MARQUIS DE MONDEJAR
Mendoza, et tomba depuis en plusieurs maisons par des filles héritières. Enfin celle de Cordoue et Mendoza l'apporta en mariage à Gaspard Ivannez, comte de Tendilla, d*une naissance pourtant fort commune et peu -connue, qui prit le nom de marquis de Mondejar, et fit sa couverture en 1678; son fils épousa pourtant une sœur du connétable de Castille, dont le fils étoit le marquis de Mondejar, du temps que j'étois en Espagne, mais fort obscur et retiré.
MoNTALÈGRE , Guxman. C'est celui que j'ai vu en Espagne. Il portoit autrefois du vivant de son père, le nom de marquis de Quintana, et étoit majordome de semaine de Charles II, qui le prit en amitié et le fit fort tôt gentilhomme de sa chambre. Sa faveur augmenta, en sorte qu'il fut regardé comme un favori, et fut capitaine des. hallebardiers de la garde, enfin grand d'Espagne à la fin de 1697. Il conserva ces deux charges à l'avènement de Philippe V à la couronne d'Espagne , où je le trouvai sommelier du corps , mais sans nul exercice comme je l'expliquerai en son lieu, et comme étoient presque toutes les charges du palais. Il se trouvoit quand elle vaqua , le plus ancien de tous les gentilshommes de la chambre. Cette raison, sa naissance, sa dignité, un reste de teinte de ce qu'il avoit été auprès de Charles II , relevèrent à cette grande charge. C'éloit un bon et très-honnôte homme, fort paresseux, fort retiré, par dégoût de n'avoir que le titre vain d'une si belle charge, un esprit médiocre , peu à son aise , incapable de se mêler de rien , doux et modeste , toutefois compté et considéré par estime, et aussi par l'habitude de respecter fort les sommeliers , quoique celui-ci n'en eût que la plus légère écorce. Il m'avoit pris assez en amitié. J'aurai lieu de parler de lui encore sur la fin de mon séjour en Espagne. Son fils étoit gentilhomme de la chambre du roi.
pESCAiRE, iii7a{os. Maison espagnole qui se prétend originaire de Navarre , puis transplantée en Andalousie , où Loup Ferdinand d'Avalos fit des prodiges de valeur contre les Mores grenadins , sous les rois de Castille Ferdinand IV et Alphonse XI , qui l'en récompensèrent en biens et en dignités qu'il transmit à ses descendants. Cette descente masculine leur est contestée par des auteurs qui prétendent que cette descendance finit en une fille héritière, appelée Mencia d'Avalos, qui porta ses biens en mariage à Ruïs de Baeza y Haro, dont le fils s'appela Roderic Lopez d'Avalos , et laissa le nom de son père pour "prendre seul celui de sa mère, comme fit après lui toute sa postérité.
Ce Roderic Lopez d'Avalos fut un homme illustre qu'Henri III, roi de Castille, en fit connétable,, en 1396, qui entre autres enfants qui firent des branches demeurées en Espagne , qui fut grand trésorier du royaume de Naples, et qui épousa Ant. d'Aquino, sœur et héritière du marquis de Pescaire. Ses enfants firent comme lui d'illustres alliances , qui se soutinrent ou devinrent encore plus grandes dans sa longue postérité. Alphonse d'Avalos ,^ marquis de Pescaire et del Vasto après son frère aîné , mort sans enfants , grand trésorier de Naples et général des armées de Charles-Quint , Alphonse , dis-je , fut vice-roi de Naples et grand d'Espagne; il mourut en 1546. Il laissa son fils aîné grand trésorier de Naples, et vice-roi de Sidle, sixi^e aïeul du marquis de Pescaire à
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Naples, du tepipa que j'étois e& p^p^gae, d'oi^ cette bTaaebe n^eet point sqrtie depuis 00a premier établissement dans oe royaunie-l^ , e\ des cadets dont Vw» twt chancelier de N^ples, cerdin»! en 1561 , et mourut en l^Ofli) et 1-autre fit )a branche df» princes de Vontesarchio et de Troja.
KicsBBoyRa, l/felun. Ff. Ph. de Melua, fils puîné 4u second prince d'Espinoy , et frère du troisième grand-père du dernier, mort sai^s estants, ffiit dup et pair de joyeuse, et gendre du duc de Bouillon; ce marquis de Riçh^)x)urg, dis- je, eut la foison d'or et le gouyernement ^t grand-bailliage de Mons et de Hainaut, et mourut en 1690. Spa fils porta après lui l« i^om de marquis de {iicbebourg, passa en Espagne, y reçut la Toison d'or , et fut fait grand d -Bspagne par Philippe Y , capitaine général de ses armées , puis de Galice , après de Cataloi^ne , enfin polone) du régfiment des gardes wallonnes. |1 étoit dans ses gouvernements lorsque j'étois en fispagne. Il n'a laissé que deux filles demeurées en Flandre, qui ne se sont point mariées, et la grandesse s'éteint nécessairement.
RoFFBc , Saint-Simon* Mon second fils , conjointement avec moi , et pour en jouir ensemble l'un et l'autre , dont c'est le premier exemple en Espagne.
ToRRBcusA, Çavrç^çioli. Voir p. 137, 138, ce qui a été dit de cette maison sur l'article des princes de Santo-Buono.
Philippe Garracçioli, des Garraccioli ^uges, étoit troisième fils de l'amiral Jean Carracoioll , frère de la mère du pape Boniface IX Tomacelli- Ge même Philippe étoit frère d'?. comte de Gierace, grand tréso? rier de Naples en 1343, de Gualterius, gouverneur de la Fouille, dp Louis , maréchal de ï'Ëglise romaine , et de Vicolas , général de l'ordre de SaintrDominique , cardinal 1316, mort 1389. Ge même Philippe épousa Marcella prancaccia , c'est-Mlre Harcelle de Brancas. D'eux est )ortie la branche des marquis de Vico et de Torrecusa , des comtes de Biecavi et des ducs de Airola et de S.-Vito.
La septième génération de ce Philippe CarnccioU fut Lelius Garraoçioli, marquis de Torrecusa, dont le fils Gharles-André, second marquis de Tprr#çusa, mort en 1646, fut lait graud d'Bspagne, bisaïeul de celui que j'ai vu fort peu à ICadrid, obscur, et qui passoit pour un fort pauvre homme , mais qui avoft vaxp femme d'esprit et de mérite , dame du palais , aimée de la reine et fort considérée.
YiLLENA , ducs ^'Esenlone , icutU» y PachecQ. On peut voir plus haut , i^U titre d'Ossone, ce qui est dit 4c cette grande, illustre et nombreuse maison d'Acuna, et que les marquis de Villena, ducs d'Escalone, en font les aînés. Les titres de marquis de Villena et de duc d'Escalona ont toujours été dans cette maison sur la même tète. On a fait remarquer plus d'une fois que les titres de duc, de prince, de marquis et de comte sont entièrement indifférents en Espagne, et que oelui seul de grand y est tout. C'est ce qui a fait que ces aînés de la maison d'Acuna, marquis Ue Villena et ducs aussi d'Escalone , grands d'Espagne par l'un et par l'autre, ont préféré porter le nom de marquis de Villena, parce que, itant le premier marquisat de Gastille, cette primauté, quoique sanà
MARQUIS B& VILLfi!9A. 15&
ran^ et saps effet comme primauté, les a flattés, et comme où 1-a reiparqué ailleurs , leur a dbnné occasion d-usurper la singularité de signe^ M Marquex tout court , sans y rien ajouter. Ne pouvant donc traiter séparément deux titres qui ont toujours été assemblés sur les mêmes têtes de ces atnés de la maison d'Acùna, j'ai préféré de le faire sous celui qu'ils portent préférablement , quoiqu'ils soient souvent désignés aussi par l'autre.
On a vu article d'Ossuna quels étoient les deux frères Jean et Pierre 4'Acuna, et d^où sortis; que Jean, aîné de la maison entière, fit la branche de ViUena^ et ÎPierre celle d'Ossone, et les raisons qui engagèrent ces deux frères et leur postérité h joindre au nom d'Acuna , Taîné celui de Pacheco, le cadet celui de Giron. Ge J. d^Acuna y Pacheco, maître de Tordre de Saint- Jacques , fut favori d'Henri IV, roi de Castillè qui lui donna la terre de Villena qu'il érigea pour lui en marquisat, et p,eu après ^ en 1469 , érigea en sa faveur Escalone en duché , à huit lieues de Tolède. En 148D les rois catholiques, mécontents dé ce que son fils, second marquis de Villena^ et second duc d'Escalone, avoit penché pour }e roi de Portugal et Jeanne de Castillè, pour la succession à cette couronne, lui ôtèrei^t VjUena, le réunirent à leur couronne où il est toujours dépuis demeuré réuni. .Néanmoins les ducs d^Èscalone, des descendants, n'y ont jamais renoncé, et pour marque de leur prétention affectent, et on le souffre, de porter un titre doiit ils n'ont pluç la terre [jointl à celui dont ils Tout.
Le marquis de Villena, duc d^Escalone, que j^ai vu en Espagne, étoit majordome-major du roi , et le seigneur d'Espagne le plus considéré , le plus respecté et le plus digne de Pêtre. Il avoit alors soixante-quatorze ' ans, et une fort bonne santé. Il avoit été vice-roi et capitaine général de Catalogne, de Navarre, d'Aragon, de Sicile, enfin dé Naples, où il reçut Philippe V, [^nt] le huitième marquis de Villena, duc d^Escalone, et le cmquième ayant la Toison d*or. J'ai parlé de lui sur la bataille di; Ter, où il fut battu, et sur la belle défense qu'il fit dans le royaume de Naples, où à bout de moyens, il sotitint le siège de Gaête si longtemps , ei y fut pris enfin barricadé dans les rues , les armes à la main, indignement traité et mis aux fers par les Impériaux, irrités des obstacles et des retardements qu'il avoit mis à leur conquête , parmi la révolte et le manquement de troupes et de toutes choses, et longtemps enfermé par eux à Fizzighitone , en sorte qu^il avoit les jambes tout arquées de ses fers et marchoit assez mal. J-ai parlé de sa délivrance par la belle action de son fils atné, qui la procura devant Brighuela^ à Toccasion de la prise de cette place', et dé la bataille de même nom, que les Espagnols gagnèrent*^ ainsi je n'en répéterai rien.f nfin j'en ai parié à l'occasion des coups de bâtoii qu'il donna en présence de la reine et du roi, fbrt malade dans son lit j au cardiùal Albéroni, en sorte qu'il n'y a rien à en répéter ici. Je me suis fait conter le dernier par lui, tel que je l'ai écrit, et il m^en instruisit fort en détail avec modestie, mais avec complaisance. Avec beaucoup de dignité, de gravité, les manières hautes, nobles, civiles^ mais toutefois très-imposant; la taille médiocre, maigre, un visage majestueux : tout sentoit et montroit en lui un très-
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I^rand seigneur malgré sa modestie et ^ simplicité, et un seigneur devant lequel on y oy oit tous les plus grands se ranger, lui faire place, lui céder sans qu'on en fût surpris , même sans le connoltre; tout cela avec un médiocre esprit , aucun crédit et beaucoup des fonctions de sa charge retranchées. Il n'étoit pas riche, avoit une médiocre maison, mais une belle bibliothèque. Il savoit beaucoup, et il étoit de toute sa vie en commerce avec la plupart de tous les savants des divers pays de l'Europe. Il avoit établi une académie pour la langue espagnole sur le modèle de notre Académie françoise, dont il étoit le chef, qui s'assembloit toutes les semaines, et qui dans les occasions complimentoit le roi comme les autres corps , comme fait la nôtre. G'étoit un homme bon , doux, honnête, sensé, je le répète encore, simple et modeste en tout, pieux solidement et sans superstition en homme bien instruit^ enfin rhonneur, la probité, la valeur, la vertu même. Son père avoit été viceroi des Indes et de Navarre , et son grand-père vice-roi de Sicile.
Ces marquis de Yillena, ducs d'Escalona, avoient toujours fait les plus grandes alliances. Celui-ci avoit épousé la sœur du comte de San- Estevan del Puerto , dont on parlera bientôt. Il avait marié son fils aîné comte de San-Estevan de Gormaz, à la sœur du comte d'Altamire, dont la mère héritière de la marquise Folch , des ducs de Gardonne , étoit camarera-mayor de la reine, et le marquis de Moya, son fils, à la fille héritière du marquis de Bedmar. Le marquis de Villena étoit non-seulement le maître absolu dans sa famille, mais le patriarche de celles où ses enfants s'étoient mariés. L'union entre toutes les trois étoit intime , et il en étoit Toracle et le dictateur. Le comte de San-Estevan de Gormaz étoit un peu épais, peu d'esprit, courtisan, timide, capitaine de la compagnie des gardes du corps espagnoles , et , à ce titre , fait grand d'Espagne , du vivant de son père , lors de l'affaire du banquillo , et majordome-major du roi, à la mort de son père, chose sans exemple en Espagne. Il eut aussi sa Toison d'or et sa présidftce académique. G'étoit un honnête homme , et fort courageux , capitaine général , mais sans talents pour les sciences et pour l'académie. Le marquis de Moya , avec peu d'esprit, et force babil, étoit fort dans le monde. Il avoit défendu le palais de Madrid longuement , et avec un grand courage contre les troupes de Tarchiduc. Ces deux frères, quoique aimés tendrement de leur père , chez qui ils demeuroient , étoient devant lui comme de petits garçons , à qui il tailloit les morceaux à mesure qu'ils en avoient besoin.
Je m'étois attaché à mériter l'amitié du marquis de Villena , et j'y étois parvenu. Je le voyois souvent, et j'y apprenois toujours quelque chose de bon. Il fut presque le seul qui osftt me venir voir à mon quartier d'Almanzo ' ,^près ma petite vérole , avant que j'eusse été à Lerma , tant le roi la craignoit. Il envoyoit plus que le reste de la cour savoir de mes nouvelles. Tant que j'ai été en Espagne , j'en ai reçu toutes sortes d'amitiés , ainsi que de ses deux fils.
ViscoNTi , idem , à Milan. La grandesse est de 1679 , pour César Yisconti , chevalier de la Toison d'or.