CHAPITRE XIX
Le comte Lamberg et le prince-évéque de Breslau. Mon nouvel engagement. Je deviens Eques aureatus. Frédéric II à Rosswald. Le comte Hodits. Bienveillance du prince héritier à mon égard. Je suis promu maitre forestier .
J'avais fait la connaissance, durant mon voyage à Trieste, du comte Lamberg, chef du duché impérial de Silésie. Il venait de ses terres de Laibach pour se rendre à Troppau; j'allai lui présenter mes hommages. A peine m'eut-il entendu prononcer le mot de voyage qu'il m'interrompit en disant : « Voulez-vous m'accompagner à Troppau? De là, après un excellent début, vous poursuivrez vers Varsovie, Dantzig, Hambourg, les Pays-Bas, l'Angleterre, la France, etc. et enfin l'Italie. »
La proposition me plut et quatre jours après cette conversation je roulais vers Troppau.
Le comte était riche, n'avait pas d'enfants et vivait très largement. Il multiplia les soirées, fêtes et concerts. J'ai connu également un certain comte Charinsky qui possédait un bon orchestre. Je pus réunir assez aisément un orchestre convenable à la cour du comte Lamberg.
Peu après notre arrivée à Troppau, le princeévêque de Breslau, qui possédait de grandes terres à Johannisberg, en Silésie, vint rendre
visite au nouveau gouverneur. Après le concert donné en son honneur, le prince m'adressa de vives félicitations tant pour mon habileté violonistique que pour mes talents de compositeur et je fus invité à dîner en son hôtel. Le prince était un grand amateur de musique et le récit que je lui fis de mon existence l'intéressait vivement ; il me questionna quant à mes projets d'avenir. Lui-même me confia qu'il avait possédé jadis un excellent orchestre, à Breslau, et quelques chanteurs remarquables, notamment Quadagni.
Certains lecteurs auront eu certes connaissance de la disgrâce encourue par le princeévêque auprès de Frédéric IL Cependant la plupart des récits étant erronnés, je crois utile de consacrer ici quelques lignes impartiales à ce sujet; je tiens les renseignements du comte Lamberg:
Le prince-évêque était membre de la famille des comtes Schafgorsch. Son père, gouverneur général de la Silésie quand il était encore attaché à la maison d'Autriche, démissionna à la suite de la guerre en 1740; il se retira dans ses terres de Warmbrunn. Le roi de Prusse, désireux de se concilier les sympathies des habitants de la province annexée, notamment des catholiques, protégea vivement le fils du prince, alors chanoine; il le fit nommer coadjuteur, puis, au départ du cardinal Singendorf, évêque de Breslau, comte de Neisse et duc de Grottkau. Le roi et le prince-évêque étaient liés d'amitié si étroite que
ce dernier se rendait chaque année à Potsdam ou à Berlin, à la cour royale. Cette amitié a duré de nombreuses années ; au début de la guerre de sept ans, elle subsistait encore.
Après la victoire du roi sur les troupes impériales en Bohême, le siège de Prague et la déroute complète de ces dernières, eut lieu la bataille de Kollni, perdue par le roi. La chance avait tourné et les Prussiens furent chassés de Bohême, de Silésie, et, après la bataille de Breslau, abandonnèrent cette ville. Tout le monde croyait la Silésie délivrée du joug prussien. Dans cette province furent organisées foule de fêtes et manifestations en l'honneur de l'Autriche et le prince-évêque lui-même prit part à ces manifestations.
L'opinion publique, à Breslau, très montée contre le prince-évêque, accusé d'amitié envers le roi de Prusse, eut un revirement profond en faveur du prélat, ce qui permit à ce dernier d'accomplir un voyage à Rome. Pendant son absence et lors de son retour, les armées royales avaient repris le dessus. Le princeévêque fit de vaines tentatives pour renouer ses relations avec Frédéric IL Ce dernier lui répondit en l'accusant de trahison et lui fit savoir qu'il ne tolérerait pas sa présence dans ses Etats. Cependant, grâce à de puissantes influences, le prince-évêque put obtenir de continuer à séjourner en Silésie.
Le prélat ne pouvait cependant espérer nulle réconciliation avec le roi. Comme il regagnait Breslau, it reçut l'ordre de rester en
deçà de la frontière, dans la petite ville de Oppeln. Il dut habiter au couvent des minorités, car il n'y avait, dans cette bourgade, aucun hôtel convenable. Quoique n'étant pas prisonnier, son sort n'était guère favorable. Quant à son traitement, il fut d'abord réduit à la moitié, puis au quart de la somme habituelle et même après un an, supprimé. Ce fut bientôt quasi la misère. Voyant la situation sans cesse empirer, et n'ayant aucun espoir d'améliorer son sort tant que le roi vivrait, le prince-évêque se décida à vendre ses terres, ses habitations et ses meubles situés en Silésie prussienne ; puis il vint s'établir à Johannisberg, en terre impériale, vivant modestement d'un revenu de 14,000 florins, alors que jadis il en touchait annuellement 100,000.
Certain jour, ayant assisté à une grande fête organisée par le comte Hoditz, je rencontrai, en rentrant à Troppau, le secrétaire du princeévêque, Padre Piatus ; ce dernier m'était envoyé par son maître avec mission de s'enquérir du fait de savoir si je serais disposé à passer l'hiver suivant à Johannisberg; je recevrais un traitement honorable et jouerais, en réalité, auprès du prélat, le rôle de David consolant Saul. Le prince ne possédait pas d'orchestre, mais comptait parmi les membres de son personnel quelques musiciens, en sorte qu'il serait possible de composer un petit orchestre de huit instruments à cordes ; naturellement, je recevrais gîte, couvert, deux domestiques attachés à ma personne et une
mensualité de 25 ducats; le prince désirait obtenir réponse endéans les trois jours.
J'acceptai la proposition et m'engageai donc à Johannisberg du Ier novembre 176g au 3i mai 1770.
Je ne puis omettre certains incidents qui surgirent alors, modifiant complètement mes projets de voyage et influant fortement sur mon avenir.
En septembre, le prince-évêque m'invita, ainsi que le comte Larisch (beau-fils du comte Hoditz) et le gouverneur général von Blanc, dont j'ai déjà parlé, à prendre part à une grande chasse au cerf pendant trois jours. Je reçus une excellente carabine dont je fis bon usage, car le soir de la première battue j'avais tué sept cerfs, deux chevreuils et deux renards. Le second jour, nous chassions dans la montagne ; nous dûmes loger dans une hutte spécialement érigée à notre intention. Nous nous comptions environ cinquante personnes et, pendant la nuit, je m'entretins longuement avec les organisateurs de la battue. J'avais acquis à Schlosshof, à Grosswardein et par de nombreuses lectures de solides connaissances de la chasse et je stupéfiai, par mon savoir, mes interlocuteurs. Le troisième jour fut moins intéressant, car nous chassions en plaine ; je fis cependant une honorable hécatombe de gibier.
Quand le prince, au repos du soir, questionna ses invités au sujet du nombre de pièces abattues et qu'il m'adressa la parole, le direc-
teur de la battue l'interrompit et fit de mes talents cynégétiques un éloge exagéré. « Ce jeune homme, fit-il, témoigne de tant de dispositions pour tout ce qui se rapporte à la chasse qu'il est réellement digne d'occuper à la cour la place de maître des forêts et des chasses princières ! »
Le prince acquiesça à ces paroles et j'occupai effectivement l'emploi que l'on me proposait. Ce fut l'une des raisons qui me déterminèrent à me fixer définitivement à Johannisberg. Ce même soir, on vint à parler de mon voyage en Italie avec Gluck et le prince me demanda si ce dernier était noble, — on sait qu'il portait le titre de chevalier. J'expliquai au prince la provenance de ce titre honorifique. Après le souper, le prélat causa longuement avec moi et comme je lui avais confié que je comptais parmi mes compositions plusieurs messes, airs italiens, cantates, etc., il me pria instamment de lui faire parvenir les partitions soigneusement recopiées d'une messe, d'un air italien, d'un concerto de violon et d'une symphonie. A peine rentré à Troppau, je fis copier les dites œuvres que j'envoyai au prince. Ce dernier me répondit aussitôt pour me remercier et joignait 20 ducats pour frais de copie; il m'annonçait également qu'à la fin d'octobre il enverrait à Troppau chevaux et voitures pour me conduire à Johannisberg.
Quand j'arrivai là-bas, je fus désolé en constatant que les dix musiciens qui constituaient l'orchestre étaient des plus médiocres !
Mais que faire? Je n'eus que la ressource de multiplier les répétitions en sorte qu'après un mois de travail on pouvait assister à nos séances.
Le matin du premier jour de l'année 1770, je me rendis avec le Padre Pintus auprès du prince, afin de lui présenter mes hommages. Quelle ne fut pas ma surprise quand je vis ce dernier me présenter un grand parchemin en disant : « Mon cher Ditters, voici votre présent de nouvel-an que je reçois de Rome ». Et c'était, ô surprise, un diplôme par lequel le cardinal Archinto, vu le mérite de mes compositions musicales, me nommait « chevalier de l'ordre de l'Eperon d'or ! » Le prince tira également d'une jolie cassette la croix de l'ordre et la plaça sur ma poitrine. « A présent, mon cher Ditters, vous voilà chevalier tout autant que Gluck et, en votre qualité de Eques aureatus ac Sacri Palatii et aulae Lateranensis Cornes, vous avez droit d'entrée au Vatican et à des privilèges nombreux. »
Je vous laisse à penser si ma joie fut grande et ma reconnaissance vive à l'égard du prince qui avait tenu à me ménager cette surprise comme cadeau de nouvel-an.
Malgré les attentions répétées du prince à mon égard, le séjour à Johannisberg m'était si pénible que je me décidai, vers la fin mai, à poursuivre mon voyage. Entre-temps, je reçus du comte Hoditz une invitation à passer l'été à Rosswald, ce qui me mit dans l'obligation de retarder jusqu'en octobre mon voyage à
l'étranger. Cette invitation était motivée par ce fait que Frédéric II se rendait chez le comte pour y séjourner plusieurs jours. Le souverain connaissait le comte depuis la guerre de Sept ans et le tenait en haute estime.
Joseph II s'était rendu, en 1769, à Neisse afin d'y avoir une entrevue avec le roi; ce dernier, par contre, vint Tannée suivante à Màhrisch-Neustadt, près d'Ollmiïtz, rendre visite à l'empereur. Par amitié pour le comte Hoditz, Frédéric II modifia son itinéraire et résolut de s'arrêter à l'aller et au retour à Rosswald. Et le comte m'avait invité afin d'obtenir mon aide pour les festivités qu'il organisait en l'honneur du souverain. Je me rendis auprès de lui quinze jours avant la date fixée pour la visite royale et consacrai tous mes efforts à prendre les dispositions nécessaires pour les fêtes.
Au jour fixé, vers 4 heures de l'après-midi, le roi fit son entrée à Rosswald. Parmi les personnalités qui composaient sa suite se trouvaient le prince héritier Frédéric-Auguste, le prince Léopold de Brunswick — celui qui se noya accidentellement à Francfort-s/1'Oder, et le général Lentulus. Le soir même, le roi, le comte et la suite royale firent une promenade dans les superbes jardins; il fut donné, également, un ballet dans un théâtre de verdure délicieusement disposé, un cortège, fête druidique, etc. Le roi se retira dans ses appartements assez tôt, mais les autres seigneurs ne suivirent pas son exemple. Le jardin était
tout illuminé et on y avait ménagé deux grottes artificielles portant l'inscription suivante : « Grotte autrichienne et grotte prussienne ». Le comte demanda au prince héritier dans laquelle des deux grottes il serait désireux d'entendre un concert. « Puisque j'ai le plaisir de me trouver aujourd'hui en terre autrichienne, fut-il répondu, je serai enchanté d'entendre de bonne musique dans la grotte autrichienne ». Il fut fait selon son désir.
L'orchestre était bon; j'avais fait appel aux orchestres des concerts Hoditz et Chorinsky. On exécuta d'abord une de mes symphonies après laquelle je jouai l'un de mes concertos. J'achevais à peine les dernières mesures que le prince vint à moi avec ces mots : « Votre nom et votre talent ne me sont pas inconnus, car je possède diverses œuvres de votre composition. Je suis vraiment heureux de faire votre connaissance. » Puis il me pria d'exécuter une sonate que je rendis avec un sentiment profond; il ne se lassait point de me complimenter, tant que j'en étais confus. Il faut avoir connu cet excellent prince pour savoir combien il aimait et protégeait les artistes de mérite.
Le lendemain, le roi se rendit à Neustadt, y séjourna quelques jours, puis revint chez nous. Le prince me fit appeler et me demanda quels étaient mes projets de festivités musicales ou autres. Je les lui citai, mais il préféra à tous un concert dans lequel je me fasse entendre. Je jouai aussi trois œuvres à ce concert. D'autres spectacles, ballets, pantomimes, etc., étaient
préparés mais ne purent recevoir d'exécution, car le souverain devait partir le lendemain de grand matin. Le prince s'entretint encore longuement avec moi et, quand je lui exposai mes projets de voyage, il m'interrompit, disant : « Ne manquez pas de passer par Berlin! Je m'efforcerai de vous y rendre le séjour agréable! »
Le roi, lors de son départ de Rosswald, se montra très généreux à l'égard du comte; ce dernier reçut une superbe tabatière en or massif, ornée de brillants entourant un portrait du roi; en l'ouvrant, le comte y trouva un autographe royal : « Le secrétaire des finances remettra au comte Albrecht Hoditz, au reçu de la présente, 10,000 thalers. Frédéric II ».
Je demeurai encore trois jours à Rosswald, puis m'en revins à Johannisberg et songeai sérieusement à organiser mon grand voyage qui devait s'entreprendre vers octobre. Je me décidai à me rendre en premier lieu à Berlin, puisque le prince héritier m'y avait si cordialement convié. Mais le sort en décida autrement.
Un matin, le gouverneur baron Zedlitz, parent éloigné du prince évêque, me fit appeler et, après une discussion amicale d'assez courte durée m'apprit que le prince désirerait vivement m'engager à son service de façon définitive. Je déclinai l'offre, car, si j'étais assuré d'une existence agréable tant que le prélat serait en vie, quel serait mon avenir après sa mort? — « Nous avons pensé à cela, reprit le
baron; le prince est décidé, d'accord avec les autorités compétentes, à vous créer maître des forêts et des chasses princières pour la principauté de Neisse ». Et il me remit le brevet qu'il suffisait à présent de signer. L'avenir m'était ainsi assuré jusqu'à la fin de mes jours, quel que soit le prince-évêque régnant. On m'offrait un traitement s'élevant à i,5oo florins, le logis, le couvert et divers autres légers avantages.
Tout cela était très bien, mais la médiocrité frappante de la chapelle me faisait hésiter à répondre oui à l'offre du prince. J'eus une longue discussion avec le baron et nous décidâmes de porter mon traitement à 1,900 florins, d'affecter une certaine somme à l'engagement de musiciens et, surtout, de remplacer tous les employés et domestiques qui ne connaissaient pas la musique par d'autres personnes qui en possédaient de fortes notions.
Après avoir, cependant, longuement hésité, je me rendis avec le baron auprès du princeévêque. Nous discutâmes point par point les conditions d'engagement ; j'acceptai alors l'offre qui m'était faite et renonçai, par conséquent, à mon voyage. Le lendemain, je reçus officiellement le décret me nommant maître des forêts et les instructions nécessaires à mes nouvelles fonctions. Peu de jours après cette nomination, je prêtai le serment de fidélité devant le gouverneur et les autorités.
A présent, mon avenir était définitivement assuré.
CHAPITRE XX Le théâtre ovale de la tour. Mon oratorio David ; mon opera-comique II viaggiatore americano. Mlle Nicolini. Mon mariage.
Il ne fallut pas moins d'un mois avant que mon orchestre fût composé de façon satisfaisante. Il se composait de dix-sept personnes, dont onze salariées, les autres étant des amateurs de musique. Mais je n'avais de repos tant l'idée de créer un théâtre m'obsédait; je parvins cependant à mener mes projets à bonne fin. A Johannisberg se dressait un très vieux château ; on lisait sur le donjon : « Johann Turso, évêque de Breslau, a fait restaurer et a donné le nom de Johann, en souvenir de saint Jean, à ce château, i5oo, ». C'était une très vieille inscription gravée dans la pierre. Ce château me permit de mettre à exécution mes projets relatifs à l'érection d'un théâtre. A l'un des angles du bâtiment s'élevait une tour ovale massive, longue d'environ huit toises; je me décidai à y établir mon théâtre et fis part de mes intentions au princeévêque. Celui-ci mit à ma disposition sa domesticité et m'ouvrit un crédit suffisant à couvrir les frais d'installation, d'ailleurs peu élevés. A la mi-septembre déjà la salle était aménagée et la sonorité, au point de vue musical, était merveilleuse. J'ai souvent conseillé aux amateurs de musique disposant d'orchestres particuliers, de se faire construire une salle de concerts sur le modèle de la tour ovale.
Le théâtre établi, je m'enquis d'un personnel satisfaisant. Grâce à Pichel, je fis venir de Vienne Renner, sa femme et sa fille, et Ungericht; ma sœur elle-même vint s'établir à Johannisberg où elle fut très bien traitée par le prince. Etant à la tête d'une troupe convenable et d'une salle excellente, il s'agissait, à présent, d'écrire de bonne musique à faire exécuter. Padre Pintus, qui tournait agréablement le vers, m'écrivit le texte d'un oratorio David et d'un opéra-comique II viaggiatore amtricano.
Mlle Nicolini avait fait de telles progrès en musique, depuis plusieurs mois que je ne l'avais revue, que j'en fus stupéfait; elle fut vivement applaudie après avoir remarquablement interprété le rôle de David. Quant au rôle qui me fut dévolu, le lecteur va l'apprendre. C'est ici que se place une des dates mémorables de mon existence : celle de mon mariage. Il n'y a eu, dans cet événement, rien de romanesque ou d'aventureux; ce fut conclu très bourgeoisement, partant plus durable.
Je donnai journellement des leçons à Mlle Nicolini et — naturellement — en devins amoureux. Je trouvai en elle tant de qualités, une telle fermeté de caractère, de largeur d'idées, de bienveillance, etc., que je me décidai à solliciter sa main. Je ne me déclarai cependant qu'après plusieurs semaines, quand je fus bien certain de la solidité de mon amour. Puis, certain jour, après la leçon, j'eus avec la jeune fille une longue conversation; je lui déclarai
que je ne demandais pas de réponse immédiate, mais que je préférais de beaucoup lui donner ample temps de réflexion, fût-ce même une année entière. Elle me répondit qu'elle n'avait nul besoin de réfléchir et qu'elle accepterait volontiers de devenir ma femme si son père adoptif Renner acquiesçait à ma demande. Ce dernier fut on ne peut plus heureux d'apprendre nos fiançailles. Je fis part de mes intentions au prince-évêque qui me félicita vivement et, grâce à certaines dispenses accordées par le prélat, je pouvais me marier le dimanche suivant le jour des fiançailles. Mais je préférai remettre la date du mariage à sept mois plus tard. Quand je me mariai, le prince et la comtesse Schofgotsch assistèrent à la cérémonie et nous convièrent à un grand banquet. Le 3 mars 1771 est la date de ce mariage. Le prince-évêque m'octroya généreusement un grand appartement dans le châtau et eut pour mon épouse et moi mille attentions les. plus délicates.