‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegence (volume 2)Chapitre 35 sur 200 · AUDIENCES DU DUC D'OSSONK · texte numérisé non relu

AUDIENCES DU DUC D'OSSONK

firmation que lui donna le cardinal de Noaillea et fit sa première communion. Le 13, le duc d'Ossone fut conduit à l'audience publique du roi par le prince d'Elbœuf avec les honneurs et les cérémonies accoutumées. Il y fit les compliments sur le futur mariage de Tinfante avec le roi , la demande de Mlle de Montpensier pour le prince des Asturies , le remercîment de ce qu'elle lui fut sur l'heure accordée ; et l'aprèsdinée il fut avec son même cortège au Palais- Royal. Plus délicat que moi il ne voulut pas être accompagné de don Patricio LauUez , et prétendit qu*il ne devoit entrer en fonction d'ambassadeur qu'après qu'il auroit fait seul cette demande solennelle.

Le 15 don Patricio Laullez commença d'entrer en fonction. Le duc d'Ossone et lui, sans conducteurs, allèrent chez le chancelier où ils trouvèrent le maréchal de Villeroy et La Houssaye , contrôleur général des finances , nommés commissaires du roi pour signer les articles avec les deux ambassadeurs , auxquels les trois commissaires du roi donnérent la droite ^ et ils signèrent les articles en la même façon que nous k Madrid ceux du roi et de l'infante.

L'après-dînée du même jour, le duc d'Ossone, conduit par le prince d'Elbœuf et le chevalier de Sainctot, introducteur des ambassadeurs, dans un carrosse du roi , et don Patricio- Laullez , conduit par le prince Charles de Lorraine , grand écuyer de France , et par Rémond , introducteur aussi des ambassadeurs , dans un autre pareil carrosse du roi , allèrent et furent reçus aux Tuileries avec tous les honneurs accoutumes , ayant de nombreux cortèges , et des carrosses très-magnifiques ainsi que leurs livrées et tout ce qui les accompagnoit. Ils trouvèrent le roi dans un grand cabinet , debout sous un dais , ayant un fauteuil derrière lui et découvert , une table et une écritoire devant lui , sur une estrade couverte d'un tapis qui débordoit fort l'estrade de tous côtés ; ceux des grands officiers qui dévoient être derrière le roi en leurs places , Madame et M. le duc d'Orléans à droite et à gauche aux deux bouts de la table et la joignant, le cardinal Dubois un peu en arrière de M. le duc d'Orléans vers le coin de la table hors de l'estrade , les princes et princesses du sang en cercle vis-à-vis du roi et de la table sur le tapis hors de l'estrade, derrière [eux] le chancelier et les secrétaires d'État , et sur les ailes , derrière Madame et M. le duc d'Orléans , quelques seigneurs principaux. Les ambassadeurs s'approchèrent du roi à qui le duc d'Ossone fit un court compliment, et se retirèrent aux places où ils furent conduits , au-desssous des princes et princesses du sang , mais sur le tapis et sur la même ligne. Le contrat lu par le cardinal Dubois fut signé par le roi et par tout ce qui étoit là présent du sang, puis, sur une autre cqlonne, par les deux ambassadeurs, sur la même table; en quoi ils furent mieux traités que nous, comme aussi nous fûmes mieux traités qu'eux pour la signature des articles qui se fit, comme on l'a vu, chez le chancelier à Paris . et à Madrid dans un cabinet de l'appartement da roi. Après la signature, le duc d'Albe* se rapprocha encore du roi avec

4 . On a rei)roduU le nom donné par le mannscril de Saint-Simon ; maia il faudrait lire le due d*Ossone au lieu du Juc d*Albe.

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Lanllez , fit un court compliment , et [ils] se retirèrent reconduits chez eux en la manière accoutumée, d*où ils allèrent au Palais-Royal.

Un peu après, le roi alla voir Mlle de Montpensier au Palais-Royal, qu'il trouva auprès de Madame, puis dans la grande loge de M. le duc d'Orléans , avec le tapis et les gardes du corps au bas de la loge sur le théâtre, et répandus de tous côtés, où il vit pour la première foisl'O péra, qui fut celui de Phaéton^ ayant Madame à sa droite et M. le duc d'Orléans à sa gauche, et derrière lui ceux de ses grands officiers qui y dévoient être. Après l'Opéra , où on avoit eu soin de bien placer les ambassadeurs et leur principale suite , et où- se trouva tout ce qu'il y avoit de plus brillant à la cour , le roi retourna souper aux Tuileries. Il revint après au Palais-Royal , où il trouva un superbe bal paré qui l'attendoit. Il l'ouvrit avec Mlle de Montpensier , et y dansa ensuite plusieurs fois. Au bout d'une heure et demie il s'en alla et il traversa huit salles remplies de masques magnifiquement parés. Après son départ M. le duc de Chartres emmena les deux ambassadeurs d'Espagne dans la galerie de son appartement, avec les principaux de leur suite et beaucoup de seigneurs distingués de la cour, où ils trouvèrent une grande table splendidement servie. Tous les masques furent cependant admis dans le bal , où on dansa dans toutes les pièces jusqu'à six heures du matin. On y servit force rafraîchissements, et il y en avoit de toutes sortes de dressés d^ns les pièces voisines.

Enfin le 18 au matin, le maréchal de Yilleroy vint de la part du roi complimenter Mlle de Montpensier, puis la ville de Paris, après quoi elle monta dans un carrosse du roi avec M. le duc d'Orléans sur le derrière , M. le duc de Chartres et la duchesse de Ventadour sur le devant et aux portièrei? la princesse de Soubise et la comtesse de Cheverny , gouvernante de la princesse. Elle étoit accompagnée d'un détachement des gardes du corps jusqu'à la frontière , et de force carrosses pour sa suite. H^ le duc d'Orléans et M. le duc de Chartres la conduisirent deux lieues, puis s'en revinrent à Paris. Peu de jours après le duc d'Ossone fut , par ordre du roi , complimenté chez lui par Châteauneuf , prévôt des marchands, à la tête des échevins et des conseillers de ville, en habits de cérémonie, qui lui présentèrent les présents de vin et de confitures de la ville de Paris. Ce fut encore un honneur qui ne se rend point aux ambassadeurs extraordinaires d'aucun prince. Le duc d'Os» sone le reçut étant accompagné de don Patricio Laullez, mais à qui la parole ne fut point du tout adressée.

Le comte de Roucy étoit mort à Paris, quinze jours auparavant, à soixante-trois ans, lieutenant général et gouverneur de Bapaume. On a vu, t. VIJI, p. 296, le procédé étrange qu'il eut avec moi, qui nous brouilla avec le plus grand éclat après une longue suite de liaison étroite et de services de ma part. Plus religieux, quoique moins dévot que sa femme, qui l'affichait , et lui le contraire, il envoya prier Mme de Saint- Simon de vouloir bien l'aller voir. Elle y fut," et en reçut toutes les marques du plus sensible regret de sa conduite avec moi, et mourut deux jours après. J'ai eu si souvent occasion de parler de lui que je n'y ajouterai rien, non plus qu'à l'égard de Surville, qui mourut quinze

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