PLUSIEURS Y AJOUTENT
Marquis D'Aguilar.
Aragon.
Marquis D'Ayétone.
Ces cinq-ci à côté sont, à la vérité , si fort en tout des plus grands et des plus distingués seigneurs , qu'on auroit peine à leur disputer la même origine des précédents.
GRANDS d'BSPAGNE EN ORDRE ALPHABÉTIQUE EXISTANT EN TOUS PATS PENDANT QUE j'ÉTOIS EN ESPAGNE , 1722.
Ducs Ds :
Abrantès est Àleneastro, Voy. p. 119.
9 Albe ' est Tolède. Jean II , roi de Gastille , fit don , en 1430 , de la ville d'Albê en titre de comté , dans le pays de Salamanque , à Gut-
4 . Il est certain qae celte maison lire son nom de la ville archiépiscopale de Tolède, capitale de la Caslille-Nouvelle, et qu'il y a des seigneurs de maiton eniièremenl différente , qui portent ce mdme nom, pour distinclion de quoi la maison d*Albe a pris le nom ou avant-nom d'Alvarez de Tolède. Pourquoi et comment ce nom de Tolède est devenu celui de ces Albe et de ces autres seigneurs différents, c'est ce qui est caché dans Tobtcurité des temps, et qui ne peut être venu que d'exploits militaires faits i Tolède, dont le nom leur aura été approprié pour honorer l'exploit et en conserver la mémoire ; car pas un d'eux n'a jamais rien possédé dans Tolède qui ail pu leur en faire
DUC DALBE. .109
UereGomez de Tolède, évêque de Palencia, puis archevêque de Séville, enliu de Tolède, qui le légua à son neveu Ferd. Alvarez de Tolède , dont le fils, Garcia Alvarez de Tolède, qui lui succéda, fut fait duc d'Albe, en 1469, par les rois catholiques. On avertit, une fois pour toutes, que les rois catholiques , dont il sera souvent parlé , sont les célèbres Ferdinand, roi d'Aragon, et Isabelle, reine de Gastille, dont le mariage réunit ces deux couronnes et les conquêtes sur les Mores qu'ils repoussèrent en Afrique , leur acquit toutes les Espagnes , excepté le Portugal. Ce premier duc d'Albe fut de mâle en mâle bisaïeul du duc d'Albe , trop .fameux par ses cruautés aux Pays-Bas et par la facile conquête du Portugal, dont, peu avant de mourir, il s^empara pour Philippe II, après la mort du cardinal Henri , roi de Portugal. Son fils aîné , premier duc d'Huesca , mourut sans enfants. Il avoit un frère dont le fils lui succéda ; il s'appeloit Antoine deTolède-Beaumont, parce que sa mère, Briande de Beaumont, étoit héritière du comté deLerins et des offices de connétable et de chancelier héréditaires de Navarre , où cette maison avoit si longtemps et si grandement figuré. De ce cinquième duc d'Albe est venu , de mâle en mâle , le duc d'Albe mort à Paris ambassadeur d'Espagne, y ayant perdu son fils unique; l'oncle paternel de ce neuvième duc d'Albe, lui succéda. Il avoit suivi l'archiduc et s'êtoit retiré à Vienne, où le comte de Galve, frère du duc de l'Infantade, épousa sa fillci Son beau-père fit enfin sa paix, revint à Madrid, et s'y couvrit comme duc d'Albe. Le duc del Arc j , parrain de mon second fils pour sa couverture , prit ce duc d'Albe pour lui aider à en faire les honneurs. Je l'ai fort peu vu à Madrid où il menoit une vie fort retirée. Il y passoit pour un bon et honnête homme. Il me parut fort poli et savoir l'être en grand seigneur. Ces Tolède se distinguent d'autres Tolède par le prénom d'Alvarez.
Albuquerqub, Bertrand La Cueva. Henri lY, roi de Castille, fit don, en 1464, d'Albuquerque , dans l'Estremadure castillane, à Bertrand de La Cueva et l'érigea en même temps en duché pour lui, alors comte de Ledesma^ dont la postérité masculine finit vers le xv* siècle. M. de La Gueya, héritière ,porta le duché d'Albuquerque en mariage à un François nommé Hugues Bertrand , qui prit le nom seul et les armes de La Cueya, duquel toute cette maison descend aujourd'hui. Ce duché y a toujours été conservé par le soin qu'on a pris d'y marier toujours les filles héritières. Cet heureux François ne pouvoit pas être un homme du commun pour trouver un tel établissement en Espagne. On ne peut
prendre le nom. On en doit dire le même du nom de Gordoue, qui se trouvera dans cette liste, et que le fameux GonzaWe, si connu sous le nom tout court de grand capitaine, a comme consacré en le portant, et pareillement du nom de Léon de ja maison Ponce de Léon, mais qui vient de descendance des rois de Léon.
On verra ici que Je ne m'étends guère que sur les grands espagnols. Il faut remarquer que y se prononce c, mais un peu de la gorge, comme dans le nom de Bejar et autres semblables, et que n avec un tiret dessus se prononce en le moniilnnl connue dans le nom de Baûos, qui se prononce Bagnos et autres pareils. (lYote de Saint-Simon.) ^
116 DUC fi'ALBUQUEKQUE.
néâtmoiûâ difè c}ul 11 étdit; maU oa cOïinoft dès Bertfâûd qui, dèi avant 1040, étoiènt bâfons dé Briquébec en Nontiandie, qui Dût gwndômênt figuré de père eii fils , et immédiatement alliés aui maisons des eomtes d'Aumak, de Trie, de Tancarville, de CfâôU, dé Neslô, d*Es» tûuteville, de Cducy, de Sully, cadets des comtes de Champagne, Paynel et Chabot. Robert Bertrand, bafon de Briquebec, vicomte de Roncheville, connétable dé Nofmandie, fit, comme seigneur de Hoû^ fléut, dés dons à l'abbayé du Bec, en 1340. Il fut grand père de Robert VU Bertrand, lieutenant du i^oi en Guyenne, Saintonge, Normandie et f'iandre , maréchal de France eh 13Î5. Il fut présent à l'hom-' mage qU'âdôuaM III, roi d'Angleterre, rendit, en 1319, à Amiens, A f^hilippe de Valois, eut divers autres grands emplois, mourut en 1348 et ne laissa que des flUes. Il eut un frèfë évèque , comté de Beauvals , pair de France, et un autre frère, yicofflte de Roncheville, dont pourroit bien être sorti ce Hugues Béftrand si bien établi en ESpcigne. Mais quelque favorable que puisse en être la conjecture, elle est sans aucune sorte de preuves.
Le douzième duc d'Albuquef que , que j'ai vu en Esp&gne. étoit petit-^ fils d'une duchesse d'Albuquérqué , laquelle ètûit aussi LaCueva, qui flVoit beaucoup d^esprit et de lecture, et qui tenoit presque tous les jours chez elle une assemblée de savants et de personnes distinguées et de Bonne compagnie. Elle fut camarerà-mayor de la feine Louise , fille de Monsieur, lorsqu'elle obtint que la duchesse de Terranova, quiTêtoit, fût renvoyée, ce qui étoit sans exemple en Espagne. Cette duchesse d'Albuquerque la fut aussi de la palatine de Keubôurg, seconde femme de Charles II , dont elle obtint la vice-royauté du Meïique ; vers la fin de son règne , pour ce duc d'Albuquerque son petit-fils , où il étoit lors de Tavénement de Philippe V à la couronne. Il se mit fbft bien aVeC lui en lui envoyant, aussitôt après qu'il en fut informé, un grand secours d'argent , hors les temps accoutumés , qui arriva fort heureusement et fort à propos. Il y perdit sa femme, et à ce qu'il me dit, son estomac , tellement qu'il ne mangeoit plus que des potages. Ce fut son e<cu36 de se trouver aut repas de cérémonie que Je donnai. A la fin il nié dit, sur le dernier, dont par règle je le conviai pbur la Toison de mon fils aîné, qu'il ne pôuvoit plus me refuser toujours, n y vint ddno et me parut surpris du service où il y avoît quantité de potages j 11 mangea de tous, mais il se contenta, pour tout le reste, de quelques petites mies de pain qu'il trempa dans toutes les sauces , une seule fbis par plat , et témoignoit les trouver fort bonnes.
• La première fois que je le vis , ce fut dans une porte de l'ftppâftement de la reine, 4 mon audience de cérémonie. J'aperçus devant moi, tout contre, un petit homme trapu, mal bâti, avec un h&btt grossier sang de bœuf, les boutons du même drap, des cheveux verts et gras qui lui battoient les épaules , de gros pieds plats et des bas gris de porteur de chaissi Je ne le voyois que par derrière , et je ne doutai pas un moment que ce ne fût le porteur de bois de cet appartement. Il vint ,. à tourner la tête et me montra un gros visage rouge, bourgeonné, à ' grosses lèvres et à nez épaté; mais ses cheveux se dérangèrent par ce
DUC f)*ALflîJQUilKQUE. lu
HidttVèmôtit et ffië îaîàèèfeût apôrôevoif Un eôUlet de là tôtwfii. Cette ¥1ié fflô stlfprît à tel point que je m*éctM toUt haut î « Ah I feôû DiêU , qu'ést-ce que celât » Le duc de Lirie, qui étolt derrière mol, jeta les malus à rinstant sur mes épaules et me dit : « Taisez-^vous , c'est mon oncle. » té duc de Yerahua et lui me le nommèrent et me le préseùtô* rent aussitôt, ^e l'ai fort vu depuis : c'étoit un homme d*esprit, très* Instruit, fin et adroit courtlâati, qui avoit su tirer de k cour et 8*y maintenir bleu et eu considération dans le monde. Sa. conVér«atioû étoit agréable, polie, instructive. Il aVolt, vis-à-via l'Incarnation, un des plus beàut palais de Madrid et des plus vastes , magniâquement ïnêublé, avec force argenterie, et jusqu'à beaucoup de bois de meubleà qui, au lieu d'être de bois, étoîent d'argent. Il êtoit fort riche et par* loit assez bien françois. Il aVolt plusieurs ûls î l'àîné, déjà âgé, dont on disoit beaucoup dé bien et qui, avant mon départ, fut Un des gentilshommes de la chambre du prince des Asturies.
Î)EL Arco, Manrique de Lata. Quoique grandement et prochainement ijlié , U n'ëtoit pas réconnu unanimement pour être d'aussi grande origine , quoique ses pères en euââént toUjourd porté le nom. La fbrtune du sien étoit médiocre , et lui crut en avoir fait une que d'être parvenu à une des quatre places de majord&ffle dé t'hilippe V , tôt après son ar«^ rivée en Espagne. C'est çé qui me fait différer à parler dé cette maison sous un autre titré. C'étôlt Un grand homme parfaitement bien fait, Uônd, chose très- rare danâ un Espagnol, d'un visage agréable, l'air noble et naturel, l'abord gracieux , poli et attentif pour tout le monde, doux et néanmoins ferme et nullement plcvant. Il fut tel toute sa vie sans que la faveur y ait jamais rien altère. Il étoit adroit en toutes sortes d'exercices , grand toréador et fort brave. Il â'étolt distingué à la suite 4u roi dans ses armées en Italie et en Espagne ; le roi prit du goût pour lui fort peu après qu'il fut majordome , et lui d'un grand attachement pour le roi ; cette amitié réciproque parut' bientôt en tout et n'a jamais souffert la moindre éclipse, tellement aue tout in minofihui ou'il étoit encore , jamais le cardinal Albéroni n'a pu ni le gagner ni l'entamer. Le roi le fit son premier écuyer, et il étoit dâns Cette charge lors de deux actions qu'il fit qui redoublèrent extrêmement reslime et l'amitié du roi pour lui. La première fut à une chasse où le roi blessa un sanglier qui vint sur lui et qui l'edt tué, si dans l'instant donAlonzo Manrique ne se fût jeté entre-deux et desâuâ , et ne l'eût tUé. La seconde fut encore à une chasse où lé roi et 1& reine s& première femme étoient achevai. Ils se mirent à galoper; la reine tomba le pied pris dans son étrier qui rentraînoit. Bon Alônzô eut l'adressé et la légèreté de se jeter à bas de son cheval et de Courir assez vite pour dégager le pied de la reine. Aussitôt après il rémonta à chéVal et s'enfuit à toutes jambes jusqu'au premier couvent qu'il put trouver. C'est qU'en Espagne toucher au pied de la reine est un crime digne de mort. On peut juger que la rémission lui tut bientôt accordée , avec de grands applaudissements.
Sa faveur croissant toujours . le roi fit en âôrte que lé dUc de la Mirandole voulut bien se démettre de la charge de grand écuyer qu'il