée , a la manie de vouloir faire tomber la religion : c'est une sorte de gloire nouvelle dont il a une soif inextinguible.
Cet ouvrage n'est point de M. de VoUaire^ et n'a probablement jamais existé. Le titre n'a pu être imaginé que par quelque ennemi furieux, qui cherchait à perdre M. de VbUaire en lui imputant ce livre supposé.
îhid.y page 261 , du 17 octobre. Il court une lettre imprimée de M. de Voltaire àr M. Thomas qui lui aVait envoyé son Eloge de Descartes. £lle finit par une invitation à venir vivre avec lui. Cette invitation , qu'on trouve assez généralement dans toutes les lettres que M. de Voltaire écrit aux différens auteurs qui se rangent sous ses bannières, sera regardée par ses détracteurs comme un lieu commun de sa vanité. Ses amis n'y verront que la magnificence d'un cœur ouvert à l'humanité entière.
La lettre à M. Thomas est du aa septembre; il la fit imprimer dans le temps. A l'égard des ré-
â^Alamire, qui est le même sujet qu^ Adélaïde^ ni par quels motifs, et à quelle époque M. de Voltaire fit ce changement. Le silence de Wagnière est à nos yeux une preuve que cVst postérieurement à sa remarque, et à ces représentations à* Adélaïde^ que Pautenr a encore retonclié cette tragédie dont la scène est transportée en Espagne, et que c^est dans ce dernier étet qu^il a voulu définitivement la laisser. La fraîcheur du manuscrit trouvé à sa mort en est un autre indice.
DE BACHAUMONT. [1765.] ix3g
flexions du rédacteur des Mémoires, il n'y a de juste que sa dernière phrase.
IMà,^ pa^ tijB^ du 28 octobre. On voit dans le Jaurrmi encyclopédique du i**^ octobre, une épître de M. le comtr de Si'houiHilow à M. de Faltmir. Cet ouvrage , en vers dp dix syllabes, est si bien écrit qu*il est difficile de croire qu'il puisse être sorti de la plume d'un étranger. Ceux qui sont au fait de toutes les manœuvres littéraires, formeront peut-être la-dessus des conjectures que nous n'osons hasarder. Nous nous contenterons de citer la fin de cette e'pîirc. Après Péloge le plus pompeux et te plus universel des talens et du cŒUT de son béros ^ le poète dit :
J^eoLendà le cri des cœurs rccûnnaiâsiinA Voiia célébrer corame un dieu tutfilaJre^ Je Toia fumer leur légitime euceuif Et fil Zolie, armé de Fimpo^ture , Youlaïi temîr vos bieEnraits reiiEita&siii^, te monde eutier, dans sa yolupl^ pure, ÂllestËratt h la race future Que vos vertuâ égalent vqs talertti,
M, de Fùil^rtf trop poli pour n'avoir pas répandu k cei vers , s'exprime ainsi :
Puiaqull faut crnire qucJquc chose j etc. (a4)
M. de Schmioohm a riposté par de petits vers de quatre syllabes qui pourraient bien être de lui.
Les vers en réponse à M, le comte de Schouvahiv sont de M. de Foliaire; les autres sont réellement de ce seigneur russe.
(^) Turoe XIV, page Bjcj,
â4o EXAMEN ' Ï»£S MJSMOIBES
Ibid.f page 283, du 6 novejnixTe, M(mdement du R, Ps en Dieu Alexis, archeo. de Noçogorod, etc., pamphlet de douze pages , à Toccasion de l'arrêt du parlement de Paris-, qui condamne au feu la lettre^rculaire de l'archevêque de Reims. On y parle des deux puissances , du pape , etc. On attribue cette facétie à M. ^2? Voltaire,
Il en est l'auteur. La lettre à Tabbé de Voisenon^ du 5 novenabre 176$, et la réponse dont on parle page â88 (i 4 et 17 novembre), toutes deux mêlées de vers, sont de ces deux écrivains-
ToTiieXVI, page 267, du 21 novembre. Dans la Gazette littéraire du 1®^ octobre , on lit une lettre ou l'on dissèque la Belle-mère ambitieuse, une des meilleures pièces de Rowe, le poète tragique que les Anglais estiment le plus après Shakespearet Ottvay, Nous sommes bien trompés, ou cet extrait est de M. de Voltaire, On y reconnaît son style, sa critique fine , ses plaisanteries légères , cet art de répandre du ridicule sur les meilleures choses, et malheureusement aussi l'envie qui , telle que le vautour de Prométhée, le ronge sans cesse et le dévore implacablement.
M. de Foltaire, être rongé d'envie contre ce% auteurs anglais ! Ah ! monsieur le rédacteur, votre assertion n'est pas moins risible que dénuée de tout fondement.
Tome II, page 807 , du 1 janvier 1766. M. Qulhaça d'Es*tandoux, auteur du Tuteur dupé, se glorifie avec raison d'une lettre de M. de Voltaire^ en date du 3 novembre 1765.
DE BACHAUMOKT. [1766.] «4'
IHd.f page 309^ du 9 janvier. M. de^ Viifi^ à* reçu une lettre de M. de VoUcdre, du 4 janvier, au sujet des. vers adresses à Henri IV, sur la mort du Dauphin , par M, de Voltaire (quW rapporte h la page 3ii des Mémoires, date du i3 jan^er ). . ^
lèid., page Sua , du i**" février. M. de Voltaire a adressé des vers à'M. le chevalier de Bon^flers, en réponse à sa pièce intitulée Le Cunir. Les voici :
Certaine femme homiéte, etc. (a5)
Toutes les, lettres et les vers dont on vient de parler, ou qu'on a rapportés dans ces trois articles , sont vrais. La dame dont il est parlé dans la dernière pièce , adressée à M. de Bouf fiers , est madame Cramer Dellon, qui a beaucoup d'esprit et est trèsaimable« . *
Tome m, page 10, du 19 mars. Il court «ne lettre taanuscrîte qu'on attribue à M» i2? Voltaire, Ce grand poète y parle de la fameuse réponse du roi , du 3 mars. Il respecte, avec toute la soumission d'un sujet, les principes qui y sont établis ; il ne l'examine que du côté littéraire ; il la trouve si bien écrite , le style en est si fort, si concis , si rapide , si noble, qu'il ajoute que, si Sa Majesté n'était protectrice de l'Académie y il faudrait sur-le-champ lui donner par acclamation une place d'académicien.
Je me souviens très-bien que M. de Voltaire a effectivement répondu dans ce sens à quelqu*un de ses amis (26)*
(a5) Tome ICffl, page 3i4. '
(s6) On n*a point cette lettre. Ce doit être une de celles dont il est parlé dans la lettre k M. de Florlan^ du la mars 1766.
a/p El^AMEN DES MÉMOIKES
Ibid,, pa^ i6, du 1*^^ avril. M. de Ckabanon ëtant allé voir M. de Voltaire, pour le consulter sur ses diverses tragédies, et l'ayant trouvé occupé de quelque ouvrage de philosophie , il lui adressa ces vers:
J'ai volé pour vous voir des rives de la Seine, Et ]'estime et le goût de vous m'ont approché j Faible et timide aiglon , sous vos ailes caché , J'attends que votre vol me dirige et m'entraîne. Redevenez vous-même, et prenez votre essor.
Faut -il que je vous voie encor,
Pour des songes métaphysiques , .
Quitter l'illusion de nos jeux poétiques? Tous vos doutes heureux valent- ils im transporta? L'homme est un livre obscur et dilEcile à lite,
On n'en connaît pas la moitié.
Qu'est-ce que notre esprit? on a peine à le dire.
Mais tel qu'il est il fait pitié j Il est petit, faible et pusillanime, .
Chez tant de sols dignes de nos mépris : J'aime à l'étudier dans vos çharmans écrits , Il s'y peint éclatant, immortel et sublime.
On connaît la réponse de M. de Voltaire. Aimable amant de Polymnie, etc. («27)
Cela est exact; M. de Foltaire travaillait à l'ouvrage intitulé : Le Philosophe ignorant^ lorsque M. de Chabanon vint à Ferney.
Ibid,, page '%j , du aS avril. Poétique de M^ 4e Voliairr, ou Ohseroations recueillies de ses ouvrages, etc. On sent bien qu'un pareil ouvrage n'a été fait que par M. de Voltaire luiméâue , ou par un de ses suppôts.
(37) Tome XIII, page 207.
Non, cet ouvrage n'est pas de M. de Voltaire^ et je crois même qu'il ne l'a jamais vu (28).
lUà.^ page 38, du 7 mai. Nous avons déjà fait mc^ntion de Bieimrdei, poème héroï-cora.ique en douae chants» avec Tépître ù M. de Voltaire f et sa réponse a Tauteur (ig).
Ce poème est imité de Titalien. La réponse de Mp de Voltaire à Tauleur, qui commence par ce vers :
Yotts ne ^tariez que d^uu atiîîneau ^ cic.
se trouve dans plusieurs recueils. Voici la petite épître dédicatoire qui la occasionée :
O vous, FA poil Oïl de y Pire sfge, Qui tour à tour baritu^ subHmef sa^f ^ Voua soumeLLant louj les f^iïUf^s diverj^, Pair i^os accords ra?isfie2 Tu ni vers, ^
Tose yous ollrir mon ouvrage.
En recevant ce médiocre don Songea qu"^au graad ^'iigtlc, ati sotuaiet d'Hf*licoa, Jadis, de âon uioincau, CaLulIc fît liùmiuage.
Ihîà.^ page 43 , du 1*^^ juin. Il parut, il y a quelque temps, une Histoire de Henri IF, par 1V(. dîe Bury^ dans laquelle Tau^ leur s'est permis une critique très-amère du célèbre de Thon. Le chantre du grand Henri n'a pas cru devoir garder le ùJence contre des accusations aussi peu fondées, et vient de publier une brochure contre M, de Bury, dont il relève quelques bëvues avec ce sarcasme qui lui est propre , et qui venge l'illustre historien de la critique mal fondée du moderne compilateur.
Cette brochure est de M. de Voltaire (3o)*
(a 8) L'auteiir de csette Poéu^itie cat La Combe.
(aç^) Du Mourier.
(3o) Elte esl intitulée : Le président de Thon j justifié contre ie#
^44 EXAMEN DES MÉMOIBES .
Ibid,^ page,5ij du 1 5 juin. De fades adulateurs , des écrivains mercenaires p^ cessent d'élever des trophées à la gloire de M. de Voltaire, comme si ses propres ouvrages n'étaient pas un monument supérieur à tous ceux qu'on pourrait lui consacrer. On vient d'imprimer les Pensées pMosophiques de M, de\ Voltaire, etc. M. Contant d'Orçille est l'auteur prétendu de cette compilation, dans laqueQe on. soupçonne que M. de Voltaire pourrait bien être de moitié , suivant l'usage.
Le soupçon et le suivant Vusage sont très-faux. M. de VoUaire n'avait jamais entendu parler de cette compilation, ni de son auteur, avant que celui-ci lui en eût envoyé un exemplaire. Le compilateur des Mémoires y en répétant et voulant à toute force que M- de Foliaire fabriquât des volumes de ses propres éloges, ne craint-il. pas d'agir suivant Vusage des calomniateurs?
Ibid., page 60, du 11 juillet. M. de Voltaire continue à manier la sarcasme avec la même facilité et la même abondance. 11 a fait répandre une lettre en manuscrit, intitulée: Lettre curieuse de Robert Cooeile, à la louange de M. Vemet, professeur en théologie à Genève. Il paraît que ce ministre évan-^ gélique s'est comporté vis-à-vis de lui d'une manière peu chrétienne.
Tout cela est très-vrai ; M. Vernety piqué de n'a-
accusations de M, Bury, etc. 11 y a une autre critique contre le mém« historien, intitulé i Examen d'une histoire d'Henri. //^, etc. Quelques gens de lettres ont pensé que cet Examen était aussi de M. de Volttùrc; mais cela a paru douteux à beaucoup d'autres. On Ta attribué au inar« quis de Belestaty à I.aheaumelle, etc. Voyez ci- après les notes 58 tt 65.
DE DACHAUMONT. [1766.] i/j'ï
voir pas été choisi pour éditeur de V Essai sur les mœurs et V esprit des nations y devint f ennemi de M. de Voltaire^ et l'attaqua dans une déclamation en deux volumes contre la philosophie et les philosophes. La vengeance de M. de Voltaire se borna à rendre l'agresseur ridicule, dans quelques petits écrits, tels que cj^XX^^Lettre de R. Covelle, une pièce de vers intitulée V Hypocrisie^ etc.
Tome ILYVU, page a3i* du 21 juillet. M. de Vdtain, toujours occupe de Taffaire des Sinfen, n'a pas négligé la circonstance du voyage de madame Gecffnn à Varsovie , et a profité du crédit de cette dame sur l'esprit du roi de Pologne pour l'engager à solliciter ce monarque en faveur des accusés. II lui a adressé un mémoire avec une lettre très -adroite, telle qu'il en sait écrire en pareille circonstance,
Cela est vrai , et la démarche de madame Geoffiin n'a pas été inutile à la famille de Sin^en (3i),
Tome III, page 61, du 6 août. Il court trois lettres manuscrites, datées du 6 juillet, sur l'^iTaire et l'exécution de M. de la Barre, gentilhomme brillé 9 Abheville pour sacril^e. On les attribue à M. d<s Voltaire, Elles en sont dignes par ce cri de l'humanité qu'il fait entendre partout , et par le sarcasme fin dont il assaisonne tout ce qu'il dit. Il cite , entre autres choses dans ces lettres , l'histoire d'un M. Le Camus, qui , étant jeune prêtre , conimunia un cochon avec
une hostie, et ne fiit qu'exilé. Ce même Camus, parent de
(3i) Voyez la leitre k madame Geqffrin, tome LIX j pag. 385, et ce qui est (Ht des Sirven^ tome XXXIX, pag. 181 ^ tome XLV, etc.
M. de la Barre, fut depuis cardinal. Le parlement est furieux contre ces lettres , et l'on assure que le premier président en a porté des plaintes au roi. On y semble rendre compte de tout ce qui s'est passé à Abbeville, ainsi que de la fermeté avec laquelle M. de la Barre a souffert son supplice.
Cette horrible aventure est un des événemens qui ont le plus vivement affecté M. de Voltaire. Il est tout simple qu'il efl ait témoigné son indignation à ses amis (Sa).
îhid. , page 62 , du 8 août. M. de Boitffiers, officier, amateur plein de goût et de talens , a dessiné tout nouvellement à Ferney le portrait de M. de Voltaire, et l'a gravé en profil dans un ovale de huit pouces de hauteur sur sept de largeur. Cette gravure paraît faite à l'eau-forte et terminée à la pointe , dans la manière de Rembrant, avec beaucoup d'art et d'esprit. L'amateur habile a saisi en quelque sorte l'âme et le feu de son modèle ; il l'a représenté d'un air pensif, mais animé, devant son bureau, ayant une main posée sur un papier, et tenant de l'autre une plume , et prêt à écrire ce qu'il médite. La tête est coifiée d'un bonnet sur une grande chevelure. Une ressemblance parfaite , une attitude facile et intéressante, une exécution nçtte et brillante, un vrai qui se fait sentir, rendent cette estampe très-précieuse.
Ceux qui la possèdent trouveront que cette description est très-conforme à la vérité (33).
(3q) On u^a point trouvé de leures de M. de Voltaire s6u8 la date du 6 juillet 1766^ quelques-uns de ses amis ont refusé de communiquer celles quHIs avaient reçues de ce grand homme, ce qui a pcivé les éditeurs de plus d'une correspondance intéressante.
(33) Cet ouvrage est -il du chevalier deBoufflers? C'est ce que ne
DE BACHA.UMONT. [1766.] 247
Ihld., page j^y du 11 août. Le bruit se confirme de plus en plus des plaintes portées au roi par le parlement contre M. de VoUaire, et sa licence à critiquer ses arrêts, ainsi qu'à
écrire sur des matières dangereuses et propres h. répandre ratliéisme parEout, On prétend que pour en empêcher les suites fâche uses, ses amis Tont engagé à sollicitet une re^ traite auprès du roi de Prusse-
U est queslion d'une nouvelle LeUra sur îe jugement de M, de Laliy, qu'on attribue ii M. de Volluirs^ où il fronde encore le jugement du parlement. Il voudrait faire réfaabi^ liter cet officier comme les Cédas.
La lettre sur M. rfe Lally est vraie, mais il ii*est pas vrai que les arais de M* de f^oltaire rengageassent à se retirer chez le roi de Prusse, pour se soustraire aux poursuites du parlement; On peut voir là-dessus mes jidditions au Commentaire historique, 11 est encore moins vrai que M. de Foliaire cherchât à établir Tathéisme; il le combattait, au contraire, en toute occasion (34)'
ÎUâ,, page 77, du iS août. L'activité de Fesprilde M. de Vottaim nest pas ralentie sur ses vieux ans. On voit naître chaque jour de ses productions qui tendent a nourrir le scepticisme de ses lecteurs. Il vient de paraître Le Ffnlosophe igfwmnL,, Le livre est divisé en doutes qu'il serait bieridifîicile de résoudre, à ne suivre que les lumières ordinaires de
dit paa 0^tigniêre. On lit au bas : /?<f*#*#icf à Ferntjr^ et gmvii pm
(54) Celte lettre sut M. de Lally mâuque aussi. ïl y a biea un nlmèa lur Li^Uf dans ceUe k (iPAiembert^ du !i5 juin 1766^ ma.m il est ftppareiil qu'il s^agit ici dViie auti-e lettre.
a 48 EXAMEN DES H^MOIHES
la raison, et qui fondent le pyrrhonisme si dangereux pour les vérités reçues,
Ibid., foge 8a f du 28 août. M. de VoliairB a écrit à un de ses amis au sujet du bruit qui a couru qu'il allait se fixer dans une ville des Ëtats du roi de Prusse. // est çrui, dit-il f qutfai été saisi de l'indignation la plus çioe et en même temps la plus durable ; mais je n'ai point pris le parti qu'on suppose , etc. On voit par cette lettre , où il règne beaucoup d'humeur, que les bruits qui ont couru , et dont nous avons parlé, ne sont pas tout-à-fait destitua de fondement.
On voit, au contraire, par cette lettre qpui est vraie, que M. de Foliaire n'avait point eu le dessein de se déplacer. Voyez mes Additions au Com-^ mentaire historiejue (35),
Ibid,, page 8^.) du 3 septembre. Extrait d'une lettre deM.de Voltaire, w J'ai reçu et lu le mémoire de l'infortuné ML de la Chalotais. Malheur à toute âme sensible qui ne sent pas le frémissement de la fièvre en le lisant! son curedent grave pour l'immortalité... Les Parisiens sont lâches , gémissent, soupent et oublient tout »
Cette lettre est vraie (36)^
Ibid., page^^ du 5 septembre. M. LeFebçre^ prêtre de la doctrine chrétienne, a fait imprimer dans Fréron^ no i4f
(35) Cest la lettre à éPArgental, du aS auguste I766, Le rot de Prusse avait bien invité Voltaire à se mettre à Fabri des persécutions , en venant se fixer dans âes Étals. Mais Pidée d'y établir une petite colo* nie de philosophes , dont il est parlé dans quelques lettres de Voltaire à ses amis, n'a jamais été qu'un projet vague et qui n'a eu aucune suite.
(36) Il parait que cet extrait est tiré d'une lettre à tPAlemberL, du 7 auguste 1766.
DE BAGHAUMOlfT. [1766.] l/^ij
une longue lettre apologétique de M. de Thou, contre les assertions de M. de Bury, Ce savant homme ne manie pas le sarcasme comme M. de VoUaire, mais il attaque avec force et d'une façon victorieuse le nouvel historien de Henri IV, et démontre l'injustice des reproches qu'il fait h M. de Thou.
La lettre apologétique de M, de Thou est de M. de FçltcUre, et non de M, Le Febure (Sy).
lUd., page 87 Y du 6 septembre. Vers adressés à M. d!s V^fiaire par M, François, de Neufchâteau , en Lorraine , âgé de i4 ans, associé des académies de Dijon, Marseille, Lyon «t ]Nanci, en lui envoyant un exemplaire de ses ouvrages:
K Rival d*Anacréoa, de Sophocle et dHomérey 0 toi , dont le génie a franchi tour à tour
De tous les arts Tépineuse carrière j Toi qui chantes les dieux, les hétos et Tamour, Pardonne à mon audace , 6 sublime Voltaire I Et permets qu'aujourd^hui ma muse téméraire "Fose offrir ces simples accords.
Daigne accepter cette offrande légère.
Daigne sourire h. mes, premiers transports. Je sais que c^est un faible hommage :
Mais si ton indulgence approuve mes efforts, Un succès si flatteur, excitant mon courage,
M'inspirera de plus dignes accens.
Il saura m'éleyer au-dessus de mon âge... Un coup d'oeil de Yoltaire enfante les talens. »
M. de VoUaire a reçu ces vers dans une let-
(37) Wagnièrt^ ne se trompe-t-il pas ici, en confondant une lettre de M. Ze Febvre, avec l'écrit de f^oUaire, intitulé : Ze président de Thou justifié, etc., dont il a été parlé plus haut? Gomment un. écrit de VoUaire eût-il paru dans les feuilles de Fréron?
^5o EXAMEN DES MÉMOIRES
tre, datée du i5 juillet 1766; il y a répondu par ceux-ci :
Si vous brillez à votxe aurore, *
Quand je m^éteins à mon couchant, etc. (38)
Ibid., page go, du i5 septembre. On a vu avec quelle chaleur M. de Voltaire a soutenu la cause des Calas; les écrits sortis de sa plume c^ ce sujet ; son Traité de la Tolérance; il vient d'y ajouter un Açis au public sur les parricides imputés aux Calas et aux Sirven Il y rappelle difîérens exemples du fanatisme, qui dans -tous les temps a tyrannisé certains esprits, et a produit des excès qui font frémir l'humanité.
Cet écrit est de M. de Foliaire , et a été mis dans l'édition de M. Craniery à la suite des pièces concernant les Calas et le Traité de la Tolérance.
Ibid,, page ii5, du i5 novembre. Le docteur Pansophe, ou Lettres de M. de Voltaire,., Ces Lettres sont au nombre de deux. La première lettre , adressée à M. Hume, parle du démêlé de cet Anglais avec le philosophe genevois... La seconde paraît être adressée à M. Rousseau lui-même (sous le nom de Pansophe). Elle renferme de bonnes plaisanteries et de meilleures raisons, de la gaîté et nulle aigreur.
La lettre de M. Hume est vraie, celle à Pansophe a été désavouée par M. de Foliaire et attribuée à diverses personnes (Sg).
(38) ^o/toire^ tome XUI, pag* 306.
(39) La lettre à M. Hume eM {MrobabUment oeHe du 34 octobre 1 7^. Tomea les personnes à qui Faàti^ a été attribuée, Fout niée; et en rapprochant et examinant les ^é^areux de Voltaire, on n^en est que
DE B^CtlA-UMONT. [1766.] ^t
i&id.^ page 100 , du 21 novembre. M, de La Harpe et sa f CED me sont partis , il y a déjà quelque temps, pour se rendre auprès de M. de Vdtairej et passer l'hiver chez lui, suivant l'invitation de ce protecteur littéraire.
Ils y restèrent plus d'une année, et ce long séjour de M. de La Harpe à Ferney n'a pu que lui être favorable sous plus d'un rapport
îidd.^ page 128, diJ ^ décembre. Quoique la pièce ci*jointê soit ancienne, sa rareté et son genre, qui ne lui permet pas un plus grand jour, nous autorisent a la consigner ici. C'est un billet de M. de Foliaire a M. le duc de Choiseulf sut ce que dans le temps de sa querelle avec JVt, Le Franc t un frère de ceiui-ci, qui est dans le service, avait fait des Tnenaces à ce grand poète de prendre en main la cause de json frère.
« Je ne sais , monsieur le duc , ce que j'ai fait à MM. Le F mm : l'un m'e'corche tous les jours les oreilles , l'autre menace de me les couper. Je me charge du rimailleur , je vous abandonne le spadassin^ car j'ai besoin de mes oreilles pour entendre ce que la renom^mée publie de vous. ^^
Ce billet a été effectivement écrit par M. de Foltaire à M. le duc de Choiseul (4o).
lUâ,, page i3i , du i3 décembre. M. de Vdialre^ dont la xnaaie est d'écrire toujours, de toujours imprimer et de déiavouer ensuite ce qu^il a fait, vient d'insérer dans les
ptus porLé k croire tta't*Uc e^t de lui frayez la leltre à Mordes^ du i5 décËULbre ii^€<6.
(4^) Le duc de Choiseul a refusé d^ communiquer sa corres^pondauce Hvec M, dç f^aliaire. On nû pu »Vxi prx}ciirert et par voie indirecte, f{ae qtielcpica leLtres du dernier^ leà aîennes lui artileDt été rendues.
aSa EXAMEN DES MÉMOIRES
journaux un Appel au public contre ses prétendues Lettres à ses amis du Parnasse, etc. Il joint à cette réclamation des certilBcats de M. DamUaçille, de )V[. Deodati, dû duc de La Vallière, du sieur Wagnièrep secrétaire de ce grand poète, qui nous attestent des interpellations, des infidélités, etc. M. de Voltaire broche sur le tout, et fait une nouvelle sortie contre $es éditeurs.... Il voudrait intéresser les puissances i le venger. Rien de plus plaisant que tous ces désaveux, et de plus propre à en imposer à ceux qui ne connaissent pas le dessous des cartes.
M. de Foliaire avait la plus grande raison de se plaindre de ceux qui imprimaient sous son nom des choses qui n'étaient pas de lui , ou qui défiguraient malignement ses ouvrages , et j'étais, je crois, bien à mêmei , et bien en droit de joindre mon témoignage au sien,
Ibid.y pa^ i3g, du aS décembre. On vient d'imprimer des agates sur la lettre de M. de Voltaire à M. Hume, Elles sont curieuses et piquantes. Elles serviront de nouveaux mémoires pour faire connaître le caractère et l'esprit des ouvrages du fameux citoyen de Genève (4i).
Ihid., page i3g, du 24 décembre. Il paraît une tragédie qui n'a point été jouée sur la scène française , quoiqu'elle passe pour être d'un graqd maître ; elle est intitulée : Octale et le jeune Pompée, ou le Triumçirat. On y voit une peinture énergique des mœurs des Romains et du caractère des trois tyrans. L'ordonnance de cette tragédie est imposante; le style »en est fort et soutenu, la versification belle et majes-
(4 1 ) fVagnière ne dit rien sur cet article , et son silence nous semble confirmer plutôt que détruire l'opinion que ces notes sont de Foliaire lui-même.
DE BACHAUMOirr. [1767.] a53
tueuse. On y trouve beaucoup de vers heureux et faciles. £11 un mot, on la juge de M. de Voltaire, Elle est suivie de notes historiques et critiques sur les Romains. Elles sont très-intéressantes et très-instructives. On y traite ensuite du gouvernement et de la divinité di Auguste. EnlBn il y a un grand morceau historique sur les cotispirations contre les peuples , ou sur les proscriptions. L'esprit philosophique , le génie de l'humanité , une connaissance profonde de Thistoire et du cœur dés hommes , ont didté ces observations.
Vous avouez enfin ici, Monsieur, à propos de ces notes et pièces imprimées à la suite du Triumifiratj que M. de Voltaire avait, au moins dans cette occasion , une connaissance profonde de l'histoire et du cœur humain. Cest quelque chose qu'un pareil aveu (4^^).
Tome lîl, page 12g, du g janvier 1767, et du 11. Les comédiens français ont reçu de M. de Voltaire une nouvelle tragédie qui a pour titre les Scythes. — Toujours universel et toujours jaloux de briller dans tous les genres, il a engagé M. de la Borde à mettre son opéra de Pandore en musique.
Ibid,9 page i43^ du i5 février. On a fait aux Menus la répétition de l'opéra de Pandore, de M. de Voltaire, remis en musique par M. de la Borde ^ l'un des premiers valetsde-chambre du roi. On n'a point trouvé que le musicien
(4^) Celte tragédie fut représentée une seule fois, à Péris, le 5 jmU let 1 764 » sous le titre des Triumvirs, •
eût répondu à la magnificence et à la beauté du poème vraiment lyrique.
Ibid.r po^^ 143, du 17 février. M. Gazon Doundgné vieni •de faire imprimer VAmi de la oérité , ou Lettres impartiales, semées d'anecdotes curieuses sur toutes les pièces du iliéâ* tre de M. de Voltaire, On y trouve en effet des anecdotes curieuses.
Ibid,, page 17 5, du 4 mars. M. de Voltcâre, dans une lettre au chevalier de Pezày^ du 5 janvier 1767, rend compte des menées de M: J,-J. Rousseau contre lui.
Cette lettre est exactement vraie dans tous ses points 9 excepté peut-être en ce qui concerne la perte que Mv de Foliaire dit avoir faite en rendant les Délices à M. Tronqhin. Elle paraît un peu exagérée; • cependant je ne peux rien dire de positif à cet égard, n'ayant pas été exactement informé, dans le temps, des sacrifices qu'a pu faire M. de Voltcure^ pour se débarrasser de cette maison (43).
Ibid,, page 178, du 8 mars. M. de Voltaire s'occupe actuellement des Sir^n, qui sont depuis plusieurs années sous sa protection. En attendant qu'il ait armé les lois en leur faveur, il écrit à toutes les |)uissances pour en obtenir des secours. Le roi de Danemarck lui ayant envoyé pour eux quatre cents ducats, notre poète y a répondu par ces beaux
vers:
Pourquoi, généreux prince, etc. (44)
Ibid., page 180, du 12 mars 1767. On débite une lettre de M. de Voltaire à l'abbé d'Oliçet, sur la nouvelle édition de sa Prosodie. Elle est du 5 janvier 1 767. On y relève dif-
(43) Voyez cette lettre, tome LX, pag. 8.
(44) Tome XV, pag. 395. •
DE BA^CHA^UMOirT. [1767.] Îl55
fërentes locutions vicieuses devenues à la mode, etc. (45).
IhifLt page i8g, du 2 G mars. Les come'dîens ont donn^ atijourd^hui la pTemière représentation des Scythes. M* dn Vidlaîre a voulu mettre en opposition Fâpretë des mœiiTs sévères des Scythes, avec le faste orgueilleux des Persans. Il y a des morceaux de ta plus grande force, et Ton ren- • contre partout dans ce drame : Bisjectl memifm pœlœ (46)*
lèidit page i65, du 29 mars. M. iîe Voftaur, h force de s'intriguer et de se remuer en faveur des.5m^rt, commence à faire prendre couleur à cette affaire. On vient de publier, sous le nom de Sirven^ un Mémoire à consulter, et une Consultation, faits Pun et T autre par main de maître. Le même j^entiment qui a dicte' les lettres pathétiques que l'on a lues, et les divers écrits publiés au sujet des CalaSf à Fauteur du Tmîié de la Tolérance^ lui a fait prendre la plume dans cette occasion, et on ne doute pas que le Mémoire à consulter ne soit de lui. La Consultation paraît être de M. Éiie de Bcaumontf connu au barreau, et célèbre surtout par des Mémoires en faveur des Calas, lille est signée de cet avocat, et souscrite de onze jurisconsultes fameux (47)-
îbid.f page igS, du 3o mars» Dans des notes sur la lettre de M. de Vokairt à M* Hume y on reproduit quelques frag-^ mens de lettres de M. J.— J. Rousseau à M. Du TheU, et Ton met h la tête de ces fragmens : Ejûtraits des îeUres du sieur X-J- Rousseau^ employé dans la maison de 3L le cùinte de MontaigUj écrites, en 1744^ ^ ^^- ^'^ Theil^ premier commis des a£Fmtvs^£mngères. C^s ieUres oni éJé œnseivees par hasard chez M, Du TheiL M, Du Theil, officier au% gardes, a fait insé-
(45) Tome XL\I1, pag. 16,
(46) Celle piécç qaL u'eut pas un gmiid ^uccéâ au tljéûlte, réus^^it iTiîeum a la tecture ^ il s'en fit un grand nombre cl\^diUons.
(47) ^- ^^ Beàunmnt ne piiblia tien, dans celte aftaire aans raroiT d^mmuniqué aupiiravaril a M. de f^ollaire.
!2â6 JSlLAMEN D£^ MEMOIRES
rer en conséquence dans la feuille de Fréron une protes-* tatîon contre cette assertion. Il y déclare qu'il a toujours ignoré l'existence de ces lettres, et paraît même la révoquer en doute.
La copie des lettres de M. Rousseau^ écrites, en 1744? à M. Du Theil, fut envoyée du bureau des affaires-étrangères à M. de Voltaire , et cette .copie est aujourd'hui entre les mains de S. M. l'impératricie de Russie^ avec d'autres papiers et les livres de M. de Voltaire. Il se peut très-bien que M. Du Theil^ officier aux gardes (fils ou parent de celui dont on parle), ignorât l'existence de ces lettres, et sa protestation ne peut les anéantir (48).
Ihid,, page 194., du 3i mars. Tandis que la faculté de théologie est occupée à dresser la rétractation que doit signer M. Marmontel, et que celui-ci attend avec une foi humble tout ce qu'on proposera à sa docilité, M. de Voltaire s^égaie, et vient 'de répandre des Anecdotes sur Bélisaîre, pamphlet où il verse le ridicule à grands flots sur qui il appartient. Il y prodigue une foule de citations des pères de l'église^ des casuistes, qui appuient les assertions avancées dans le chapitre XV du Bélisaire, qui a jeté un si grand scandale dans l'église.
M. de Voltaire^ en cette occasion, a défendu vivement la cause de M. Marmontel, non parce qu'il était son ami y mais parce qu'elle lui paraissait juste et conforme à ses opinions.
(48) Ce que dit fVagnière de Tenvoi à M. <2e Voltaire de ces lettres, dont PesLtrnit se trouve dans les notes sur la lettre à M. Hume y est une nouvelle présomption que ces notes sont de Voltaire»
DE BAGHAUMONT. [1767.] ^5'J
' Ilnd,, jtage igy, du 5 avril. X«a tragédie dcfs Séyihes est imprimée. On y remarque une épître dëdicatoire de Tauteur (M; £2^ Voltaire) aux satrapes Elocftim et Nalrtsp, {Chmseul et Praslin)^ du ton le plu$ bas et plein de l'adula* tion la plus outrée. Cette adulation sent l'homme qui a envie de revenir à Paris ^ et qui fléchit le genou devant le tout- puissant pour cette grâce.
Je trouve, monsieur, dans l'épi tre dédicatoire des Scythes à MM. les ducs de Choiseul et de Praslin, non de la bassesse et de l'adulation, mais des éloges mérités et exprimés avec beaucoup d'adresse
,et de grâce, éous le voile de la fiction. Personne, je croîs j n'aurait appris à l'auteur de quel ton il (Convient de parler aux souverains et aux gens de
" cour. La tournure de cette épître a plu généralement; du reste, quoi que vous en disiez, M. de yohcUre n*avàit dans ce temps-là aucune idée d'aller à Paris.
Ifnd., page 170, du 6 avril. On annonce un poème ma^ nuscrit de M. de Voltaire, intitulé 2 La guerre de Genèçeé II est en quatre chants et en vers de dix syllabes^ On prétend (}ù'on y retrouve la même plume qui a fait ta PuceUe.
M. de Voltaire i asi effet, se délassait d'autres travaux plus sérieux en* faisant ce poème , qui a cinq chants.
thid,, page 200, du li avril. '^, de La Harpe a écrit à
Ferney, sous lés yeux de M. de Voltaire, la Réponse d^un
Solitaire à M. Vabbé de Rancé. Cette épître est dans le goût
ies Soupirs du Clottre, de MéGuymand, mais infiniment mieux
a58 EXAMEX DES MÉMOIRES
écrite, plus^ forte de choses hardies et philosophiques. C'est on religieux qui réclame cotitre ses vœux, qui en fait voir l'injustice, l'absurdité, l'impiété même. Tout cela est fût de main de maître, et Inen des gens sont tentés de croire que M. de Voltairt y a n^is sa touche.
ttest très-vrai que M. de Voltaire donna à M. ^ , La Harpe des conseils sur cet ouvrage, et le corrigea. Celui-ci le consultait sur toutes ses compositions.
Ihid,^ page 201, du i3 avril. On connaît deux chants du poème àeVl. de Voltaire sur la guerre de Grenève. Le preïsAet répand le ridicule à grands flots sur jG^nève et se& ^ habitans. Il est assez gai, mais d'une gaîté grivoise.... Le second est une satire horrible contre J.~J. Rousseau, qui y est peint sous les couleurs les plus odieuses.
Jtousseau y comrae on le sait, pour prix des services qu'offrait de lui rendre M. de Voltaire, l'avait grossièrement insulté dans une réponse trèslaconique; il l'outragea depuis d'une manière plus dangereuse et publique, en le dénonçant au conseil de Genève. M. de Voltaire s'était contenté de repousser les premières insultes de Rousseau ep le tournant en ridicule dans quelques occasions. Ici le poète se venge fortement avec les armes qui lui sont propres, et il en abuse peut-être, comme le philosophe misanthrope avait abusé des siennes. Les attaques perfides de l'un ont excité la vengeance excessive de l'autre, et les gens modérés' trouveront les torts réciproques* Il faut convenir pourtant que la prose de Bousseau pouvait avoir
1>É BACHAUMOÎÎT. [1767.] ÎiSq
des suites plus funestes et plus réelles pour Foltaire ^ que les vers satiriques de celui-ci, quelque viôlens qu'As fussent, n'en pouvaient avoir pour Rousseau. Voyez mes Additions du Commentaire historique.
Ibid., pape 204, du 19 avril.. On âssttré que M. àe Foliairt a un commentaire tout prêt sur te$ tragédies de Racine. Il attend , pour le faire paraître, que M. Luneau de Bois- Germain ait mis au jour celui qu'il promet depuis longtemps. *
M. de yoààire n'a jamais pensé à ce travail.
Ibid,, page 211 et suivantes, du^3o avril et jours siiivans. De^ nouvelles productions de M. dît Voltaire continuent à entretenir le public sur son compte : Les Hormê^s fitHrairès, les Questions de Zapaia, le Catéchisme d'wi honnête homme, V Examen important de BoHngbroke , le Sermon des cimpmnt^ des Dialogues du raisonneur et de l'adorateur, d'Epîctète et de son fils, des Homélies préchées à Londres, etc.
La plupart de ces ouvrages de M. de Voltaire i*oulent sur des matières théologîques. Le 'Sermon des cinquante a été attribué au roi de Prusse. Un libraire s'est avisé d y joindre d'autres pièces de différens auteurs, et a intitulé le tout, Recueil nécessaire.
Ihifi., page 212, du 3 mai. M. de Voltaire a écrit une lettre à M. EUe de Beaumont, en date du 20 mars 1767, par la-» quelle il loue ce jurisconsulte d'avoir pris généreusement en main la cause de la famille Siroen. Elle est écrite avec cette onction, ce' pathétique, qui coulent si naturellement
a6o exaMkn des m^moire^
de la plume de ce grand écrivain, lorsqu'il prêche rtitfma-» nité et défend les droits de l'innocence opprimée (4.9).
Ibid», page 219, du 20 maî« On annonce Hirza, ou les Illinois, tragédie de M. de SauQigny, L'auteur réclame d'avance un plagiat dont il accuse M. de Voltaire. Il prétend qu'ayant donné sa pièce à examiner à Le Kain, cet acteur la communiqua h M, de Voltaire, qui dépeça vite cette composition et fabriqua en peu de temps les Scythes; qu'il abusa ensuite de son crédit et de sa réputation pour retarder la |)ièce de M. de Samigny, et faire passer la sienne auparavant.
Je certifie que tout ce qui est dit dans cet article est de la plus grande fausseté.
Ibid,, page a36, du 1 1 juillet. Oi> annonce la Défense dt mon onéle, nouvelle brochure de M. de Voltaire, sous le nom du neveu de l'abbé Bazin. C'est une défense' de la Philosophie de rhistoire, publiée sous le nom de cet abbé. On dit le mémoire très-plaisant; mais, malgré les prétentions de M. de Voltaire h rire et à faire rire, les gens sensés ne voient plus en lui qu'un malade attaqué d'une affection mélancolique, d'une manie triste qui le rappelle toujours aux mêmes idées.
La Défense de jjion oncle est de M. de Voltairey et je vous assure, monsieur ou messieurs, qu'il n'était point affecté de mélancolie, et qu*il était au contraire de la plus grande gaîté. Tâchez du moins de vous accorder avec vous-mêmes; rétractez cet article, ou celui de la page i[\i , où après un exposé plus juste de ce même ouvrage?^ vous le terminer
(49) Tome XXX, pag. 3oo. .* ■
nt BA^CHA^UMONT. [1767.] 26 1
par ces mots : On ne peut refuser à cet écrit beaucoup de gaité et même le feu de la jeunesse.
Ibid,, pa^ 24.0, du 19 juillet. Les Jeux de Simon de Montfort, ou les Forfaits du Parlement de Toulouse. Tel est le titre d'un nouveau pamphlet de M. de Voltaire, où il attaque et combat le fanatisme et l'intolérance des magistrats en question. On sent combien ce livre doit être défendu, et avec quelle précaution on empêche qu'il ne se multiplie. On sait que Simon de Montfort fut le grand destructeur des Al-r bigeois.
Cet ouvrage n'est point de M. de Foliaire y et je ne pense pas qu'on en ait eu connaissance à Ferney .
lèid., pageil^. Les Honnêtetés littéraires. C'est le tftred'une brochure de M. de Voltaire, d'environ deux cents pages. Il commence par venger quelques auteurs illustres de leurs ennemis, et revient bientôt aux siens, entre autres h un certain Nonotte, ex-jésuite... La prose «st de temps en temps épicée de vers encore phis piquans. On y lit une satire intitulée : Maître Guignard.
Les Honnêtetés littéraires sont de M. de Foliaire; l'épître à Guignard regarde le rainistre FemeU théologien genevois.
« Ihid,, page 2 ^S^ du 3o juillet. 11 paraît une Passion de
Jésus-Christ, en quatre dialogues et en vers. Les vers sont
très-bien faits. On y remarque une sorte d'art, et Ton ne
peut croire que ce soit une capucinade ou l'ouvrage d'un
écolier. D'un autre côté, la noblesse, la décence qui régnent
dans le poème, ne doivent point faire suspecter l'auteur d'à*
voir voulu jeter du ridicule sur ce mystère, fiit-ce, comme
on le prétend, M. de Vdtaàe, Imaginons plutôt que, vpulant
a6a EXAMEN 1>ES MÉMOIRES
tenter tous les genres de travaux, il se sera imposé cette tâche difficile. Ainsi Corneille, dans sa vieillesse, mit en verf V Imitation, ainsi Newton commenta l'Apocalypse,
Ces rapprochemens sont beaux , mais Timagination du rédacteur n'est point heureuse en cette occasion. L'ouvrage dont il s'agit n'est point du tout de M. de VoUaire.
Ibid,, page 246, du îi août. Fragment des instructions pow le prince royal de.,,, ^ Berlin, 1767, L'ouvrage contient sept pa« ragraphes qu'on termine par deux morceaux sur le divorce et la liberté de conscience. Cette brochure de M. de Voltaire est un mélange de la morale la plus exquise, avec lés assertions les plus hardies et les plus dangereuses, et toujours un vernis de plaisanterie sur lès choses les plus graves... C'est Aiie^n qui jette bientôt le manteau de philosophe, et se montre à découvert.
Ces Instructionà étaient pour le prince royal de Prusse. On qualifie l'auteur ai arlequin; c'est apparemment une honnêteté littéraire du rédacteur des Mémoires, Elle se concilie assez mal ^vec des qualifications tout opposées, qu'il veut bien quelquefois accorder, par grâce, à M. de Fokaire.
Tome XVIII,' page 279, du 29 août. Il paraît xxn^Lettre sur les Panégyriques, qu'on attribue à M. de Voltaire ; et en effet elle semble être de lui, à en juger par le style, et son art de présenter les choses les moins intéressantes d'une façon piquante. >
Cet opuscule est de M. ^fe VoUaire (5a).
j[5o) Tome XLIX, pag. a 14*
DE BA.GHAUMOiNT. [1767.] ^63
Ibid., page 28^, du 18 septembre. On parle de deux nouveaux ouvrages de M. de VoUaire : La Théologie portai, et V Imposture sacerdotale. On ne connaît que les titres de ces deux brochures infernales, comme on s'en doute bien.
Ces brochures infemcdes dont on ne connaît qite les titres y ne sont ni Tune ni l'autre de M. de Foliaire.
Tome III, pagfi a66, du si septembre. Tableau philosophie que de rhisicdre du genre humain, depuis la création du tnonde jusqu'à Constantin^ ouvrage traduit de l'anglais, en trois parties. C'est encore une production de M. de Voltaire, qui a voulu lutter cette fois-ci contre Bossuet, Mais c'est un nain qui s'élève en vain sur la pointe des pieds pour atteindre un superbe géant.
Cette production n'est point de M. de Foltaircy et si ce nain^ quel qu'il soit^ a, comme vous l'ajoutez ici, embrassé en moins de volumes beaucoup pbis de faits que V Histoire uniiferselle de l'évéque de Meaux, la qualification que vous lui donnez me paraît fausse et déplacée.
lUd.f page 333, du 6 octobre. L'excessive licence qui règne depuis quelque temps sur les matières les plus respectables, est portée à son comble. On vmt journellement les écrite fies plus réprâiensibles... Tels sont les Dou^ sur la religum, suivis de X Analyse, ou TraiH thédogjUo-politique de Spinosa, par lé cùmke de BouUdnfdlliers. Il y a tout lieu de présumer que ce dangereux ouvrage est plus celui d'un auteur vivant que du feu comte, sous le nom duquel on le met.
Si par un auteur v^Vawf.vous vouliez insinuer
a64 > EXAHEN DES MiÉMOIRES
que cet auteur est M. de Voltaire^ je vous certifie , monsieur, que vous vous trompez.
Ihid,, page aSg^du i8 octobre. On parle beaucoup d'un mémoire historique et cVitique sur l'affaire des disçidens de Pologne. On l'attribue à M. dît Voltaire,
Cet ouvrage a été imprimé en 1 767, sous le nom de Bourdillouy professeur en droit public. Il est de JM. de Vokaire, et a pour titre : Essc^i sur les dis^ sensions des églises de Pologne (5i).
Ibid,, page ^83, Charîqt, ou la comUsse de Givri, est un drame tragi^omique, en trois actes, en vers, joué à Femey au mois de septembre. Il est de 1V(. de Voltaire,
Cela est vrai, et la pièce fat composée en moins de trois jours,
Ibid,, page 286, du 26 octobre. La brochure intitulée : Doutes sur la religion, suivis de V Analyse du Traité théologicapolitique de Spinosa, commence à pénétrer dans ce pays-cL Quoique ces ouvrages soient attribués au comte de BoulainoUliers, on* reconnaît facilement dans lie premier la tour-* nure d'esprit et le style de M. de Voltaire, A travers les objectiops fortes qui ne sont pas de lui, on démêle ce ton d'ironie qui le caractérise. Il y a spécialement dan$ le cha-* pitre sur l'église et les conciles, un dialogue entre l'élise et un Indien, où il se dilate la rate , et s'en donne à cœur joie. Il y prend le singulier plaisir de faire dire à la première bien; des sottises et des absurdités. Quant au second traité, ïl est moins susceptible de plaisanterie. C'est une discussion*
(5») Il est joint aux fra^eo» histori(j[uea, tome XXVHI, pag. 141, édition de Kehl.
DE BAGHAUMOIfT. [1767.] 205
«eche, mais dangereuse, de l'authenticité des livres de TÉcriture sainte. C'est un projet abominable d'avoir mis à portée du commun des lecteurs, et réduit à peu de pages l'énorme dissertation de cet athée, dont le poison se trouvait noyé dans un fatras de verbiages.
Je n'ai rien autre chose à dire sur cet ouvrage que ce que l'on a vu ci-dessus.
Ibid., page 24.8, du 29 octobre. La Théologie portatioe, par Af. l'abbé Bemier, licencié en théologie, n'est point de M. de Voltaire, On sent bien aussi que cet abbé Bemier est un auteur pseudonyme.
Vous confirmez ici ce que nous avons dit plus haut.
Ibid., page 292, du3i octobre. Aux libelles scandaleux dont on a déjà parlé, il en succède de nouveaux ; un des pluâ dangereux est le Militaire Philosophe. Quoique ce livre, attribué IkM, de Voltaire, soit proscrit en France , on ne le voit pas sans étonnement s'y introduire par lambeaux dans le Charrier du Bas-Rhin,
Ce livre n'est point de M. de Voltaire.
Ibid., page 3oo, du 19 novembre. Lettre f à S. A. monseigneur le prince de ***, sur Rabelais et d'autres auteurs, accusés d'aooir mal parié de la, religion chrétienne... Cet ouvrage est de M. de Voltaire; il contient des fiaiits curieux et iùtéressans. La partie historique en eat très-bien faite.
C'est à monseigneur le prince de Brunsyrick que M. de Voltaire a adressé ces lettres.
^66 F.XAMEN DES MÉMOIRES
làid,, page 3og, du 8 décembre. L'épigramme sur M.Domt:
Bons Dieux ! que cet auteur est triste en sa galté !
«st attribuée II M. de La Harpe, D'autres la prét^deifl de M. de Voltaire.
Elle n'est certainement pas de M. de Voltaire,
Tome III, page 829, du 10 janvier 1768. On parle d'unt plaisanterie récente de M. de Voltaire, intitulée : Le Dtnerdu comte de BoulaiwiUiers. C^ est un dialogue en trois parties... On le dit très-gai et très-impie.
Cet ouvrage est de M. de Voltaire.
lèid., page 358, du i5 février. De tous les écrits scandaleux qui ont paru , aucun ne mériterait plus l'anathème que celui qu'on vieot d'imprimer sous le titre du Catéchumène,,. L'auteur y rassemble en 34 p^es, sous une fiction ingénieuse j tout le sel de la plus coupable plaisanterie... On né peut douter que cet ouvrage ne soit de M. de Voltaire.
Non, il est de M. Bordes, de Lyon.
Ibid., page J62, du si février. U Homme aux Quarante Écus est une brochure nouvelle ie'UL.de Voltaire, Il prétend y àémontrer l'absurdité dés faiseurs de projets de l'impdt unique , etc. Fréron, Nonotte reparaissent sur la scène. Cela devient fastidieux jusqu'à la nausée.
Je suis fèché, monsieur, que cette plaisanterie TOUS ait causé des nausées.
Ilddf page 366, du 28 février. L'inépuisable auteur du Siècle de Louis XI F vient de donner, sous le nom de Sermof% prêché (i Basic par Josias Rosette, un écrit très-agréable h lire. Il roule sur l'esprit de tolérance qui commence à se répandre de proche en prQ|;|^e.
Ibid., page 368. M. de VdUdre, grand défenseur de Béli- • saire, répand une plaisanterie contre le mandement de l'archevêque de Paris sur cet ouvrage. Elle est intitulée : Lettre de Varcheçique de Qmtorhéry à Varcheoique de Paris.
Cette plaisanterie est de M. de Voltaire^ ainsi <jiie le Sermon prêché à Basle.
Ibid., page Sjo, du 8 mars. Madame Denis, nièce de M. de Voltaire, vient de quitter ce cher oncle... Cette séparation donne lieu à mille propos , que le temps seul peut éclaircir. On débite aussi que M. de Foliaire vai à Stuttgard, chez le prince de Wirlemberg, répéter des sommes considérables qui lui sont dues. D'autres donnent à ce voyage un motif plus important et plus fâcheux. Ils disent que M. de***^ accueilli par M. de Vokaire avec tant de bonté, à eu l'ingratitude de lui voler des manuscrits où il s'explique avec toute la liberté qu'on se permet dans le silence du cabinet, sur le gouvernement de France , les ministres , le roi même , etc. que dan^ la crainte de leur publicité, il avait cru devoir en prévenir les^suites , en se retirant chez l'étranger.
Voyez sur toute cette aventure mes redditions au Commentaire historique.
Ibid. , page 372, du 10 mars. Relation de la mort du chevalier de la Barre, par M. (?**, avocat aux conseils, à M. le marquis deBeccaria. Toute cette histoire tragique est contée avec une oration bien propre h inspirer l^iorreur la plt|s forte contré les auteurs du jugement dont il s'agit.
l68 KXAMEN DES MlÊMOIRES
Cette relation contée'avec oration est de M. de Foliaire,
Ibid., page 317, du i4. mars. On ne tarit point sur les histoires de toute espèce auxquelles donne lieu Tarrivée de madame Bénis à Paris. Il passe pour constant aujourd'hui que M. de Voltaire est encore à Ferney avec un secrétaire et le père Adam, jésuite , qu'il a recueilli lors du désastre de la société.
Cela était. vraL
Ibid., page 382, du 27 mars. La Princesse de Babylone est un roman de M, de Voltaire, espèce de féerie ou de folie; il y règne une grande gaîté , à laquelle il a su adapter des traits philosophiques, comme aussi de satire, contre des personnages qu'il aime à remettre sur la scène.
Ibid., Ibid,, du 28 mars. Un des principaux griefs de M. de Voltaire contre M. de la *** , c'eàt d'avoir retenu de mémoire les divers lambeaux que le premier récitait à l'autre ,' du second chant de la Guerre de Genèçe, et de les avoir fait paraître sans son aveu ; d'autant qu'il y a une tirade contre Tronchin, que l'auteur n'eût pas voulu rendre publique. C'est ainsi que le fait est raconté par tiiadame Denis, ,
. Non , M. de la *** avait pris à M. de FoUaire nonseulement deux chants de la Guerre cinle de Genève y mais encore les Mémoires sur le roi de Prusse^ et d'autres manuscrits. Les passages sur Tronchin dans le poème n'ont rien d'offen$ant pour lui; il a ri de ces plaisanteries, et n'a jamais cessé d'être un véritable ami de M. de Voltaire.
bE BACHAUMOJVT; [1768.] 369-
ièid., page 383 , du 3o mars. Il paraît très-constant qire madame Denis est à Paris pour y rester, que sa séparation d'avec son oncle est une suite de querelles domestiques. Les dépenses considérables que M. de Voltaîte afaites aux Délices et dans ses châteaux de Femey et Tourney, ont fort dérangé ses affaires. Il n'a pas compté avec lui-même; il ce trouve aujourd'hui fort en avance siir ses revenus, dont la plupart ne sont pais liquidés ; ce qui Ta forcé à réformer sa maison, dont l'entretien ^tait très-K:her, et surtout entre les mains de personnes peu économes. Dans cet embarras, !A. de Foliaire se trouvait un riche malaisé, et a voulu, pour se débarrasser tout de suite de ses créanciers et se remettre au niveau, vendre sa terre deFemèy, comme celle dont la vente serait plus facile et rapporterait davantage. Il a fallu le consentement de madame Denis , sous le nom de laquelle elle avait été achetée ; et cette nièce l'a refusé opiniâtrement. Inde irœ.
Il n'y a rien de vrai dans cet article, sinon que M. de VoUuire chassa madame Denis. Il ne se servit, dans le public, du prétexte du dérangement de sa fortune, que pour sauver encore l'honneur de sa nièce» Leur querelle ne vint pas cette fois de la permission que refusa madame Denis kM.de yà/taire, de vendre Ferney; elle l'envoya à son oncle quelques mois après son arrivée à Paris, lorsqu'il la lui demanda, sans nulle envie d'en faire usage , mais pour mieux découvrir encore les sentimens de sa nièce à son égard.
Tome lY y page 1, du 1*' avril. Il paraît deux nouveaux chants de la Guerre de Genève, le quatriènne et le cinquième, qui terminent ce poème satirique. Ils sont imprimés ainsi
tl'JO £XAM£N DES MEMOIRES
^ue les autres. II paraît que cette publicité est un^ suite de VinfidéKté de M. de La Harpe. On assure que M. de Vaùaue^ irrité de ces larcins et des tracasseries qui en résultent, a signifié qu'il ne voulait plus recevoir chez lui tous ces petits
auteurs. Ce sont ses termes.
Le fond de cet article est vrai. M. de VoUaire prit alors la résolution de ne plus voir tant de inonde et de vivi^e dans la solitude; mais je ne crois pas qu'il se soit servi des termes méprisans qu'on lui prête ici à l'égard de M. de La Harpe y dont il aimait l'esprit et les talens, et qu'il regardait comme un de ses meilleurs élèves. Je ne l'ai jamais entendu s'exprimer ainsi.
To/iM?" XVIir, pa^e 33 1, dudit jour i*' avril. Il court , en manuscrit, une lettre de M. d!^ Za Harpe y justificative de sa conduite envers M. de Noltaire. On dit qu'elle doit être insérée dans les journaux. La voici :
« Monsieur, je n'ai eu connaissance qu'aujourd'hui d'un » article inséré dans la Gazette d'Utrecht, au sujet de mon »> départ de Ferney ; article qui n'est composé qire d'injuiés » et de faussetés. Le correspondant du gazetier, auteur de ce » morceau, commence par dire que je n'ai jamais su me M concilier VamiUé de personne. Il paraît du ttioins que je n'ai » pas la sienne. Il prétend que j'ai été recueilli et congédié par M M. de Voltaire. Quand cela serait vrai , je ne vois pas trop » pourquoi on en ferait un article de gazette ; mais l'un et » l'autre est faux. Il ajoute que je perds six mille liçirs de » rentes que M. de Voltaire m'açait assurées après sa mort Cet » homme apparemn^ent a lu le testament de M. d^ Volkdrt.. >> Comme je n'en sais pa$ autant que lui, je n'ai rien à ré- » pondre là^essus. Il finit par insinuer, sans rien affirmer
» pourtant, que c'est moi qui ai répandu dans le public
» le Catéchumène, V Homme aux Quarante Ecus, le Sermon pré-
n ché à Basiez et la Lettre de l'archevêque de Cantorbéry. Je doute
» que M. de Foliaire trouve bon qu'on lui attribue ainsi publi-
n quement le Catéchumène qui n'est point de lui, et dWtres
» ouvrages anonymes , qu'il n'est permis d'attribuer h per-
» sonne , à moins d'avoir des preuves. Quant h ce qui me
M regarde , tout ce qyi a le moindre commerce avec la Ihté-
n rature sait h quel poi jt l'imputation du gazetier, au sujet
» des ouvrages ci-dessus, est fausse et calomnieuse. Ce serait
» lui donner plus d'importance qu'elle n'en mérite, que d'y
' » répondre par des témoignages authentiques, qui sûrement
» ne me manqueraient pas. Je satisfais suffisamment à ce que .
» je me dois moi-même, en opposant la vérité au mensonge.
» Je dois ajouter aussi, quoi qu'il en doive coûter au bon-
» heur de certaines gens, que je n# suis point brouillé avec
>» M. de Voltaire, et que ce grand homme n'a rien diminué
» de son amitié pour moi, qui m'est aussi chère qu'hono-
» rable. Je vous supplie, monsieur, de rendre cette lettre
» publique. J'ai l'honneur d'être, etc. Ce a6mars 1768. »
Il sera parlé de cette lettre ci-après.
Tome IV, page 4) du 8 avril. M. de Voltaire vient encore de s'égayer aux dépens de la religion dans un libelle intitulé: Relation de V expulsion des jésuites de V empire de la Oiine, par Fauteur du Compère Matthieu. C'est à peu près la même tournure que celle 'du Catéchumène qu'on assure aujourd'hui n'être point de lui. L'empereur de la Chine interroge un # jésuite sur la religion qu'il vient prêcher de si loin. Le moine dit tant d'absurdités que le prince lui rit au nez et lui permet de débiter ses folies; mais apprenant que cette reHgioy est intolérante , il chasse le jésuite et tous ses sectateurs. La matière est traitée rapidement et avec une viva-r cité peu commune.
a 7 s * ElCAMÈN DES MEMOIRES
Cet opuscule est de M. de Voltaire (Sa).
Ibid,p page 5, du 9 avril. M. de Chahanon, de Facadémie des belles-lettres, revenu depuis quelque temps d'auprès de TA^de Voltaire, a cru devoir saisir le moment de solitude où se trouve ce grand homme pour lui offrir de retourner à Ferney et de lui tenir compagnie^ Il ajrépondu par une lettre fort polie , où il écooduit M. de Çhabanon avec l'honnêteté la plus adroite ; ce qui prouve le dire qu'on lui attribue , qu'il ne voulait plus de ces petits auteurs.
Je n'ai point eu connaissance de cette anecdote ; elle me paraît fort douteuse. M. de Çhabanon était parti depuis peu de Ferney, après un assez long séjour. Il n'est pas trop vraisemblable qu'il eût sitôt demandé à y retourner, ne pouvant ignorer l'intention manifestée par M. de Foliaire , de vivre désormais dans la plus grande retraite. Quand même l'anecdote serait vraie, je ne vois pas que le propos des petits auteurs en serait mieux prouvé ^ • soit à l'égard de M. de Çhabanon, soit à celui de M. de La Harpe. Le premier, dans ce temps -là même, travaillait à une tragédie; il écrivait assez souvent à M. de Foliaire pour le consulter sur cet ouvrage, et celui-ci lui a toujours répondu avec la plus grande amitié et un ton de franchise
(5a) Ces! le dialogue de V Empereur de lu Chine et de frère MigoUt, t. XXXVI, p. 398. Ce titre a été oublié dans la uble du t. XXXV 1 de rédition de Kehl. C'est Particle xxviij le» Pensées de 9abbé de Saint-Pierre qui le précédent , ue formant point un article à part, et n'hélant qu'une annexe de Farticle xxyj.
te BACHAUMOWT. [1768.] \ ^'j'i
rt d'intérêt qui exclut toute idée de mépris (53).
tbid., page 6, du ii avril. Le bruit est général depuis quelques jours que M. de Voltaire a fait ses pâques. II passe pour constant qu'il est arrivé ici en même temps de Ferney deux lettres de ce grand homme , qui s'expliquent tout différemment là-d^sus. Dans la première, écrite à M. le duc de Choiseul, M. de Voltaire renouvelle et perpétue les désaveux si souvent faits de toutes les productions clan-* destines qu'on lui attribue ; elle contient une espèce de profession de foi , et il y déclare que , pour preuve de la vérité de ses sentimens, il a profité de sa solitude et des bonnes instructions du père Adam, pour, faire un retour vers Dieu et se présenter à la sainte table.
Dans l'autre, h madame duDeffand, il se plaint du public peu reconnaissant ; il se désespère de voir que, malgré le sacrifice qu'il lui a fait de sa santé, de sa liberté, en consacrant 6a vie h ses plaisirs et à ses amusemens^ il soit assez injuste pour adopter légèrement tous les bruits que ses ennemis font courir sur son compte ; et qu'en dernier lieu il apprend que, pour comble de ridicule, on débite et l'on croit à Paris qu'il s'est confessé et a fait ses pâques. Il finit par ajouter qu'il n'est ni assez hypocrite pour se prêter à des actions aussi contraires à sa façon de penser, ni assez imbécile pour donner de bonne foi dans de pareilles puérilités. Toutes ces inconséquences sont dans le caractère de M. de Voltaire, et n'étoiment point ceux qui le connaissent.
(53) M. de Chabanon a remis aux éditeurs de iLM. les lettres qu^il «vait reçues da M. de Voltaire, On n^en a trouvé aucune qui eût le moindre rapport à Fanecdote rapportée dans les Mémoires de JBaohau' mont. Leur correspondance vers celte époque roule principalement sur la tragédie à!£udoxie, de M. de Chabanon. On a plus d^une fois inventé des fables de cette espèce pour susciter de nouveaux ennemis à M. €2e Vokaire*
^74 ' BXAMEir DES MiU0IR£S
^ Voyez $ur cette aventure et siir celle des pâques de 1769, mes redditions au Commentaire historique. Au surplus, les lettres à M. le duc de Choiseul et à madame la marquise du Deffand sont vraies (54).
Ihid.f page 12, du 16 avril. Il n'est plus de doute sur le fait des pâqties de M. de Voltaire. On varie seulement sur les motifs , que les uns attribuent à la peur du diable , d'autres à la politique. L'acte dont il à accompagné cette cérémonie peut servir de commentaire à sa conduite. Le jour même, et sortant de la sainte table , il a prêché ses vassaux, il leur a débité tous les principes de la morale la plus pure et la plus sage; il a apostrophé un de ses paysans connu pour un coquin; il l'a exhorté h se réconcilier avec Dieu, h reconnaître combien il lui était redevable, et à lui, son seigneur, de n'avoir pas été pendu ; il a fini par lui dire que s'il n'avait pas encore accusé ses fautes , de le faire à fon pasteur, ou à lui. Ce dernier mot ayant gâté tout le reate , a fait dégénérer en farce ce spectacle vraiment édifiant pour les dévots. Les deux lettres dont on a parlé plus haut sont également vraies , et celle à madame du Deffand donne encore mieux la clef de cette étrange conduite.
Voyez mes Additions déjà citées aux articles
précédens.
Tomi? XVIII, page 3i6, du 18 avril. Quoique M. dk La Harpe ait répandu une lettre justificative , où il prétend répondre à l'article du gazetier d'Utrecht , qui attribue son retour de Femey au mécontentement de M. deVoliaire, on trouve que ce jeune homme se défend trèç-mal des grie£i qu'on lui impute.
(54) On n'a point la lettie à madame <£i< Deffiand, Celle an duc </< Choiseul est probablement du \^^ avril. Voyez tome LX.
DÉ BA.CHAn]iio])rr. [1768.] 175
i* Quant à l'article où son cœur se trouve si fortement attaqué par le reproche de n'avoir jamais su se concilier l'amitié de personne, il ne montre point la vivacité' de toute âme honnête sur une pareille imputation; il glisse légèrement à la faveur d'une épigramme : et c'est mettre de l'esprit où il faudrait du sentiment.
2^ Il pèche contre la gratitude et la vérité, en assurant qu'il n^a point été recueilli chez M. de Voltaire, 11 se serait fait plus d'honneur en ne protestant pas avec tant de délicatesse contre un mot peut-être offensant pour l'amourpropre , mais jamais pour la reconnaissance. Il ne peut nier que lui et sa femme n'aient été au moins accueillis, s'ils n'ont pas été recueillis, par ce grand homme , pendant un an ou dix-huit mois.
3° On voit qu'il élude le vrai larcin dont il est coupable, en affectant de donner le catalogue de ceux dont on ne l'accuse pas aussi formellement. C'est le second chant de la Guerre de Genève, de la publicité duquel M. de Vdtaim se plaint , et c'est de cette réclamation dont TA, de La Harpe ne parle point.
Enfin il assure qu'il a toujours l'amitié de M. de Vbltairv; mais il ne dit pas si c'est par suite d'un sentiment non interrompu, ou h titre de générosité, de compassion, de pardon- Une lettre du philosophe de Femey à son ami DarrdlaoUle va nous apprendre jusqu'où il faut apprécier celle de M. de La Harpe, et l'ostentation fastueuse avec laquelle il fait valoir la continuité des bontés d'un ami de cette trempe. Dans cette lettre, que plusieurs personnes ont lue , M. de Voltaire^^ en convenant du larcin à^^h de La Harpe, et du chagrin qu'il lui donne, termine par dire que le public met à la. chose plus d'importance qu'elle n'en mérite, et qu'il lui pardonne de tout son cœur. Cette phrase , jointe à ce que madame Denis débite là-dessus, prouve que M. de La f^bxfpe^Uxéaïlement coupable, et que malheureusement ce qui ne serait qu'une^
Di^itized
a'j6 EXAMEIC DES MÉMOIRES
légère infidâitë, ou une gentillesse dans tout autre cas, devient une faute grave , un vice du cœur envers un bienfaiteur aussi généreux ; et M. de La Harpe, bien loin d'avoir pour lui-même l'indulgence qu'a M. de Voltaire, devrait |)leurer amèrement une pareille offense,
• Ces réflexions sur la lettre de M. de La Harpe nous paraissent très-justes (55).
TotmXS^ page i8, du 27 avril. M. de Voltaire remplît Paris de lettres, où il parle de sa communion pascale. Dans une, entre autres, à M. de Falhaire, il avoue cette bonne action, mais il ajoute, toujours rancune tenante contre maître Aliborm dit Fréron, Tout cela vérifie le pronostic du bon père Adam. Ce jésuite , très-long-temps assez déplacé chez M. dif Voltaire, était le plastron de toutes les plaisanteries, des sarcasmes , des bons mots de ceux qui étaient à la table de ce poète magnifique. Quelqu'un lui dit un jour: Que faites-çms ici, père? Ne iwyez-çous point que cous n'allez pas à tout ce monde-là? Le béat répondit : Je patiente, je guette le moment de la grâce. An reste M. de Voltaire commence à se rendre un peu au grand monde, et le duc de Villahermosa, espagnol qui était à Paris, a obtenu l'agrément de ce grand homme et se rend auprès de lui.
La lettre à M. de Falhaire est -vraiie. Quant à l'anecdote du jésuite, voilà un pronostic bien vérifié, et le moment de la grâce bien trouvé !
Ihid,, page 18, du 28 avril. Madame Denis n'ayant pas trouvé sa conduite envers son oncle fort approuvée dans
(55) On n'a point la lettre à M. DamilaviUe doift il est parlé daos cet articb des Mémoires, ni celle à M. de Falbaire, citée dans rarticle siéyanL
DE BA-CffAUMONT. [1768.] ^77
ce pays-ci, s'est enfin jèndue à ses instances, à ce qu'on assure, et a donné son consentementpour la vente de Ferney. On prétend que M. de Foliaire, par arrangement , lui a fait ici un sort, pécuniaire qui doit la mettre à même de tenir une maison ; en conséquence elle vient d'en louer une.
^Son oncle lui faisait vingt mille francs de pension. A l'égard de la vente de Ferney, nous en avons parlé plus haut.
Ibid., page 24 ^ du i^^ mai. Toutes les circonstances de la communion pascale de M. de Foliaire sont remarquables. Voici l'ordre et lâi^marche de celte cérémonie : il faut savoir d'abord qufil a fait bâtir l'église paroissiale de Ferney, où l'on voit au frontispice cette inscription, très-propre à fournir matière aux dissertations des commentateurs futurs: Dicaoît Deo de Foliaire. M. de Foliaire partit de chez lui , prér cédé de deux de ses gens portant des hallebardes, en forme de suisses. Venait après, l'architecte avec le plan de l'église, espèce d'offrande que le catéchumène faisait précéder comme acte de sa réconciliation. Il marchait ensuite, avec la figure d'un pénitent, avec la componction sur le visage, et sans doute xlans le cœur. Deux garde-chasses fermaient la marche, la baïonnette au bout du fusil. A l'entrée de l'église s'est trouvé le père Adam, qui a fait le rôle de médiateur entre le ciel et le pécheur. On est instruit du reste, et surtout du sermon. . . Il ne faut pas oublier les tambours et les fanfares qui célébraient ce grand jour.
La cérémonie burlesque que l'on se plaît à décrire ici, est une pure dérision; tout cela est de la plus grande fausseté. Apparemment, pour égayer les lecteurs, on a voulu parodier certaine procession du village de Pompignan, dont M. Le Franc
a 78 EXA.MEN DES Mâ»f01R£S
lui-même avait donné une description emphatique, et que M. de Voltaire^ à son tour, a célébrée en prose et en vers. Le rédacteur estropie l'inscription de l'église, qui est : Deo erexit Voltaire.
Tome XVIII, /«^^ 321, du 12 mai. On a parlé d'une déclaration de M. de Voltaire, datée de Ferney, 3i mars 1768, Elle disculpe vaguement M, de La Harpe, et porte sur les mêmes procédés articulés dans la gazette d'Utrecht, qui sont en effet étrangers au vrai grief de ce jeune homme. On voit facilement que l'humanité a dicté cet écrit J^ celui qui l'a tant célébrée.
Quoi qu'il en soit, il paraît qtie M. Boudn, intendant des finances, n'en a pas eu plus de foi à ce certificat. M. de JUt Harpe était entré chez lui comme secrétaire intime ; il l'a congédié sous prétexte que TA. de La Harpe ayant une femme, cela entraînerait une suite de procédés trop génans. Il est plus vraisemblable que ce protecteur ne sachant à quoi s'en tenir , d'après les bruits injurieux à l'âme de M. de Xa Harpe, a craint d'élever un serpent dans son sein. D'ailleurs le jeune homme , en se consacrant au service de M. Boutin, annonçait bien la perte de tout espoir de rentrer en grâce auprès de M. de Voltaire,
La déclaration de M. de Voltaire est vraie, mais il la donna par commisération, et par égard aussi pour sa nièce, impliquée dans cette affaire.
Tome IV, page 4o , du 19 mai. On s'imagine tenir la clef de la conduite de M. de Voltaire, en supposant, ce qui est facile à croire , qu'il ait toujours un désir ardent de rentrer dans sa pairie, ou du moins de revenir à Paris. On veut que, sur ses sollicitations auprès d'un grand ministre, eelui-ci lui ait feit entendre que la reine s'y opposait , pré-
DB* BACHAUMOITT. [1768.] a 79
venue cootre lui , et le regardant comme l'auteur de tous les libelles contre la religion qui se répandent depuis quelque temps en France ; que la seule façon de détruire ces calomnies, et de mériter l'indulgence -de cette majesté, était de faire un acte de catholicité qui détruisît les imputations de tes ennemis; que, d'après ces conseils, ce vieux pécheur te soit déterminé à rentrer dans le giron de l'Ëglise. Malheureusement, à force de vouloir donner d'éclat à sa conversion ,' il a joué une scène de dérision , dont on n'a pa^ manqué de se prévaloir auprès de la reine pour l'indisposer encore plus contre lui ; et conséquemment toute cette hypocrisie est pne pure perte , et ne lui servira ni pour le ciel ni pour la terre.
Il n'y a pas un mot de vrai dans tout cet article. Le ministre dont on veut parleç est sans doute M. le duc de ChoiseuL Nous avons déjà observé que M. de Voltaire n'était point hors de France ni du giron de l'église romaine ^ et qu'il était ridicule de répéter sans cesse qu'il avait le plus grand dé^ sir d'y rentrer.
Ibid. , page 89 , du 24 mai. Le poème de la Guerre de^ Genève paraît enfin complet dans toutes ses parties, et orné des honneurs typographiques. Malgré la fécondité de son auteur, il semble avoir coûté h M, de Voltaire plus de temps qu'il n'en consacre ordinairement à ces sortes de productions. Il est en cinq chants; les deux derniers n'ont rien de ces couleurs atroces répandues à grands flots dans les premiers ; ils sont gais , et font honneur à l'imagination riante de ce poète aimable. Il y a beaucoup de notes , qui servent à faire connaître les obscurs bourgeois de Genève qu'il a plu II M., de Voltaire d'illustrer, et qui sans lui n'au-^ raient jamais été connus.
280 EXAMT.1X DES MÉMOIRES
Les premiers chants ayant été* publiés à son insu, il en fut fdrt irrité > et hésita quelque temps s'il achèverait ce poème; il s^occupa d'autres travaux plus sérieux : il y revint ensuite à la sollicitation de quelques amis qui le pressèrent de le terminer, aimant mieux voir l'auteur s'occuper de poésie que de théologie et de métaphysique, il en parut bientôt après plusieurs éditions copiées de celle qu'il permit à ses libraires de pyblien
Tome XIX, page i,.du 7 juillet. M. de Foliaire, ranimant les restes de son feu, qu'il assure n'être plus que de la cendre , vient d'enfanter une ode pindariquc à roccasion d'un tournois donné en Russie par la czarine. On croirait, en lisant cette production, que le poète a eu moins en vue de célébrer l'impératrice, que de décrier Pîndare. C'est plutôt une satire iurlesque qu'un ouvrage héroïque. On y remarque les. convulsions effrayantes d'un forcené, au lieu des sublimes élans d'un homme de génie. Ce grand homme dans différens genres , a toujours échoué dans celui-ci , et il voudrait effacer du temple de mémoire les noms des grands maîtres de l'ode.
Ce beau jugement mérite d'être conservé en son entier comme une preuve du goût et de l'intelligence du rédacteur de l'article; on croirait qu'il n'a point lu, ou qu'il n'a pas compris la pièce qu'il critique d'une manière si curieuse (56).
(5Ô) On rcccmnaU dans cet article des Mémoires ^ le langage banal des ennemis de M. de F'oltatre, Désespéras de ses succès briilans en plusieurs genres, qu^ils ne pouvaient ui«sr ni obs^uricir» ils s^en conso-
DE BACHAUMOîrr. [1768,] 28 1
Tome IV, page. 66 y du la juillet. Un négociant de Nantes ayatit .écrit à M. de Foliaijw qu'il avait baptbé un de ses
laîeat en s'îmaginant les pompcnser, à force de crier et répéter en toute occasion , quUi était incapable de réussir en d^autres genres , et pai ticulièremcnt dans Fode. On lit cependant de fort belles odes dans le pelit nombre de celles que renferment ses OEuvres, soit du ton le plus relevé , soit du ton le plus agréable , car Fode les comporte tous. Mail une cabale envieuse tantôt les trouvait plus que sublimes ou extravagantes, comme dans Fezemple présent, et d^autres fois trop froides et trop compassées, c^est-à-dire trop raisonnables. Ne pourrait-on inférer de cette critique même que M. de Vottairc a su garder, là comme aiU leurs, un juste milieu, et ne pas sacriHer, comme tant d^autres soi disant poètes lyriques, le bon sens et la raison aux fougues de Timagî < nation. Cet avantage résultait chez lui de \a Justesse d'esprit qui se paa-r nifeste dans toutes ses compositions. Personne ne la ^losscde à un plu^. haut degré. Il la conservait (comme le remarque très-bien M. de Condorcet, dans sa Vie de Voltaire) au milieu de l'enthousiasme poétique, cOTnme dans V ivresse de la gatté. Partout elle dirigeait son goût et réglait ses opinions^ et c'est une des principales causes du cliarme inexprimable que ses ouvrages ont pour tous les bons esprits. Cette qualité précieuse est surtout d^un très-grand poids poi^r la postérité; elle y arrive intacte, et«''y maintient à travers les c^iangemens et les altérations ^uè Icsr siècle» introduisent dans toutes les langues. Cest Tattribut le plus essentiel des grands bommcs;
ScribcncU r«ctè sapere est et principium et fons.
HOB.
Et comme tout ce qui est bien pensé est presque toujours bien exprimé, c^est aux époques uù un concours de circonstances heureuses a réuni le plus de bons esprits, que Ton trouve aussi les meilleurs écrivains, et que les langues ont été fixées. L^exemple de ces grands siècles, si renommés dana Thistoirc , en est la preuve. La remarque est appUcablô également à tous les beaux-arts. On les voit portés à leur ]>lus haut dc^ré de perfection en même temps que les belles -lettres. Cette in-!ilueuce favorable s'étend aussi sur les sciences , et jusques à la politique et à la guerre. Cest la justesse dVsprit, ou, en d'autres termes, le coup d'œil &ûr et rapide d'un jugement sain, qui fait les grands hommes en
aSa KXA.MEI^' DES MIÊMOIHES
vaisseaux du nom de ce grand poète , il y a rëpoudu par ane épître fort longue, adtesséé au vaisseau. Elle est pleine de fraîcheur, de poésie et de philosophie ; mais elle est déparée par cet esprit satirique et burlesque qui se mêle aujoiu*d'hui aux plus beaux ouvrages de philosophie de Ferney.
L'épître est de M. de Foliaire. Le rédacteur voit partout du burlesque où d'autres ne voient quç de la gaîté, de la critique fine et enjouée, qui s'allient très-bien à des idées philosophiques dans une épître familière.
lUd,, page 70, du i5 juillet. M. de Voltaire, depuis sa communion , était resté dans un silence édifiant , mais il paraît que le diable n'y a rien perdu. Il tombe aujourd'hui sur le corps d'un nouvel adversaire ; c'est M. Ber^r, curé de Franche-Comté, auteur de plusieurs ouvrages en faveur du christianisme , qu'on connaissait peu , et qui devront leur célébrité au grand homme qui les tire de la poussière et les honore de sa critique. Ce pamphlet est intitulé: Conseils raisonnables à M. Bergier, par une société de bacheliers en théologie. Sans approuver le fond de cet ouvrage impie,
tout geure j et c'est par leur nombre et leur réunion que se signalent ces époques mémorables qui sont si rares, qui ne paraissent qu'une fois dans une contrée , et y sont bientôt remplacées par des siècles de mé"* diocrité et même de barbarie^ comme des phénomènes brillans d'autant plus remarquables qu'ils sont précédés et suivis d'une obscurité profonde. Ils s'éteignent chez une nation , et après un laps de temps plut ou moins long , et à une distance plus ou moins grande, ils éclatent de nouveau pour l'illustration d'un autre peuple. Ce période de gloire pour la France^ peut se circonscrire dans les règnes de Louis XIV et de Louis XV, ou depuis le milieu du dix-septième siècle, jusques un peu au-delà de celui du dix-buitième, c'est-à-dire dans un espace d'environ I30 ans.
DE BACHAtJMONT. [1768.] î83
on peut dire qu'on y reconnaît facilement son auteur, peu logicien, mais toujours agréable dans les matières les moin^ susceptibles de gaîté.
C'est quelque chose que l'agrément; il fait trouver des lecteurs et s'accorde fort bien avqc la raison. Ne serait-on bon logicien, au gré du rédacteur, qu'en se livrant à des discussions pédantesques, et en répandant partout l'ennui avec une série d'argumens bien longs et bien lourds (67)?
, Tome XIX , page 6 , du 2^ juillet. M. de Vdiaire ne perd aucune circonstance de faire sa cour à la czarine, qu'il appelle la Sémiramis du Nord. A l'occasion des troubles de Pologne , il paraît un Discours aux œnfedérés catholiques de Kaminieck, etc. Tel est le titre d'une petite brochure échappa récemment à la plume de cet écrivain célèbre. Elle est digne de l'apôtre de la tolérance. . . Mais Thumanité lui saurait plus de gré de sonzcle, s'il n'était toujours armé de sarcasmes, et s'il ne prodiguait trop immodérément des éloges qu'on pourrait suspecter de flatterie.
Cet ouvrage, impriraé sous le nom du major KaiserUngy au service du roi de Prusse^ est de M. de Foltaire. On peut souffrir dans le langage d'un officier prussien quelques sarcasmes contre des fanatiques et des assassins, et chacun pouvait ^ sans être flatteur, louer une grande impératrice qui voulait rendre la paix à des peuples qui se déchiraient pour des opinions religieuses (58).
(57) L'ouvrage dont il s^agit est tome XXXIH, pag. 374*
(58) Tome XXX, pag. 29.
Ihîd., page 8, dii 29 juillet. M. de Bury a fait, il y a quelques années, une Histoire de Henri IV, peu digne de ce héros. M. de Vbltaira, sous un de ces noms étrangers dont il se masque si souvent, attaque aujourd'hui cet auteur, le taxe de peu d'exactitude, et relève ses erreurs de toute espèce. Mais on est tenté de croire que cette guerre directe n'est qu'un prétexte pour se ménager une excursion sur le président Hénault, dont il dissèque Y Abrégé chwmhgîque, etc.
On veut parler ici d'un Examen de l'histoire de Henri IV y etc. , brochure qui n'est pas de M. de Voltaire y mais du marquis de Bélestat (Bg).
TomeW, page 79, du 11 août. M. de Pompignan, dans 6on oraison funèbre de la reine , a mis en opposition la religion de S. M. avec l'esprit d'incrédulité si commun aujourd'hui. Il a paru se complaire à faire des portraits satiriques des philosophes du siècle, et à se venger tbéologiquement de tous les brocards que plusieurs lui ont prodigués. On se doute bien que M. de Voltaire n'est pas celui qu'il a eu le moins en vue , et il Ta désigné avec les couleurs odieuses que lui a fournies son zèle amer.
M. de Pompignan espérait obtenir un meilleur évêché en déployant un grand zèle pour la religion; d'ailleurs, il se souvenait des plaisanteries de
{5g) Cette brochure est de plus de cent pages. La critique du président Hénault n'y occupe que quelques lignes. M. de F'oltaire lui-mcme y est critiqué. Le nom de Pautt'ur est peu connu dans la république des lettres. Quelques personnes l'attribuent à La Beaumelle, d'autres, k M. de Voludre lui-même. Sub juJice lis est. Voyez les notes 3o et 65.
M. de Voltaire^ et cette occasion de s'en venger lui semblait trop favorable pour n'en pas profiter.
lhid,9 page gS, du i3 août. Epitre cmx Romains, par le comte de Passéran, traduction de l'italien. C'est une brochure de 4^ pages, où l'on établit un parallèle de l'ancienne Rome avec la nouvelle, qui n'est sûrement pas a l'avantage de la dernière. Au titre et mieux encore au style, on Juge aisémei^t que cette parodie est de M. de Voltaire^
Cet opuscule est en effet de lui (60).
Ibid., page 120, du i5 septembre. On prétend que M. de Voltaire ne marche jamais sans la BUder sous prétexte que quand on a un procès, il faut toujours avoir scnjs les yeux lefactum de ses adversaires. Quoi qu'il en soit, il possède parfaitement ce livre. . . il le dépèce pour enrichir ses ouvrages à sa manière... On le voit dans la Profession des Théistes, par le comte d*A, . . du R^,,, traduit de Vallemand^
Elle est de M, de Foliaire.
Ibid,, page 128, du i*' octobre. A. J. Rustan, pasteur suisse, à Londres , s'est avisé de publier un État pt'ésent du christianisme, où il n'a pu résister à la rage de mordre M. de Voltaire, Tout théologien croit lui devoir au moins un coup de dents en passant. Le philosophe de Ferney n'a pas tardé à prendre sa revanche. Il vient de publier des Remontrances du corps des pasteurs du Qe^audan à Antoine Jean Rustan. Il le couvre de sarcasmes, et le laisse en cet état exposé à la risée publique.
Ce qu'on dit de la conduite de Rustan est vrai.
(60) Le lecteur trouvera facilement dans l'édition de Kehl, au moyen de ia iab!e alphabétique, tom. LXX, page 357» tous les petits ouvrages (le M. de Vokaire dont il est parlé dans ces Mémoires.
386 BXAMEIi DES MEMOIRES
Etant encore en Suisse, il avait été très-bien reçu chez M. de F'oltaire : \\ ne s'en souvenait plus à Londres.
Tome XIX, page 29, du 6 octobre. Au sujet des colimaçons auxquels on a coupé la tête et qui leur est revenue, découverte dont plusieurs papiers publics ont parlé, M. de Vdtaiie vient de donner un petit pamphlet ayant pour titre: les Colimaçons du R.P.VEscarbotier, capucin indigne, e\jc. Cette facétie , qui roule sur quantité de systèmes de physique, est accoujplée à la brochure intitulée : les Droits des Hommes ei les Usurpations des Papes, et n'est pas à beaucoup près de la même force , ni pour l'intérêt, ni pour le sarcasme , ni pour le style.
Ces deux opuscules de M. de Voltaire sont de nature si différente, qu'ils ne peuvent ni ne doivent avoir le même intérêt et le même style.
Tome IV, page io3, du 4 octobre. Le roi est allé le 28 septembre visiter le fameux pavillon de M. Bauret, Il l'a trouvé augmenté de plusieurs -choses curieuses , mais surtout de sa statue exécutée en marbre par Tassard. Ce qui a le phis flatté S. M. , ce sont deux vers inscrits au bas par le sieur Bouret. Ils caractérisent à merveille les vertus du maître et le zèle tendre du sujet. Ils sont dignes de passer à la postérité, et valent sans doute toutes les légendes qu'aurait pu enfanter l'Académie des belles-lettres. Les voici :
. Juste, simple, modeste, au-dessus des grandeurs, An- dessus de Féloge, il ne veut que ttos cœurs.
Ces deujL vers, mis par M. Bouret au bas de la statue de Louis XV, sont de M. de Foltaircy à qui
DC BA.CHADMONT. [1768.] 187
M. Bouret avait demandé une inscription pour C9 monument.
Ibid,^ page i3i , du 9 octobre. Les Droits des Hommes et les Usurpations des Papes, prétendue traduction de l'italien, datée de Padoue y le 24 juin 1764. C'est un tableau des usurpations de la cour de Rome. . . , des moyens de toute espèce mis en usage par les pontifes pour étendre leur domination.,. , des forfaits nouveaux dont l'atrocité semble leur être réservée. Le lecteur indigné serait tenté de fouler aux pieds un pareil libelle , s'il nMtait malheureusement qu'un extrait succinct de tout ce qu'on trouve épars dans l'histoire. On sent qu'un pareil ouvrage était digne de la plume de M. de Voltaire, Aussi l'y reconnaît-on facilement On ne peut qu'admirer l'art avec lequel ce grand historien sait égayer cette terrible matière, et rapprocher quantité d'anecdotes également rares et curieuses.
Pourquoi qualifier cet écrit de libelle, s'il n'est qu'un extrait des histoires les plus authentiques? Il paraît, par tout ce que fait l'empereur Joseph II, qu'il n'a pas regardé cette brochure comme un libelle digne d'être foulé aux pieds, et si c'en était un à vos yeux, pourquoi vous-mêmes, messieurs^ finissez-vous votre article par un 'assez bel éloge de l'ouvrage et de l'auteur?
lèid., page i34^ du i3 octobre. Extrait d'une lettre de Ferney du 3o septembre... « Rassureznirous sur les inquiétudes que vous avez à l'égard de M. de Voltaire, Ce grand homme , accoutumé h dire qu'il se meurt , depuis plus de cinquante ans, se porte* à merveille;.. Le jour que j'eus l'honneur de le voir, il était en robe de chambre de Perse. Il nous fit beaucoup d'excuses de n'être point habillé. . . Il
:i88 ËXAM£N DES MEMOIRES parut k Tentremets. On avait rëservc un grand fauteuil à bras, où cet illustre vieillard âe mit. Il mangea des légumes, des pièces de four, des fruits; il pétilla d^esprit. Après le dîner il joua aux échecs avec le père Adam 'qui est assez jésuite pour se laisser perdre. On s'amusa ensuite à des petits jeux d'esprit, puis on se mit à dire des histoires de voleurs. Chaque ^ame ayant conté la sienne , on demanda à M. de Voltaire s'il n'en savait pas quelqu'une. Il répondit • ainsi : Mesdames , il y avait un Jour un fermier général . . . Ma foi, fai oublié le reste Nous le laissâmes après cette épigramme. »
Père Adam n'était point du tout assez jésuite pour se laisser gagner exprès aux échecs par M. de Voltaire : c'était tout le contraire. Il n'y avait pas de grand fauteuil à bras réservé spécialement pour M. de Foliaire quand il se mettait à fable; le sien ne différait pas de celui des autres convives. Il se servait de fauteuil ou de chaise, indifféremment, quand il était en compagnie. Le reste de la lettre peut être vrai.
Ibid,, page i35, du i4. octobre^ Extrait d'une lettre de Fontainebleau, du lo octobre 1768... « Le bruit avait couru ici que M. de Voltaire était décédé. La cour paraissait croire cette nouvelle. On l'a inféré du propos de M. le comte d'Aitois. Ce prince, à soii dîner, a dit i II est mort un grand homme et un grand çpquin. Les ennemis de M^ de Voltaire ont saisi avidement cette phrase et l'ont répandue avec profusion^.; Quoi qu'il en soit, la nouvelle de cette mort est fausse. La Providence laisse encore à ce philosophe incrédule le temps de se repentir et de mériter un éloge funéraire plus flatteur. »
j'ai trop de respect pour S. A. R. pour croire qu'elle ait été capable de tenir Un tel propos. Si Monseigneur le comte d'Artois avait pensé ainsi, il n'aurait pas, dix ans après, envoyé M. le prince d'Henin à M. de Foltaire, pour le complimenter de sa part., La fin de l'article semble dénoter par quelle espèce de gens peut avoir été forgée une semblable nouvelle.
Ihid,, pcige 1 39, du 21 octobre. Homélie du pasteur Brbwn^ préchée à Londres le jour de la Pentecôte, 1768.
Elle est de M. de VoUaire,
Ihid.9 page i4.3, dû 26 octobre. Le Lion etHe MàHeUlais, fable en 0ers, par Saint-Didier,,, A ce persifflage *on i^econnaît M. de Voltaire, mais encore mieux à l'ouvrage même où ce grand poète se retrouve tout entier. Rien de plus philosophique et de plus mâle. Dans ce dialogue, Thomme pré*tend établir sa supériorité sur les bétes, et il est obligé de re-* connaître à chaque re*ponsé son inifériorité. L'auteur prouve que le droit du plus fort est le seul droit de la nature, et îl embellit son raisonnement de toutes les richesses de la plus brillante poésie.
Il est aisé de voir que cïet article n est pas de la même main que la plupart des précédens.
Ibid., page i46, du 28 octobre. Madame Iki Bocage, connue par les grâces de son esprit et de sa figure , auteur de plusieurs ouvrages, ayant adressé le 4 de ce mois des vers à M. de Voltaire, au sujet de sa fête , ce grand homme, qui n'est jamais en reste , y a répondu par ceux-ci s Qui parle ainsi de saint François, etc. (61)
(61) Tome XIV, pag. 368.
aQO EXAMEN DES MEMOIRES
Ibid., page i5i, du 4 novembre. Les Trois- empereurs en Sorbonne, par l'allé Caille, conte en vers de M. de Voltaire, où il enchâsse de nouvelles injures contre la Sorbonne, an sujet de la censure de Bélisaire.., Ffëron s'y trouve place, ainsi que d'autres cuistres littéraires , dont l'auteur prétend avoir à se plaindre ; et non content d'injurier en vers tous ces gens-là, il y a encore des notes où il les injurie en prose. Plus on réfléchit sur ce grand homme , et plus on se console de n'avoir point ses talens compensés par tant de faiblesses.
Cette satire est de M. de Voltaire^ ainsi que les vers précédens adressés à madame du Bocage, Il est assez singulier que le rédacteur des Mémoires trouve mauvais que M. de Voltaire s'égayât de temps en temps aux dépens de gens qui le harcelaient sans cesse dans leurs feuilles périodiques, et que le rédacteur lui-même flétrit du nom de cuistres; et d'après cela , on peut douter qu'il soit bien sincère, en disant qu'il ne voudrait pas avoir les talens de M. de Voltaire avec ses faiblesses : il établit là une singulière compensation.
Ihid,, page i^6 , du 25 novembre. M. de Voltaire s'amuse de tout... Il embouche avec une égale facilité la trompette et le flageolet. Il court aujourd'hui une énigme sous son nom. Les sociétés de la cour et de la ville s'en occupent.. Le mot est Tête à perruque (6a).
Cette pièce, attribuée à M. de Voltaire, l'a été aussi à d'autres personnes , et chacun a pu faire
(G'j) Cette énigme épigrammatique est fort jolie. Elle a été répandue en manuscrit, par M. le comte de La Tourailley un des amis les pins
DK BACHAUMONT. [1768.] agi
là-dessus des conjectures, comme Bachaumont^ sans rien prouver.
Ibid.y page i58, du 3 décembre. Extrait d'une lettre de Ferney du 25 novembre... « M. de Voltaire se porte à merveille ; il ne voit plus personne , et semble redoubler d'assiduité au travail. Son Précis du siècle de Louis XV est imprimé ; il le conduit jusqu'en 176e. Je ne vois rien de bien hardi dai^s cet ouvrage, et qui doive l'empêcher de pénétrer à Paris. Ce qui m'y a paru le plus singulier , c'est la chaleur avec laquelle l'auteur justifie M. de Lally, Vous êtes
sélés de M. de Voltaire, avec lequel il était en relation j ce qui fait que cette énigme a été attribuée à Pun et à Paulre. Quel qu'en soit l'auteur, nous la transcrivons ici, persuadés qu'elle sera lue avec plaisir par ceux qui ne la connaissent pas.
A U ville ainsi qu'en province , J« suis sur un bon pied, mais sur un corps fort mince , Robuste cependant , et même fait an tour.
Mobile sans changer de place,
Je sers, en faisant v61ie>face, Et la robe et l'épie, et la ville et la cour. Mon nom devient plus commun chaque jour;
Chaque jour il se multiplie
En Sorbonne, à l'Académie, Dans le Conseil des Flois et dans le Parlement. Par tout ce qui s'y fait en le voit clairemenL
Embarrassé de tant de rôles.
Ami lecteur, tu me cherches bien loin, Quand tu pourrais {ieut-ètre, avec un peu de soin«
Me rencontrer sur tes épaules.
Le Hecucil de Berthelin n'a point d'énigme meilleure que celle-ci. L'esprit, la justesse, la critique à la fois naive et fine, la bonne versification, tout s'y trouve. Quand les premières copies en furent connues, on l'attribua généralement à M. de Voltaire, Dans ht suite, on l'a donnée à d'autres écrivains, mais personne ne l'a jamais réclamée. Tout cela nous porte à croire que l'opinion de Bachaumont était bien fondée. '
agi KxAMEic des mi^moibës;
curieux de àavôir s'il donnera en 1769 le spectacle ëidifiaint qu'il a donné en 1768... Sa dévotion paraît fort ralentie^ et il prétexte souvent quelqu'incômmodité pour ne point aller à la messe^ Au reste , Cette farce à si irial pris là première fois y qu'il pourrait se dispenser de récidiver-
Voyez sur cela mes Jldditions déjà citées.
Ibid.y page 189, du 12 décembre. L*A, B, C, Dialogue curieux, traduit de V anglais,' de ]\L Hut, A ce titre baroque, on reconnaît aisément l'auteur de la brochure , ce Protée littéraire qui depuis qud(}i:^es années prend toutes sortes de formes , non pour tromper ses semblables, comme celui de la fable , mais pour les éclairer et les instruire. Que de métaïnorphoses n'a-t-il pas fait subir à la vérité, dans l'espoir dé la faire recevoir enfin de quelque façon ?... L'ouvrage roule sur la politique, la morale, la métaphysique... On sent que la religion doit y entrer pour beaucoup. On commence par y prouver un Dieu qu'on finit par détruire, et le spinosisme paraît être le vrai système de l'auteur.
Cette réflexion du rédacteiir n'est pa^ juste; M. de Foliaire n'était point spitiosiste, mais un vrai théiste.
ÎUd., page 171, du 20 décembre. Le Siècle de Louis XV, par ]VL de Voltaire^ est arrêté. Le parlement a trouvé mauvais que cet historien censurât son jugement de M. de Lally, et ne veut point d'appel de ses af rets , même à la postérité. II s'est soulevé contre l'ouvrage, qui ne paraît que clandestinement^
DE BACHA.UMOWT. [1769] ^9^
Tome IV, page 207 , du i*' janvier. Il paraît un nouveau conte en vers , intitule V Apothéose du nd Petau, On l'attribue à M. de Voltaire. C'est une allégorie satirique»^ réservée pour les ténèbres danjs lesquelles elliî a été enfantée.
Cette plate satire contre Louis X^ n'est assurémenl pas de M. de Foliaire.
Ihid,, page ^,,^ du 10 janvier. M. de Voltaire vient de perdre en ce pays-ci un de ses intimes amis , en la personne de M. Damilaçille. La cprrespondance de ce grand homme et quelques louanges dont il l'a honoré dans ses ouvrages lui iavaient donné une sorte d'illustration. Il avait ainsi acquis pne consistance dans la littérature, et s'était trouvé lié avec les personnages les plus célèbres.
Cela est vrai.
Ibid,j page 226, du 4 février. Les Singularités de la nature, par un académicien de Londres, de Bologne, de Pétersbourg, de Beiiin, Tel est le titre d'une nouvelle production de M. de Voltaire, dans laquelle ce poète, devenu philosophe, physicien, métaphysicien, combat nombre d'erreurs...
Ibid,^ page 244-7 ^^ '^ mars. Le Cri de llmnnête homme est une brochure très-clandestine , composée ( suivant le récit qu'elle contient) par le premier magist?*at d'une ville de province du second rang , qui, ayant eu le malheur de faire un mariage mal assorti ^ après avoir épuisé tous les moyens de patience et de conciliatipn , a été obligé de se séparer d'une Messaline. Sa position ambiguë lui a fait faire beai|COup de recherçljes sur le divorce, et il en a composé un
294 ËXAMKN DES MÉMOIRES
mémoire en faveur de cette pratique. Il établit qu'elle est autorisée par un passage très-formel, très-précis de l'Ecriture sainte; que le divorce est conforme aux usages delà primitive Eglise , et que la morale , le droit naturel et politique concourent également à le rendre nécessaire. Cet ouvrage, écrit avec force, n'est pas moins appuyé de raisons. On y trouve une peinture des mœurs actuelles très -énergique, où l'on prouve que leur dépravation est une suite infaillible de l'indissolubilité des mariages. L'auteur s'est permis des plaisanteries et un style ironique, qui ne nuisent point à la dignité de la matière , et qui servent seulement h égayer le sujet avec noblesse. Ils n'empêchent pas qu'il ne règne dans tout l'ouvrage beaucoup d'onction et de sentiment, très-capables d'intéresser pour l'historien^ et d'attendrir le lecteur sur son malheureux destiq.
M. de Fokaire a travaillé à cet ouvrage, mais le fond ou le canevas du mémoire lui avait été envoyé.
Ibid,, pages 24.7 et 24.8, du 18 et du 20 mars. La muse de M. de Voltaire vient de se réveiller par une Épître à BoUeau, fort longue, fort diffuse... où il tombe sur une infinité de choses et sur une multitude de gens. Tout cela n'est qu'im rabâchage des injures qu'il a débitées ailleurs, et d'une façon au moins plus passable.
Il court, aussi de lui une épître en vers à l'auteur dn livre des Trois Imposteurs. Ce grand homme s^y élève avec force contre l'athéisme , et détruit en poète tous les raisonnemens qu'il fût ailleurs en philosophe, en faveur du même système. Mais on sait qu'il est accoutumé à prêcher le pomet le contre. Cette pièce, en général lâche , prosaïque , se sent de la décrépitude du faiseur.
Le rédacteur décide que ces deux pièces de
DE fiA.CHàUMONT. [1769] agS
poésie sont fort mauvaises; à lui permis, c'est une affaire de goût, et chacun peut exprimer le sien: mais dire que M. de Foliaire a soutenu en philosophe le système de l'athéisme , c'est une calomnie très-odieuse, que l'on ne devrait^as se permettre si légèrement.
Ibid. , pages 267 et 268, du 28 et da 29 avril. Par différentes lettres que M. de Voltaire a écrites dans ce pays^i y on sait que ce grand poète a renouvelé cette année le spectacle édifiant de l'année dernière , qu'il a fait ses pâques avec beaucoup de dévotion.., qu'il a prononcé un beau et pathétique discours où il s'est expliqué catégoriquement sur sa foi.
On peut voir des détails exacts sur ces événemens dans mes Additions au Commentaire histo»riquej par où l'on jugera le peu d'exactitude des nouvelles que l'on débitait dans des gazettes à la main ou imprimées, et de la plupart des conjectures que l'on hasardait à ce sujet
Tome XIX, fMge 65, du i*"* mai. Il paraît une Gnqmème Homélie, prêchée à Londres , etc. Elle roule sur la communion... La meilleure morale à tirer de cet écrit, comique et sérieux tour à tour, est cet esprit de tolérance que l'auteur prêche dans tous ses ouvrages avec une constance vraiment philosophique... Il pourra figurer à la fin parmi les plus abondans sermonaires.
Cette homélie est de M. de Foliaire.
Ibid., page 79, du 4 niai. Il paraît un petit recueil de pièces relatives à Nonotte. Ce sont des lettres, des attesta-
ig6 EXAMEN BES IVliMOlRES
lions de MM. DaniHoi^îHe, Bigeoc^ Jf^agnière, etc. Cet assem^ blage paraît avoir été fabriqué à Feroey. On y attribu6 la cause de la haine des jésuites cpntre M, de Foliaire, 9 une trèç-bonne œuvre de sa part. On est si fort en garde contre le perdfflage de ce philosophe , qu'on n*ose rien croire sur sa parole; mais on rit à bon compte aux dépens de ses victimes; et c'est vraisemblablement tout ce qu'il demande,
Ce recueil a paru en effet du consentemefnt dç M. de Foliaire,
Ibid,, page 80, du 6 mai. Dans le temps où M. de Voltaim faisait sa profession de foi, et reniait ce déluge de brochures^ scandaleuses dont il inonde l'Europe , une nouvelle production du même genre se répand y c'est la Canonisation du père Cueufin, etc. Ce recueil abondant de saillies, dé quo^ libets , d'anecdotes comiques et impies , est très-propre à amuser un cercle de femmes et de petits-*mate'es, 11 est recherché avec fureur.
Cette plaisanterie est de M. de Voltaire.
Tome IV , pa^e 274., du 16 mai. On vient de réimprimer le Discours de l'empereur Julien contre les Chrétiens, traduit par le marquis d'Argens. On y a joint beaucoup de notes dont le plus grand nombre paraît être de M. de VoUkire. Il y en a de M. DamilaQille, de M. Boulanger, de plusieurs écrivains, qui tous tendent au même but , et renouvellent les objections cent fois répétées par les incrédules. On a mis en tête de l'ouvrage un portrait de l'empereur Julien, tiré du Militaire philosophe; une introduction pu exameq du livre , eb un supplément à la fin, paraissent être de la même main, c'est-à-dire de M. de Voltaire, dont l'ardeur ne se ralentit pas contre tout ce <|u'il croit être contraire à cet esprit de
DE ^AGHàUMONT. [1769.] 297
tolérance et d'humanité , dpnt il est depuis si longtemps l'apôtre ^ et qu'il voudrait inculquer à tous ses lecteurs.
Toutes les notes nouvelles sur le! Discours de Tempereur Julien, sont'de M. de Voltqire; les anciennes spnt du marquis d'^rgens ; il n'y en a aucune de MM, Damilanlley Boulanger, ni d'autres; mais M. de Foliaire a mis leurs noms au bas de plusieurs (les siennes (63), pour dérouter les critiques,
Ibid,, puge 276 , du 27 mai. On vient de publier en corps de volume les notices et fragmens de Cinquante évangiles du premier siècle du christianisme, extraits de Fahncius, Gra-^ Ifius, etc., parl'Mé***. Quelques plaisanteries semées dans l'avant-propos décèlent l'esprit dans lequel on a fait cette collection.
Elle a été imprimée d'abord séparément à Ge* nève, en un volume in-8% et ensuite recueillie par MM. Cramer, dans un des derniers tomes de leur édition des œuvres de M. de Foliaire, euçadrée, en quarante volumes in-8° (^4)-
(63) Dans la plupart des éditions des OEuvres de p^okaire, faites depuis 1817, on a inséré le Discours de l'empereur Julien ^ et les notes de Voltaire.
(64) Cest une traduction française d'anciens monumens grecs et latins, recueillis par Fabricius, dans son Codex apocryphus novi Testamenti, et sa Bibliothèque grecque 5 par Grabe, dans le Spicilegium sanctorum patrum et liereticorum^'paT Cottelier, dans ses Monumenta ecclesiœ Grœcœ; par Gronovius et Gravius, dans les Trésors des Antiquités grecques et romaines^ etc. Ces notices et fragmens d'anciens évangiles servent de complément ou de pièces justificatives à la seconde partie du Commentaire sur la Bible, L'auteur (pag. 24 , tome XXXV)
AqS^ EXAMErr DES MÉMOIRES
Tome XIX, pi^e 82^ duTy juin. La France semble être le pays de l'Europe qui rende le moins de justice au grand poète qui fait aujourd'hui l'honneur de notre patrie et, de son siècle. Tandis que, sans être exilé, ilsemble dans une sorte de proscription , dans un ^oîgnement injurieux que «es ennemis lui reprochent, les étrangers s'empressent de lui rendre hommage et de le couronner de gloire. Les souverains le comblent de leurs bienfaits et lui consacrent des monumens durables de leur estime et de leur vénération. On vient de frapper en son honneur, dans les Etats de l'électeur palatin , une très-belle médaille, comme au génie qui <te aux nations le bandeau de l'erreur. Il est inutile d^ajouter combien la superstition et le fanatisme s'élèvent contre le titre auguste que lui défèrent de concert la raison, la philosophie et l'humanité.
Cette médaille , très-bien frappée, existe dans les cabinets de plusieurs curieux. L'électeur palatin, CharleS'Théodore y est un des princes souverains qui ont témoigné à M. éfe Foliaire le plus d'attachement.