‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegence (volume 2)Chapitre 56 sur 200 · PRINCE DE U6NE · texte numérisé non relu

PRINCE DE U6NE

prince de Ligne, créé 1601 par Tempereur Rodolphe III^ IleutlaToisoti d'or, ainsi que son père, son grand-père, son bisaïeul; et son frère aîné, mort, en 1641, sans enfants. Il fut général de la cavalerie aux Pays-Bas, ambassadeur d'Espagne en Angleterre, yice-roi de Sicile, gouverneur général du Milanois, grand d'Espagne 1650, conseiller d'État, mort à Madrid en décembre 1679; il épousa une Nassau-Dilembourg-Siégen , veuve de son frère aîné , avec dispense. Cette grandesse est demeurée en sa postérité masculine, qui a servi Philippe V, et qui est retournée au service de l'empereur, lorsque les Pays-Bas espagnols sont retournés sous sa domination.

Massbrano, Fbbrero, originaires du diocèse de Verceil, avec la chimère de descendre de ]a grande et illustre maison Acciaîoli ; mais la vérité est qu'on ne les connoît guère avant Tan 1500 qu'ils eurent un cardinal , un ivèque de Verceil en 1506 , et un autre cardinal en 1517 ; ils en ont eu depuis trois autres et plusieurs évéques et abbés dans les Etats des ducs de Savoie. Le neveu du premier de ces cardinaux fut marquis de Masseran, situé dans le Piémont. Sa mère étoit Fiesque ; dont ils ont depuis mis les armes sur le tout des leurs qui sont d'Acciaïoli , sans aucune preuve d'en être , au premier et quatrième ; au second et au troisième de VEmpire, par quelque concession; ainsi, à proprement parler, ils n'ont point d'armes à eux. Dans la suite , ils se sont trouvés si honorés de l'alliance de Fiesque qu'ils en ont ajouté le nom au leur. Ce premier marquis de Masseran épousa une Sforze-Santa-Ftore, puis une Baconis, des bâtards de Savoie. Son fils épousa une bfttarde du duc Charles-Emmanuel de Savoie, de laquelle vinnent ses enfants, puis une Grillec-Saint-Trivier du même nom qu'étoit Brissac si longtemps major des gardes du corps de Louis XIV. Ce second marquis de Masseran fut fait prince de l'Empire et de Masseran par la protection du même duc de Savoie dont il avoit épousé la bfttarde. Son fils épousa une Simiane-Pianezze , dont il eut un fils unique qui épousa, en 1686, une bâtarde du duc Charles-Emmanuel de Savoie ; car il y en a eu trois de ce nom.

Le mariage du roi d'Espagne Philippe V avec une fille de Savoie fit espérer à ce troisième prince de Masseran quelque fortune pour son fils en Espagne. Il l'y envoya jeune et fort bien fait. On Tappeloit le marquis de Crèvecœur. Il avoit de Tesprit, de la galanterie, savoit mêler la réserve avec la hardiesse , avoit grande envie de faire fortune et tous les talents de courtisan qui y conduisent. Il s'attacha à foire sa cour à la princesse des Ursins et à la reine ; sa faveur pointa et s'augmenta tel- * lement auprès de l'une et de l'autre que le monde en parla. Il n'en fut que mieux avec elles , et il en profita pour ménager habilement les ministres et les plus grands seigneurs. Son père mourut; il prit le nom de prince de Masseran, et la même faveur le fit, tôt après, grand d'Espagne. Il fut un des six seigneurs affidés à la princesse des Ursins, qu'elle laissa setils approcher du roi d'Espagne après la mort de la reine,

4. II y a dans le manaserit Rodolphe III; mais il faut lire Rodolphe II, «ropereur qui régna de 1 676 â 464 3.

PRmCE DE IfASSERAN. 141:

et il eut l'adresse et le bonheur que la chute de Mme des XJrsms ne lui nuisit point auprès du roi ni même de la nouvelle reine, avec qui je Tai TU fort familier. Il étoit gendre du prince de Santo-Buono, et il perdit sa femme comme j'arrivois à Madrid , qui étoit belle et' dame du palais de la reine, dont il avoit des enfants tout petits. Il en fut fort affligé^ et demeura toujours extrêmement uni avec son beau-père. G'étoit un homme extrêmement aimable et un de ceux avec qui j'ai le plus vécu et le plus familièrement. Il étoit fort ami des ducs de Yeragua et de Liria, lié avec Grimaldo et avec tout ce qu'il y avoit de grand ou de plus choisi; On disoit pourtant qu'il ne falloit pas trop s'y fier ; mais je n'ai ni vu ni , rien ou! dire qui pût autoriser ce bruit. En un mot, il étoit aimé, considéré, désiré, reçu ayec plaisir partout, même des plus gourmés et des plus vieux seigneurs espagnols. Il avoit de la grâce et de la pru* denoe en tous ses discours et en toutes ses manières , quoique gai et libre et de là meilleure compagnie du monde. Depuis mon retour, il alla faire un voyage en Italie et vint faire un tour en France, où nous fûmes ravis de nous retrouver. Il y fut peu , et dans ce peu , hommes et femmes de la cour le couroient, et tout le monde fut affligé de son départ. A son retour en Espagne il eut les hallebardiers de la garde , qui sont c(mime nos Cent- Suisses . par la mort du marquis de Montalègre . et longtemps après la compagnie des gardes du corps italienne , qui étoit sa grande ambition, lorsque le duc d'Atri la quitta pour être majordome-nugor de la reine à la mort du marquis de Santa-Gruz, et mourut assez jeune quelques années après dans cette charge. En arrivant en Espagne je le trouvai ayant déjà la Toison d'or et la clef de gentilhomme de la chambre.,

Le vieux marquis Ferrero qui avoit l'Annonciade, et qui a été ambassadeur de Savoie auprès de Louis XIY , il y a fort longtemps , étoit d'une branche cadette de cette maison. G'étoit un homme de beaucoup d'esprit, de capacité et de mérite. Sa bisaïeule étoit aussi Fiesque. Ces Ferrero ont eu quelques grandes alliances.

Melphe, Doria^ Génois, d'une des quatre grandes et premières maisons de la république , transplanté à Naples.

Palagonia, Garvina, en Sicile, d'une des plus grandes maisons du pays.

RoBBCQUB, Monlmorenq^, branche sortie de celle de Fosseux. Le second prince de Robecque quitta le service d'Espagne en 1678 et se mit en celui de France, où il eut un régiment. 11 mourut de maladie à Briançon en Dauphiné, en 1691. Il avoit épousé la sœur du comte de Solre, chevalier du Saint-Esprit en 1688 et lieutenant général dont la mère étoit sœur du père du prince dlsenghien, gendre du maréchal d'Himiières. Il laissa deux fils. L'aîné, prince de Robecque, servit avec réputation jusqu'à être maréchal de camp , puis passa au service de Phi* lippe y , qui le fit lieutenant général , lui donna la Toison d'or, et le fit , en 17t3, grand d'Espagne. Il étoit extrêmement bien avec la princesse des Ursins, qui cherchoit à s'attacher les seigneurs étrangers. Il épousa à Madrid, en 1714, la fille du comte de Solre, sa cousine germaine, qui fut aussitôt dame du palais de la reine. Il continua à servir et eut le régiment des gardes wallonnes, lorsque Albéroni força le duc d'Havre

Iki PRINCE DS ROBSCQUE.

à le quitter et à se retirer en France ; mais le prince de Robecqué mourut un mois après , en octobre 1716 , sans enfants.

Son frère cadet, qui portoit le nom de comte d'Estaires, servit avec réputation longtemps en France. Il prit le nom de prince de Robecque à la mort de son frère. Il eut la Toison d'or et succéda à sa grandesse, dans le diplôme de laquelle il étoit compris. Il fut lieutenant général, et au retour en France de la fille de feu H. le duc d'Orléans , veuve du roi Louis , il en fut nommé majordome-major par Philippe V. Il épousa tout à la fin de 1722 Catherine du Bellay, morte en 1727 , et lui, quelques années après , tout à fait établi en France , et y a laissé un fils marié à une fiÙe du duc de Luxembourg.

Sermon BTTA, Gaetano^ que nous prononçons Cajetan. Cette maison, féconde en titres et en emplois, et toujours en grandes alliances, n'est connue qu'après l'an 1200 , par Mathias Cajetan , général des troupes du bâtard Mainfroy, en Sicile, qui prit son nom de la ville de Gaête, au royaume de .Naples , dont on ne voit aucune raison. Son petit-fils fut l'étrange Boniface YIII, qui n'oublia pas l'établissement de sa maison. Ces grands d'Espagne n'y sont jamais venus et sont toujours demeurés à Naples.

SuLMOKB , Borghèse , de Sienne , famille d'avocats et de jurisconsultes. Antoine Borghèse , fatigué des troubles domestiques de sa patrie , se retira à Rome, y fut avocat consistorial % et s'y enrichit assez pour acheter à son fils afné une charge d'auditeur de la chambre fbrt chèrement , qu'il perdit fort peu après avec ce fils. Clément VIII en eut pitié et donna sa charge à Camille son frère, qui devint cardinal en 1594, à quarante-quatre ans , et pape PaulV, en 1605, à cinquante-trois ans , et mourut, en janvier 1621, à soiiante-huit ans. Ce fut un terrible pape qui éleva sa famille tout d'un coup en terres , en titres , en grandes alliances , en richesses. Il fit le fils de son frère prince de Sulmone , obtint pour lui la grandesse d'Espagne, et lui fit épouser la fille du duc deBracciano, chef delà maison des Ursins. Celui d'aujourd'hui est le quatrième grand d'Espagne, dont les alliances et les possessions se sont toujours accrues. Ces Borghèse, depuis Paul V, ont toujours demeuré à Rome.

SORMiA , Odeschaîchi, Innocent XI étoit fils d'un riche banquier de Côme , dans le Milanois , et servit jeune dans les troupes impériales. Il embrassa depuis l'état ecclésiastique, et l'argent de sa famille l'avança dans les prélatives. Il fit sa cour , comme les autres , à la fameuse dona Olympia, belle-sœur d'Innocent X, qui pouvoit tout sur le pape et qui le fit cardinal en 1645, et il fut pape en 1676. Avec un génie austère, borné, opiniâtre et un cœur tout autrichien, il s'y abandonna avec une partialité qui le rendit odieux à tout ce qui n*étoit pas vendu à la maison d'Autriche et la dupe de l'usurpation de l'Angleterre par le prince d'Orange , qu'il favorisa d'argent et de tout ce qu'il put, croyant ne favoriser [que] la maison d'Autriche contre la France. S'il ne se servit pas de ses

4 . G'est^-dire attaché à un des consistoires ou assemblées de cardinaux, ^ servaient à la fois de conseils du pape et de tribunaux.

PKmCE DE StmMIA. 143

parents dans les affaires, il fit pis de les abandonner au cardinal Gibo. Son neTeu Odeschalchi en étoit incapable , dont il fit un des plus puissants champignons de l'Italie en possessions et en dignités, qu'il étoit bien raisonnable que la maison d'Autriche lui prodiguât; l'empereur le fit prince de l'Empire et traiter d'Altesse par tous ses dépendants à Rome et en Italie , et Charles II le fit grand d'Espagne. Cette grandesse su][)siste encore dans je ne sais qui de sa famille, dont pas un n'a été en Espagne.

J'ai oublié Ottàïano Médim , d'une branche cadette et fort séparée de celle' des grands ducs de Toscane , et cinq générations avant que celle^si parvînt à la souveraineté , et c'est la seule qui reste de toute la maison de Médicis. Elle est depuis très-longtemps établie dans le royaume de Naples et a toujours été méprisée par les souverains de Toscane et par tout ce qui est sorti d'eux , les reconnoissant pourtant toujours pour être Médicis comme eux.

Bernard de Médicis , baron d'Ottaïano , dans le royaume de Naples , épousa une bâtarde d'Alexandre , duc de Florence , veuve de Fr. Gantelmi. Il étoit frère d'Alexandre de Médicis , archevêque de Florence , 1574, cardinal, décembre 1683, à quarante-huit ans, pape, Léon XI, en avril 1605 , mort le 27 des mêmes mois et année , à soixante et dix ans. Ce môme frère de ce pape eut un fils , aussi baron d'Ottaïano qui , d'une Saint-Séverin , eut deux fils qui , l'un après l'autre , furent princes d'Ottaïano , qui épousèrent chacun une Carraccioli. L'atné n'eut point d'enfants ; le cadet eut Joseph de Médicis , troisième prince d'Ottaïano , fait grand d'Espagne en 1700 , par Charles II , dont la postérité masculine subsiste à Naples, d'où elle n'est point sortie; princes d'Ottaïano , ducs de Samo et grands d'Espagne.

ICARQUIS BE :

Arizza , PalafoXé

Atitona, Moneadê^ colonel du régiment des gardes espagnoles. Cette maison est une des plus grandes et des plus illustres d'Espagne, indépendamment de ce qui peut être chimérique. Moncade est la première, baronnie de Catalogne , et est depuis plus de quatre cents ans dans cette maison de mâle en mâle. Elle prétend venir d'un Dapifer > , général de l'armée françoise au secours du pays de Barcelone contre les Sarrasins , vers 733 , dont le fils , Arnaud , fut investi par l'empereur Louis le Débonnaire de la terre de Moncade , ce qui a été cause que les successeurs de cet Arnaud , c'est-à-dire sa postérité , ont pris indifféremment le nom de Dapifer ou celui de Moncade. Cette maison a aussi possédé le Béarn et le Bigorre. Guillaume Bamon de Moncade épousa Constance , fille de Pierre II , roi d'Aragon. Il étoit sénéchal de Catalogne et fut le premier seigneur d'Ayétone , qui est , comme on l'a dit , la première baronnie de la Catalogne. Il eut deux fils : Pierre de Moncade , seigneur d'Ayétone

4, Ce nom latin désignait le grand ofBcier qu'on a appelé depuis sénéchal. Il servait à la table du roi et commandait l'armée en son absence. Dans la suite, lesfoBctions du sénéchal furent partagées entre le connétable et le grand maitre de la maison du roi.

1 44^ MARQUIS d'aYETONE.

et sénéchal de Catalogne , doi)t est descendue la branche de Moncade et celles qui en sont sorties , demeurées en Espagne , et Ramon de Moncade , qui a fait la branche sicilienne des ducs de Montalte , princes de Patemo , etc. , dont les ancêtres y ont suivi les Aragonnois et se sont établis à Naples et en Sicile. Ayétone est toujours demeuré dans la branche restée en Espagne masculinement.

Je n'ai pu trouver la date ni le règne en Espagne de l'érection de la grandesse d'Ayétone. Les difitérentes et les plus apparentes conjectures et leurs combinaisons laissent peu de lieu de douter qu'elle ne soit la première de l'érection de Philippe II, vers 1560, et c'est par cette raisoa que je l'y ai rangée. Ce qui ne peut être douteux est que les Moncade , premiers seigneurs d' Ayétone et sénéchaux d'Aragon , en étoient ricoshombres ; qu'ils ne passèrent point en grandesse sous Charles-Quint , qui par là les abrogea tacitement, et furent rétablis en grandesse par Philippe IL Celui que j'ai fort vu et pratiqué en Espagne , et qui , avec son frère, le comte de Banos, qui en savoit encore plus que lui, m'a instruit de bien des choses, étoit le sixième marquis d' Ayétone , qui avoit une grande réputation de probité , de désintéressement et de valeur la plus distinguée et la plus brillante , et en même temps la plus simple, à laquelle néanmoins on prétendoit que les talents ne répondoient pas assez. Il étoit de tout temps fort attaché à Philippe V, qui l'avoit fait capitaine général de ses armées. C'étoit un homme fort aimable dans la société, avec les manières du monde, simples, nobles et polies, et l'air d'un grand seigneur. Lui et son frère » que nous verrons , parmi les comtes, être grand par sa femme, et veufs tous deux, n'avoient point de garçons , et des biens assez médiocres. Le marquis d'Ayétone , depuis mon départ , maria sa fille unique au marquis de Cogolludo , fils aSné du duc de Medina-Cœli , lequel m'écrivit pour m'en donner part avec beaucoup d'amitié , quoique je ne lui en eusse point donné du mariage de mon fils fait auparavant. Quoique le marquis d'Ayétone portât le nom de Moncade, et non celui de Dapifer, il ne portoit point les armes de Moncade , qui sont de gueule à huit besans d'argent en pal * , quatre de chaque côté , mais il porte les armes de Bavière seules et en plein. Cette chimère vient du nom de Dapifer, qui. signifie le grand sénéchal , et depuis, le grand maître , qui lui a succédé dans l'autorité intérieure du palais, et non dans celle que le grand sénéchal avoit dans le royaume; ces charges héréditaires' sont éteintes partout, excepté dans l'Empire, où l'électeur de Bavière la possède, et par elle est électeur. Cette similitude, tout étrangère qu'elle est, aura donné lieu à cette singularité du marquis d'Ayétone ; au moins n'en ai-je pu découvrir d'autre raison ; et pour la date de sa grandesse , c'est ce que je me gardai bien de lui demander.

Los BALBÂzès, Spinola^ Génois de l'une des quatre grandes maisons de Gênes. Philippe III érigea cette terre, en 1621 , en marquisat et gran-

4 . Le pal, en terme de blason, était une des pièces honorables de Vécu, qui représentait nn pal, ou pieu posé debout, depuis le chef de Técu jusqu'à la pointe.

IfARQUIS DE LOS BALBÂZÈS. 145

desse pour le fameux capitaine Ambroise Spinola, fils de Philippe Spinoia , marquis de Yenafro , et d'une Grimaldi , fille du prince de Saleme. Il avoit épousé une Bassadonna, et mourut en septembre 1630. Il laissa le cardinal Spinola, mort en février 1639, une fille mariée au premier * marquis de Leganez , et Philippe Spinola , second marquis de Los Balbazès, qui eut la Toison d'or, et qui épousa une fille de Paul Doria, duc del Sesto , grand d'Espagne , qui lui apporta cette nouvelle grandesse , et lui fit joindre le nom de Doria à celui xle Spinola. 11 mourut en 1659. Son fils , né en février 1632 , Paul Spinola-Doria , troisième marquis de Los Balbazès et duc del Sesto , est celui qui se trouva au mariage de Louis XIYy qui accompagna la cour depuis la frontière d'Espagne jusqu'à Paris en qualité d'ambassadeur d'Espagne , qui parut avec tant de magnificence et de galanterie à l'entrée du roi et de la reine à Paris , et qui.y fit admirer l'une et l'autre pendant tout le cours de son ambassade. Il fut après du conseil d'État et de celui de guerre , et majordomemajor de la seconde femme de Charies II. Il étoit gendre du connétable Colone, et mourut à Madrid, en décembre 1699, n'ayant pas encore soixante ans. Son fils , quatrième marquis de Los Balbazès , fut gentilhomme de la chambre de Charles II, et général de ses armées en Milanois. Il étoit gendre du huitième et dernier duc de Medina-Gœli , des bâtards de Foix, qui mourut prisonnier à Fontarabie. Je ne sais s'il eut peur de la disgrâce de son beau-père et d'être impliqué dans ce dont on l'accusoit ; mais tout à coup il se fit prêtre avec dispense de recevoir tous les ordres à la fois , dont on fut fort surpris à* la cour d'Espagne. Quelques-uns ont prétendu qu'outre cette raison , car les prêtres sont fort difficiles à arrêter et à juger en Espagne pour causes laïques, il avoit des vues de se faire cardinal. Quoi qu'il en soit, il vécut, depuis, peu d'années , et laissa le cinquième marquis de Los Balbazès , que j'ai fort vu en Espagne , et qui étoit gendre du duc d'Albuquerque et frère des ducltesses de Medina-Gœli, d'Arcos, de La Mirandole et de la princesse Pio. •

n avoit de l'esprit , du monde , de l'application et des lettres , qui n'empéchoient point beaucoup d'ambition , les talents de courtisan et d'être plus mêlé avec le grand monde , où il étoit aimé et estimé par ses manières nobles et polies, que ne le sont d'ordinaire les seigneurs espagnols , et passoit pour un fort honnête homme. Je l'ai beaucoup fréquenté. Il fut gentilhomme de la chambre du prince des Asturies , à son mariage, et l'étoit déjà du roi, et à la mort du prince Pio noyé dans l'inondation de l'hôtel de La Mirandole , il fut grand écuyer de la princesse des Asturies.

Bedmar, Bertrand La Cueva. Cette maison a été expliquée au titre d'Albuquerque ; le marquis de Bedmar est cadet de cette maison. Il servit presque toute sa vie au dehors de l'Espagne , en Italie et aux Pays- Bas. Il y étoit capitaine général et gouverneur des armes à l'avènement de Philippe V à la couronne d'Espagne, où on fut extrêmement content de 82^ conduite , tant alors que depuis. Il y fut commandant général pendant l'absence de l'électeur de Bavière, gouverneur général, qui alla dans ses Stats, et le marquis de Bedmar rouloit d'égal avec nos SAmT-SDuoif zu 7

146 MARQUIS DE BEDIAAR.

Qiaréchaux de Fraace^ commaadoit des armées séparées et aux troupe^ frànçobes, comme aiix espagnoles et wallonne^ ^ comme à câles-ci re- 6ip^oqaeme^t nos généraux françois. 11 se conduisit si oieii et d'ailleurs avec tant de correspondance avec nos généraux ei nos troupes q^ii^îl gagna entièrement leur amitié et leur estime par sa .valeur et son aé^Rtéressement , et par la magnificence avec laquelle il vivbit. Louiâ j4lV lui en sut tant de gré qu'il lui donna l'ordre çlii Saint- Esprit eii 1704, et le collier, en 17Ô5, en passant pour aller dfe Flandre vice-roi dé Sicile. Il fut ie seul Espagnol pour qui le roi demaiida èi obtint la ^rài^T desse. Je le trouvai en. Espagne conseiller d'État ei président du conseil de guerre et. de celui des ordres, et d^ns une grande consiciéiraiioii. Oïi a vu qii'ii fut premier cominUsaire d'Espagne poiif la âignatiirë^ dés articles du contrat de inàriage de l'inknte avec jje roi,, et, par trèsgrande distinction, on lui apportoit un siège chez le roi d'Ëspâgiae, eiii attendant que Sa Majesté Catholique parût. ^ .

G'étoit un homme fort poli , dont toutes les qualités et les manières étoient aimables ^ nobles , etd'iihgirând seigneur, en inêmè tèinps polies et familièi:es. il étoit goutteux, ne sortoit giièi*é de chez lui qiié pbiir des fonctioii^, ou pour aller au Jïâlais, et avoii presque toujours compagnie chez lui) il avoit de l'esprit , dû sens, et tant vu aii dénors qiié Ba conversation étoit également agi*éai)ie , ,gâié , et instructive. Je l'ai extrêmement vu et pratiqué à Madrid^, où. Leurs Majestés Catholiques, les ministres., et tout le inonde en fkisoient beaucoup de cas. Il se piquoit fort d'aimer et de caresser les ifrànçois, et d'une graj^idé i*ecoiinoissance pour la mémoire de Louis ZIV. Il avoit très-bonne mine, et l'air fort françois. j'admirai avec quelle facilite il s'étoil.feinis à vivire ^ Vespagiiol , à son puchero ' ^ à ibanger seul lin morceau , après avoir été un si grand nombre d'années hoi*s d'Espagne , à vivre avec tout le inonde comme nous vivons ici , et avec iine grande et bonne tablé bien reinpliè démets et de convives.

il h'avoit qu'une fille uiiiqiié inariée ad ixiàrquis dé Éoyi , seooiid fils du marquis de Villena, auqucd elle porta cette grandesse. Elle étoit daine du palais de la reine, é.t cruellement laide., tongieinps depuis mon retour, le marquis de t^oya, qui, avec peu d'esi)nt, mais une valeur distinguée pt beaucoup d'honneur, êtoit foirt dans lé monde, devint par la ihprt de son beau-père marquis de Bedihar, dont il prit )ë nom, et par la mort de son père, capitaine dès gardes du coi*ps de ïi compagnie espagnole , qiiè son frère aîné qiiitta po^r inontéf à la chargé de majordome-major du roi ^ qu'avoit le marquis de Villena, leur père, qui étoit une faveur sans exemple.

Camaraça, Los Cobos, Il ne laisse pas d'y avoir en Ëspâgiie, cpmme ea France, des grandesses de faveur, et dont les faces ne remontent pas haut. Fr.de Los.Cobos étoit secrétaire d'Etat, favoi:! dé Charles- Quint qui le fit conseiller d'Ëtat, grand commandeur d^ Léon de Tordre de Saint- Jacques, grand ti;é30i^ier dé Cast^le, et lii^ fit épouser b. Men* doza y Sarmiento. Leur fils épousa Fr. L., fille de Fr. de Liina, rico*

i • Pot-au-féol^ marmite.

llÂliQUlâ t>Ë CAlÂÂMÀÇAi ikH

fatfihbrb de Saii^ en Âtagon, et seigneur de Gamaràçâ, laquelle en Ait faîte marquise. C'est d'eux qUe sortent masculinement les Los Gobos , inartt^^^ ^^ Camaràça, t)iego de Los Cobbs, tlroisième inArquiS dé Càma* taça mort tout à la fin de 1645^ fut foit grand d*Espaghè, et ne laiàsà (Justine fille religieuse. Emmanuel de Los Çobos; appelé & sa ^ahdesse, lui Sùëcéda. Il sortoit dé niâle en mâle du frère cadet de Lbs Gobos ; i)rëâiièr iharquis de CÀmarabà, il filt bisàlëul dé Baîttiàâaf dé Lbs Gd^ bds ) biiiqiitème marquis de Gamàraça ; cbevalier dé là Tbisdn Wôr , gentilhomme de la chainbré de Gharleà II; ^nérâl des gklèhsi) dé Naplëâ, jJtiis dé telles d'ESpagne ) èiifiii Tice-roi d'Arâgbii. Sa inerte , Acùôà Pbiri tbbarrerd, fille du troisième cbinte de Mbntijo, tiiourut; eb 16194, camâ- ^ra-màyor dé là rëine-mère de Charles II.

Gastbl DOS Hios; S'e^m^nai^ Gatalaii; C'est celui qui étbit ambassà* deur d'Espagne en France à la inort de Charles il , duquel il à stiffisain^ ment été .parlé à cette occasion, qui Idi tâlùt la girahdesàë et la ticé^ toyautè du Péroti, Comme oii l'a tu àu ibêffie endrbit. Il y inotirut âptès qùëiqtiés âbnéés. Sbn fils àhlé, coiinti ici avec Idi sbUS le noni de marquis dé Seiîimehàt, qiii l'aroit accompagné âù P6i*bu; y testa fbrt Ibh^tétnt)! aprës sa inort ; et li'eîi ést reVenù en Espagne qUe depuis mon fetour bii il fit aussitôt après sa couverttii*e.

GASTÉL-RoDRii&o^ ffôHMdéï: C'fest iihé bitê ëii Portugal. li. de Motlrtl; d'une ibàisbn nbblë et ancienne dé ce rb^aunlë-là , alcade où godVeriieuir de cette bité^ eut un fils GhriStbphé de Moùrà ; que Philippe II eîl fit comté pour lès serncéS qti'il en àvoit i*ebuè lorsqu'il s'ëni^arà dtt Pbrtugalj à la ihoH du cardthal-rbi Henri.* Lé même Christophe de Mbtira fut fait par Philippe III marquis dé Gaâtel-Rbdrigo et gtand d'Espagne. U aVoit été lé pi^émiér Vibe-rbi dé Portugal poiir TEspàghë. 6bti fils et le fils dé son fils ont été gouverneuirs généraux des PàyS- Baii; le demiëi* biourut à là fin de 16T5; gëndrë du sixièiiie ddb de Montalte , et ne laissa ^né dent filles. L'atnéé , veuirë sâhs ënfàhts d'un Gueman, fils putiié du dub de MediUà dé Las Tbrres; se rémaria à Gh. Homodeï , et la cadette à Gilbert Pio , prinbé dé Saint-Grégoire éA Lbmbardié » dbnt elle eut des enfants. Après Sa tmH elle Se remaria à ti; Cbbtarini \ alors ambassadeur de Yenisé à Rome.

Lés Hôinbdet sbnt des juriscobsultess dès citadins «t dëft gens derbbë dé Miiaii , connus dès 1340 > et sbnt deiheurt&s tils sans illustration ni alliances jusque terS IBOO , que Gh. &otiàbdèî , i^ltrfittieméht Hche , Sl$ fit marquis de Pioperà» et poussa si bien un de ses fils dàiis les chargés de là préiatùiré dé Rome qu'il fui cardiiiâl eti 16Ô2, et mourût en 1685; C'est l'aîné de ce cardinal qui fut père de Gh. Ëomodéî ; eonuu soUs U nom de marquis d'Alâonacid ; qui éptiUsâ là fille aînée dé Mbura, mâr^ quise héritière de CaStél-ROdrigo ; et qui^ après avoir ëssUyé de longues chicanes avec peu de fondement pour le droit, mais causées par la légè-^ reté de siL naisSanbë ^ lé cburrit «ti6n eti 1B79 , par la graudesse qUe sa femme Idi avoit appori)^. Il se trnutà hbmfaiè d'esprit, d'hdUn^ur et dé méiKte-, et parvint SbUS Gfaariés il à être coUseiUer d'Ëtat; il se tbn^ duisit si bien à Tavénemeut de Philippe Y à là courbune d'Espagne ^ qÂ*ii M dtoiit poar l'âdibanade de TûHti) i ilégoeier te màriaSB âù

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