BRA6ADIN
de s'introduire chez moi^ mais inutilement, sans toutefois rien qui pût être trouvé mauvais par Stanhope. Cet ambassadeur demeura encore longtemps en Espagne , figura depuis dans les charges et le ministère d'Angleterre, et finit par la yice-royauté d'Irlande.
Bragadino, d'une des premières malsons de Venise, et ce n'est pas peu dire, étoit ambassadeur de cette république. Lui et sa femme étoient. de fort aimables gens et d'un fort bon commerce.
L'ambassadeur de Hollande mangeoit son pain et son fromage dans sa poche. C'étoit un homme qu'on ne Toyoit et qu'on ne rencontrait jamais.
L'ambassadeur de Malte étoit un chevalier espagnol, qui, avec le caractère et les immunités d'ambassadeur , ne jouissoit d'aucun des honneurs de la cour qui y sont attachés , parce que Malte a été donnée à la Keligion' comme un fief de Sicile dont les rois d'Espagne avaient toujours été en possession , quoique alors Philippe Y n'y fût plus. J'ai vu cet ambassadeur avoir une audience en cérémonie , en présence de tous les grands avertis , et moi comme les autres , car les ambassadeurs ne se trouvent point à ces fonctions, le roi debout, sous son dais, couvert, les grands couverts, appuyés à la muraille, les gens de qualité vis-à-vis, découverts. L'ambassadeur de Malte ne se couvrit point, complimenta le roi d'Espagne, et lui présenta de fort beaux faucons de la part du grand maître et de la Religion. Comme c'étoit une espèce d'hommage, je m'informai si cet embassadeur ne se couvroit point en arrivant en sa première audience de cérémonie. Il me fut répondu que non , et qu'elles se passoient toutes comme celle que je voyois, excepté les faucons. Ce qui me surprit le plus, c'est que les grands ne se découvrirent pas un seul moment, et il se retira comme il était entré, le roi et tous les grands présents et couverts.
Un Guzman étoit envoyé de Portugal qui voyoit fort le monde, vivoit fort noblement et se faisoit aimer et estimer. Il me donna un grand, magnifique et excellent repas la veille de mon départ , avec toute sorte d'aisance et de politesse.
Après avoir différé , et parlé de tous les ministres étrangers , il faut enfin venir à M. de Maulevrier. De ma vie je ne l'avois vu qu'à Madrid , ni n'avois eu occasion de rien direct ni indirect à son égard , ni avec personne qui lui touchât en rien. Le seul des siens que j'avois vu et connu étoit l'abbé de Maulevrier , son oncle , aumônier du feu roi , dont il a été parlé ici quelquefois, et avec lequel j'avois toujours été fort bien. J'ignore donc en quoi je pus déplaire à un homme entièrement inconnu, et qui sans mon consentement n'auroit pas eu l'honneur dé recevoir le earactère d'ambassadeur du roi. Dès Paris, je savois qu'il avoit trouvé fort mauvais que je vinsse en Espagne , et comme je l'ai déjà dit , qu'on n'eût pas choisi le duc de Yilleroy ou La Feuillade. Je résolus d'ignorer cette impertinence, et de vivre avec lui comme si j'eusse été content de lui. Je trouvai un homme fort respectueux, fort silencieux, fort réservé, et je m'aperçus bientôt qu'il n'y avoit rien dans cette épaisse bouteille