PRINCES DE
BisiGifANO, Saint'Séverin à Naples, dont à tous égards c'est une des premières et plus grandes maisons, qui y a dans tous les temps puis» samment figuré, et qui prétend avec fondement tenir le fief de Saint- Séverin de Robert Guiscard, en récompense des services rendus à ce conquérant. Louis de Saint-Séverin, septième domte de Saponara, et sixième prince de Bisignano, né en 1588, fut fait grand d'Espagne, dont sa postérité masculine jouit encore aujourd'hui. . .Santo-Bdono, Carraecioli. On peut à peu près dire de cette maison napolitaine ce qui a été dit de la précédente. Celle-ci prétend tirer son origine de Grèce, et avoir grandement figuré sous les empereurs de Constantinople grecs. Elle est divisée en deux par les armes : les Carnicctoli rouges qui portent d'or à trois bandes de gueules au chef d'azur, et les Garracdoli au lion qui portent d'or au lion d'azur. Si ces deux divisions ont la même origine , laquelle en ce cas est sortie de l'autre? c'est ce que je laisserai à expliquer. Ces différents points ont tous leurs conjectures. L'opinion la plus reçue est que c-est la môme maison , puisque de toute ancienneté ces deux divisions ont porté jusqu'à présent le même nom de Garraccioli , et qu'il n'est pas rare que les branches anciennes de la même maison , en conservant le même nom , aient pris des armes différentes. Celle de Joyeuse en France , c'est-àdire Ghâteaurandon , qui est son vrai nom , en fournit un exemple qui est encore sous nos yeux. Quoi qu'il en soit, le prince de Santo-Buono que j'ai vu en Espagne, homme d'esprit, et qui savoit beaucoup, avouoit , après s'être fort appliqué aux recherches de sa maison , que les Garraccioli au lion, dont il étoit, étoient cadets des Garraccioli rouges, mais masculinement et de la même maison. Ces deux divisions ' se sont étendues en une infinité de branches presque toutes illustres par les emplois , les titres , les alliances et les grandes possessions.
Matthieu Garraccioli, quatrième prince de Santo-Buono, et second duc de Gastelsangro , mort en 1694, et marquis de Buchiniaco, et comte de Nicastro , fut fait grand d'Espagne. Il étoit père de celui que j'ai vu en Espagne, qui avoit été ambassadeur à Venise et vice-roi du Pérou. G'étoit un fort honnête homme , très-considéré , d'une conversation charmante et instructive, et que j'ai beaucoup vu. Il étoit allé fort goutteux au Pérou. Il y trouva une herbe qui , prise comme du thé, guérissoit de la goutte, sans aucun des inconvénients des remèdes de l'Europe qui, en guérissant la goutte en apparence, ne font que déranger le cours ordinaire de cette humeurqui se porte sur les parties intérieures, et tue, peu de temps après l'apparente guérison des membres. Le prince de Santo-Buono eut la curiosité de faire un voyage de plus de cinquante lieues du cêté des montagnes pour voir cette herbe en son pays naîtal. Il la vit, il en usa , il se diminua beaucoup la goutte; mais comme il y étoit sujet dès sa jeunesse , et qu'il en étoit'déjà estropié, il ne put que diminuer et rendre rares ses attaques de goutte,
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et demeura estropié à peu près comme il l'étoit avant que d'en avoir pris. Je lui reprochai de n'en avoir point apporté avec lui pour en faire des épreuves, et voir quel soulagement en tireroient les goutteux ainsi séchée et après un si long voyage. La difficulté qu'avoit le prince de Santo-Buono & marcher et à se tenir debout , jointe à la considération de sa personne y lui avoit procuré la distinction d'aller en chaise à por* teur, quoiqu'il n'eût pas la qualité de conseiller d'£tat, et qu'au palais on lui apportoit un tabouret en attendant que le roi parût. Il avoit des enfants fort honnêtes gens , d'une Ruffo , fille du quatrième duc de Bagnara au royaume de Naples, où je les crois retournés depuis la mort de leur père ^ arrivée peu après mon retour. Les étrangers s'ac* coutument difficilement à l'Espagne. Il faut de grands liens pour les y fixer.
BuTBRA, £ranci/bf te, à Naples.
GikBiATi , SpineÙi , à Naples.
-ChalàiS) Talleyrandy à Paris, François. La princesse des Ursins avoit épousé en premières noces l'oncle paternel aîné de ce nouveau prince de Ghalais, qui fut de ce fameux duel des La Frette, dont il a été parlé ailleurs, et qui fut obligé de sortir promptement du royaume. Il mourut à Venise, allant trouver sa femme à Rome, qui y resta et qui y épousa le duc de Bracciano, aîné de la maison des Ursins, dont l'histoire a été racontée ici. Devenue arbitre de tout en Espagne et ayant fort aimé son premier mari, et par conséquent voulant élever ce qui lui étoit proche , elle fit venir en Espagne ce neveu de son premier mari , dont on a vu en son lieu les voyages et les manœuvres , et «ifin le fit faire grand d'Espagne sans la permission du roi , qui déclara qu'il pouvoit demeurer en Espagne et qu'il ne lui permettroit jamais de jouir en France du rang ni des honneurs de grand d'Espagne. La chute de Mme des Ursins lui fit perdre le peu de considération qu'il s'étoit acquise.
Je le vis beaucoup en Espagne , et le désir qu'ilavoit de venir jouir de sa grandesse dans sa patrie, et la part qu'il savoit que j'avois dans l'amitié et la confiance de M. le duc d'Orléans , et qui avoit tant de puissantes raisons de ne lui être pas favorable , l'engagea à ce que je n'oserois dire , me faire beaucoup sa cour. Il n'en avoit pas besoin. L'inconcevable et toujours infructueuse débonnaireté de M. le duc d'Orléans fit , sans ma participation , tout ce qu'il put désirer dès qu'il sut ce qu'il désiroit. Il fit, après mon retour, plusieurs voyages en France où il vouloit se stabilier*.
Il étoit pauvre et seulement exempt des gardes du corps en Espagne , dont il tiroit peu , et ne le vouloit pas perdre , et n'avoit jamais servi en France et fort peu en Espagne. A la fin , lassé de passer si souvent et si peu utilement les Pyrénées, il prit congé de l'Espagne pour toujours, et il épousa la sœur du duc de Mortemart, veuve de Gani, fils unique de Ghamillart, et dont elle étoit ennuyée de porter le nom, quoiqu'elle en eût des enfants, qu'elle et lui traitèrent toujours avec tendresse. Ayant ce tabouret, elle devint dame du palais de la reine.