‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegence (volume 2)Chapitre 116 sur 200 · LE ROI ET LA REINE À COGOLLOS · texte numérisé non relu

LE ROI ET LA REINE À COGOLLOS

plimenter la princesse à GogoUos , lieu assez mauvais à quatre lieues de Lerma, qui en font huit comme celles de Paris à Versailles, où elle dëvoit arriver de bonne heure, ce même Jour 29 janvier. Le duc del Arco la trouva arrivée. Il dit le mot à Toreille au marquis de Santa-Cruz po\}r qu'il avertît la duchesse de Monteillano et les dames de se contenir; puis, introduit chez la princesse, il lui fit son compliment, qu'il allongea exprès pour donner à sa royale suite le temps de la bien considérer. Ensuite il lui demanda la permission de lui présenter une dame et deux cavaliers de sa suite qui avoient un grand empressement de lui rendre leurs respects. Une dame , venue avec deux hommes à la suite d'un troisième, gâta tout le. mystère. La princesse se douta de la qualité de ces suivante , se jeta à leurs mains pour les baiser et en fut aussitôt embrassée. La visite se passa en beaucoup d'amitiés d'une part , de respect et de reconnoissance de l'autre ; et au bout d'un quart d'heure Leurs Majestés remontèrent en carrosse et arrivèrent fort tard à Lerma.

J'étois convenu avec Maulevrier , qui ce même jour étoit revenu avec moi, de Lerma, dtner chez moi, qu'il s'y rendroit le lendemain matin de son quartier, à une lieue du mien, entre six et sept heures du matin , pour partir ensemble avec tous mes carrosses et nos suites pour aller saluer la princesse à Cogollos. G'étoit huit lieues à faire, c'est-àdire seize de ce pays-ci, aller et venir. 11 falloit avoir le temps de man-^ ger un morceau chez moi au retour, et nous trouver à Lerma pour l'arrivée de la princesse. Nous partîmes donc ensemble à sept heures' précises , et les mules nous menèrent grand train. Nous fûmes introduits chez la princesse , qui achevoit de s'habiller. Nous lui fûmes présentés , puis je lui présentai le comte de Céreste , mes enfants , le comte de Lorges et M. de Saint-Simon. La duchesse de Monteillano , les autres dames, Santa-Gruz aussi, firent tout ce qu'ils purent pour que la prin-. cesse nous dît quelque mot , sans avoir pu y parvenir. Ils y suppléèrent par toutes les civilités possibles. Nous n'avions pas de temps à perdre;' moins d'un quart d'heure acheva ce devoir, et nous revînmes chez moi manger un morceau à la hâte , qui fut servi à l'instant , et nous nous en allâmes aussitôt après à Lerma, dont bien noi^ prit, car nous n'y attendîmes pas une demi-heure.

Dès que j'y fus arrivé. Je montai chez le marquis de Grimaldo, quoique je l'eusse vu chez lui la veille. Sa chambre étoit au bout d'une trèsgrande salle où on avoit fait un retranchement pour servir de chapelle. J'avois affaire encore une fois au nonce. Je craignois qu'il ne se souvînt de ce qui s'étoit passé à la signature , et je ne voulois pas donner prise au cardinal Dubois. Je ne vis donc qu'imparfaitement la réception de la princesse , au-devant de laquelle le roi, la rei^e , qui logeoient en bas , et le prince se précipitèrent, pour ainsi dire , presque jusqu'à la descente du carrosse , et je remontai vite à la chapelle , que }'avois déjà reconnue allant chez Grimaldo.

Le prie-Dieu du roi étoit placé vis-à-vis de l'autel , à peu de distance des marches , précisément comme le prie-Dieu du roi à Versailles , mais plus près de l'autel , avec deux carreaux à côté l'un de rautre.>La chapelle étoit vide de courtisans. Je me mis à côté du caireau du roi , à

ses IGNORANCE P9 q4^«!9AL BOil^U.

droite tout au bord en dehors du tapis, et je m'amusai là mieqi qu« j« ne m'y étois attendu. Le oardinal Borgia ) pontifioaleiqeat rerètu ^ étoii au coin de TépUre, le visage tourné à moi, apprenant sa leson entre deux aumdniers en surplis , qui lui tenaient un grand livre ouvert de« ▼ant lui. Le bon prélat n'y savoit lire; il s'efTorçoit, lisgit tout b^ut et de travers. Les aumôniers le reprenoienti il se CAcboit et Us grondoit, reoommeoçoit, étoit repris de nouveau, et se courrouçoit de plus en plus jiuMiu*à se tourner à eui et i leur secouer le surplis, le riois tant que je pouvoiSf oar il ne s'apereevpit de rien, tant il étPit ocoupé et empêtré de sa le^bn. Les mariages en Espagne se font Taprès-dlnée, et commencent à la porte de l'égliie comme les baptêmes. Le roi , la reine , le prinae et la princesse y arrivèrent ayeo toute la cour» et [le roi] fut annoncé tout haut, fc Qu'ils attendent, s'écria le cardinal en colère, j^ ne suis pas prêt, j» Ils s'arrêtèrent , en effet , et le cardinal continua «a leçon , plus rôuge que sa calotte et toujoura furibond. Enfin il s'en ^Ua 4 la porte où cela dura assez longtemps. La curiosité m'auroit fait suivre , aans la raison de conserver mon ppf ^« J'y perdis 4u divertisaor ment , car je vis arriver le roi et la reiqe à leur pri^Dieu riant et 9e parbint) et toute la cour riant aussi. Le nonce arrivai^t à moi me marqua sa surprise par gestes, et répétant i « Signor, sigporl 9 pt moi» qui avois résolu de n'y rien comprendre, je lui n^ontrai ]§ cardinal en riant, et lui reprochai de ne rayoir pas mieux instruit ppur Tliooneur du sacré collège. Le nonce entendoit bien le françois et récorcboit fof t mal. Cette plaisanterie et Tair iugénu dont ja la faispis , saps faipe semr blant des démonstrations du nonce* ^t si beureusen^en^ diyersipn qu'il ne fut plus question d'autre ebose , d'a?tanl plus que le cardinal y donna lieu de plus en plus en continuant la cérémonie , pen4ant la* quelle il ne savoit ni oï^ il en étoit, ni ce qu'il faisoit, reprjis et niontré 4 tous moments par ses aumôniers t et lui bouffant contre eux , en sorte que le roi ni la reine ne purent se contenir, ni personne de ce qui en iiit témoin. Je ne voyois que ]e dos du prince et 4ç la princesse à genoux, sur chacun un carreau » entre le prie-Dieu et l'autel, et le c^dinal en faoe qui faisoit des grimaces du dernier enibarras. fîeupeusemenl

je n'eus là affaire qu'au nonce , le majordome-msjor du roi s'étapt placé à côté de son ^ ) oapi^ine des gardes en quartier, au bord 4e la queue du tapis ^u prie-Pieu. Les grands étoient en {pple autour, et tout ce qu'il ¥ ayolt de gens considérables } $t le reste renipUssoit toute la cbar pelle a ne se pouyoir renouer.

Parmi ce divertissement qife ce pauyrf (cardinal dounpit è tout cf qui le voyoit, je remarquai u^ -contentement ei^trême dans le roi et ja reine i^ yoir ancep^plir ce mariage. La cérémonie Qnie, qui n$ fut pas bien longue, pendant laqueUe personne ne se mit à genqjix qu^ la roi ot la reine j et où il le foUut , les deux mariés , Leurs Majestés Gatboliquei se levèrent et se retirèrent vers le coin gauche du bas de }eur drap 44 piedt et se parlèrent bas peut-être l'espace d'un bon cr§(iOy après quoi la reine demeura où elle étoit, et le roi vint è m9i qui ètois k la pla9f où j'avois toujours été pendant la cérémonie. Le roi arrivé à moi me ftl rbpaneui d« me dire : 9 Monsieur» je suis slcantant de youa an loutia

.IS SUIS FAIT C^&ANQ p*ESPA&2fE. . S63

iQ^nièr^ , iH in j9eU# m Pf^fl^uU^r 4ont ?PU4 T0U9 êU« acqui^^é ([|e ^Q* tr« w|)auHi49 j^upràs d^ mpi , que j^ veux yous doonjsr dus marques de ma satUfi^^iop , d^ mon estime et de jifion amitié. Je yous fais grand d'^spaguf de ]^ preijtiière classe , yous et eu mévfie temps celui de vop deuf ^a q^e ypps youdrei; ç)^pisir pour 6tr^ graiid d'Espagne et eu jouir e^ même ^f^ps qy.e yous } et je Ms yotre fi^s aîné çheyalier de |a Toison d'or. » Ai^sfitôt je li^i emi)r^ssai )e$ pup^x, ef ji9 tâf^hal dé )ui t^moi^ gner ma reconnoissance et mon désir ex^rêmç 4^ ^^ r^i^^iS 4w^ ^^^ * gr^ç^s qi^'U 4ai9&oU F^pandfe suf moi /par mofi ^ttapt^ei^enf, v^es %fé%^\kv^iqfi\f§ sprvi«is et paon pli^ft ppo£on4 r^sp^pt. Puis jf^ lui t^aisai 1^ vfk^iikt et mf^ touriiaipoiip f^ire ^ppe^pr fç^s m^^U^ <iui fure^^ quelques mp^ents à être aye^rtis e\ ^ yenir jusqu^^ i^çi, [çioipepts] que i em-* ployai f i^ r^mef^menti redpublés. pès qii'ils apprpchèrent , j'appelai Ip ca49t, 9\ lui 4^9 4'(|i4bras#pp len geopu^ 4^ roi <)ui nou« combloit de gr^fifS, ^t qi^i le faiioit gr^4 d^£spagP9 ayec moi. l\ J^^i^a la Win du roi en se reley^gl, qui l^i dit qu'i) étpii tov\ aise 4p P^ ^u'^ yenoi^ de faire* Je lui pr4#P4tal apréf^ t'^îf^é pour U remercier de la Toison , et qiai S4 Mssa (pr| ^ §p^lepa#at q( }ui bai§^ 1» main. i)è$ que cela fiit faii^ U roi alla yer^ 1% reii^p , o^ jf U s^fyi^ ayec pies epfants. Je ine 4)aissai fort bas deyahtla reine; je lui fis mon remercîment particulier, puis lui pr«s9a^i mm tP^^is) le cadet Ip pr^miiiri l'aÎQé après- X<a reine mm fe^ul »y$c ))eauppup 4e bon|i^ e( ;m>H4 4U ¥uil}e chosejs obligeante^! pilis s$ mit en learii^be ayep 1$ rpi , suivis dji^ prince qui donnpit la main à la princesse, qne nous salutooi eu pm^QV) et [il|] retournèrent dan» leur i^partsmcnt. Je youlus les suiyre $ mais j§ fns comme enleyé par Ij^ foule q\»i s'empressa autour de moi à me fair^ deç compUi^^ents. J'eiiji grande ait^nUOn à répondre i obaouD le plus cpnye^a))iemeut i et à fous le plus poîiiçeat qu'il me fut ppssibli; et quoique je ne m'attendisse ^ rieu moins qu'à receypir ces grâces 4^ P9 mpu^^nt, et q}ie je n'eussç qu'une MFtitude f agujs par (^riinal4o , si de lui-mêfue ^t iudéânie ppu)^ le temps, U im parut depuis que tfi^iê pptte ^op^rpu^ PPUf fut couteate de moi.

J'afieotai fort de témojgiiffr «m grands d'Stpftgp» qu« j'ayois tpute ma yie eu une si hauts |dé^ de leur dignité ^ qu'encore que j'eusse Fiionneur d'ètrô revêtu de la premiièrp du royaume 4e Fr^Upe, je mê trouyois fort honoré de l'être de la leUP. Je n'en djssiu^iu^ pas ^a joie t ni Qoinbien j'étois sensible au bonheur de mpu second ïïi», pour lequ/i) je leur demandai leurs bontés. Je n'oubliai pas ausH 4$ témoigner im| cfaevaliers de la Toison combien j'étois touché de l'J^nneur qu^ mpu fiis atné recevoit, et moi ayec lui de sa promotion à ce upbl^ et grand ordre , ei je t4chai d^ n'oublier rien de tout ce qui pouypit le plm leur marquer l'estime que je faisois des Ëspagnc^s» et des dignités etdef honneur^ de rfispagne» et répondre le mieux & l'empressement, pour ne pas dire à Faceablement de leurs compliments à tous , ainsi que m^ reppnnoissanoe pour les boniés et les grâces que je recevois de l<eur| Bfajestés Cathc^iques. Mes enfants, que la foule qui fondoit sans cessff sur nous /lépara bientôt de moi, firent de leur mieux 4e ieur côté; e| oeia dura plus d'une heure dans sa lores , ^t longtemps aprèi éê fiPUX

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