CHAPITRE XVIII
Voyage i Balsaïm. — Fratche réception tôt réchauffée. — Audience i Balsaïm. — Je couche à Ségovie. — Ségovie. — Cordelier de M. de Chalais. — Je dtne h Balsaïm et suis Leurs Ifajestés Catholiques à la Granja. — Gomment la Granja devenue Saint -Ildephonse. — Saint- Udephonse. — Saperbe et riche chartreuse. — Manufactures de Ségovie fort tombées. •— Je réponds aux lettres du cardinal Dubois et de Belle-Ile. • — Bruit ridicule que Tait courir mon voyage de Balsaïm. — Hardiesse étrange de Leurs Majestés Catholiques allant et venant de Balsaïm. — Autres lettres curieuses du cardinal Dubois à moi. — Vif sentiment du duc d'Arcos sur la préséance des cardinaux au conseil de régence. — Cardinaux , chanoines de Tolède, mêlés avec les autres chanoines en leur rang d'ancienneté entre eux.
Nous arrivâmes sur le midi au vrai pied de la Guadarama, après avoir déjà assez longtemps monté et fait à peu près comme de Paris à Senlis. Nos voitures y demeurèrent, et nous montâmes nos mules. Je ne vis jamais un si beau chemin ni si effrayant en voiture. On affronte un mur de roc d'une effroyable hauleur par un chemin uni, mais étroit, qui va en zigzag, assez droit, avec peu de roideur , 'en sorte qu'en parlant un peu haut on peut causer un peu avec des gens au-dessous et au-dessus de soi, qui sont à près d'une lieuè les uns des antres. La montagne et le chemin étoient couverts de neige fort épaisse ; tout étoit rempli d'arbres entre les rochers, dont les branches, toutes chargées de frimas, n'étoient que les plus belles grappes et les plus brillantes. Toute cette singularité faisoit dans son affreux quelque chose dé charmant. On parvient ainsi à la cime, à force de contours. Le terre-plein n'en est pas long , et la descente de l'autre côté est bien plus aisée et plus courte , à là moitié de laquelle on découvre Balsaïm , dans une vallée étroite, placé à une distance assez grande du pied de la montagne. Balsaïm , bâti par les Maures, et brûlé par malice sous Charles II, qui y alloît trop souvent, et point réparé depuis, est le reste d'un grand et beau château. Ce reste est fort petit, avec un jardin médiocre et rien autour qui s'aperçoive. Nous fûmes mettre pied à terre à un reste de bâtiment bas , qui étoît^iu château, tout contre, mais sans communication à couvert.
On nous fit entrer dans roffice du duc d.el Arco, où ses sommeliers travailloient, qui nous quittèrent civilement la place, après nous avoir