‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegence (volume 2)Chapitre 3 sur 200 · MORT DE L*ABBÊ DE CAMPS · texte numérisé non relu

MORT DE L*ABBÊ DE CAMPS

d'abord plaisante, puis sérieuse, sage et ferme, édifiante et belle ^ qui ôta toute espérance de retour. Il y passa fort saintement plusieurs années; plût À Dieu qu'il eût persévéré jusqu'à la fini

Il y eut plusieurs morts : l'abbé de Camps , qui fit une fortune singulière , et qui fut quelque peu de temps une sorte de personnage. Il étoit d'Amiens, fils d'un quincaillier et cabaretier, fut amené à Paris fort jeune , et mis à servir les messes aux jacobins du faubourg Saint-Germain. Le P. Serroni du même ordre, qui avoit gagné l'évèché d'Orange à être le conducteur du P. liazarin , archevêque d'Aix , cardinal et frère fort imbécile du fameux cardinal Mazarin, se trouva à Paris logé dans ce couvent. Devenu évêque de Mende, il prit ce petit garçon, qui lui avoit plu y le tint quelque temps clerc chez un notaire , en fit après un sous-secrétaire, et enfin un secrétaire. Il s'en servit en beaucoup d'affaires avec succès. Il lui donna et lui fit donner des bénéfices, le fit députer à une assemblée du clergé où il montra beaucoup d'esprit et de capacité. Serroni, toujours en crédit et en considération, et pour lequel Albi qu'on lui avoit donné fut érigé en archevêché, le fit coadjuteur de Glandèves, et bientôt après nommer à Tévôché de Pamiers. C'étoit au temps de l'affaire de la régale en faveur de laquelle de Camps écrivit fortement , et s'y intrigua tellement que , lorsque cette afiJaire fut terminée, Rome ne put jamais se résoudre à lui donner les bulles de Pamiers , et que le roi eut la complaisance de retirer sa nomination, etd'en faire une autre. Il l'en dédommagea par l'abbaye de Signi , en Champagne, déplus de quarante mille livres de rente, outre les bénéfices qu'il avoit. Il s'acquit une grande connoissance des médailles et de l'histûire, et a beaucoup écrit sur celle de France qu'il a fort éclaircie>. Il ne fut pas content avec raison de celle que le P. Daniel, jésuite, publia vers la fin du dernier règne , et de laquelle j'ai parlé ici en son temps. Le P. Daniel le trouva mauvais ; ils écrivirent l'un contre^ l'autre , et l'auteur mercenaire et menteur fut battu par l'abbé qui aimoit la vérité. Il savoit en effet beaucoup , avec de l'esprit et du jugement , de la vivacité et quelquefois de l'âcreté. Il passa sa longue vie de quatre-vingtdeux ans à Paris , la plupart du temps dans sa belle bibliothèque , à travailler et à étudier ; voyoit bonne compagnie , force savants aussi , et se faisoit honneur de son bien , mais avec mesure et sagesse , estimé et considéré , bien reçu partout. Il alloit souvent faire sa cour au feu roi , et il n'y alloit presque jamais sans que le roi lui parlât , et lui témoignât bienveillance. Il passa foute sa vie jusqu'au bout dans une santé parfaite de corps et d'esprit.

L'évôque-duc de Laon dans son diocèse, médiocrement vieux: il étoit Glermont-Chattes , fort du monde , et toutefois bon évêque , assez résidant et appliqué au gouvernement de son diocèse. Il étoit frère du chevalier de Glermont , perdu pour l'affaire de Mme la princesse de Gonti et de Mlle Ghoin , dont il [a] été ici amplement parlé en son temps , et qui, après un long exil en Dauphiné, obtint de l'être à Laon, d'où M. le duc d'Orléans le tira à la mort du roi, et lui donna depuis ses Cent-

4. Les manuicriti de l'abbé de Camps sont conservés à la Bibl. Imp.

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