‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegence (volume 2)Chapitre 66 sur 200 · COMTE DE PARÉDES · texte numérisé non relu

COMTE DE PARÉDES

maison de Manrique de Lara elle passa en plusieurs autres par des filles héritières, puis à un cadet de la maison de Gonzague, dont Théritière épousa Th., des bâtards de Foix, marquis de La Laguna en 1675. U étoit frère du huitième duc de Medina-Gœli, et onde du dernier duc de Medina-Gœli, mort prisonnier à Fontarabie, dernier duc de Medina-Gœli des bâtards de Foix. Le marquis de La Laguna, devenu ainsi par sa femme comte de Parédes , fut capitaine général deia mer, vice-roi de la Nouvelle- Espagne » enfin majordome-major de la palatine , seconde femme de Charles II , qui en même temps le fit grand de la troisième classe , et seulement pour sa personne en 1689 ; il mourut en 1692. Fort peu après , Charles II accorda la grandesse à sa veuve pour elle et pour ses héritiers à toujours, en considération de ce que les comtes de Parédes avoient été grands de Gastille jusqu'à Charles-Quint, c'est-à-dire ricos-hombres, et n'aroient pas été compris parmi ceux qui de ce rang passèrent , sous Charles-Quint, à celui de grands d'Espagne, et demeurèrent dégradés. Cette même dame fut, en 1694, camarera-mayor de la reiùe, mère de Charles II, jusqu'à la mort de cette princesse, qui arriva en 1696. Elle laissa un fils né à Mexique en 1683, que j'ai vu à Madrid.

Penbranda , Velasco, Terre qu'il ne faut pas confondre avec une autre du même nom qui est duché, dont il a été parlé en l'article de Miranda. Celle-ci fut érigée en comté par Philippe III pour Alph) de Bracamonte , gouverneur de l'infant Charles son fils. Balthasar Emmanuel, fils aîné d'Alph. de Bracamonte, second,çomte de Peneranda n'eut que deux filles. L'aînée porta le comté de Peneranda en mariage à Gaspard de Bracamonte, frère de son père, qui fut conseiller d'Etat, président des conseils des ordres, des Indes et d'Italie, vice-roi de Naples, ensuite ambassadeur plénipotentiaire d'Espagne à la paix de Munster ; enfin , à la mort de Philippe IV , un des gouverneurs de la monarchie. Il mourut à Madrid en 1676. Son fils mourut tout à la fin de 1689 sans enfants.

Son héritière fut Ant. de Bracamonte , seconde fille de Balthasar Emmanuel, second comte de Peneranda, dont la sœur aînée l'avoit porté en mariage au frère de leur père. Cette Ant. avoit épousé Pierre Femandez de Yelasco , second marquis del Fresno , qui fut ambassadeur d'Espagne en Angleterre et conseiller d'Etat. Son père, né sourd et muet, avoit appris à se faire entendre , à lire , à écrire , etc. , avec le prince de Carignan, en 1638, à Madrid, par l'industrie d'un Espagnol, nommé Emmanuel Ramirez de Garion. Ce second marquis del Fresno , devenu comte de Peneranda par sa femme , obtint de Charles II la grandesse à vie de troisième classe , puis de l'étendre à la vie de son fils , qui l'a enfin obtenue perpétuelle de Philippe V. On a parlé sous le titre de Frias de la maison de Yelasco. Ce comte de Peneranda étoit à Madrid de mon temps.

Peralada, Rocahertir

Priego, Cordoue, J'ai fort connu et pratiqué à Madrid le comte de Priego , qui étoit ami intime du duc de Çejar , avec lesquels j'ai eu en tiers, plusieurs bonnes et sages conversations et quelquefois assez instructives. Le comte de Priego étoit un petit homme noir, rougeaud, ventru , des yeux pétillants d'esprit et de feu , et qui ne trompoient pas ;

COMTE DE PRIEGO. ]69

aussi avant dans le grand monde qu'un seigneur espagnol y pouvoit être, et qui se fit faire grand d'Espagne fort plaisamment.

Il avisa que la princesse des Ursins avoit fait venir d'Italie à Madrid le fils de sa défunte sœur de Lanti, qu'elle avoit fort aimée, qu'il étoit pauvre et qu'elle cherchoit à le marier richement ; lui fit accroire que sa fille unique seroit un fort grand parti. Il sut si bien conduire que tous les examens qu'elle en fit faire l'en persuadèrent si bien qu'elle pensa tout de bon au mariage , et le lui fit proposer. Priego , en habile homme, se fit prier et si bien qu'il déclara qu'il vouloit une condition sans laquelle il ne le feroit point et avec laquelle il concluroit de tout son cœur ; que cette condition étoit au pouvoir de la princesse des Ursins et à l'avantage de son neveu ; qu'en un mot il vouloit être grand d'Espagne. Mme des Ursins, surprise de la sécheresse avec laquelle cette proposition se faisoit, fit la froide, se montra étonnée que quelqu'un prétendît lui faire la loi. Priego n'en fut pas la dupe et laissa tomber la chose. Mme des Ursins le voyant si résolu ne voulut pourtant pas manquer une si bonne afi'aire , lui fit reparler et proposer de faire donner la grandesse à son neveu en épousant sa fille. Priego répoDdit qu'on se moquoit de lui, qu'il savoit bien que Mme des Ursins ne manqueroit pas tôt ou tard de procurer la grandesse à son neveu ; que peu lui importoit à lui qui, avec ses grands biens, ne seroit pas embarrassé dé trouver un grand d'Espagne ou un fils aîné de grand pour sa fille, mais que , la voulant bien donner à un homme aussi peu riche qu'étoit Lanti , parce qu'il étoit neveu de la princesse des Ursins qui le désiroit, et par respect et par attachement pour elle , c'étoit bien le moins qu'il en profitât et qu'il eût la grandesse qui, après liii qui étoit déjà vieux, et il )e paroissoit bien plus qu'il ne l'étoit, passeroit à sa fille et à son gendre. Mme des Ursins, qui vit bien qu'il n'en démordroit pas, essaya de le résoudre à faire le mariage en lui promettant qu'elle prendroit après son temps pour lui faire obtenir ce qu'il désiroit. Mais Priego sentit bien que, s'il marioit sa fille sur ces belles promesses, on se moqueroit de lui après; que Mme des Ursins feroit faire Lanti grand d'Espagne, et s'ezcuseroit sur ce qu'elle n'avoit pu obtenir qu'il le fût. Il renvoya donc la proposition bien loin , fit dire net à Mme des Ursins que , pouvant tout ce qu'elle vouloit, il ne comprenoit point tant de difficultés; qu'en un mot, l'afiaire étoit k prendre ou à laisser, et qu'elle pouvoit compter que le mariage ne se feroit point qu'il ne fût grand d'Espagne , qu'il n'en eût toutes les expéditions, et que de plus il n'eût fait sa couverture. Il y tint ferme , fut fait grand d'Espagne , eût toutes ses expéditions, fit sa couverture, après quoi le mariage suivit immédiatement. Il logea chez lui son gendre, et sa fille fut dame du palais. Mais Mme des Ursins et son neveu ne furent pas longtemps sans s'apercevoir que ce grand parti étoit et seroit en effet des plus médiocres , et que Priego les avoit joués pour être fait grand d'Espagne. Ils furent enragés de la duperie , mais ils firent en gens sages : l'affaire étoit faite ; le gendre , qui étoit doux et honnête homme , !i'en vécut pas moins bien avec sa femme et son beau-père; pour Mme des Ursins, elle eut toujours une dent contre lui, elle la cachoit^ mais on s'apercevoit aisément qu'elle ne pouvoit SàiMT-SiMoif zn 8

170 COMTE m PRIE60.

lui pai^ddnilôr dd l'avoir attrapée : on ne conyenolt pas trop en %spagtL6 que ce comte de Priego fût de la maison de Gordoue.

Tous les matins en Se levant, en toute saison* on lui versoit doucement une aiguière d*eau à la glace sur la tète , dont il ne tomboit pas une goutte à terre. Sa tète la consumoit toute À mesure. Il préteûdoit que cela lui laisoit le plus grand bien du jnonde. L'abbé Testu, Tami de Mme de Maintenon et de tant de gens considérables de la cour et de la ville, avec qui il a passé sa longue vie, et dont il a été parlé ici plus d'une fols, avoit la mèine pratique, et il n'en tomboit pas non plus une goutte à terre, mais c'étoit de l'eau naturelle, ni cbaufîée, ni à là glacd, en aucune saison. Depuis ibon départ, Lanti perdit sa femme, longtemps avant son beau-père, et îx*en avoit qu'une fille, en sorte qu'il ne pouvôit plus être grand, parce que la grandesse passoit par-dessus lui du grandpère à la petite fille immédiatement. Û fut du temps en cet état ; 4 la fin il obtint de Philippe V une grandesse personnelle de troisième classe, et prit alors le nom de duc de Santo-Gemlni. 11 perdit depuis son beaù-père et maria sa fille au second fils de la duchesse d'âavré, sa sœur , qui par là fut grand d'Espagne et comte de Priego , qui alla s' j établir.

Salvatierra, Satmiento y Sotofnayof.

TEssé, Froulay^ François, à Paris. Le maréchal de Tessé, premier écuyer de Mme la duchesse de Bourgogne , qui se piqua de l'aiïner pour ÇLvoir fait la paix de Turin et traité son mariage. Elle lui procura la

fandesse à bon marché. e|i 1704, lorsqu'il maria son fils si richement la fille unique de Bouchu , conseiller d'Etat ; il fit accroire au roi que, contre tout usage , le roi d'Espagne lui avoit permis de suivre l'usage de France et de se démettre , comme fbnt Itô ducs , depuis le dernier connétable de Montmorency qui se démit le premier, et au îroi d'Espagne que le roi l'avoit voulu ainsi. La tromperie fût découverte, tnais la bellefille avoit eu le tabouret et le garda.

ViâcoNTi, idenif Génois. Ainsi, il y a deuxVisconti ^ands d'Espagne , l'un avec le titre de marquis, l'autre de comte.

On verra par la liste [suivante] tous les grands d'Espagne et de quelle maison ils sont, existant aujourd'hui, d'un seul cdup d'oeil, en môme ordre qu'en détail cl-devànt.

Page 1