‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegence (volume 2)Chapitre 49 sur 200 · SEIGNEURS DE MEDINA-GOBU · texte numérisé non relu

SEIGNEURS DE MEDINA-GOBU

connétable. Reyenont maintenant à son frère atné, Louis d'Espagne, prince des iles Fortunées , duquel sont sortis les Medina-Gœli.

Ce Louis de La Gerda eut le don du pape des tles Fortunées, dont il fut couronné roi dans Avignon, par le môme pape Clément YI, yen 1344. Ces îles sont les Canaries , qu'il se résolut d'aller chercher «ur l'exemple de ceux de Gènes et de Venise sur le bruit de leur découverte; mais ce fut un dessein qu'il ne put exécuter. Il fut amiral de France , comte de Clermont et de Talmont; il épousa vers 1370 Léonor de Guz* man , dame du port Sainte-Marie , près Cadix , dont il ne laissa qu'une seule fille héritière, appelée Isabelle de La Gerda, dame de Médina- Gœli et du port Sainte-Marie , qui fut veuve sans enfants de Roderic Alvarez d'Asturie. Voyons maintenant à qui elle se remaria.

Gaston Phœbus , comte de Foix , vicomte de Béarn et de Bigûrre , dit Phœbus pour sa beauté, dont la magnificence et la cour, la puissance et l'autorité chez tous les princes de son temps sont si vantés dans Proissart, fut toujours brouillé avec Agnès, fille puînée de Philippe III , roi de Navarre , à la cour duquel elle passa presque toute sa vie , et que ce comte de Foix avoit épousée en 1348. Il n'en avoit qu'un fils unique qu'il avoît marié avec Béatrix , fille de Jean , comte d'Armagnac , lequel passoit toute sa vie tant qu'il pouvoit auprès de sa mère et du roi de Navarre son oncle. Etant venu pour voir son père à Orthez, qui halssoit sa femme, et nel'aimoit guère lui-môme, et ne pouvoit soufi'rir le roi de Navarre, son beau-frère, il en fut assez bien reçu. Au bout de quelques jours le comte de Foix \ au retour de la chasse , se mit à table pour souper. Son fils lui présenta la serviette pour laver. Dans cet instant le soupçon et la colère surprirent si à coup le comte de Foix que, croyant que son fils alloit lui porter le coup de la mort en lui donnant la serviette , il tira un poignard de son sein , dont il l'abattit mort à ses pieds , en 1380 ; et c'étoit un jeune homme de très-grande espérance , très-bien né et bien éloigné d'avoir jamais eu une si horrible pensée. Le père, revenu à luimême, fut au désespoir, et ne put s'en consoler, et en mourut enfin de douleur , qui lui causa l'apoplexie qui l'étoutfa dans l'instant qu'il se lavoit les mains en se mettant à table à Orthez pour souper, en 1391 , à quatre-vingts ans, de même façon qu'il avoit tué son fils. Ce fils n'avoit point eu d'enfants , tellement que Matthieu de Foix , vicomte de Castel* bon, succéda à Gaston Phœbus au comté de Foix. Plusieurs années auparavant, sa sœur unique , Isabelle, avoit épousé Archambaud deGrailly qui , par elle , succéda au comté de Foix , eto. , par la mort sans enfants de Matthieu, comte de Foix , etc. , frère de sa femme. Le duc de Foix fut fait duc par Louis XIV en 1663, avec Mme de Senecey sa grand'mère, et la comtesse de Fleix sa mère', toutes deux dames d'honneur de la reine-mère, et mort il n'y a pas fort longtemps sans enfants, a été le dernier de cette maison de Grailly qui, par ce même héritage de Foix^ eut celui de Navarre ensuite aussi par héritage, en porta peu la couronne , qui tomba par une héritière dans la maison d'Albret , et d'eUe

4 . Voy. t. !•', le récit de la réception des ducs et pairs au parlement. Le doc de Foix faisait partie de cette promotion.

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