‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegence (volume 2)Chapitre 86 sur 200 · EXPLICATION DES SERMENTS · texte numérisé non relu

EXPLICATION DES SERMENTS

Le sommelier du corps, La camarera-mayor , Les deux grands écuyers ,

Le patriarche des Indes le prêtent entre les mains de leur majordome major.

Les seuls capitaines des gardes du corps et colonels des deux régiments des gardes, entre les mains du roi.

Les présidents ou gouverneurs des conseils entre les mains de celui du conseil de Gastiile.

Les conseillers et officiers de chaque conseil , entre les mains du président ou gouverneur de leur conseil.

Les secrétaires d'État le prêtoient dans le conseil d'Ëtat.

Le secrétaire de l'estampille entre les mains du sommelier du corps.

Les conseillers d'État entre les mains du plus ancien secrétaire d'Ëtat.

Les gouverneurs des maisons royales entre les mains d'un conseiller de la junte des bâtiments.

Les vice-rois ,

Gouverneurs des provinces , Capitaines généraux des armées ,

Capitaines généraux des provinces , j'ignore s'ils prêtent serment ou entre les mains de qui.

Pareillement le corrégidor de Madrid et [ceux] des autres villes, comme le président ou gouverneur du conseil de Castille est leur supérieur , je croirois que ce seroit entre ses mains '.

Disons ici un mot de ces maisons royales , puisque l'occasion s'en présente si naturellement , sans m'abandonner à des descriptions qui ne sont pas de mon sujet , et qu'il faut voir dans les différents voyageurs. Le Buen-Retiro est un vaste et magnifique palais , à une extrémité de Madrid , dont il est séparé par un espace large d'une portée de mousquet, et qui a un grand et fort beau parc. La cour y passoit, de mon temps, quelques mois de*l'année, et s'y est fixée depuis l'incendie du palais de Madrid. On voit par là que c'est un gouvernement fort agréable.

La Casa del Gampo est un bâtiment fort commun, vis-à-vis la place du palais de Madrid , le Mançanarez entre deux , et tout près dans la plaine. Il y a un parc, quelques pièces d'eau, ^quelques bois, mais de ceux des Gastilles et<fort peu de vrais arbres. C'est proprement une ménagerie, mais fort mal remplie et aussi mal entretenue. Je n'ai jamais yu personne s'y aller promener, ni Leurs Majestés Catholiques. Cela peut faire une maison de campagne, au duc de Medina-Cœli , où il peut aller en moins de demi-heure, et fournir sa table de bien des com« modités, si les Espagnols connoissoient les tables, même les plus frugales.

J'ai dit de l'Esourial tout ce que j'en pouvois dire. Le roi est maître

SAIMT-SlMOir XH

194 l'escurial.

d'agréer ou non l'élection du prieur, d'en mettre un, de Tôter quand il veut; et ce prieur , avec l'autorité que sa place lui donne sur ses moines et dans le monastère, a aussi celle de gouverneur sur les appartements de Leurs Majestés Catholiques , de leur cour et de toute leur suite^

Pour Aranjuez , je remettrai d'en parler au petit voyage que j'y ai fait pour le voir. Je dirai en attendant que je n'y trouvai pas le gouverneur, chez qui pourts^nt je fus logé. G'étoit m homf^B du CQmmtin, dont je n'ai pas retenu le non^, e^ que je n'ai jai&^is rencontré, m ftilî parler de lui à personne.

Le Pardo est un bâtiment carré , fermé des quatrç cultes , à peu près égaux .et assez pourts, doi)t}iicour est tris^, ^t Us appartements de Leurs Majestés Catholiques des plus médiocrps en tout ; les autres ùl» plus étroits et en for| peti^ non^bre. 11 n'y ^ ni ayjmt-^our ni autre bâtimeqt, n| jardin, ix\ parc. f4 cour y va pourtant quelquefois, mais avec le plu4 étroit nécessaire. C'est i^n^ habitation pntièrement es»eiUée où je ne cojnprends p^s qu'on puisse aller , car rien du tout n'y ypp^e. Cela est au bord d'une plaine aride , peu éîoigii^ d'ii^e ppllioe au pML de laquelle on pas3e sur un très-médiocre pont , au haut de laquelle est un couvent de capucins , tout seul , d'où on voit tant que la vue se p^i)t étendre dans la plaine d'en haut et d'en bas, excepté la Torre di f arada, qui en est assez proche. Ce n'est, en effet, qu'une vieille tour , avec une espèce de cabaret joignant , bas et petit , où on met des relais qui ont donné le nom di Parada à cette tour. Il y a de Madrid au Pardo de^z lieues, c'eiit-Mif® ^^ moiqs pomme de Paris à Versailles. Le che- Biii> est fessez longtemps agréai^l^ \b long du M&09&narei.en le remântant , et par ce qui fait le pouF^ 4® Madrid.

La Sarçuela est un peu p)us éloignée de Madrid. Q'est une espèce de petii ch&teau, fort çomo^nn en 4ehQFs et en dedans, mais qui a une forte de basserçonp et un jardin, mais dans uqi grand éloignement de toute autre hàbitatioi^. |4 cour n'y alloit plui , mais Charles II quel:quefois.

Le Pardillo est un Piavjilloi^ tPfit seul w militu du vute pafc de l'Btcuria][, bon pour aller faire une poUati^n , ou pour s'aller rafraîchir une heure ou deux après la chas^^ dans ce vaste parc, qui a beaucoup de l^auve et 4e ces mauyais bqif des Pastilles.

De B4salm p| d^ SainVUdephoa^e , je remets h en parler au voyage que j'y ai fait, po^r varier et ne pas confondre, je placerai ici ce que je pui^ dire da quelquesruns de ceux qui viennent d'être nommés. Je dis quelques-un^ , Pi^rce que (pus n'en fournissent pas matière. J^ai parlé dés grands d'Espagne 4 chacun de leurs articles, brsqu'il s*est trouvé chose à en dire, ^e viens maintenant à peux qui ne le sont pas , et qui se trouyent dans la liste précédente de la maison du roi, que j'ai tous rangés à la suite du gr^nd ofQcier, grands et autre?, de la charge duquel ils dépendent , et [à qui ils] sont subordonnés.

Don Gaspard Giron , }e plus ^cien des majordomes du roi de semaine^ fut chargé de me recevoir , accompagner , faire servir par les officiers 4u rpi, copvier 4e3 s^gi»eur^ 4 dtner chez moi, et faire les honneurs de ma taille et de ma maison, tant que je fus traité à mon

DON GASPABD G^ROH. \^h

arrivée, et je pe auis depuis ^dressé à lui cjuand j'ai eq besoin de ouelqu'un an palais pour ma curiosité particulière. Il éloît Acuna y Giron , c'est-à-dire de même maison gue le marquis de Villpi(a, ^uç d'Eçcaion^, majordome-major , et de la branche du duc d'Ogsône.

C'èloil un grand bomœé sec , nojr , vieux . qui avoit été bien tait fl galant, vif, quoique Kraie, »a)é en repariip» ei «n nlaîminiiTiBi mi •■ {rès:^pol{, avec cela Déaumains la gravit ses manières sa baute naissance, mai

S;]orie|ji. Il faut cependant avouer qi oit tout à fait la souvenir de doa Ou rompu à la cour, qui lavoit le mieiii le quelles, les rangs, lés droits, les règl< nages dislingués ou principaux, les res:

avec de l'esprit et de la lecture', nui, to d'une (rès-aimable et utile conversatior emploi qui le îénoit presque toujours di moïQ de pris d'une infinité de' cboses

jours au milieu de la cour, en tous Ueui,et parmi tous les çbangemepis de ministère, plus employé qu'aucun des majordomes à recevoir les ambassadeurs dislingués , les prince^ et les personnes les plus considérables qui venoieut k Hadrid, el que le roi vouloii boqoter, M. le duc d'Orléans en particulier, au-devant duquel il fut'^nvoyé ayec les équipages du roi, et <1"'<' reçut et apcompagna toutes les fois qu'il alla i Madrid. Ces fonctions continuelles liii avpiec e faipiliarité avec le roi et la reine, qui se plaisoiec ;er avec lui en particulier, et avec qui il étojl fort lil iompter par les courtisans les plus élevés, même pE imme il passoit sa vie au milieu de là cour par des to i , il vivolt avec toui le monde avec beaucoup d'aisai . C'étoit un homme tout fait pour l'emploi qu'il eierj! ■ vivant auquel le roi , les ministres , les seigneurs avo inflance sur les difficultés qui survenoienl sur le cé[ -es matières que son eipérienâe dans ses fonction: !S de la cour lui avoit apprises. C'étoit d'ailleurs lordme, homme d'honneur el de bien, d'une copdùi l'égard lie la cour, et quoique assez pauvre , désinté it avide de grices. Je me suis souvent étonné comme ensablé dans UM emploi qui sert de passage aui for ce. ij y étoit si propre et si commode an roi , aux m irvoient et aux majordomes-majors pour l'etercice de 'ai toujours cru que c'est ce qui l'y ^voit arrêté. l . . up fréquenté, et J'en ai tiré des choses tililes et curieuses. Hous nous étions pris tous deux d'amitié.

Le marquis de Villagarciai étoit le deuxième des majordomes. H avoit moins d'esprit, dé finesse dans l'esprit, mais un agrémetit, une bonté', une politesse extrême , et un désir d'obliger toujours prêt et prévenant. C'étoit aussi un liomma de qualité, estimé et assez compté, qui avoit -ité deatiné i l'ambassade de Portu^j qui n'eut p^ lieu. Le dub de

196 VILLAGARCUS.

Linarès, mari de la camarera-mayor de la reine douairière à Bayonne, étoit mort au Mexique, dont il étoit vice-roi, quelque temps avant que j'arrivasse en Espagne; et peu avant que j'en partisse Villagarcias fut nommé pour lui succéder , ce qui fut pour lui une grande fortune , dont je remarquai que toute la cour fut bien aise.

Gucurani étoit un Italien raffiné, appliqué, instruit, glorieux, ambitieux, particulier, qui n'avoit la confiance de personne. ILétoit gendre de la nourrice de la reine, qui étoit aussi assafeta, et il espéroit tout par là. Il avoit de l'esprit et du manège. Depuis mon retour, assez tôt, il obtint une ambassade dans le Nord.

Villafranca , si différent en tout du grand d'Espagne , et qui sans lui appartenir en rien portoit le même titre (j'expliquerai ce terme après) , étoit un vieil homme renfermé , qui ne paroissoit que pour ses fonctions , glorieux et ridicule. Je ne sais plus à quelle occasion de bonnes fêtes , de jour de naissance ou de baptême de l'infant don Philippe , les ambassadeurs qui étoiènt à Madrid allèrent ensemble complimenter le roi , la reine , le prince et la princesse des Asturies. Les ambassadeurs d'Angleterre , de Venise et de Hollande , Maulevrier et moi , étions avec le nonce qui portoit la parole , et ce que chacun avoit amené de principal de chez soi nous accompagnoit. Arrivés au palais, l'introducteur se fit attendre une demi-heure au delà de l'heure qu'il avoit marquée, car à cee sortes de compliments , il n'y a que l'introducteur des ambassadeurs , à la différence de l'entrée et de la première audience de cérémonie. Le nonce fut choqué d'attendre , et lui en dit son avis. Sans prendre la peine de répondre , il alla gratter à la porte du cabinet des miroirs , et nous introduisit tout de suite. En sortant, le nonce encore plus choqué de ce procédé lui en lâcha des lardons, auxquels l'introducteur répondit avec impertinence. Le nonce, pour lui marquer son mépris, dédaigna de se fâcher , et avec un sourire nous demanda ce que nous en pensions. Nous ne pûmes alors éviter d'en dire chacun notre mot. L'introducteur, piqué, voulut se rebecquer; le nonce alors se moqua de lui tout franchement , lui dit qu'il nous faisoit sentir qu'il étoit de méchante humeur, et le brocarda tant et si bien, chemin faisant, que l'introducteur lui répondit enfin , après avoir assez grommelé jentre ses dents , qu'il voyoit bien qu'il feroit mieux de nous laisser faire nos visites , et nous quitta : on s'en moqua de lui un peu davantage. Nous continuâmes sans lui toute notre tournée , mais nous ne voulûmes pas en porter de plaintes. C'étoit un pauvre bonhomme très-dépourvu d'esprit et de sens , fort kicapable de son emploi, quoique des plus légers, et compté pour rien par tout le monde.

Hyghens, premier médecin, étoit Irlandois, docteur en plusieurs universités et en celle de Montpellier , d'où il étoit passé en Espagne médecin des armées. On y fut si content de sa conduite et de sa capacité que le roi d'Espagne le fit son premier médecin , et avoit en lui beaucoup de confiance et plus que la reine n'auroit voulu , quoiqu'elle le traitât fort bien. Mais elle ne souffroit pas volontiers d'autres gens que donnés de sa main pour cet intérieur si assidu et si intime, et auroit désiré cette place à son premier médecin Servi, qui étoit de son

HYGHENS; SON CARACTÈRE. 197

pays» et de son choix, et qui lui étoit entièrement liyré. Elle en vint à bout, en effet, quelques années après mon retour que Hyghens mourut.

Cet Irlandois, qui parloit parfaitement françois, étoit un excellent médecin qui , sans entêtement ni attachement de médecin , ne vouloit que guérir son malade avec une grande application. J'en fis une heureuse expérience à ma petite vérole, dont les détails, qui pourroient instruire les médecins dé bonne foi, seroient ici étrangers. Son caractère ouvert mais discret, doux mais ferme, montroit sans la plus légère affectatton une belle âme, toujours occupée du bien, sans nul autre intérêt quelconque, quoiqu'il aimât sa famille qui étoit assez nombreuse, et de plus détaché de toute ambition, voyant de très-près les intrigues, sans y vouloir jamais entrer , disoit très-nettement le vrai au roi sur sa santé, et le lui disant de même et à la reine, quand l'un ou l'autre l'en mettoient à portée sur d'autres matières , mais sans s'avancer jamais sur aucune , et parlant toujours avec grande discrétion et grand éloignement de nuire à personne. Aussi étoit-il fort aimé et considéré. 11 avoit l'esprit juste, agréable, modeste, avoit beaucoup de belles-lettres et savoit bien l'histoire, surtout il connoissoit bien les maîtres et la cour, et passoit pour un grand et sage médecin, et pour le seul même en Espagne qui méritât le nom de médecin. Il possédoit très-bien la chirurgie et avoit souvent fait d'heureuses opérations, bon botaniste, bon artiste, connoissant bien les simples et les remèdes dont il savoit faire usage, et la composition des médicaments comme le meilleur apothicaire et comme un bon chimiste. Tant de bonnes qualités étoient relevées par une piété sage , éclairée et vraie , qui n'étoit que pour lui et qui n'incommodoit personne que par le frein qu'elle mettoit à sa langue , plus souvent que n'auroient voulu ceux qui étoient à portée avec lui de l'entretenir librement. Sa conversation m'a été d'un grand secours et m'a instruit de bien des choses. Il aimoit son pays, ses compatriotes avec tendresse, et avoit le plus vif attachement pour le roi Jacques, et pour tout ce qui étoit de son parti. La sagesse le retenoit, à cet égard, dans les plus justes bornes, à l'extérieur; mais quand il se trouvoit en liberté avec des amis , ce feu de patrie lui échappoit , et bienfaisant pour tout le monde, il ne se possédoit pas d'aise quand il pouvoit rendre quelque service à quelque jacobite. J'eus tout loisir de le connoître pendant six semaines qu'il ne bougea d^auprès de moi.

Sa candeur, sa probité, ses soins me gagnèrent, son esprit me plut, nous prîmes grande amitié l'un pour l'autre. Je dus la sienne , à ce que je crois, au penchant qu'il sonda et qu'il trouva en moi pour le roi Jacques. Je le trouvai si sage et si discret que je ne me cachois point de lui , sans toutefois lui rien dissimuler sur les liens de notre cour à cet égard, et sur mon impuissance. Je lui expliquai même les ordres précis que j'avois là-dessus, et d'éviter le duc d'Onnond qu'il mouroit d'envie que j'entretinsse. J'y consentis, à condition que ce seroit sous le plus grand secret , à notre retour à Madrid ; que le duc d'Ormond se rendroit chez lui, m'y attendroit sans pas un de ses gens dans la maison, se tiendroitdans un cabinet séparé; qu'averti par Hyghens, j'iroisà l'heure

198 fiTGHENS; àON CARÀCTÈtlE.

bâfquèé lui faire yisitë, Je le IrôuVêrbil seul, et (^ii^aprês qui mêi §6iiè sëroieht rétirés ^ je passerois dans le cabinet où serbit le duc d'Ortiibhd ; qu'après la conversation , je le laisserois dans ce cabinet et reviendrois dans là chambre de kyghehs ^ d'où je m'en irois , comme ay^tit fini ina irisite ; que le duc d'Ormond hc se reliret-oit que quelque tempâ après j qu'au palais ni ailleurs, hbus ne Uous approcherions point l'iin de l'autre, et aue libus nous saluerions avec la civilité que nous nous dévions, mais avec froideur et indifférence marquée, t^btir lé dire tout de siiité, cela s'exécuta de là sorte plusieurs fbis Chez Hyghens, sans que personne s'en soit jamais aperçU . et notre froideur , si marcjuée ailleurs, libus donnoit quelquefois envie de rire.

Se trouvai dans le duc d'Ormond toute la grandeur d'âme qile hul revers de fortune ne pouvoit altérer , la iioblesse et le courage d'un grand seigiieùr , la fidélité là plus à toute épreuve, et l'attachement le plus entier au roi Jacques et à son parti , malgré leà traverses qu'il en avbit essuyées, et auxquelles il étoit tout près de s'exposer de nouveau dès qu'il pourrôit en espérer le plus léger succès pour les affaires d'un prince si malheureux. D'ailleurs, je trouvai si peu d'esprit et de ressources que j'en fus doubleîneht afflige pour le roi Jacques et son parti , et pour le personnel d'un seigneur ai b^ave, si affectionné et^i parfaitement honnête homme, je ne lui dissimulai [pas] non plus que j'avois ikit à Hyghens les chaînes de noire cour et mon irbpuissance à bét égard, de ftorte que iios entrélicns, où il me Confia aussi ses déplaisirs sur les méprises du roi Jacqiies et les divisions de soii parti , n'aboutiretit qu'à des regrets communs et à des espérances bien frêles et Bien éloignées.

iië Gendre êtoit très-bon chirurgien; le rbi faimoit et la reine aussi, parce qu'elle fa'avbit personne en main {)our le remplacer. G'étoit d'ail ^ leurs iin drôle hardi, souple, intéressé, qui se fàisolt compter, et qui j iant qu'il pouVoit , se iHêloit de plus que de èoû métier , mais àagement et sans y paroître.

Ricœur étbit i>liis en sa placé, aimé, estiihé, bien avec lé rbi et là feiiie. Capable dans soii métier, obligeant, bienfaisant, fortfraiiçois, qui n'ëtbit pà.$ sand intérêt et sans songer à ses affaires, mais sans intéresser l'honnête homme, et qui longtemps après mon retour voyant Hvghens tnort et La Roche aussi, auxquels il étoit fort attaché. Servi à la place d'Hyghens , et Le Gendre ayant l'estampille qu'avoit La Hoche j obtint à toute peine de se retirer , et vint mourir en France, où il véctit , en effet, eh homme de bien et fort dans la retraite. Je n'eus point de comiherce que "d'honnêteté avec ces deux derniers qui né ^oùvoient pas in'être d'iin grand usage.

Le marquis del Surco étoit Un Hilanois de fortune, fln^ délié, dé beailcbiip d'esprit et de jugement , grand et bien fait , qUi avoit été à llilah capitaine dés gardes du prince de Vaudemont , et depuis , son espion en Espagne, pai- conséquent iitipérial fort dahgereut; homme de beaucoup de manège et dUntrigue , et dont la corruption du cdBur et de l'ambition avoit beaucoup profité à l'école d'un si bon maître, et si heureux en ce genre. Un extérieur froid , mesuré cachoit ses sourdes meiiéës, toujours bas valet de qui pouvoit U pins, et ne faisant jamais

MARQUIS DEL SURCO. 199

sans Vues le pas en à|>pareDce le plus indifférent. 'Ssl souplesse , son inirigue , les yoilès épais dont il sayoit se couvrir , une ambition en apparence tranquille , en eltet la i)lus activé et la plus infatigable , une dévotion de commande , une connpissance parfaite de ceux à qui il avoit affaire, une grande adresse à savoir leur plaire, les gagner, s'en servir, le porta 4 la place de sous-gouverneur du prince des Asturies. et, ce gui scandalisa toute la cour, à la clef de gentilhomme de la chambré du roi. Sa femme , faite exprès j^our lui , grande , bien faite comme lui , et de bon air^ qu'il avoit bien dressée, avoit aussi beaucoup d'esprit et d'intrigue, elle étoit ainsi arrivée par la cabale italienne, dont je parlerai en son temps , à être senora de honor de la reine et assez bien avec elle , de façon qu'il se pouvoit dire qu'en gouverneur et en sousgouverneur du prince des Asturies , quoique chacun en son genre , U eût été difficile de choisir deux plus insignes et plus dangereux fripons f et plus radicalement incapables de donner la moindre éducation à un prince , tous deux aussi malhonnêtes gens l'un que l'autre , tous deux pleins d'art, d'esprit et de vues, mais del Surco plus encore que le Po« poli , et moins affiché que lui pour ce qu'ils étoient l'un et l'autre. Ils se connoissoient bien tous deux, par conséquent, ne s'aimoient ni ne s'estimoient; mais ils sentoient tous deux qu'il étoit de leur intérêt de iie pas se brouiller et d*avoir l'air de s'entendre , et leur intérêt étoit leur maître absolu. Je reçus peu de civilités de Surco , sous prétexte de l'attachement de sa charge , mais jsëaucoup de sa femme , dont les manières étoient très-aimables^ ce que n'avoit pas son mari, dont le dedans, à l'esprit près^ et le dehors me rappelèrent souvent M. d'O, doni del Siirco avoit aussi l'impertinente importance^ car pour le Saumery, il n*ea avoit que là. corruption, et d'ailleurs n'alloit pas à la cheville du pied de Surco.

Yalousoj gentilhomme d'assez, bon lieu, du comtat d'Avignon, élev^ page de la petite écurie, produit par Du Mont au duc de Beauvilliers pour être écuyer de Û. le duc d'Anjou , parce qu'il étoit bon homme de cheval, sage et de bonne mœurs, suivit ce prince en Espagne, et y dé* vint un des fréquents exemples qu'avec de la sagesse et de la conduite on fait fortune dans les cours sans avoir aucun esprit. Il fit son capital de s'attacher au rof , à ses supérieurs, de ne se mêler d'aucune intrigue , de ne donner d'ombrage à. personne, d'être réservé en tout, et appliqué à son emploi, souple à qui gouvernoit, avec indifférence dans tous les changements, appliqué à plaire au roi, et aux deux reines l'une après l'autre, point répandu dans la cour^ sous prétexte de l'assiduité de ses fonctions; bien avec tout le monde, sans nulles liaisons particulières , et inutile à tout par le non-usage, de résolution prise, de sa faveur pour qui que ce fût ; d'ailleurs aussi ne nuisant à personne, il fut bientôt majordome de seinaine, puis premier écuyer, après le duc delArcO) et totalement, dans sa main , et vivant sous lui grand écuyer comme sous son maître , dont il étoit fort bien traité. Il poussa enfin longtemps après mon retour , jusqu'à être chevalier de la Toison d'or , et mourut comme il avoit vécu sans s^être marié et sans avoir amassé beaucoup de bien , dont il ne se soucia pas.

200 VALOUSE ; SON CARACTÈRE.

Je rayois connu dans la jeunesse des princes , je le retrouvai tel que Je Tayois laissé. J'en reçus toutes sortes de prévenances } je lui fis aussi toutes sortes de politesses, mais sans particulier, sans liaison qu'il ne souhaitoit pas et qui m'auroit été fort inutile. Il obtint aussi une clef de gentilhomme de la chambre , et fut préféré pour être de service au rare défaut du marquis de Santa-Cruz et du duc del Arco , mais cela longtemps aussi depuis mon retour.

Hersent étoit fils d'un homme de qui j'ai parlé à l'occasion du départ de Versailles de Philippe Y. Il ressembloit à son père pour l'honneur et la probiié, mais non poiir la liberté . la familiarité , la confiance du roi, et une sorte d'autorité qull avoit usurpée , que nul autre que les ministres ne lui envioit , parce qu'elle étoit utile au bien et à tous , et qu'il ne se méconnoissoit point. Le fils n'en avoit ni l'esprit ni le crédit, ni la considération ; quoique sur un pied d'estime , et mêlé et fort bien avec tout le monde , en se tenant pourtant assez dans les mesures de son état. J'en reçus toutes sortes d'attentions, mais je n'en tirai pas grand fruit.

Le cardinal Borgia revint de Rome à Lerma , pendant ma petite vérole, du conclave, où le cardinal Conti avoit été élu. C'étoit un grand homme de bonne mine , oncle paternel du duc de Gandie , et neveu d'un autre cardinal Borgia , aussi patriarche des Indes. Son adieu au cardinal de Conti , frère du pape, le caractérisera mieux que tout ce que j'en pourrois dire. Parmi les compliments de regrets réciproques de leur séparation , Borgia dit à Conti que tout ce qui le consoloit étoit l'espérance du plaisir de le revoir bientôt , et que dans peu un autre conclave le rappelleroit à Rome. On peut juger comme le frère du pape trouva ce compliment bien tourné. Borgia étoit un très-bon homme qui n'avoit pas le sens commun , et dont sa famille et le défaut de sujets ecclésiastiques avoit fait la fortune. La difficulté de la main nous empêcha de nous visiter; msHS force civilités au palais et partout où nous nous rencontrions, et quelquefois des envois de compliments de l'un chez l'autre. Son rang et sa charge lui attiroient quelque sorte de considération; mais de sa personne il étoit compté pour rien. Le roi et la reine l'aimoient assez, et ne se contraignoient point de s'en moquer.

On a vu en son lieu le temps et la façon dont le roi d'Espagne se forma une garde , le premier de tous ses prédécesseurs , et ce qui se passa en cette occasion. La copie de celle du roi , son grand-père , en fut si fidèle que ce seul mot instruit de sa composition, de son service, de son uniforme , en sorte qu'à voir cette garde on se croyoit à Versailles. Il en étoit de même dans les appartements à l'égard des garçons du palais et des garçons tapissiers , quoiqu'on bien plus petit nombre que les garçons du château et les tapissiers à Versailles, où on s'y croyoit aussi à les voir et leur service. Il en étoit de même pour la livrée du roi , de la reine et de la princesse des Asturies ; et tous les services des compagnies des gardes du corps et des régiments des gardes , de leurs capitaines, de leurs colonels, de leurs officiers entièrement semblables à ceux d'ici , sinon qu'il n'y a que trois compagnies des gardes du corps , dont les capitaines et le guet servent par quatre mois chacun , au lieu de trois ici, où il y a quatre compagnies.

ARIIENDARIZ. 201

Armendariz , lieutenant général assez distingué , étoit lieutenant-colonel du régiment des gardes espagnoles. C'étoit un homme d'esprit , remuant, insinuant, intrigant, impatient de l'état subalterne, qui avoit ses amis et son crédit, et que le marquis d'Ayétone étoit importuné de trouver assez souvent sur son chemin dans les détails et sur les grâces à répandre dans le régiment. Mais l'extérieur étoit gardé entre eux, et j'ai souvent trouvé Armendariz chez le marquis d'Ayétone , d'un air assez libre quoique respectueux. Il étoit fort poli , agréable en conversation, bien reçu partout, assez souvent chez moi. Il avoit de la réputation à la guerre ; on prétendoit qu'il ne falloit pas se fier à lui ailleurs. Avant mon départ , il fut nommé pour succéder au marquis de Valero , sur le point de revenir de sa vice-royauté du Pérou , qui se trouva fait duc d'Arion et grand d'Espagne en arrivant à Madrid.

Il ne faut pas aller plus loin sans dire un mot de ce qui est connu en Espagne sous le nom de titolckdos. Ce sont les marquis et les comtes ijui ne sont point grands. La plaie françoise a gagné l'Espagne sur ce point, mais d'une manière encore plus fâcheuse , en ce que ce n'est pas simple licence comme ici , et , dès là , facile à réformer quand il plaira au roi de le vouloir. Mais en Espagne, c'est concession du roi en lettrespatentes enregistrées au conseil de Castille ou d'Aragon sur une terre , et dès là érection, ou sans terre sur le simple nom de celui que le roi veut favoriser d'un titre de marquis ou de comte , tellement que , quelque infimes qu'ils soient en grand nombre , tels que le marchand Robin, directeur de la conduite de Maulevrier, et le directeur de la vente du tabac à Madrid , tous deux faits comtes peu avant mon arrivée en Espagne , et comme quantité d'autres qui ne valent pas mieux , ces gens-là sont véritablement marquis et comtes , et quels qu'ils soient d'eux-mêmes, ils y sont fondés en titre qui ne peut leur être disputé , au lieu qu'en France , qui veut se faire annoncer marquis ou comte , le devient aussitôt pour tout le monde qui en rit, mais qu'il y appelle, sans autre droit ni titre que l'impudence de se l'être donné à soi-même. Ainsi en Espagne comme en France , tout est plein de marquis et de comtes les uns de qualité , grande ou moindre , les autres , canailles ou peu s'en faut , pour la plupart , ceux-ci , de pure usurpation de titre , ceux d'Espagne, de concession de titre. Mais cette concession ne les mène pas loin. Ces titres ne donnent aucun rang , et depuis qu'il n'y a plus d'étiquette et de distinction de pièces chez le roi pour y attendre , ces titO" lados ne jouissent d'aucune distinction. Les marquis et les comtes sont honorés et considérés de tout le monde, selon leur naissance, leur âge, leur mérite , leurs emplois , comme le sont aussi les gens de qualité qui n'ont point ces titres, et qu'on appelle don Diègue un tel, etc. , et ces autres marquis et comtes en détrempe sont méprisés et plus que s'ils ne l'étoient pas, et en cela, ils font mieux que nous ne faisons en France.

Il faut pourtant dire que ces tttoZado^ peuvent avoir un dais chez eux, mais toujours avec un grand portrait du roi d'Espagne dessous , qui est la différence du dais des grands d'Espagne, qui n'ont jamais de portrait du roi dessous y mais des ornements de broderie ou leurs armes , ou

SdS L'EXCÉtiLiïYeE.

rien du totit dans la qneué, et tonte iinie comiile il leur plaît. Ges dais aVec le portrait du roi descendent, s'il se peut, encore davantage. Byghens en aroit un ainsi cotnme premier médecin , que j'y ai tu plu^ sieurs fois, et J'y appris qu'il étoit commun à d'autres fort petites charges. Mais toutefois n'a pas un dais avec le portrait du roi, sans titre et droit de l'avoir; mais lé portrait du roi qui veut^ chez soi, et comme il veut, sans dais.

Cette matièt'é mé conduit à belle dé YExeeUence. On ne se licencie plus dé la refuser sous aucun prétexté , comme dn faisoit autrefois sous prétexte de familiarité et de liberté, par dés gens fâchés de lie l'avoir pas ëux-thèmes. Je hé sais comment cet abus s'est enfin aboli ; mais entre jfp*ands ou autres qui ont l'Excellence^ il arrive quelquefois qu'ils se tutoient et s'appellent par leurs seuls noms de baptême, par familiarité, éi non pour éviter ce qu'ils se doivent réciproquement: L'Excellence, autrefois réservée aux grands et aux ambassadeurs étrangers , s'est peu à peu infiniment étendue. Les fils aînés des grands , les successeurs immédiats à une grandessè^ les vice-rois et lëS gouverneurs de provinces, iéS capitaines générant et les conseillers d'Etat, les chevaliers de là toisôti d'or , beux que lé roi nommé à une ambassade , même le cas arrivant qu'ils n'y aillent pas (et le marquis de Yillagarcias dont j'ai parlé Naguère Tàvoit acquise de cette sorte) , à plus forte raison ceux qui ont été ambassadeurs, enfin lé gouverneur du conseil de GastiUej tous cétix-là , et ieiti*s femmes , ont rËxbèllence , tellement qii'il importe fort dé savoir à qui on (jarle pour ne pas oflenser Ceux qui l'ont à qui on né là donneroit pas , et peut-être davantage ceux ft qui on la donnéroit et i qui on he la devroit pas.

C'est là îhéprièe qui m'arriva , dbnt je f\is fâché après , mais qui mTJsiX pu être pitis désagréable. Ce fut à Lertha , au sortir de la cérémonie du-mariàgedu pritice et de là princesse désAsturies, ft la fin de laquelle je venois d'être déclaré grand d'Espaghé de là première claâsé, conjointement avec mon sebdnd fils , et l'aîné déclaré chevalier de la Toison d'or. Je veî nois d'être accablé deS cothpliménts dé toute la cour. Ma journée , qui àvoit cotiimencé dé bon matin, étoit loiii d'être finie j. et moi sortant de maladie , fort fatigué. Je profitai donc d'un tabouret qui se renbontra dans une dés préhiièrés salles, ayant autour de moi ce que j'avois mené dé plus cohsidérable. Je me reposois de la sorte , lorsqu'un jeune [hbinme] bien fait, lin peûiioir, s'en vint me faire des compliments empressés et fort polis , aVec un air dé respect et de déférence. Je crus' le réconhoîtfe parfaitéttiént ; je me levai, iiii répondis sur le même ton, je multipliai ines remercîménts et je l'accablai à'Bxtellèneè. Il eut beau me témoigner sa hbnté de ine voi^ debout poUr lui , je pris cela pour un raffinement de politesse, je U'avOis garde de me rasseoir, n'ayant pas d'autre siège & lui préséntél* , enfin il s'en alla pour [me] laisser rasseoir. Dès qu'il fut retiré , l'abbé de Saint-Simon me demanda quel plaisir je prenois à confondre Ce paUvre garçon qui tne venoit marquer son respect et sa joie , et à l'accabler d'Excellence et de moqueries. Surpris à mon tour , je lui demandai Si je pouvois en user autrement avec le mar* <tuis dé GogoUudo, fils atné du due de lledinà-GC3ii. -« Le marquis dé

t'ÈlCELLËKCË. 203

âb^oliâ(i(>t reprit Tàbbé; ihais tous n'y songez pas, c'est le ills dé limé ae ^léneiit, dont l'einbarraâ nous a fait pitié. » En effet, c*étoit lui-même, ta Faré Tavoit amené avec lui, comme je partois de Madrid f>bur Lërina. ié ii'ayois fait qu'entrevoir ce jeune homme lorsqu'il ibe lé présenta, et je iié i*àvois ni vii ni rencontré depuis, séparé juscju'à là veille de çé jbuf-là pat la petite vérole. lis se inirent tolis à rire et à se moquer de liàoi ; filais ils bonvinrent tous qu'il rëssembloit beaucoup atl marquis de CogôUlido. De lui faire des excuses de l^avoir trop bien iiràité, il n'y avoii pas moyen ; dé lui laisser penser que je m'étois moqué de lui, étdit encore pis : l'expédient fut d'en faire le conté à La Fare. Venons maintenant & la maison de la reine d'Espàgnë.

IfÀISÔN DE LA REINE.

MajordotM'Wajor'.

Le marquis ds Sa&tB*Gruz^

Je ne parler*! point des trois majordotnes de semaine, dont Magn/ en étoit un.

Premier médecin.

H; Servi, j'ai parlé de lui il n'y a pas longtonps.

Camarera-mayor.

lA comtesse Snairière d'àltamire^ Angela Foîeh, de Gardonne et

Aragon» ^

1/ames dU palais,

La princesse de Robecque. lia princesse de PettoranO.

La duchesse de Saint-Pierre. La comtesse de Taboada;

Senoràs àè Hànor,

Mmes Rodrigo. limes Albiville

Garillo. Monteher.

^iev^s, Q'Calogan.

Del Surco. Gucurani.

Riscaldalègre.

Àssafeta*

Bena Laura Piscttori^ nourrioé de la reine.

Confesseur.

Ddii bomingô Gùërr&.

^ànd écùyér.

Le due de Giovenazzo , c'est-à-dire notre prince de Gellamare.

pHmîeir écuyef.

le marquis de ëaint- Jean , et son fils en survivance.

La coihiésâe d^Altàifaire étbit fille du sixième duc dé Ségorbeètdé éàrdonné. Son inari niotirut en 1698 , étant ambassadeur d'Êspagnè 1 Rome. Elle étoit mère du comte d'Altamire et du duc deNàjarâ, et

204 COMTESSE D^ALTAMIRE.

belle-mère du comte San-Estevan de Gormaz. On a vu ailleurs dans quelle union elle , le marquis de Yillena et le marquis de Bedmar et leurs enfants vivoient ensemble, ce qui redoubloit leur considération. Cette comtesse d'Altamire étoit une des plus grandes dames d'Espagne, en tout genre, d'une j^^rande vertu et de beaucoup de piété. Avec un esprit qui n'étoit pas supérieur, elle avoit toujours su se faire respecter par sa conduite et son maintien, et personne n'étoit plus compté qu'elle par la cour, par les ministres successifs, par le roi et la reine mêmes. Elle fut d'abord camarera-mayor , après l'expulsion de la princesse des Ursins , et toujours également bien avec la reine , et sur un grand pied de considération. Elle faisoit fort assidûment sa charge et fort absolument , toutefois poliment avec les dames , mais dont pas une n'eût osé lui manquer , ni branler seulement devant elle. Elle étoit petite , laide , malfaite , avoit environ soixante ans et en paroissoit bien soixante et quinze. Avec cela, un air de grandeur et une gravité qui imposoit. J'ailois quelquefois la voir. Elle étoit toujours sur un carreau, au fond de sa chambre ; des dames sur des carreaux ou des sièges , comme elles vouloient; on me donnoit un fauteuil vis-à-vis d'elle. Je la trouvai une fois seule , elle ne savoit pas un mot de françois ni moi d'espagnol , de manière que nous nous parlâmes toujours sans nous entendre que par les gestes ; elle en sourioit parfois et moi aussi. J'abrégeai fort cette visite^

J'ai parlé ailleurs de la princesse de Robecque, d^a duchesse de Saint- Pierre, et de la princesse de Pettorano. La comtesse de Taboada n'étoit point laide , et ne manquoit pas d'esprit ni de vivacité ; j'ai parlé de son mari et de son beau-père le comte de Maceda , grand d'Espagne.

Parmi les senoras de honor , il y en avoit plusieurs qui avoient de l'esprit et du mérite. La femme de Sartine, qui avoit été camériste et bien avec la reine, la devint à la fin. Mme de Nièves, très-bien avec la reine, étoit gouvernante de l'infante, et vint et demeura à Paris avec elle, et s'en retourna aussi avec elle. On lui trouva en ce pays de l'esprit , du sens et de la raison ; je ne sais si cela fut réciproque. Mme de Riscaldalègre étoit une femme bien faite, qui avoit beaucoup démérite, qui étoit considérée , et qui auroit été fort propre à bien élever une princesse. Mme d'Albiville étoit une Irlandoise âgée, qui méritoit aussi sa considération. Le mérite de Mme de Gucurani étoit d'être fille de l'assafeta , qui étoit Parmesane , nourrice de la reine , et qui toute grossière paysanne qu'elle étoit née et qu'elle étoit encore, conservoit un grand ascendant sur la reine, étoit la seule qui, par l'économie des journées, pouvoit chaque jour lui dire quelque mot tôtô à tête, et qui avoit assez d'esprit pour avoir des vues, et les savoir conduire. Enfin ce fut. elle qui fit chasser le cardinal Albéroni, dont on ne seroit jamais venu à bout sans elle. Comme elle étoit extraordinairement intéressée, il y avoit des moyens sûrs de s'en servir. D'ailleurs elle n'étoit point méchante. Pour son mari , ce n'étoit qu'un paysan enrichi , dont on ne pouvoit rien faire, et qui n'étoit souff'ert que par l'appui de sa femme. Mais celle-ci étoit redoutée et ménagée par les ministres et par toute la cour.

COMTESSE D'ALTAMIRE. 205

Don Domingo Guerra, confesseur de la reine, n'étoit rien ni de rien, lorsque j'étois en Ëspagn^e. Il étoit frère de don Michel Guerra , de qui je parlerai bientôt, et n'en tenoit pas la moindre chose. Le plus plat habitué de paroisse auruit paru un aigle en comparaison de ce confesseur. Il n'est pas de mon sujet de parler d'un peu de crédit qu'il eut assez longtemps, depuis mon retour, qui n'en fit qifun abbé commandataire de Saint-Ildephonse et un évéque in partibus , quoiqu'il l'eût enflé jusqu'à penser au cardinalat , et à se croire un personnage , mais avec qui personne n^eut à compter.

Les deux Saint* Jean , père et fils , étoient d'espèce à donner de la surprise de les voir premiers écuyers de la reine. Je n'ai point su par elle où elle les prit en si grande amitié, qui, du temps que j'étois en Espagne, étoit déjà fort marquée. C'étoient des gens cachés, mesurés, respectueux avec tout le monde, qui se produisoient peu, qui ne faisoient nulle montre de leur faveur , qui ne vouloient être mal avec personne, ni liés avec aucun. Sages dans leur conduite, ils ne donnoient aucune prise. Comme ils ne vouloient faire que pour eux et rien pour personne, pour mieux ménager leur crédit pour eux, éviter l'envie et cacher leurs vues, ils s'enveloppoient de modestie et d'impuissance, et ne servoient et ne desservoient personne. Le père avoit bien commencé; le fils ^ qui avoit plus d'esprit et de montant, et longtemps depuis mon retour, on fut subitement épouvanté de le voir tout d'un coup grand écuyer de la reine et grand d'Espagne.

J'ai expliqué avec assez de détails les fonctions de toutes ces charges pour que je n'aie rien à y ajouter , sinon que les trois capitaines des gardes du corps et les colonels des deux régiments des gardes prêtent serment entre les mains du roi. Ce sont les seuls dont le roi même le reçoit, et ces charges et ces grades sont aussi d'établissement nouveau.

On a vu plus haut de quelles personnes furent formées les maisons du prince et de la princesse des Asturies, lorsque j'ai parlé de cet établissement. Je n'ai donc rien à y ajouter , sinon que leurs fonctions chez le prince et la princesse sont pareilles à celles que les mêmes, charges ont chez le roi et chez la reine. L'âge alors si tendre des infants n^e dispensera de parler des personnes employées auprès d'eux. Del Surco et Salazar, major des gardes du corps . lieutenant général et homme d'esprit et de qualité , furent dans la suite gouverneurs chacun d'un. Je le dis pour la singularité de cette fortune pour un homme tel que le Surco , et pour celle du soupçon peut-être mal fondé , mais reçu comme certain par tout le monde , que le Salazar avoit empoisonné sa femme , comme le duc de Popoli avoit fait la sienne , ce qui fit dire à la cour qu'avoir empoisonné sa femme étoit une condition nécessaire pour arriver à l'honneur et à la confiance d'être gouverneur des infants.

La médiannate que paye au roi d'Espagne un grand d'Espagne pour la première fois monte à huit mille ducats. Ses descendants en payent quatre mille à chaque mutation. Les frais pour la première fois vont bien à la moitié. Les lamas que paye tous les ans un grand d'Espagne se montent à soixante pistoles , quand sa grandesse est placée sur un titre de Gastille.

i%é MHiAVAt,

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