‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegence (volume 2)Chapitre 63 sur 200 · COMTES DE · texte numérisé non relu

COMTES DE

AgoiUr, Manrique de Lara. Terre en Gastille, donnée par le roi Jean I*' de Castjlle, en 1385, à J, Ramîrez d'Àrellano, dit le Noble, seigneur de Los Cameros , rico-hombre de Gastille. Alphonse , de mâle en m&Ie, arrière petit-fils de J. Kamirez d'Arellano, en fut fait comte et grand d'Espagne en 1475 par les rois catholiques. On a vu dans ce qui a été expliqué sur la dignité de grands d'Espagne, qu'elle n'est connue que depuis Charlefr-Quint, qui la substitua adroitement aux anciens ricoshombres, qui en avoient le rang et les honneurs, quels ils étoient, et comment ils s'étoient multipliés à, l'excès, enfin ce qu'ils perdirent pour faire leur cour à Philippe le Beau , père de Charles-Quint. Il faut donc entendre les grandesses avant Charles-Quint des ricos-hombres , qui en avoient le rang et plus que les avantages , et qu'on n'appelle ici grands et grandesses érigés avant Charles-Quint que pour se conformer au langage d'aujourd'hui. On a vu encore dans cette espèce de court traité de la grandesse , fait ici à l'occasion de l'avènement de Philippe V & la couronne d'Espagne, que Charles-Quint , en substituant la dignité de grand d'Espagne qu'il inventa à l'ancienne dignité de rico*hombre qu'il abolit, comprit les plus puissants des ricos-hombres dans ces nouveaux grands d'Espagne , et n'y comprit point ceux qu'il crut pouvoir ne pas ménager, qui de fait demeurèrent dégradés. Apparemment que les comtes d'Aguilar furent de ce nombre , puis dès le fils de celui qui avoitété fait comte d'Aguilar, et grand d'Espagpe, pour continuer à s'exprimer dans le langage connu, ce fils et sa postérité cessèrent de jouir du rang et des honneurs de grand d'Espagne jusqu'au 6 janvier 1640, que Philippe IV les rendit à 3, Jlamirez d'Arellano, huitième comte d'Aguilar. Cette maison d'Arellano étoit pourtant bien grande et bien illustre , puisqu'elle descendoit masculinement de Sanche Ramirez , seigneur de Peiïa Cerf ada , frère de Garcias , dit le Restaurateur , roi de Navarre, mort en 1151. C'étoit peut-être pour cela même que Charles- Quint la voulut abaisser et confondre. Leurs aunes même étoient trèssingulières, et ne pouvoient avoir été prises sans quelque cause curieuse que je n'ai pu découvrir. Elle n'écarteloit point , et portoit l'écu parli de gueules d'or à trois fleurs de lis de l'un en l'autre, deux et une, et celle-ci mi-partie de l'un en l'autre , ces fleurs de lis faites comme celles que nos rois portent aujourd'hui.

Ce J. Ramirez d'Arellano, huitième comte d'Aguilar, rétabli grand d'Espagne par Philippe IV en janvier 1640, épousa la fille unique, héritière de J. de Mendoza , premier marquis de Saint-Germain et de Hinoyosa, dont il eut le neuvième comte d'Aguilar, qui. mourut en 1668, et d'une fille du huitième comte d'Onate , qui étoit Guévara , ne laissa qu'une fille qui porta sa grandesse avec Aguilar Hinoyosa Los Cameros, etc., en mariage, en 1670, à Roderic Emmanuel Manrique de Lara, comte de FrigiUianë, duquel j'ai amplement parlé en traitant des conseillers d'Etat et seigneurs distingués d'Espagne, à l'occasion du testament de Charles II et de l'avènement de Philippe à la couronne d'Espagne. J'ai aussi parlé à la même occasion du comte d'Aguilar ^

158 MAISON B^AHfitLAllD.

son fils, en celle du premier siège 46 Barcelone, qu'il vint proposer au feu roi , et qui eut de si fâcheuses suites , à Toccasion de Flotte , et 4e Renaud qu'il fit arrêter dans Tannée que commandoit le maréclial 4e Besons en Espagne, à qui il ne le yint dire qu^après Texéçution Ipiite 4 son insu; enfin à Toccasion de la disgrâce commune du duc de NoaiUes et de lui, lorsqu'ils voulurent donner une maltresse au roi d'£^pagne pour foire toml^er le crédit de la reine et celui de |a prin-^ cesse des Ursins, qui gouvernoît, et par la maîtresse ré^er eut-mémes. Son caractère exposé en ces différentes occasions me dispensera de le retoucher ici. Je me contenterai de dire seulement que c'étoit Phommé de toutes les ^pagnes qui avoit le plus dlnquiétudé d'esprit, et d'am^ bition , à qui les moyens coâtoient le moinà , et qui étoit le plus dangereux ; aussi le duc de Noailles et lui se sentirent d-abord l'un Tat^tre dès qu'ils se virent, et lièrent une amitié la plus intime qui a, duré autant que leur vie. Il ne me reste donc plus <)u'à dire ce qui est arrivé à ce comte d-Aguilar depuis cette disgrâce commune avec le duc de SFoailles en 1710. Ce comte d'Aguilar avôit été successivement et rapidement â la tête des finances , dés affaires de la guerre , commandé en chef, et capitaine général des armées, colonel du régiment des gardes espagnoles, enfin capitaine de la compagnie espagnole des gardes du corps qu'il perdit par cette disgiiâGe, et qui fut donnée au comte de San- Ëstevan de Gormaz , fils atné du marquis dé Villena. Exilé dans une riche commanderie de l^ordre de Saint- Jacques, dont il étoit grand chancelier , et avoit pour cela quitté la Toison d'or par une avarice qui lui fit grand tort dani le monde , il intrigua tant qu'ail obtint de servir la campagne suivante, à condition de n^approcfaer point de Madrid ni de la COUP. L'Altesse donnée à la princesse des Ursins et au duc iïe Vendôme qui indigna toute PÈspagne, et qui en outra tous les grands, fut plus sensible au comte dUgûilâr qu'à pas un, parce que, servant dans son armée , il ne pouvoit éviter de lui donner cet étrange traitement qui jamais n'a appartenu qu^auz infants et au bâtard don Juan d'Autriche, qui l'usurpa dans lés troubles qu^il excita pendant la minorité de Gtiarles 11 et le parti qui Téleva jusqu'à arracher le gouvernement d'entre les înains de la reine-mère régente. Pendant cette campagne de 1711 , le duc* de Vendôme mourut fort brusquement et fort solitairement à Vignaroz , au bord de la mer, comme on Ta vu en son lieu , et cru empoisonné sans aucun doute. Aguilar eut le malheur d^en être fort publiquement accusé , et fut renvoyé dans sa commanderie pour n^en plus sortir. Quoique la mort du duc de Vendôme eût été reçue avec une joie marquée par tout ce gui étoit distingué en Espagne en dignité ou en naissance, par l'extrême dépit de ce traitement d'Altesse, Aguilar, craint et ha! de grands et de petits, né trouva point de protecteurs, de sorte qu'il passa bien des années sans sortir de sa commanderie. Vers 1720, il obtint permission de venir faire un tour court à Madrid, sous prétexte d'affairés et de santé , à condition de ne se présenter pas devant Leurs Majestés Catholiques. Dans le peu qu'il y séjourna il se jeta à la tête du parti italien, dont je parlerai bientôt, et il lui fut per« mis après de venir à Madrid j pendant l-absenoe de la cour qui étoit à

Xenna , puis d^y faire «quelque petit séjour , mais en s'y montrant so* brament', et à la an de se présenter une fois deyant Leurs Majestés Ca» tholiques au palais.

C'étoit un très-méchant faompie sur qui personne ne pouvoit compter, mais si pleii^ d'esprit, de nerf, d'ambition et de ressources qu'il n^étoit pas à mépriser. Ainsi par ces raisons , je fus conseillé d^euToyer lui (aire compliment par un gentilhomme comme à un seigneur que j-avois vu à notre cour autrefois. Dès le lendemain , il m'en envoya un m» remercier et s'excuser sur son indisposition de n^étre pas encore venu me rendre ses devoirs , dont il s'acquitteroit incessamment. En effet , il me vint yoir deux jours après, et me trouva. Je la lui rendis promptement, et le trouvai seul. Tout se passa en compliments et en discours de philosophe de sa part , de retraite , etc. Je n*en voulois pas davantage ; U s'en retourna tèt après à sa ponunanderie sans avoir réitéré nos visites. Je découvris sans peine un homme piqué, frétillant , désolé de son exil , abattu de santé , et cachant ce qui s'en montroit , malgré lui sous des propos de la satisfaction qui se trouve dans le repos et dans la jouissance de soi-même. Son exil s'est adouci depuis , mais la disgrâce a duré jusqu^à sa mort^ qui n'est arrivée que. plusieurs années depuis mon retoup*

Le duc de Noailles et lui ont toujours été en commerce de lettres , et le roi et la reine d'Espagne le savoient et le trouvoient très-mauvais, et toutefois les laissoient faire avec une sorte de mépris pour tous les deux. Le comte d'Àguilar étoit Rendre du,septième duc de l^onteléon Pignatelli , qui , peu après l'arrivée de Philippe Y en Espagne , s'étoit retiré à Kaples , où il avoit pris le parti de la maison d'Autriche , k laquelle i} étoit demeuré attaché le reste de sa vie.

' La maison de Manrique de Lara ne cède à aucune autre en Espagne en ancienneté et en grandeur d'origine, en alliances, possessions, en dignités et en emplois; elle descend de mftle en mâle des comtes souverains de Gastille , qui sortoient de même des rois des Asturies et de Galice. Ils ont donné des reines k la Navarre , à Léon et à la Gastille , et ils en ont épousé des filles. Ils ont été. vicomtes de Narbonne, de la branche desqueU est sortie celle de ces derniers coiutes d^Aguilar ; enfin ils sont immédiatement alliés de tout temps aux plus grands et aux plus puissants de tous les ricos-hombres du Portugal et de tous les royaumes particuliers qui composent aujourd'hui celui des Espagnes, dont le détail feroit un volume. .

Altakira , Ossario y Moicoio, Roderic de Moscoso , seigneur d'Altamire, perdit son fils unique tout jeune, et eut deux filles. Agnès, l'atnée, épousa Vasco Lopez d'Olloa, dont un fils créé par Jean II, roi de Gastille , comte d'Altamire , qui eut un fils mort jeune , à qui succéda la sœur cadette de sa mère Urraque de tfoscoso , femme de Pierre Alvarez Ossorio , fils puîné du premier comte de Transtamare , et frère du premier marquis d'Astorga. G^est de ce mariage que descend de mê^e eu mâle le comte dUltamlre que j'ai vu en Espagne; il en est le neuvième comte , et cette grandesse , érigée pour son trisaïeul paternel de mâle en mâle, est vers 1610. Sou pére mourut en 1698 à Rome, ambassadeur de Charles II , apsès avoir été vice-roi de Naples ; et sa m^e fille du sixième

160 COMTE D'aLTAMIRE.

duc de Segorbe et de Gardonne , de la maison Fokh , étoît de mon temps, et longuement depuis, camarera-mayor de la reine avec une très-grande considération.

Ce comte d'Altamire son fils étoit fort jeune , et néanmoins^fort considéré, lorsque j'étois en Espagne. Il étoit bien fait, appliqué, peu répandu , de l'esprit , de la conduite , fort graine , fort dévot , fort mesuré , fort espagnol , et regrettant toutes les étiquettes , fort homme d'honneur , l'air d'un grand seigneur , mais un air un peu embarrassé et très-réservé , et une politesse qui sembloit vouloir bien faire à travers la crainte d'en trop faire. Il fut sommelier de corps du roi Lquis , après l'abdication de Philippe V , son favori dans ce court règne , au point qu'il auroit tout gouverné. Il avoit déjà rétabli toutes les étiquettes espagnoles et aboli tout ce qui n'étoit pas des manières et des coutumes antiques. On pouvolt dire de lui que c'étoit un jeune seigneur qui n'avoit point vieilli depuis le temps de Philippe II. Il fut nommé chevalier du Saint-Esprit avant l'âge, et mourut bientôt après sans l'avoir encore reçu et sans avoir été marié. On commencoit déjà de mon temps à le compter beaucoup; il savoit et s'appliquoit fort à la lecture, et je ne sais qui auroit pu l'apprivoiser.

Aranua , Roccafull. Cette terre en Aragon a été possédée premièr^nent en comté par Lope Ximenez de Urrea , et passa par sa fille dans la maison d'Heredia , dont le cinquième comte d'Aranda fut fait grand d'Espagne vers 1590. Cette grandesse est enfin tombée par des héritières en 1696 à l'héritière Henriette-Françoise d'Heredia et Urrea qui la porta en mariage à Guillaume de Roccafull , et Rocaberti , comte d'Albaterre. MM. de Roquefeuille qui sont François , et en France , et ont eu un . grand maître de Malte , prétendent être de même maison que les Roccafull d'Espagne.

Los Argos , Figuerroa y Laso de La Fega. Philippe III l'érigea en comté pour Pierre, quatrième fils de Gomez Suarez de Fiçuerroa et d'Elvire Laso de La Vega , lequel Pierre avoit épousé Blanche de Sotomayor , dame de Los Arcos : c'est le troisième comte d'Arcos , sorti de mâle en mâle du premier qui fut fait grand d'Espagne , en 1697 , par Charles II , et c'est son fils que j'ai vu , mais assez peu en Espagne.

Atarez , nilalpando , de Philippe V.

Banos, Moncade. Gonzalve, marquis de Landrada, second fils de J.^ cinquième duc de Medina-Gœli , et frère du sixième des bâtards de Fpix , eut un fils aîné marié à M. A. I. , héritière de Leyva et de 3aiîos. Il en devint veuf, fut vice-roi du Mexique, et se fit carme en 1676. Son fils aîné, comte de Banos et marquis de Landrada, grand écuyer de Charles II, fut fait par lui grand d'Espagne en novembre 1692. Il ne laissa qu'une, fille qui apporta cette grandesse en mariage à Emmanuel de Moncade, comte de3anos par elle, frère du marquis d'Ayétone, duquel j'ai parlé au titre d'Ayétone. Il avoit servi avec distinction , et avoit perdu une jambe , mais par accident. Il n'avoit qu'une fille non plus que son frère.

Benayente , PimerUel. Cette maison est des plud grandes et des plus illustres de Portugal. J. Alphonse Pimentel avoit épousé J. Tellez de

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