‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegence (volume 2)Chapitre 172 sur 200 · MÉCANIQUE POUR ARRÊTER · texte numérisé non relu

MÉCANIQUE POUR ARRÊTER

peu de jours, il falloit tendre au maréchal «de Villeroy, ^i s'y prendroit sans doute de ce pinacle de sûreté et d'importance où il croyoit être, puisqu'il avoit soutenu ce procédé jusqu'à présent; que le piège tendu et succédant , il falloit que M. le duc d'Orléans s'offensât sur-lechamp da refus, et que, le respect du roi présent ménagé , il parlât au maréchal un langage nouveau qui, sans rien de fort, lui fît sentir que, sous l'autorité et le nom du roi, il éloit le maître du royaume; que cela suffiroit pour un juste préparatif au public, que l'ivresse du maréchal ne comprendroit pas, ni bien d'autres, qu'après l'exécution , accoutumé qu'on étoit aux tolérances de Son Altesse Royale; mais que ce piège ne devoit être tendu que lorsque tout seroit résolu , rangé et tout prêt [pour] l'exécution la plus prompte, sans laisser entre-deux tout le moins d'intervalle qu'il seroit possible. Quand j'eus cessé de parler : « Vous me le volez, me dit M. le duc d'Orléans; j'allois le proposer si vous ne l'eussle?. pas dit. Que vous en semble , monsieur? v regardant M. le Duc. Ce prince approuva fort la proposition que je venois de faire, la loua dans toutes ses parties en peu de mots , et ajouta qu'il ne voyoit rien de mieux à faire que d'exécuter ce plan très-ponctuellement.

Il fut convenu ensuite qu'il n'y avoit d'autre moyen que d'arrêter le maréchal , de l'envoyer tout de suite et tout droit à Villeroy , d'où on verroit, après J'y avoir laisâè se reposer un jour ou deux à cause de son âge , mais bien veillé , si de là on l'enverroit à Lyon ou ailleurs. Je dis après qu'il ne falloit pas oublier d'avoir un gouverneur tout prêt pour le mettre en sa place ; par conséquent songer dès à présent au choix , et se souvenir plus que jamais d'éviter également un sujet peu sûr, et tout serviteur particulièrement attaché à M. le duc d'Orléans , qui étoit la raison qu'ils savoient l'un et l'autre qui m'avoit fait si opiniâtrement refuser cette importante place plus d'une fois. Là-dessus M. le duc d'Orléans me dit que toute l'affaiFe étoit bien discutée et résolue ; qu'il s'en falloit tenir là parce qu'il n'y avoit point d'autre parti à prendre; qu'à l'égard de là mécanique à résoudre pour arrêter lé maréchal de Villeroy , il me prioit d'aller chez le cardinal Dubois, où je trouverois qu'on m'attendoit pour en raisonner et la résoudre. Je me levai donc et laissai M. le duc d'Orléans seul avec M. le Duc , et m'en allai chez le cardinal Dubois, duquel je n'avais pas ouï parler, ni d'aucun de ses émissaires, depuis son aventure , excepté le peu que je l'a vois vu en présence de H. le duc d'Orléans. Mais ce que ce prince me dit en m'en voyant chez luimeiit nettemeut sentir que l'arrêt du maréchal de Villeroy éloit résolu entre le régent et son ministre avant la conférence que je viens de raconter, et qu'elle n'avoit été tenue sans autres que les deux princes et moi , pour y laisser un air de liberté par l'absence du cardinal Dubois, et comme je m'étois ouvert la veille entre le régent et le cardinal, lorsqu'il arriva furieux de la scène qu'il venoit d'essuyer, pour me donner lieu de parler devant M. le Duc , et de l'entraîner dans mon avis de se défaire du maréchal de Villeroy.

J'allai donc tout de suite chez le cardinal Dubois, et ma surprise fut extrême de la compagnie que je trouvai avec lui, devant laquelle il me dit d'abordée qu'elle était du secret , et que je pouvois parler devant eUe.

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