MORT DE L'ÉVÂQUE BE LAON
Suisses. Cétoit un très-honnête homme et galant homme. Il a été suffi* samment parlé de cet éyôque de Laon en différents endroits. Il s'étoit dignement et sagement signalé au commencement de Taffaire de la constitution ; mais le pauvre homme n'eut pas le courage d'essuyer la pauvreté dont il fut menacé. D'ailleurs bon homme et honnête homme , et fort estimé jusqu'à cette chute, lui-même en fut si honteux qu'il ne reparut presque plus depuis , et demeura presque toujours dans son diocèse, où il fut fort regretté. Il eut pour successeur l'opprobre non-seulement de l'épiscopat , mais de la nature humaine , et pleinement connu pour tel quand il fut nommé. Il continua et augmenta dans l'épiscopat les horreurs de sa vie , qui , quoique assez courte , ne fut que trop longue. Je n'en dirai pas davantage sur un si infâme sujet. Toutefois il faut observer qu'il ne fut pas successeur immédiat. Il avoit acheté à deniers comptants un autre évêché d'un évêque qui se démit , et il passa tôt après à Laon , que M. le duc d'Orléans avoit donné , après M. de Clermont-Ghattes , à un bâtard fort bien fait , et qui en a fait depuis grand usage , qu'il avoit eu de la comédienne Florence , et quHl n'a jamais reconnu , que les jésuites élevèrent et gouvernèrent , et n'en firent pourtant qu'un parfait ignorant. Il fit au sacre les fonctions de son siège ; mais quand il voulut se faire recevoir au parlement , il fut arrêté tout court sur ce qu'il n'avoit point de nom , et ne pouvoit montrer ni père ni mère. Cet embarras le fit passer à l'archevêché de. Cambrai , à la mort du cardinal Dubois , avec un brevet de continuation de rang et d'honneurs d'évêque-duc de Laon , et ce monstre dont je viens de parler lui. succéda à Laon.
Trois jours après M. de Laon, Glermont- Chattes , mourut à Gaillon l'archevêque de Rouen , frère du maréchal de Besons , qui avoit été évêque d'Aire , puis archevêque de Bordeaux et adoré dans tous ses diocèses : il a été souvent parlé de lui ici en plusieurs occasions. G'étoit l'homme du clergé qui en savoit mieux les affaires , et il entendoit trèsbien à en manier d'autres. Sous une écorce rustre il n'en avoit rien ; il étoit doux, poli, respectueux, point enflé de sa fortune, de son esprit, de sa capacité, et il en avoit beoucoup; bon, doux, obligeant, sage et gai, de fort bonne compagnie, mesuré partout, bon évêque, et entendant mieux qu'aucun le gouvernement d'un diocèse. Il flit toujours estimé et considéré , aussi ne vouloit-il déplaire à personne , et son défaut étoit un peu de patelinage et grand'peur de se mettre mal avec les gens en place et de crédit. M. le duc d'Orléans , qui aimoit leis deux frères , dont l'union étoit intime , l'avoit fait passer dans le conseil de . régence , comme on a vu à la chute de celui de conscience dont il étoit. Son' âge n'étoit pas extrêmement avancé. Tressan , évêque de Nantes, qui avoit sacré Dubois , fut son successeur.
Le maréchal de Berwick perdit en même temps son fils , le duc de Fitz-James, à dix-neuf ans, qu'il avoit marié à la fille aînée du duc de Duras. Elle n'en eut point d'enfants et se remaria depuis au due d'Aumont.
Mlle de La Rochefoucauld à quatre-vingt-quatre ans : elle étoit soeur du dtto de La Rochefoucauld, qui toute sa vie avoit eu tant de part à la