‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegence (volume 2)Chapitre 124 sur 200 · CHAVIGNY MAL REÇU · texte numérisé non relu

CHAVIGNY MAL REÇU

son confident personnel , qui Tenvoyolt sans m'en avoir rien mandé auparavant; que tout ce qu'il m'en marquoit étoit qu'il l'avoit choisi comme étant parfaitement instruit de ce qui se passoit en Italie , en particulier à l'occasion de l'état incertain de la santé du grand -duc, et que je n'en savois pas davantage.

Grimaldo tout bouffant me répondit qu'ils en savoient autant que lui, et que si le cardinal l'en croyoit si instruit, il n'avoit qu'à lui en faire faire un mémoire et le. leur envoyer , et non pas un fripon aussi connu que cet homme-là , auquel il n'y avoit pas même moyen de parler. Je le laissai encore s'exhaler tant qu'il voulut , puis , le ramenant doucement peu à peu, je lui dis que si falloit-il bien pourtant qu'il le vît^ quand ce ne seroit que pour voir ce qu'il voudroit dire. Grimaldo me répliqua que quand il pourroit se résoudre à le voir, il m'assuroit bien que le roi ne permettroit pas qu'il se présentât devant lui. Je lui représentai qu'en convenant avec lui du mauvais air du choix, le régent auroit droit de se plaindre qu'on ne voulût pas entendre en Espagne celui qu'il y en- Toyoit ; et. que le roi d'Espagne, dans la position si heureuse où la France et le régent se trouvoient avec Sa Majesté Catholique , elle en usât à l'égard de Ghavigny comme on fait tout au plus au moment d'une rupture résolue. Grimaldo me répliqua avec dépit : « Et pourquoi nous envoyer un coquin décrié partout ? n'est-ce pas tout ce qu'ils pourroient faire dans une rupture? que veulent- ils que nous pensions de^e beau choix et si unique à faire? Quelle confiance prétendent- ils que nous lui donnions ? Il faut qu'ils nous croient stupides , et qu'ils aient pour nous le dernier mépris. Mais nous le leur rendrons bien aussi, et nous leur renverrons leur fripon tout comme il sera venu. Gela leur apprendra du moins à ne nous plus envoyer des fripons reconnus, déshonorés par tout le monde , et s'ils nous veulent tromper, du moins de ne l'afficher pas d'avanpe , et de nous envoyer des fripons qui aient du moins la figure de gens ordinaires ! » Gomme je vis que je ne ferois que l'opiniâtrer davantage , je me retirai , en le priant du moins d'y penser.

Je retournai le voir le lendemain, et je lui demandai en riant de quelle humeur il étoit ce jour-là. Il me fit mille politesses et mille amitiés, sur lesquelles je pris thème de lui dire qu'il ne me pouvoit arriver .rien de plus fâcheux que l'exécution de ce qu'il m*avoit dit la veille ; qu'il connoissoit les fougues du cardinal Dubois ; qu'il avoit vu , par le délai si affecté de m'envoyer la lettre du roi pour l'infante , qu'il avoit eu dessein de me jeter dans l'embarras dont j'avois été forcé de lui faire la confidence , et dont il avoit eu la bonté de me tirer ; qu'il avoit vu encore par la foiblesse de sa lettre à lui , et de celle qu'il avoit faite de M. le duc d'Orléans pour le roi d'Espagne, le peu d'envie qu'il avoit que j'obtinsse les grâces de Leurs Majestés Catholiques auxquelles lui avoit eu toute la part , et avoit voulu supprimer ces lettres , qui l'étoient de« meurées en effet , comme plus nuisibles qu'utiles ; que j'en aurois bien d'autres à lui apprendre pour lui faire voir quel étoit le cardinal Dubois à mon égard; que si Ghavigny n'étoit point écouté., si le roi d'Espagne lui faisoit Taffront de ne vouloir pas permettre que j'eusse l'honneur de le lui présenter, le cardinal, qui pouvoit tout sur M. le duc d'Orléans,

[1722] chavigny; sa mission. 285

feroit qu'il s'en prendrott à moi , l'imputoFoit à la jalousie du secret de ce dont Chavigny étoit porteur , publieroit et persuaderoit que je sacriiiois l'honneur du régent et de la France , l'union et la réconciliation si récente des deux cours à ma vanité personnelle , et^ue traité comme je l'étois en Espagne, on ne pouvoit douter que Chavigny n'y eût été trèsbien reçu et très-bien traité si je Ta vois voulu ; que je ne sérois pas dans le cabinet de M. le duc d'Orléans pour imposer au cardinal , comme il m'arrivoit souvent, ni pour me défendre ; qu'enfin j'espérois de son amitié à lui, jointe aux autres considérations que je lui'avois représentées la veille, qu'il ne voudroit pas me faire échouer au port.

Je lui parlai si bien , ou il avoit si bien réfléchi sur ce refus , qu'enfin il me promit de voir Chavigny et de faire ce qu'il pourroit pour que je le pusse présenter au roi d'Espagne , sans toutefois me répondre de venir à bout de ce dernier point. Ce fut tout en arrivant de Lerma que j'eus ces deux conversations avec lui. Il étoit arrivé incommodé et enrhumé , la fièvre s'y joignit après, et il fut sept ou huit jours sans voir personne, ni sortir de son logis.

Le 16 février Chavigny arriva et me vint voir le lendemain matin. Après des propos généraux où il déploya toute sa souplesse, ses respects et Son bien -dire , il m'apprit qu'il venoit avec une lettre de créance du duc de Parme , qui comprenant bien l'impossibilité de retirer des mains du pape le duché de Castro et la principauté de Ronciglione , et toute la difficulté d'en retirer l'équivalent en terres , il se restreignoit à lui en demander un qui seroit aisé , si l'Espagne vouloit bien y contribuer en se joignant à lui pour demander au pape un induit ' sur le clergé des Indes , dont le duc de Parme toucheroit l'argent à la décharge du saintsiége, jusqu'à parfait dédommagement. Avec sa manière hésitante et volontairement enveloppée , il ne laissa pas de me dire , quoique non clairement, que le cardinal Dubois approuvoit fort cet expédient, et je sentis qu'il y entroit fort pour sortir par là de l'engagement où il s'étoit mis avec ce prince pour lui procurer cette restitution.

Ce qui me surprit fut l'aveu de Chavigny, vrai ou supposé, de n'avoit point de lettres de créance du cardinal Dubois , avec l'air d'un assez grand embarras, sur qupi je me divertis à lui dire que la confiance de ce ministre en lui étoit si généralement connue qu'il n'avoit qu'à se présenter pour obtenir la même des ministres avec qui il pourroit avoir à traiter. Il se mit après sur les louanges du duc de Parme : sagesse , capacité , considération dans toute l'Italie ; sur tout , et plus que tout , il me vanta son attachement de tous les temps pour la France , qui l'a voit exposé à tous les mauvais traitements de l'empereur. Je lui demandai en bon ignorant comment il s'étoit comporté dans l'affaire du double mariage. Chavigny me répondit sans hésiter que tout avoit passé par lui, qu'il y avoit fait merveilles, qu'il y avoit eu la principale part. Je pris cela pour fort bon, et tout comme il me le donna, mais il ne se doutoit pas que j'en savois là-dessus autant ou plus que lui.

i , Le mot induit désigne ici, comme on l'a déjà vu, un impôt spécial levé sur le clergé avec l'autorisation du pape.

Md CHAYIONT CHARGE DE PROPOSER [1712]

Longue M. Ift duo d'Orléans me eonfift poilr Ut première fdlë les ma«^ nages , avant même que Taffaire fût entièrement aiCheyèe , il ine dit en môme temps que tout se faisoit à TinSu du duc de Parme ; qu'un secret profond lui cacheroit cette affaire par les deux cours^ Jusqti'à ce qu'elle fût entièrement parachevée; que M. de Parme étoit le promoteur et le principal instrument des mariages des inÇants d'Espaghe avec les archiduchesses dont il'ayoit toute la négoc^tion. Lôi^que les mariages furent faits , M. le duc d'Orléans me dit qu'ils étoient topbés sur la tête du duo Parme comme une bombe ; qu'il en étoit au désespoir. Et quand après k cardinal Dubois et moi fûmes , comme je l'ai ràcqhté en son lieu , replâtrés , et que nous fûmes à portée de parler d'affaires et de mon ambassade prochaine, je lui parlai du duc de Parme^ sans lui laisser rien sentir de ce que M. le duc d'Orléans m'en avoit dit^ et il m'en rapporta les mêmes choses précisément que J'en avois apprises du régent. Ce souve* nir , que je ne pouvois avoir que très-t)résent en Espagne , me confirma ^e plus en plus dans l'opinion que j'avois 4e Ghayigny ^ et de me bien garder de lui en laisser flairer l'odeur la plus légère* De là , il me battit la campagne avec force bourre, à travers laquelle il s'étendit, mais fort en général, sur la nécessité de l'établissement de l'infant don Carlos en Italie, sur les bonnes choses qu'il y aufoit à faire en cette partie de l'Sa» rope , sur le respect où.le double mariage y alloit retenir l'empereur à l'égard des deux couronnes , sur sa foiblesse par faute d'argent. Il finit par me dire qu'il avoit un plein pouvoir de M. de Parme si étendu qu'il lui soumettoit son ministre à Madrid, et lui permettoit même d'agir contre l'instruction qu'il lui avoit donnée, s'il le jugeoit à propos \ enfin que ce prince comptoit tellement sur l'amitié et la protection du cardinal Dubois qu'il l'avoit chargé-dé suivre en toUs les oMrés de ce ministre sur ce qui le regardoit.

. Le soir du même jour, tout tard, Pecqiiet me vint apprendre qde Ghavigny l'avoit vu et lui avoit dit qu'il arrivqit à Madrid pour une com* mission qui seroit fort agréable , qu'il s'agissoit de faire passer don CàF» los actudlçment en, Italie, de lé confier au duc dé Parme; de raccompagner de sit mille, hommes dont M. de Parme aunut le conmiàndemehti ainsi que l'administration du jeune prince.

Ghavigny me revint ^voir le lendemain matin , et après la répétition de plusieurs choses de sa première conversation , et force bourre, pendant quoi j'étois fort attentif à ne lui pas laisser aperceyoif que je susse ht inoindre chose sur don Carlos, il m'eh parla lui* même avec ses enveloppes accoutumées. Il me dit que M. de Parme désiroit fort d'avoir dès à présent ce petit prince auprès de lui; qu'en ce eaail lui faudroit don* ner six mille hommes pour sa garde ; que l'un et l'autre rendi*oient le duc de Parme fort considérable en Italie, et lui donneroient un manie^ ment de subsides que l'accommoderoit fort , et l'administration du jeune prince. Je lui, fis quelques légères objections pour l'excjter à parler. H me dit qu'il étoit yrai que ce passage n'étoit peut-être pas bien néces* saire à l'âge de l'infant, que néanmoins sa présence en Italie pourroit ççntenir les partis qui.se.formoient parmi les Florentins pour se remettre en république après la mort du grand prince de Toscane^ tft enootti»*

[17SS] LE PASSAGE DE P. CARLOS. t87

geroit ceux qui youloient un souveraîu ; i^ais qu'au fond ce passage actuel i&toit sans aucun incouvénient. Il me dit cela d'un air simple, comme si en effet il s'agissoit d'une chose indifférente. Je lui répondis , avec I4 même apparente indifférence , que je n'en savois pas assez pour voir les avantages et les inconténients de ce projet qu'il m'assura , en passant, être fort du goût de la cour d'Espagne. J'ajoutai que je croyois que par caractère, et par capacité. également démontrée par le double mariage et par les affaires du nord , le cardinal Dubois devoit être la boussole sur laquelle uniquement on se devoit régler ; qu'il avoit si profondément le système de l'Europe dans la tête, et l'art de combiner et d'en tirer Ion plus grands avantages, que c'étoit de lui et.de ses lumières qu'on devoit attendre les ordres pour s'y conformer entièrement.

Là-dessus Ghavigny me dit , avec un air d'ingénuité plaintive , que c'étoit là tout ce qui faisoit son embarras; qu'il y avoit dix mois que cette affaire de don Carlos se traitoit ; qu'il en avoit souvent écrit au cardinal Dubois , sans en avgir jamais reçu là-dessus aucune réponse ) qu'il s'étoit contenté de lui écrire sur l'affaire de Castro et de Honciglione ^ de lui prescrire de se rendre à Madrid pour y donner un compte général des affaires d'Italie^ sans entrer même en beaucoup de détail^ là -dessus avec la cour d'Espi^goe, et d'agir pour M. de Parme suivant qu'il lui ordonneroit touchant Castro et Ronciglione. Je me mis à sourire, et je lui dis que, si M. le cardinal ne s'expliqi|oit pas sur l'affaire du passage i j'en suspendrois aussi mon jugement, ce qui. me seroit d'autant plus aisé que je n'avois plus que peu de jours à demeurer 4 Madrid. Û me répondit, en reprenant son air de plainte , qu'il n'avoit pas seulement d'instruction ni de lettres de créance du cardinal Dubois pour la cour d'Espagne ; puis , reprenant un air plus satisfait s il ajouta tout de suite que cette façon étoit aussi pli^s simple entre dîeux cour# aussi étroitement unies que.l'étoient celles de France et d'Espagne. Il falloit que Ch^vigny me crût bien aeuf pour tâter de cette sottise. Je ne pus m'empêcher de lui répondre, mais en riant en moi -Même, que içe qui constituoit le ministre étoit moins sa lettre de créance que cellç qu'on lui vouloit bieii donner , et les affaires qu'on traitoit avec lui. Et comme le cardinal Dubois me l'a voit extrêmement recommandé, et q^e j'avois vaincu la répugnance du mapquis de Grimaldo, je crus lui devoir offrir de le mener chez ce ministre dès qu'il seroit visible, et au roi d'Est pagne, comme iin homme de la coinbançe du cardinal Dubois avec lequel on pouvoit traiter^ ce qu'il accepta avec beaucoup de satisfaction et de remerclments.

De ces deux conversations , avec ce que daiis l'entre-deux j'avois appris de Pecquet , je compris aisément que la mission apparente de Cha« vigny , quoique effective , étoit l'affaire de Castro et de Ronciglione ; mais que ce qui l'amenoit véritablement à Madrid étoit le passage actuel de don Carlos en Italie. Ce qui me confirma encore dans cette persuasion fut que j'appris deux jours après qu'on armoit six vaisseaux de guerre eji quatre frégates à Barcelone , pour être prêts à la fin de mai , même avee beaucoup d'indiscrétion, c'est-à-dire à grands frais et avec beaucoup de hruit*

288 TABLEAU [l72St]

Avant que d'expliquer mon sentiment sur la mission de Chavigny , et ce que je crus devoir faire en conséquence , il faut expliquer l'état d'alors de la cour d'Espagne , des cabales de laquelle je n'ai donné qu'un simple crayon jusqu'à présent.

Le P. Daubenton avoit très-certainement été le seul confident avec le cardinal Albéroni de l'entreprise méditée sur Naples, et faite ensuite en Sicile. Ils se craignoient et se ménageoient réciproquement ; et le jésuite, qui ne vouloit pas hasarder de perdre sa place une seconde fois , qui seule le pouvoit conduire au chapeau où il tendoit sourdement de toutes ses forces, trembloit intérieurement devant Albéroni, qui le sentoitet en profitoit pour s'en servir comme il lui convenoit, sans s'aimer le moins du monde : c'est ce qu*on a vu répandu en raille endroits de ce que j'ai donné de M. de Torcy sur les affaires étrangères. Tous deux halssoient Grimaldo , pour lequel ils craignoient l'affection et le goût du roi. Quoiqu'ils l'eussent chassé des affaires et du palais ^ et quoi qu'on eût fait, depuis les changements de ministère, pour réunir le P. Daubenton et Grimaldo , jamais le confesseur ne put lui pardonner le mal qu'il lui avoit fait , en sorte qu'il n'y eut jamais entre eux que des apparences très-superficielles. Gastellar, secrétaire d'Ëtat de la guerre, et très-capable de cet emploi, étoit au désespoir que les troupes ne (tissent point payées , de les voir journellement se détruire , et les officiers qui étoient dans l'étendue de la couronne d'Aragon réduits à se faire nourrir par charité dans les monastères ; que tous les projets qu'il avoit présentés pour y remédier fussent toujours remis à un examen qui ne se faisoit point ; et tout cela je le savois de lui-même. 11 accusoit Grimaldo de soutenir le marquis de Gampoflorido , ministre en chef des finances , malade depuis deux ans , hors d'état de donner ordre à rien , et qui mourut avant mon départ de Madrid , à qui pourtant toutes les choses qui regardoient les Nuances étoient renvoyées , qui demeuroient toutes et tomboient dans la dernière confusion, sans que le roi d'Espagne y fit autre chose qu'attendre sa guérison , ni voulût , même par intérim , prendre aucun parti là-dessus.

Castellar, qui m'avoit fait ces mêmes plaintes, mais sans me parler de Grimaldo , avoit désiré d'être remis en union avec lui , qui s'étoit altérée entre eux. On y avoit travaillé utilement , et on fut surpris que , dans le temps que Grimaldo s'y prétoit le plus, Castellar, de propos délibéré, se retira tout d'un coup , et mit les choses en beaucoup plus mauvais état qu'elles n'avoient été auparavant. L'époque de cette conduite bizarre de Castellar fut [celle] du voyage de Lerma; et la maladie qui, au retour, retint Grimaldo près de quinze jours au lit^ sans sortir ni voir personne, fut attribuée par gens bien instruits à deux chagrins violents que ce ministre essuya en arrivant de ce voyage. Dans ce même temps, Castellar étoit souvent enfermé avec le P. Daubenton, entroit chez lui par une porte de derrière, [et] en sortoit bien avant daçs la nuit. Le confesseur étoit étroitement uni avec Miraval, gouverneur du conseil de Castille.

Le lien de cette union étoit qu'Aubenton faisoit, depuis quelque temps, renvoyer toutes les afiaires par le roi d'Espagne aux consultée,

[1722] DE LA COUR INTÉRIEURE d'eSPAGNE. 289

c'est-à-dire aux conseils et aux tribunaux , en quoi le confesseur trou- Yoit parfaitement son compte , parce que tout étoit à la cour d'Espagne affaire de conscience , et que , sur le renvoi ou la réponse des différentes consultes que le roi lui renyoyoit toujours , la vraie décision en demeu- Toit au jésuite tout seul , qu'il montroit comme sienne à qui elle étoit favorable , et comme venant des conseils et des tribunaux à qui elle étoit contraire. D'un autre côté Miraval étoit dans la liaison là plus intime avec le duc de Popoli jusque-là que, contre la dignité de sa place de gouverneur du conseil de Castille , inviolablement conservée jusqu'alors , et dont Miraval étoit lui-même fort jaloux, il alloit souvent chez le^uc de Popoli au palais, et demeuroit fort longtemps tète à tète avec lui dans sa chambre.

De tous les Italiens Popoli étoit le plus dangereux par son esprit et par sa haine pour la France. Il étoit l'âme de la cabale italienne qui se réunissoit toute à lui , laC[uelle détestoit la France et l'union. Cellamare , qui portoît le nom de duc de Giovenazzo depuis la mort de son père , étoit revenu deux jours avant mon arrivée de Galice , où il commandoit , sans apparence d'y retourner , ni qu'on y renvoyât personne en sa place , et faisoit sa charge de grand écuyer de la reine, avec qui il étoit fort bien. Le prince Pio étoit aussi de retour de Catalogne où il commandoit, et préféroit à ce bel emploi la charge , sans fonctions , de grand écuyer de la princesse des Asturies-, qui n'avoit point d'écurie ,' servie par celles de Leurs Majestés. Tout cela montroit qu'on rassembloit à Madrid les principaux seigneurs italiens pour les consulter sur les affaires d'Italie , comme le duc de Popoli le fut siir l'entreprise de Naples dont il fournit tous les mémoires. Castellarjie pouvoit avoir si brusquement changé sur sa réconciliation avec Grimaldo sans avoir subitement pris d'autres vues et s'être assuré d'autres ressources, qui ne pouvoient être autres que le confesseur et les Italiens , et se mettre bien avec la reine en flattant son ignorance des affaires et son ambition sur le passage de don Carlos , qui d'ailleurs convenoit si bien à Castellar, parce que cela forçoit le roi d'Espagne à mettr» enfin ordre à ses troupes et à ses finances, à quoi il buttoit pour sa caisse militaire. Et comme il étoit très-vrai que le désordre des finances ne venoit que par faute d'administration , parce que le fonds en étoit très- bon, et pour ainsi dire sans dettes, Castellar auroit vu avec plaisir quelque rupture en Italie , qui n'auroit pu qu'augmenter le crédit et l'autorité de sa charge. Cet oit là le désir suprême de la cabale italienne , tant pour se mêler d'affaires ef acquérir de la considération et du crédit , que dans le désir et l'espérance toujours subsistante , pour raccrocher une partie de leurs biens d'Italie, d'essayer, contre toute raison , quelque restitution au roi d'Espagne de ce que l'empereur lui détenoit, dont, au pis aller, le mauvais succès ne pouvoit rendre^ cet égard leur condition pire.

Cette vision, quelque insensée qu'elle fût, méritoit d'autant plus d'être considérée qu'il étoit arrivé à Chavigny de lâcher un grand mot à Pecquet, dans une seconde conversation qu'il eut avec lui, et dont Pecquet me rendit compte incontinent après. Raisonnant ensemble de ce passage actuel de don Carlos en Italie, Pecquet lui dit que c'étoit l'en- Saikt-Simoic xu 13

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Le ipf gt ^ f eifie 4'e?P95Rfi , IfiB^Î 4eM fPBfesséurs , Ifi? ileH f^'h »ires (i';pta| priQcipaift p^ ^ cspbp'«fit BRJPj du 4*8ûût ?t 40^ sflHpsRin gu'ilg oqnprtol^qt du pflpibrp d? f ■ ' '

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KROit plu» 44e da Ift PQ'itflSfS aiiafid pqit^ 90))s i^npoutriQOÏ ; ia t^ 1a>4ui pas de le vmt deuï fRif i^ dtn^i cqei mei dans <^ tqm^-ii, pft il lenoit s«iMiMï*H^l («t lîficsiqepî dP lui-wtaîfl- . Enfin va deofier okj^t, mai» Tir, d^ cette i»baleitali«ppt, #tflit dg perdre rsdiealeioeiit grimaldo et par hsina peraopgelle ^t cahibib nbst*ole i leurs projett > de^HM^l? (l ^toit irïs-^otggë par priocipei d'Stai e( encore par arersipii d'enf comme de ses epnjmi» ; p^i mitées principes d'&at uta-favors^les i U France, entièrement di^oiié^rmiigp, ^nl Traimeot au bit dea affaires étcangiirea, fort Sapagoolettout ieui, et comme eux loua dans l'iteraion active et paiaiïe des ftaliens-

Iprte l'eipoaitioû fidèle de ce labjeau de la cisBr d'Espagae alors , je lien à celle de ce que je gi^qijhs des deut paint» pent Cbarisitï m'aTOit entretenu , oonme du sujet de soa arrivie i Uadrid-

Je ne ris aucune sorte de bien ft esp4ier du pa^^Be sctusi de ^qif Carias en iLaUg. Ce n'étaii qu'up enbnt dApaïse dont h ptéSWjifl HN

[1722] YQJXWm tm ilABLISSESIENT POUR PQN ÊABIOS. 2dl

ppuYoU hâter la succession qu-on espéroit pQur lui , qui dépendoit de la Yie des possesseurs doubles dans cbaQun des Ëtats de Parme et de Toscane , et i] me parut qu'un tel déplacement , sans aucun fruit qui en dût naturellemept résulter , deToit pour le moins ôtre mis au rang des choses inutiles , et par cela seul destitué de convenance et de sagesse , sans compter |a dignité.

À l'égaré de» inconvénients , ils me parurent infinis. Hasarder pout rien la sanié d'un enfant de cinq ou six ans ; l'accompagner nécessairement de personnes qui youdroient considération pX profit , qui par conséquent dopperoient jalousie aux principaux du pays; et si on le livroit entre les mains des RarniPsans, comme une fille qu'on marie en pays étrangers, ces Rarmesans mêmes voudroient tirer considération et profit de leurs places atiprés du petit prince , et donneraient aux autres Parmesans la même jalousie, li'epfant yçnant à croître, en séroit gouverné, excité par eux à vouloir se mêler des affaires pour y avoir part euxmêmes, î^e prince , croissant toujours , s'ennuieroit de son état de pupille, et n'ayant pas un pouce de terre à lui, n^ pourroit être autre chose 1 d'^ù résulteroient des cables et des brouilleries qui léroient également repentir les possesseurs et leur futut héritier de se trouver ensemble, dont les suites ne pourroient être que très-fâcheuses, et peutêtre deyenir ri4ineqses à tous. Pette situation pourroit durer nombre d'années de la maturité du prince, parce guf le frérQ et successeur direct du duc de Parme n^ayojt lors que quîtrante-deuj ans, et le grand princç de Tpsçftnej successeur direct du ^rand-duq son père, n'en avoit que cinquante-trois ; que si par l'événement le {{cand princ^ de Toscane ou le duc de Parms» beaucoup plus jepne que la duphe^se de Parme, venoiept â perdre leurs épouses , que Taipour si nç^turel de leur maison et d'aypir postérité les eng^tgeât 4 se remarier, pu seulement que 1q prince de Parme, qui n'étoit point marié , s'ayisêt de prendre une fempie , quelle pourroit devenir ^lors la situation de dPP Parlps?

ie considérai que ce prince étoit de droit petit-fils de FraUPe» et pi^K accident fi}s 4e Frappe, en rang et en traitement , fil? du X.<>} 4'Kspagne , cpusin germain du roi et son futur beau- frère. lîlos simples princes du sang jouissent d^B^ns longtemps par tpute l'Europe 4'un rapg plus dis^ . tingué que nulle ?^utre maison ^régnante. MM. les prlnoeç 4^ Gonti trouvèrent des électeurs 4 Vienne et en Hopgrip sur lesquels ils ppusery^reiit toujours la supériorité, datis uu^ sorte d'ég^^lité qui ne les eçûpêçholi pas de les précéder s^ns enabarras ui difflculté. ^éaninpins l'électeur de. Bavière, qui pp étpit UP» su^, depuis sou ui^ipn ayec la France , usurper d'abord , puis sp faire ^onper des distinpt(pns jusqu'alors iuouîes et jamais prétendues snr ïps premiers sujets du rpi et par ce [sur] les généraux en chef de ses arpiéès, 4-pù jl résulta que pe ipêroe électeur» quV

s'étoit tpujpuçs pontenté d'un t^bpuret 4eyapt Ip prince d'Orapge , 4evenu roi d'Angleterre, assis dans un fauteuil , Tenu à paris, obtip^ rwwitp

Q9n^mit flîi'tt np }e yeççfiit qu? ^^^. fes j^çdlps dp *}eudpn, pp^ g»:

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