‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegence (volume 2)Chapitre 125 sur 200 · DANGERS ET ABSURDITÉ DÛ PASSAGE ACTUEL · texte numérisé non relu

DANGERS ET ABSURDITÉ DÛ PASSAGE ACTUEL

trer dans le château, et quHls montassent tous deux dans la même calèche en même instant, chacun par sa portière, ce qui n'ayoit jamais été prétendu par aucun souverain , même sans être incognito, quoique dans le même temps l'électeur de Cologne , son frère , mais plus raison-

. nable , Incognito aussi , -mais vêtu en évêque , ne prétendit rien de semblable, et vît debout le roi dans un fauteuil, après souper, avec sa famille , plus d'une fois , ou véritablement Monseigneur et Mgrs ses fils étoient debout aussi , et les princesses sur des tabourets.

A regard de Monseigneur , il le vit à Meudon , y dîna avec lui , vis-àvis de lui au bas bout , avec les dames et les courtisans , tous sur des sièges à dos , faits pour la table , comme à l'ordinaire , et suivit toujours Monseigneur, se reculant même aux portes, qui lui montra toute la maison , puis les jardins , où l'électeur ne fit aucune difficulté de monter dans la calèche de Monseigneur toujours après lui. De ces variations on pouvoit conclure quels seroient les embarras du cérémonial entre don Carlos, le duc de Parme lui-même, les autres princes d'Italie, les cardinaux et les autres principaux grands , desquels tous il faudroit continuellement encourir la haine pour des points de cérémonial , ou laisser flétrir en sa personne la dignité de sa naissance et celle des deux couronnes.

Rien ne m'avoit été plus recommandé en partant que d'écarter toutes les idées de la cour d'Espagne sur l'Italie , particulièrement sur tout ce qui pouvoit de près ou de loin tendre à quelque entreprise et à quelque rupture de ce côté-là. Rien n*y pouvoit pourtant conduire d'une façon plus directe que ce passage actuel de don Carlos avec des troupes. C'étoit réveiller toute l'Europe sur un projet dont elle s'embarrassoit peu , tandis qu'il paroissoit éloigné au point où il l'étoit par sa nature , mais qui auroit tout à coup changé de face dès qu'on auroit vu paroître don Carlos armé en Italie. Il auroit fallu payer et entretenir ces troupes , et ce n'eût pas été aux dépens du duc de Parme. Quand bien même ce prince eût pu consentir de soudoyer ces troupes de l'argent qui lui seroit accordé par le pape , et par le roi d'Espagne , de l'induit sur le clergé des Indes pour le payement de Castro et de Ronciglione , induit néanmoins qui étoit une chimère , on auroit dû s'attendre que l'Espagne , sur les sujets de laquelle ces sommes seroient tirées , nous auroit demandé d^ contribuer de notre part. L'empereur, qui ne vcrroîl point cet événement sans une jalousie extrême, pourroit prétendre de s'y opposer par la voie des armes , comme à une chose qui , n'ayant point d*apparence par l'éloignement naturel de ces successions , le menaceroit d'une manière effective. Mais par impossible , prenant la chose avec plus de modération , il pourroit prendre une autre voie qui, à la fin , ne conduiroit pas moins à la rupture : il diroit que les États de Parme et de Toscane sont menacés d'invasion , tout au moins d'oppression ; qu'encore que le duc de Parme y consentît pour le sien , lui empereur n'étoit pas moins obligé de protéger ses feudataires. Il prétendroit garder les places de ces États ; il y trouveroit toute sorte de facilité pour celui de Toscane ; et pour six mille hommes que nous aurions en Italie, il y en auroit le

nombre que bon lui sembleroit , avec toute la facilité que lui donnent les

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