LETTRE CURIEUSE DU CARDINAL DUBOIS
le régiment du marquis de Saint-Simon, bpn et brave officier, et jeune et dispos, pour lequel je demandai au cardinal Dubois la commission de capitaine, la croix de Saint-Louis et une pension. La façon dont on verra que ceis trois choses furent accordées mérite assurément de trouver place ici.
Ce môme courrier, qui apporta la nouvelle du départ de Mlle de Montpensier, m'apporta enfin la Iettr| du roi pour Pinfante, que je lui allai présenter au sortir de la cavachuela de Grimai do, avant d'aller dîner , qu'elle reçut de la meilleure grâce du monde , comme elle alloit partir ainsi que le prince des Asturies, à qui je présentai aussi des lettres. Le roi d'Espagne , ayant appris , par le récit que nous lui fîmes de ce qui s'étoit passé à Paris à l'égard du duc d'Ossone, que la ville de Paris avoit été par ordre du roi lui faire compliment , voulut que je reçusse le même honneur, que la ville de Madrid me vint rendre dès le lendemain. Venons maintenant à la lettre particulière du cardinal Dubois à moi, que je n'ai fait qu'annoncer ci-dessus, et que je reçus par le courrier qui apporta la nouvelle du départ de Mlle de Montpensier.
J'étois si bien informé avant de partir de Paris que le prince de Rohan étoit chargé de l'échange des princesses , que , quoique lui et moi n'eussions jamais été en aucun commerce ensemble que celui des compliments aux occasions , nous nous étions réciproquement visités , vus et entretenus sur nos emplois réciproques. M. le duc d'Orléans et le cardinal Dubois n'avoient pas ignoré ces visites, tous deux même m'en avoient parlé après qu'elles furent faites , et de nos compliments et visites réciproques de Mme de Yentadour et de moi , avec satisfaction , laquelle je ne voyois pas plus familièrement que je viens de dire que je voyois le prince de Rohan son gendre. Je fus donc étonné de recevoir la lettre dont je parle du cardinal Dubois , du 18 novembre, qui , après avoir commencé en deux mots par le départ de Mlle de Montpensier, etc., m'apprenoit, comme si je l'avois ignoré, le choix fait du prince de Rohan pour l'échange des princesses , avec toutes les raisons de ce choix qui sentoient l'embarras et l'excuse. Il relevoit tant qu'il pouvoit la grande considération que méritoit la duchesse de Yentadour , qui étoit le motif de ce choix , et il ajoutoit qu'il convenoit si fort qu'elle fût la maîtresse du voyage et qu'elle eût le commandement sur tout ce qui en étoit, que le choix du prince de Rohan avoit été nécessaire, qui par sa fonction avoit ce commandement et la disposition de tout le voyage, mais qui pour le laisser à sa belle-mère n'arriveroit à la frontière que pour l'échange et s'en reviendroit tout court à Paris dès qu'il seroit fait, ménagement qui n'auroit pu se demander à tout autre.
Ge précis étoit étendu et paraphrasé en homme qui sentoit que j'aurois dû être chargé de l'échange , mais qui , trop occupé de cette pensée, oublioit l'inutilité de l'excuse et du prétexte, puisque, étant en Espagne pour la demande et pour la signature du contrat , je n'aurois pu marcher avec Mlle de Montpensier, et devant assister à la célébration de son mariage , je n'aurois pu accompagner l'infante en France , par conséquent que je n'aurois pu ôter à la duchesse de Yentadour le commandement du voyage ni en venant ni en retournant. Cette lettre
86 JE PRBNDS D'OTILES PIUtGAimONS. - [17SI]
flni8«oit par d'asses longs propos sur la grandeste quo Je ^toiroU tt la volonté dû m^ seryir efficacement.
Je ne dissimulerai pas que cette lettre me fit nn peu rire. Je Ten remerciai par ma réponse , en lui laissant toutefois très-poliment apercevoir que j'y avoîs remarqué quelque embarras sur mon compte , et cet embarras n'étoit pas mal fondé. Au demeurant le désir de former une seconde branche étoit le seul motif qui m'avoit conduit. Je ne pauvois espérer d'y réussir que par l'ambassade^ et jamais par l'échange, qui n'étoit que la suite et Tefi'et de la demande de rinfaàte et de la signature de son contrat de mariage avec le roi. Bien est vrai que j'aurois pu être chargé aussi de l'échange ; mais ce dernier emploi ne me conduisoit à rien , et il a été toujours d'usage de nommer deux personnes , Tune pour l'ambassade, l'autre pour recevoir la princesse à la frontière et la conduire à la cour. Ainsi le choix du prince de Rohan ne me fit aucune peine , parce que j'avois l'emploi unique par lequel je pouvois arriver à ce que je m'étois proposé.
Mais quoique je n'en eusse aucune jalousie j je crus devoir prendre à cet égard les mêmes précautions que ma dignité de duo et pair de France m'auroit inspirées indépendamment de tout autre caractère, si je m'en étois trouvé à portée comme j'y étois en efi'et sur les lieux. X^e marquis de Santa Gruz, ancien grand d'Espagne de Philippe II et de grande maison, majordome-major de la reine, fut chargé de l'échange des princesses de la part du roi d'Espagne avec le prince de Rohan; l'acte de l'échange devoit être chargé de leurs noms , de leurs titres , de leurs qualités. Je copopris bien que le seigneur breton voudroit y faire le prince, et qu'il falloit exciter sur cela el punto * du seigneur espagnol. Quoique celui-ci n'aimât point les François, je m'étois mis fort bien avec lui, et je m'étois attaché à y réussir, parce que c'étoit l'homme de toute la cour, quoique Espagnol, qui étoit le mieux et le plus Samilièrement avec la reine, dont sa charge l'approchoitle plus continuellement; il étoit de plus ami intime du duc de Liria , avec qui j'étois intimement aussi et à qui j'expliquai le fait. Il en sentit toute la conséquence pour la dignité des grands , et se chargea de la bien faire entendre à Santa Gruz. Santa Gruz étoit haut et sentoit fort tou| ce qu'il étoit. Je lui en parlai aussi ; il comprit qu'il ne falloit pas mollir dans une occasion pareille, il me le promit bien positivement et il me tint parole trèsfermement , comme on le verra quand il sera temps de parler de l'échange.
CHAPITRB VI.
Arrivée, réception, traitement, audiences, magniflcenoe du due d'Ossone à Paris. — Signature des articles du prince des Asturies et de Mlle de Mootpensier chez lé chancelier de France. -" Signature du central de mariage du prince des Asturies et de Mlle de Montpellier. -*« £Ue eat visitée par la roi. -^ Fates. -^ Pépart de MUe de Monlpeniier, -^ La