‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegence (volume 2)Chapitre 46 sur 200 · DUC DEL ARCO · texte numérisé non relu

DUC DEL ARCO

avoit) dont les honneurs et les appointements lui furent conservés , et la donna à don Alonzo Manrique , quUl fit' en même temps duc del ArcQ et grand d'Espagne. Il étoit noble en toutes ses manières, et magnifique et libéral en tout , avec cela extrêmement simple et modeste et d'un esprit sage mais médiocre , et beaucoup d'équité et de ménagement. Il ayoit l'air si parfaitement et si naturellement François, qu'il auroît passé dans Paris pour l'être, et que j'en fus surpris extrêmement. Avec sa faveur , il ne se voulut jamais mêler de rien , ne demanda jamais rien pour lui , et passa même toute circonspection dans son extrême retenue à demander pour les autres. Par sa charge , il avoit celle de toutes les chasses, où il suivoit toujours le roi, et étoit trés-charitable et très- judicieux à l'égard de ces milliers de paysans employés sans cesse aux battues, dont je parlerai en leur lieu, et c'étoit encore lui qui , comme grand écuyer , ouvroit et fermoit la portière du carrosse du roi. De tous les gentilshommes de la chambre, lui et le marquis de Santa Gruz étoient seuls toute Tannée en exercice ; ainsi il falloit habiller et déshabiller le roi tous les jours , et l'hiver porter une bougie dans un flambeau devant lui, depuis son carrosse jusqu'à son cabinet. Tant de fonctions et de détails de charge l'obligeoient à une incroyable assiduité, qui m'empêcha de pouvoir être en commerce avec lui autant que lui et moi l'aurions souhaité. Il portoit derrière sa médaille de chevalier de Saint- Jacques , un petit portrait du roi en miniature, qui étoit très-ressemblant. Il se retira avec lui à Saint-Ildefonse à son abdication, et revint avec lui à la mort du roi Louis. Il eut la Toison et le Saint-Esprit, et mourut longues années après, presque aveugle, sans enfants ; son frère , assez obscur , hérita de sa g^ndesse.

6 Arcos, Ponce de Léon. Jacques II, roi de Gastille, avoit donné le comté de Medellin à Pierre Ponce de Léon en récompense de ses services contre les Mores. Il étoit lors cinquième seigneur de Marchea , ef le lui retira en 1440 en lui donnant en titre de comté Arcos en Andalousie. Cette maison prétend sortir des anciens comtes de Toulouse. Rodrigue, troisième comte d' Arcos, petit-fils du premier par mâles, fut fait en 1484 , marquis d' Arcos et duc de Cadix par les rois catholiques. Faute de mâles, sa fille porta Arcos, etc., en mariage au petit- fils par mâles de son grand-oncle paternel. Les rois catholiques lui retirèrent Cadix , et en échange le firent en 1498 duc d'Arcos et lui donnèrent d'autres terres. Celui que j'ai vu' fort familièrement à Madrid étoit le septième duc d'Arcos de mâle en mâle , fils de l'héritière d'Aveiro si comptée en Espagne, dont il est parlé t. II, p. 250, à propos du voyage forcé qu'il fit en France et en Flandje avec le comte de Banos , son frère. Ce duc d'Arcos étoit un homme d'une belle et noble représentation , sa femme aussi, très-riches et très-magnifiques, ayant un très-beau et grand palais, des meubles admirables, et fort aumôniers et gens de bien, fort considérés à Madrid, fréquentant peu la cour et se plaisant en leurs haras et à la plus superbe écurie d'Espagne, en nombre et beauté de chevaux : tous deux très-polis, beaucoup d'esprit et de grandeur; et le duc d'Arcos fort instruit et du goût pour les livres; tous deux parlant bien françois et de fort agréable conversation et même libre avec moi.

pue d'arehberg. 113

Arembebg , Ligne. Ëtoit en Flandre attaché à la cour de Vienne.

Arion , Sotomayor y Zuniga. Je parlerai de cette maison sous le titre de Béjar. Ce duc d'Arion étoit oncle paternel du duc de Béjar , quoique de peu plus âgé que lui. Il portoit le nom Âe marquis de Valero , et il étoit un des quatre majordomes du roi quand Philippe V arriva en Espagne , qui prit pour lui un goût et une estime qui a toujours duré ; il étoit vice-roi du Mexique lorsque j'étois en Espagne , où il étoit en vénération ; c'est lui que le roi d'Espagne , bien qu'absent , fit majordomemajor de la princesse des Asturies, puis duc d'Arion et grand en arrivant en Espagne peu après que j'en fus parti.

Atri , Acquaviva, Napolitain , frère du cardinal Acquaviva et neveu d'un autre cardinal Acquaviva ; il étoit capitaine des gardes du corps de la compagnie italienne , et en Italie lorsque j'étois en Espagne.

Atrisco , Sarmiento.

Banos j Ponce de Léon, Frère du duc d'Arcos. Il s'étoit retiré et établi en Portugal dans les biens d'Aveiro, de sa mère, lorsque j'étois en £s^ pagne.

BÉJAR y Sotomayor y Zuniga^ Les rois catholiques érigèrent cette terre, qui est en Estramadure , en 1488 , pour Alvar de Zuniga , second comte de Placencia , et dès 1460 fait duc d'Arevak) par les rois catholiques qui peu après mirent, ce titre sur Hacencia et enfin sur Bejar , et réunirent à leur couronne Arevalo et Placencia. La nièce du second duc de Bejar en hérita et porta Bejar en mariage en 1533 à Fr. de Sotomayor, cinquième comte de Belalcazar , dont le fils, qui joignit à son nom celui de Zuniga , fut quatrième duc de Bejar. Cette maison de Sotomayor , dans laquelle cette grandeçse s'est depuis continuée de mâle en mâle, descend masculinement de Gutiere de Sotomayor, grand inaître de l'ordre d'Alcantara, mort en 1456, dont le fils aîné Alphonse fut cré^ comte de Belalcazar par Henri IV, roi de Gastille. Le douzième duc de Bejar est celui que j'ai connu familièrement en Espagne. G'étoit un homme d'esprit, sage, timide, qui désiroit fort quelque utile réformation dans le gouvernement, et qui m'en entretint particulièrement plusieurs fois avec le comte de Priego en tiers, son ami intime, par qui il m'avoit fait demander ses conversations, et qui, me voyant si bien avec Leurs Majestés Catholiques et avec le marquis de Grimaldo, désiroient ardemment que je m*y employasse , ce que je ne jugeai point da tout à propos, quoique au fond je pensasse comme eux, ce que je ne leur désavouai pas , ainsi que l'impossibilité radicale du remède. Ce duc de Bejar étoit fort honnête homme , instruit et fort pieux ; il avoit eu dès l'âge de six ans, chose unique, la Toison de son père , tué, en 1686 y volontaire au siège de Bude. L'empereur s'intéressa fort pour cette grâce si singulière. Longtemps depuis mon retour il maria son fils aîné à une fille du prince de Pons-Lorraine , qui fut dame du palais de la reine , et quelques années après il fut majordome-major du prince des Asturies, gendre du roi de Portugal.

Berwick, FitjSjam««. Bâtard de Jacques II , roi d'Angleterre , étant duc d'York et de la sœur du fameux duc de Marlborough , due et pair de France et d'Angleterre, maréchal de France, général des armées de

114 DUC &i SiBWidic.

Franc» «t â*Ëipap«, •hdVàllel* dei dHifêft âd là làrrdUM , de la TdMon d'èl" etdtt 8Aiat-<Blpfii ^ goiivéfnëtif de Littiô^lià, tttê d6¥âât Phmpf)8beufg dont il fAisoit k siégé en [17d4]..Je remeU au titré de Lifia à parïer de eette grandesse.

BotîRlfôtlviLLB ) idetni Cette maison est bHginaire du BouloUôis. où est là terre de Boûfnonyille dont elle tire son nom, etoonnue dès 1070; longtemps François , puis transplantés en Flandre^ Il s'agit iôi de Mi* chêl-Jôseph dé BournonTille^ qui a longtemps porté le ûom de baron de Gapreé. âon phtèj fi'ëre c&det du përé.de la première maréchale de Noailles, mourut en 1718 gouterneur d'OudeUarde et lieutenant général dés àfméeê de Phillppç Y, et éà mère étôit Ndircafmes-Sàinte-Aldegônde, Seconde femme dé ioh mari. Le baron de Câpres monta par les degrés èU Flandre au service d'Espagne; il fit si bien sa côur aux maîtresses de l'électeur de Bavière qu'avec fort peu de réputation dans le monde et de pas plus à là guerfè, il devint lieutenant général et chevalier de la Toison &*ot, qu'il reçut en It 10 des mains de l'électeur à Gompiègne. N'ayant plus rien à gagner avec lui , il passa en Espagne , où il s'attàeha servilement à là printesSê dès Ursins ^ qui , comme on Ta vu ailleurs, l'envoya de sà pâft à elle à Uti^eôht pour eette souveraineté qu'elle voulait qu'on lui établit, et qUiacerocha Si étrangement la pait d'Espagne. Boufnônville ne put être admis à UtreCht, y fut méprisé eomme il le fut aussi en ^ranoe et en Espagne de â'étre chargé d'une si vile ôommisdiOn. Mais avec un esprit médiocre, il l'avoit trèstoupie, à qui les bassesses ^ quelles qu'elles fussent, ne côûtoient rien, et qui l'avoit tout tourné auï intrigues et à la fortune avéC force lan* gages et beaucoup de désinvolte et de grand monde. Ce bel emploi lui dévoua entièrement la prlncesi^e des ursins , qui le mit si bien auprès du roi d^Espâgne que , même après ^a chute à elle , il fut fait, en ltl5 , grand d'Espagne et bientôt après capitaine dès gardes du ôôrps de la compagnie wallouue ', il prit le nom de duc de Bôurnonville et eut en^ côre la bief de gentilhomme de la chambre , mais pas un d'eut n'en avoit aucune sorte de fonetiôn que le du6 del Arcô et le marquis de Santa Crttz.

J'en reçUâ & Madrid toutes lés avancé» et toutes les caresses imaginables, ilvouloit aller ambassadeur en Frauce, où réiolûmeiiton n'en vdtiloit point , dont il se doutoit bien. G'étoit donc pôUr l^ver cet bbstacle qu'il me eourtisoit. J'avois ordres de l'y barrer doue main , même à dé** ôôUvert de là part du roi s'il étoit nécessaire. C'étoit uii éôlàt que je vouloir éviter , qui mè coûta un vrai tourment les dernière mois que je passai en Espagne, p&ree qu^ils se passèrent en importunitésjourna^ fières là^dessus de sa part, et en effôrté de là mientie, pour lui en faire perdre la pensée , Jusqu'à la veille de mon départ qu'il m'obséda deut heureâ le soir datis la eour du Rétiro , pour me persu&der de l'intérêt qu'on avoit en F ratite de Ty avoir ambassadeur , et me conjurer de le persuader à M. le duc d'Orléans et au cardinal Dubois. S'il ne réussit pas dans ce dessein, il obtint en \1%6 l'ambassade de Vienne, dôut il n*eut pas lieu d'être content; mais, accoutumé à savoir se reployer il Aê laissa pas d'être nommé, Pànnéé suivante, pTemiet plénipoteutiaire

DUC Dfi SdtmNoHViLLE. il&

au eôti^â de BdfsSôn^ , @Û il hé %b fit qUë Ûéi tiiéimm 6t ada^I«t)ad , â'ôû il l^totlf&a en Ëipàgnô, peu èbntëiit dé Pàfis ^t dd nôtfe eont, inalgté la pfôtebtidh des Noàlllëi auiqueïs il étdit fort homo^tie, ex-^ cepté A sa côUsinë la maréchale, à qui il ne fessembloit point, car il étdit fatit àii detûief pbint, et le sentôH fort loiû) et d'Une àTarice extrême. '

Il àroît Uû frère à)ûé s&ùs fortaue dont il prit le fils auprès de lui. Il n^étoit point tnarié, et son dessein étoit de lui faire tôtnber sft grandesse et sa charge. Il étdit fbrt parmi le monde peadant que j'étois à Madrid , et éU mê&e. temps peu désira, peu estimé et peu compté.

I)0RiA, idem, a Gôûes, dont il est d'une des quatre premières maisons.

ïsïftÉÊs, iâé^, ¥*rauç6Îs, à Paîià. Oh à vu en soû lieu commeût il fut fait grâîid».

fnikSy teîàitô, en Ga^tillè, près de Burgos. Lés rois catholiques Tèrigèrènt en duché pouf Bernardin î*ernandez de Velasco, troisième comte de lïaro, et conhéiable dé CâstîUe, après son père, office per* éonnôl Jusqu'à ce second connétable, qui le rendit héréditaire, tellement qu'ils ont été bien plus coUûUs sous lé nom de Connétables de Gàstille, que sous celui de duCë de l'rias, graudesse qui, pour être toute masculine, n'est Jamais sortie de la maison de Velasco. Cette illustre maison , qui a fait plusieurs branches , Yiént toute de J. de Ve^ lascD, rîcô-hôfflbre et seigneur de Bibriescaét de Pomar avant 1400. Les offices de connétable et d'amirante avoient anciennement des rangs, dés droits et des fonctions dans les divers royaumes dont ils l'étoient, ^Ui composent celui d^Sspagne; mais devenus depuis longtemps hérèdi** taires , par conséquent abusifs , tout ce qui y étoit attaché s'étoit telle- Ment perdu qu'il n'en restoit plus que le titre , qui n'étoit que pour les oreilles, et né donnoit plus quoi que ce soit. Cette inutilité, Tinsolenca et la perfidie de l'amirante , et l'enlkncê du connétable engagèrent Phi-> lippéV,il y a uuelques années, à en supprimer même les titrés pour toujours par un diplôme exprès et sans dédommagement , parce que ce n'ètoit qti'un titre vain et vide de tout. Je n'ai point vu le dernier de ces cônhétableâ , parce que son jeune âge l'empéchoit de paroître dans le mondé. 11 étôit fort riche et fort grand seigneur, le dixième duc de Vrias.

GkiitiÈ .Llanpôl dit Éùrgia, au royaume de Valence, près de la mer. Alphonse BOrda, fktt cardinal, 1445, par ËUgèné IV, succéda, 1455, à Nicolas V, ptit lé nom de Gàlixte ÎII, et mourut 1458. Sa sœur avoit épousé Ôedfi'rôy LlançOl , d'une ancienne maison du royaume de Valence , aut enftints duquel lé pape Galixte III fit prendre le nom et les armes de Borgia^ dont il ne restoit plus de m&lés. Geoffroy Llançol eut de la sœur du pape deUl fils et trois filles i P, L. Boreîa, préfet de Rome, et Rodrigueî Borgia , qui fut pape sous le nom d^Alexàndre VI , lequel , étant cardinal, avoiteu de Venosa, femme de Dominitlue Arimano, Romain, quatre fils et une fille , qui épousa successivement Jean Sforze , seigneur

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