C'est-à-dire à l'ordre religieux de Malte
aS8 CARACTÈiUi D9 lU^LBVRIER.
f ne de lliunMvr» d« U grossièreté et des eottûies» ?i p# ««i» «^ l^bli^ Pubois avoit pris un aoimsl si mal peigné.
Il l'avoit fait accompagner par un marcbi^nd, de?enu petit Qnaneier, qui s*appeIoit Robin , et qui en portoit tout ^ fait la mine. C'éioit pour le diriger dans les affaires du commerce , mais il se trouva qu'il le dirigeoit dans toutes, et que sans Hobin aucune n'eût marché. Aussi Robin, qui ayoit de l'esprit et du sens , ayant envie d'être dépêché au roi pour lui porter son contrat de mariage, je n'osai priver Maulevrier de son mentor, quoiqu'ils m'en priassent tous deux. Je me contentai de mander le refus au cardinal Dubois sans m'expliquer de la raison. Le cardinal ne fut pas si réservé dans sa réponse à cet article. U me remercia de l'avoir refusé, et ajouta plaisamment que Robin étoit l'Apollon sans lequel ' Maulevrier ne pouvoit faire des vers. Peu de jours après mon arrivée, je l'allai voir en cérémonie. Je ne sais si ce fut ignorance ou panneau > il voulut donner la main à mes enfants. Je m'en aperçus assçz tôt poo^r l'empêcher.
Sa balise l'avoit mis à merveille aveo Grimaldo, paroe que sans autre façon , il lui montroit toutes les dépêches <|u'il reoevoit de la cour. Rien n'étoit plus commode' au ministre d'Espagne. J'en avertis le cardinal Dubois ^ mais sans aucun commentaire , qui me manda qu'il n'étoit paa à le savoir , et que tout le remède qu'il y avoit trouvé , c'étoit d'être fort attentif à ne rien écrire à Maulevrier que Grimaldo né pût voir.
J'ai expliqué ailleurs la conduite qu'il eut avec moi à la signature du contrat de mariage. Si je m'âmusois à marquer toutes ses sottises , je serois bien long et bien ennuyeux. Malgré tout cela , je lui montrai toujours le même visage ^ et à son caractère les mêmes égards. Il venoit presque tous les jours chez moi le plus librement du monde et très- • souvent diner , fort souvent aussi au palais ensemble. Le monde qui avoit ou vu ou su ce qui s'étoit passé à la signature du contrat de mariage, et qui le halssoit et le méprisoit , admiroit ou mon tranquille mépris oU ma patience. Gomme j'avois résolu de ne me point f&cher , et surtout de ne point divertir le monde à nos dépens , je tournois toujours oe qu'on me disoit de lui en plaisanterie , et disois qu'il étoit lô meilleur homme du monde.
Sa grossièreté , son humeur et sa bêtise lui àvoiént acquis une haine peu commune et générale. U ne voyoit personne, et disoit franchement au palais, à tous ces seigneurs, qu'il. ai inoit mieux être tout seul que voir des Espagnols. Cette brutalité qu'ils m'ont to'us rapportée , qu'il leur répétoit souvent, est inconcevable. U blfttnoit devant eux leurs mœurs , leurs coutumes , leurs manières , leur disoit qu'elles étoient ri«> dicules , n'en approuvoit aucune, et lûême ce qu'il y avoit dô plus beau, édifices, fêtes, etc., il le trouvoit vilaiil, et se plaisôit à le leur dire, jusque-lÀ qu'il n'avoit pas honte de leur témoigner nettement et soutent qu'il ne pouvoit souffrir l'Espagne ni les Espagnols. La plupart des seigneurs lui tournoient le dos au. palais : je l'y trouvois isolé ^ seul au milieu de la cour.
Quoique ces brutalités me revinssent de toutes parts, je les aurois crues exagérées, sans une des plus fortes dont je fus témoia «t bien
CARAOTAIIB HM HàUblTRIER. MB
ëAnteuii C'étbil à Lttsia^ lH ifeiUa du mariage^ af la pnMPûirç |l»ii que ja fis la HiéHnw au roi at àla rdnQ après ma petite vérplf . J^attendoiii pour avoir ôèt honoeur, daDs une petite pièce dev4nt leur appartement Intérieur avBÈ MaUleyrier et cinq ou 9\t grands d'Sspagne» avec lesquela je oàueois. Un bâmma étoit dunsla même pièeei au haut d'une fort lon-^ gue éehelië) qui rattacboit une tapisserie. Tout d'un ooup vpilà Maulevrier qui ac met à dire en faisant la grimaoâ : « Voyez-vous cet animal là^hautf combien il est maladroit; aussi est-ce un Espagnol. » Et tout de suite à dire des injures. Moi, bien étonné^ à romprd les chiens, et ces seigneurs à me regarder. Pour tout oela, Maulevrier ne démordit
point. < B dEspBgnol, dit^il» je voudrois te voir tomber de là-baut
pour ta peine, et ta rompre le cou; tu le mériterojs bien , j'en donnerois deux pistoles. » Véritablement je fus si eâaroucbé « que je n'eus pas la mot à dire poUr détourner ces beaux propos t « Eh le sot b i d'Espagnol ! Eh le sot ! eh le maladroit 1 mais voyez donc comme il est gauche. » J'écoutai tout comme ne sachant plus ce que j'entendois ni où j'étois. Ces seigneurs, à force d'excès. S'en mirent à rire et à me dire : M. le marquis de Maulevrier nous loue toujours^ y> J'eusse voulu être en moA village. Ce mot n'arrêta point Maulevrier; il soutint son dire. Enfin je fus appelé pour entrer où étoientle roi et la reinei Je pense qu'après les avoir quittés ) ces seigneurs ne tinrent pas longue compagnie à cet ambassadeur si bien appris; outre qu'avec la haine, cette rusticité lui concilia le mépris , et sa vie mesquine en table nulle» et en équipages pauvres et courts, l'acheva. 11 me donna pourtant una fois elmêmedeua un assez grand et bon repas.
Il s'en falloit bien que je me crusse à portée da lui parler d'adoucir et de modérer ses manières. Quelque peu d'intérêt que ja prisse en lui » ja ne pouvois me détacher de celui de la nation et de ce déshonneur du choix d'un pareil ministre. Je n'en parlai point non plus à son conducteur Robin, que je jugeai bien qui sentoit les mêmes choses, et qu'il ne pouvoit retenir cette étrange humeur. J'ignore quel mérite il avoit à la gUérre, ni comment il ensorcela M. U prince de Gohti de se piqUer d'honneur d'arraèher pour lui un bâton de tiiaréchal de Frâh&e. Ce t^ue je sais , ë^est que ce fui à l'étonhement général^ pour n'en pas dire davantage.
Le duc d'Ormond étoit à Madrid sur un gt-and pied de considération de tout )e monde et des ministres. Il en étoit fort yisité et tenoit une iable abondante et délicate » où il y avoit toujours quelques seigneurs et beaucoup d'officiers. Il tiroit gros du roi d'Espagne. Il alloit presque tous les jours au palais où il étoit fort accueilli, et je ne l'ai point vU à |)ortée du )*oi et de la reine qu'ils ne lui parlassent, et quelquefois même en s'arrêtant à lui avec un air de considération et de bonté. 11 portoit publiquement la Jarretière et le nom de duc d'Ormond. 11 ne se trou-' Voit point où on se couVroit; fiiàlS d'ailletit-s ilélolt traité en tbut et partout conime les grands; il étoit petit, gros, engoncé, et toutefois d6 la grâce k tout, et lair d'un fort grand seigneur, avec beaucoup dé i)0iitesse et de noblesse. Il étoit fort attaché à la religion anglicane^ et irefusa constamment les établissements solides qui lui furent souyant eflterts en Espagne pour la quitter.
224 MARQUIS DE BIVAS.
UbOla, ou le mar<iai8 de Rhras, secrétaire de la dépèche unÎTersella tous Charles II, qui eut tant de part à son testament qu'il écrivit sous ce prince, avoit eu le sort commun à tous ceux à qui Philippe Y avoit obligation de sa couronne, que la princesse des Ursins fît chasser. Il languissoit depuis obscurément et avec peu de bien, dans le conseil de Gastille, où on lui avoit donné une place, comme dans un vieux sérail; et, avec les années et l'infortune, il vivoit fort seul, fort abandonné, se présentant rarement, toujours très-inutilement, au palais où il étoit fort peu accueilli. Louville m'avoit conseillé à Paris de rendre une visite à cet illustre malheureux , comme chose fort ^onyenable au service qu'il avoit rendu à la France. Je m'en souvins au retour de Lerma, et, quoique je n'eusse pas ouï parler de lui, je l'allai voir avec plus de suite que je n'avois coutume de mener dans mes visites. Jamais homme si surpris ni si aise, et je le fus beaucoup de lui avoir fait tant de plaisir. G'étoitun petit Ikomme mince, et sur l'âge, dont la minen'imposoit pas , mais plein d'esprit , de sens et de mémoire , et avec qui je me serois extrêmement plu et instruit, s'il avoit parlé moins difficilement françois. Il se montra avec moi fort mesuré sur sa disgrâce, à laquelle pourtant on sentoit qu'il n'étoit pas accoutumé. Ce n'étoit pas comme nos ministres renvoyés, dont les restes enricbiroient plusieurs seigneurs et les logeroient magnifiquement à la ville et à la campagne. Celui-ci, qui avoit exercé plusieurs années une charge qui comprend les quatre charges de nos secrétaires d'État', étoit logé plus que médiocrement, presque sans meubles, et les plus simples, avec fort peu de valets. Il revint me voir et me fit présent d'un beau livre espagnol qu'il avoit composé des voyages et des campagnes de Philippe V. Cette visite me fit honneur à Madrid , et ne déplut pas aux ministres.