‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegence (volume 2)Chapitre 65 sur 200 · COMTE DE LEMOS · texte numérisé non relu

COMTE DE LEMOS

Aussi étoit-il lui-même de race bâtarde, quoique couronné. C'est de lui que sont masculinement venus les comtes de Lemos , grands d*Es> pagne, jusqu'à présent. J'ignore la date de cette grandesse, qu'on peut yraisemblablement attribuer à Charles-Quint.

C'est le onzième comte de Lemos que j'ai vu en Espagne ; il avoit été yice-roi de Sardaigne, et capitaine général des galères de Naples, saus Charles II, qui lui avoit donné aussi la Toison d'or. On peut voir dans« l'article de l'Infantado ce qui est dit de sa conduite, et de celle de la duchesse sa femme, sœur du duc de l'Infantado, à l'égard de Philippe y. Ce comte de Lemos avoit de l'esprit et se faisoit craindre par la liberté de ses traits. D'ailleurs son extrême paresse et sa parfaite incurie l'empêcboit de faire usage de son esprit, et le tenoit renfermé à fumer . sans cesse , chose fort extraordinaire pour un Espagnol : aussi n'étoit-il compté pour rien. Sa femme l'étoit et fort considérée : sa figure étoit agréable, et sentoit extrêmement ce qu'elle étoit. Elle avoit de l'es* prit, du sens, de la politesse, de l'intrigue, aimoit la conversation et le monde , et en voyoit chez elle plus que les autres dames espagnoles. Je l'ai fort vue; souvent elle m'envoyoit ce qu'on appelle un recao^ qui n'est qu'un compliment par un gentilhomme , et savoir de mes nouvelles , et la coutume est d'y répondre par une visite. Elle avoit un beau palais à une extrémité de Madrid , qui donnoit sur la campagne, magnifiquement meublé. Son mari se tenoit dans son appartement. On ne le voyoit jamais dans celui de sa femme , qui s'en passoit très-bien , quoique en grande et juste réputation de vertu. On fut surpris avec raison qu'elle eût accepté d'être camarera-mayor de Mlle de Beaujolois, destinée alors à l'infant don Carlos. On n'en pouvoit choisir une plus agréable par ellemême ni plus capal;)le de former une princesse. Aussi réussit-elle trèsbien , et s'en fît fort aimer.

Mâcedà , Lanços, C'est une maison de Galice , ancienne , mais qui n'a rien d'illustre. Le comte de Maceda que j'ai vu à Madrid étoit un irèsbon et très- honnête homme, fort simple, fort modeste, peu répandu et d'un esprit médiocre. Il n'étoit jamais sorti de chez lui lorsque la guerre mit en feu toutes les provinces d'Espagne. Sa fidélité pour Philippe V se distingua dans la sienne par les efforts de sa bourse, quoique peu riche , de son crédit et de ses soins.. 11 se présenta à tout avec valeur et jugement, secondé du comte de Taboada son fils, qui avoit tout l'esprit, la valeur, le sens et l'activité possible. La guerre finie, Philippe V, qui avoit beaucoup ouï parler de leurs services, ^'en souvint; il fut surpris de ne les point voir à Madrid ; il leur fit dire d'y venir , et fort peu après, il fit le comte de Maceda grand d'Espagne, et tout le monde y applaudit. Dans la suite , il fit la comtesse de Taboada, dame du palais , qui avoit aussi de l'esprit et du mérite , et ils étoient aimés et considérés à Madrid où ils se -fixèrent , et l'étoient fort en Galice. Le comte de Taboada étoit borgne d'accident ; il en plaisantoit le premier , il étoit fort dans le monde , et désiré et estimé partout. Il étoit fort des amis des ducs de Veragua et de Liria, du prince de Masseran et de beaucoup d'autres. C'est un de ceux qui venoit le plus familièrement manger ou causer chez moi. Je n'ai point vu d'homme plus gai ni qui eût la re-

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partie plus yive , plus fine , plus à la main. Ces trois amis que je viens de nommer s'attaquoient sans cesse. G*étoit entre eux des escarmouches ravissantes, il étoit déjà lieutenant général , quoique jeune , et a tpujours depuis continué à servir. Il a perdu son père depuis mon retour, et est devenu capitaine général avec beaucoup de réputation, de valeur et de talent pour la guerre , et d'homme d'honneur et de probité. Il a pris le nom de comte de Maceda, et a fait sa couverture depuis la mort de son père.

MiRANDA ^ Ch(M)es, Cette terre , qui est sur le Duero , fUt érigée eu comté par Henri II, roi de CastiHe, pour Pierre de Zuniga, second fils du premier comte de Ledesma. Après avoir passé en diverses maisons par des filles héritières, la dernière fut Anne, fille unique de Ferdinand de Zuniga , comte de Miranda et duc de Peneranda , qui porta Tun et l'autre avec beaucoup de grands biens en mariage à J. de Chaves, comte de La Caiçada et de Casarubios, fils de Melchior de Chaves, frère et héritier de Balthasar de Chaves , comte de La Caiçada et d'Isabelle-Joséphine Ghacon y Mendoza, comtesse de Casarubios, et mourut en 1696, et laissa des fils et des filles. Cette maison de Chaves est ancienne et grandement alliée. Je ne vois point la date de la grandesse de Miranda, mais la date de celle du duché de Peneranda me persuade que l'autre est de même date ; car Miranda est certainement grandesse , et le Chaves que j'ai vu à Madrid, qui les possédoit toutes deux, s'appeloit comte de Miranda, ce qu'il n'eût pas fait étant duc de Peiieranda, qui est grandesse , si Miranda ne l'étoit pas. Disons donc un mot de Peneranda , son érection en duché par Philippe III, pour Jean de Zuniga yAvellaneda y Cardenas , vice-roi de Catalogne , puis de Naples , enfin président des conseils d'Ëtat et de guerre. Il étoit fils puîné de Fr. de Zuniga, quatrième comte de Miranda , et il avoit épousé la fille de son frère aîné , liéritière de la maison de Miranda. Leur fils Diègue lui succéda, et fut père de Fr. , troisième duc de Peneranda , auquel Philippe lY accorda la grandesse de première classe en 1629 ; car ce n'est que depuis trèspeu d'années que tous les duchés sont peu à peu devenus grandesses, avant quoi ils né donnoient qu'une dénomination distinguée, mais sans rang et sans honneurs. L'année suivante il devint comte de Miranda par la mort de se grand'mère susdite. Sa postérité masculine défaillit, et ses biens et ses deux grandesses furent portés dans la maison de Chaves, comme il a été expliqué au commencement de cet article.

MoNTiJO , Acuna y Portocarrero, On peut voir au titre d'Ossone ce qu'il est dit de la maison d'Acuna, et que les marquis de Yillena, ducs d'Ëscalone, en sont les aînés. Pierre d'Acuna, second fils du premier duc d'Escalone et marquis de Villena, et de Marie, héritière de Portocarrero, en ajouta le nom au sien, et fit cette branche qui souvent porta le nom seul de Portocarrero. Son fils fut seigneur de Montijo , et le fils de celui-là en fut fait comte par Charles II , en 1697. C'estle cinquième comte de Montijo que j'ai vu en Espagne. Il étoit fort jeune et fort bien fait, et avoit déjà la Toison d'or. Son père avoit été fait grand d'Espagne par Charles II, et avoit laissé son fils enfant qui fut marié de fort boxme heure, servit dès qu'il le put dans la fin de la guerre, sln-

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eommoda^ et eut le bon sens, de se retirer avec Sa femme dans SM terres pour raccommoder ses affaires. Il y avoit déjà longtemps qu'il Tivoit dans cette retraite, qui n'ëtoit pas fort Ibih deLerma, lorsqu'il f parut au mariage du prince des Asturies. Il y fut très-bien fbçu du roi», et de la reine qui avoit pris de la bonté pour liii. Cette retraite lui ayolt (kit honneur j et il ayoit montré de la raleui* à la guerre, toute là ttànt marqua de la joie et de Tempressement de le Voir. Il Retourna ehet lui de Lerma, et ne vint à Madrid que peu avant mon départ où il fût trèsbien reçu de tout le monde , et où je le vis assë£. Il me parut de Tespritf instruit, sage et beaucoup de politesse et d'ehvie de ikire. C'est lui qui longtemps depuis fut ambassadeur en Angleterre et à ï'rancfoft t>our rélection de Tempeireur^ électeur de Bavière. Il se plaignit fbrt d^ mon absence à la Fërté dans ses courts passages à Paris; Il fut gi^and écuyer de la reine après Cellamare; et son majordome-major après Santa-Gms, ce qui enfin lui a firocuré Tordre du Saint-Esprit.

OftÀTË^ f^lez de Guevara, Terre en Biscaye, est possédée depuis plusieurs siècles par l'ancienne maison Vêlez de Guevara, illustre par ses possessions, ses alliances et ses emplois. HenH Vf) roi de Gastillé; fit en 1449 , Inigo Vêlez de Guëvara comté d'Onatë , daiis la postérité masculine duquel elle s'est toujours coiiservée de père ed fils oU deux seules fois par dés héritières qui ont épousé dé leurs parents du même nbm , armes et maison quelles; Le hiiitième comte d'Dnate doiit la grande mère étoit Tassis ou Tâziâ , succéda à l'utile charge héréditaire de grand maître des postée d'Espagne et au comté de VUlamedianà à Jean de Tassis , second comte dé Villamediah& , neveu de sa grahd'mère , qui fut tué d'Un coup de pistolet , 21 août 1622 ; à Madrid étant dans soii carrosse avec don Louis de Haro ; et on ptétendit alors que Philippe IV Vavoit soupçonné d'êtte atnbureux de la reine son époUse ^ Elisabeth d« France , et avoit fait faire lé coup. Ce comte de Viliamediana n'avoit point d'eufknts, et ce huitième comté d'Onate transmit ses bibnà et s^ charge à ia postérité, laquelle; je crois, a eu lé même sort que leé charges, héréditaire^ de connétable et d'amirante de Gastille . supprimées , par Philippe V ^ et que celle de grand niaître des postes , dont le profit étoit grand; et les fonctions importantes et peii convenables à une suc* cession héréditaire, aura changé de forme*, mais c'est de quoi je ne me . suis pas avisé de m'informer. C'est le onzième cointe d'Onate que j'ai tû fort peu à Madrid i où ilvivoit fort retiré ; où peut-être l'avoit jeté la disgrâce de son puissant beau-père, le huitième duc de Médina-Gœli , mort c^ prison eu ITll ^ à Fontaràbie, comme on le peut voir à l'article de Medina-Gœli;

Quant à k date de la grandesse ^ il {iarolt qu'elle eut la même que l'érection en comté, c'est-à-diré que Inigo Velez de Guevara; premier comte d'Onate en 1469 ^ devint en même temps rico-hdmbré^ et que de cette dignité les comtes d'Oflate passèrent teous Charles-Quini à belle de grands d'Espagne, ayant toujours été grands d'Bst)agne depuis.

Oropesa, Portugal y Tokdo, l'ai fext)liqué, ce me semble (t. Hj p. 168), les branches royales de Portugal j Oroj[iesa, Lèinos» Véràgtii| Gardavali etc.) en sorte que je n'tt {dus rien à y ajouterici.raiâetiiêllMl

cours D*ÛROPSSA. 167

gi^sé i lors d^ ravénemei^t ds Philippe. Y à la cQmoxuu d'Espagne , ç% giu r^ardôlt lé personnel du coipie d'Oropesft ^'aiorsîf.présideQl 4it qônseil de Gastillç, soi^s Qharles il, exilé par. lui.) rappel^ tout i^ la fi^ dé la yie de ce roi ) e^ilé de nouyea\^ peu aprôs l'arrivée de. Philippe Y ÇA Espagne, et mort d^ps cet exil. Depuis mon retour son fils revint à Hadnd. y épousa une filte du çomtç de San-Estevan de Gormaz, et. fut après cnevalier de la Toison ^ en même pçojnotion §yec son, beau^père. , PALMÂj Bocanegray^Portofiarrfro. Alphonse ^5 i;oi de CastÙlei âpnnàc^tte terre en 1342 à tfiliesi Bocahegra,.q,ui s'étoit piis i son ser- Viee , êl étoit jpoùr li|i général àe la mf^- Son fr^re étoit ({ûc de la repul>li(jiie.ae Gènes, Gilles ayoit 4pou^ Marie de Fiesque, Leur troisième Detit^ftls, quatrième seigneur de Palmfi, épousa, i^. Portoçarrero , et sef descendants s'honorèrent tellement de cette alliance qu'^s quittèrent leur nom 4^j^ocanegraj et ne prirent plus que le nom de Portocarrerd. Louis, ârr|ére-péiit-fils duBocanegrâ et de la Portp^arrero , et huitième ^eigneùr de Palma.^ en fut fôit courte par la reine Jeanne , mère d^ Charles-Quint . en 1507^ et son petit-fils, iroisiè^e^ copqte.de Palma, fut iait marquis d'Almènara en 1633 , par. Philippe lY. Le fils de ce troisième comte de Palma, et premier , marquis d'Almenara, mourut ayant son

d^ l'arrivée. dé Philippe Y en Espagne^ ei plusieurs fois depuis. Sod frère aîné 1. Ânji. Th. ^bcanégra y Portoc^rrero, cinquième comte de Palma ^ fut rétabli, en 1679, par Charles II, 4&ns le rans et honneuf» de grand d'IEspàghèj dont ses pères, ricosrliombres ayant Çharles-Quint, àvoieiit été laissés par cet empereur et roi d'Çspagne dans l'état commun ie péiix qii'il âyoit copune dégr^d^Sj^ en abolissant pette dignité pour établir éii sa place celle dé ([rand d'Espace, oii il n'avoit point admis le comté de Palma iii ses successeurs, jusqi^'à Charles IL Ce preinief grand d'Ë^^e^ comte de Pjalxna, eut un fils qui jfut persécuté par 1a princesse des tlr^ins, sous Philippe Y, psurhain^ pour sa femme» duiavôit beaucoup d'esprit, q^i voyoit beaucoup de monde à Àl^drid^ qui étoit extrêînémèiit considérée , et y tënoit une manière de tribunal où tout étoit épprécië, et bù.on hé pardonnoit pas à }â princesse desùrsliis sa conduite Û)rt ëtrâîige ^ l'é^rd dû cardinal jportocarrero, dont çn a parlé ici plus d^iiné. lois. A là n^ même le comte .et 1^ bomtesse dé Palma furent exuès } c'ëist ieui* fils qui leur àVoit succédé du temps que j'étois en Espagne | màis.qiié je iry ai point vu, qui ylvoit mécontent et fort retiré, ^ûi yenoit fort rarement à Madrid, et qui ne se présentoit point àù palais^

PârÊdes, dit Tolède y ÎÀ Cerday en Gastillé, appartenant à Roderic Manrique qu'Henri lY en fit comte et grand de GastUle en 1452. De celte

4 ; Méiiie ^enttrqbe i)iie ^luil hàtt; te pksSàlé dû t. Il i Atiqael reiitéiâ SaiHt-Simoa, tet aii de ceux que les précédents éditenn oiit relranchét. ^^3* ..yoY* H Jl ». p. 1 4 5 et 4 4 6. C'est encore on des passages supprimés per les ândéns éâiteors.

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