‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegence (volume 2)Chapitre 117 sur 200 · JE HE PROPOSE DE RENDRE PUBLIC · texte numérisé non relu

JE HE PROPOSE DE RENDRE PUBLIC

de moindre quaKté qui n'avoient pu nous approcher plus tôt; et je tâchai , suivant leurs degrés, de ne pas moins bien [les] recevoir et [leur] répondre que j'avois fait aux autres. Je ne me contentai pas d'avoir yu Grimaldo dans cette foule. Dès que je fus un peu débarrassé , je remontai chez lui et lui fis les remercîments que je lui devois avec grande effusion de cœur. J'étois, en effet, au comble de ma joie de me voir arriver au seul but qui m'avoit fait désirer l'ambassade en Espagne , et je le lui devois presque entièrement.

Revenons maintenant un moment sur nos pas pour reprendre de suite ce que j'ai omis , pour ne le pas interrompre. La modestie et la gravité des Espagnols ne leur permet pas de voir coucher des mariés : le souper de noce fini , il se foit un peu de conversation , assez courte , et chacun se retire chez soi , même les plus proches parents , hommes et femmes de tout âge , après quoi les mariés se déshabillent chacun en son particulier , et se couchent sans témoins que le peu de gens nécessaires à les servir , tout comme s'ils étoient mariés depuis longtemps. Je n'ignorois pas cette coutume et je n'avois reçu aucun ordre là-dessus. Néanmoins j prévenu des nôtres , je ne pouvois regarder comme bien solide un mariage qui ne seroit point suivi de consommation au moins présumée.

On étoit convenu, à cause de Tâge et de la délicatesse du prince des Asturies , qu'il n'habiteroit avec la princesse que lorsque Leurs Majestés Catholiques le jugeroient à propos, et on comptoit que ce ne seroit d'un an , tout au moins. Je témoignai ma peine là-dessus au marquis de Grimaldo, à Lerma; je n'y gagnai rien; il étoit Espagnol, et il ne fit que tâcher de me rassurer sur une chose où il ne voyoit pas qu'il se pût rien changer. Outre que -je n'eus que quelques moments. avec lui, je crus ne devpir pas insister , et lui laisser , au contraire , croire que je me tenoia pour battu, de peur que s'il apercevoit plus d'opiniâtreté, et que j'en voulusse parler au roi et à la reine, il ne me gagnât de la main à l'instant, et les prévint à maintenir la coutume établie^ et qui, jusqu'alors, n'avoit jamais été enfreinte ; mais résolu à part moi de n'en pas demeurer là, puisque, au pis aller, je ne réussirois pas, et ma tentative demeureroit ignorée. Ains^ dans l'audience que j'eus à Lerma , et que j'ai racontée après avoir fini ce qui regardoit la Toison de Tempereur et le duc de Lorraine, je me mis à parler du mariage, et de l'un à l'autre, de la consommation , en approuvant fort le délai que demandoit l'âge et la délicatesse du prince. De là je vins à la joie que recevroit M. le duc d'Orléans d'en apprendre la célébration ; et je me mis à les flatter sur l'extrême honneur qu'il recevroit de ce grand mariage , de sa sensibilité là-dessus, et plus, s'il se pouvoit encore, d'un gage si précieux et si certain du véritable retour de l'honneur des bonnes grâces de Leurs Majestés Catholiques , que j'étois témoin qu'il avoit toujours si passionnément désiré. Je fis là une pause pour voir l'effet de ce discours ; et comnxe il me* parut répondre au dessein qui me l'avoit^fait tenir, je m'enhardis à ajouter que plus cet honneur étoit grand et si justement cher à M. le duc d'Orléans , plus il étoit envié de toute l'Europe et des François mal intentionnés pour le régent , et plus la solidité du ma-

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