CHAPITRE PREMIER
Constitution Unigenifus fabriquée et eabitement publiée A Rome. -«• Sonlère» ment général difficilement arrêté. — Soalèyeraent général contre la coasti* tation A son arrivée en France. -— Singulièrea conversations entre le P. TelUer et moi sur la forme de faire recevoir la constitution, et sur ellemême. — Retour par Petit-Bourg de Fontainebleau A Versailles. — Étrange tète-A-tète sur la constitution entre le P. tellier et moi, qui me Jette en ua sproposito énorme.
Aubenton et Fabroni étoient cependant yenus à bout de leur ténébreux ouvrage, sans qu'aucun tiers eût su ce qui se faisoit par eux, sinon en gros qu'on travailloit à une constitution pour l'aflaire de France. La pièce fut mise avec le même secret dans Vétat de perfection que le P. Tellier l'avoit commandée. Tout y brilloit , excepté la vérité. L'art et
s. Taudace y étoient sur le trône , et toutes les vues qu'on s'y étoit proposées s'y trouvèrent plus que parfaitement remplies. L'art s'y étoit épuisé, l'audace y surpassoit celle de tous les siècles, puisqu'elle alla jusqu'à condamner en propres termes des textes exprès de saint Paul , que tous
^ les siècles depuis Jésus-Christ avoient respectés comme les oracles du
}Sv Saint-Esprit même , sans en excepter aucun hérétique , qui se sont au I moins contentés de détourner les passages de l'Ecriture à des sens étran-
^ gers et forcés , mais qui n'ont jamais osé aller jusqu'à les rejeter ni à les condamner. C'est ce que cette constitution eut au-dessus d'eux; et ce qu'elle y eut de commun fut le mépris et la condamnation expresse de saint Augustin et des autres Pères , dont la doctrine a toujours été adoptée par les papes , par les conciles généraux , par toute l'Eglise comme la sienne propre.
L'inconvénient étoit un peu fort, mais tout à fait indispensable pour le but auquel on tendoit. Les deux auteurs dé la pièce le sentirent. Ils n'espérèrent pas de la faire passer aux cardinaux , qu'une nouveauté si étonnante révolleroit , ni en particulier au cardinal de La Trémoille sur les maximes iiltramontaines absolument nécessaires pour gagner Rome par un intérêt si cher. Aubehlon avoit fourni l'adressé ; ce fut à Fabroni à se charger de Timpudénce. Ils enfermèrent des imprimeurs , tirèrent ce qu'ils voulurent d'exemplaires , gardèrent lés planches et les împri-
l meurs tant que le secret leur fut important , puis ils allèrent trouver le
I pape , auquel ils en firent une rapide lecture.
1 Elle ne put l'être assè:z pôûr que Clément ne fût pas ffappé de la condamnation des textes formels de saint Paul , de saint Augustin , des autres SAïîrr^SttK)*' vit - ^' '■ ■■' ' ^ I "H
à CONSTITUTION UNIGENITÙS [1713]
Pères. Il se récria. Fabroni insista pour aeheyer la lecture qu'Aubenton en faisoit modestement. L« papfa vbttiui gâ^4£^ la pièce pour la relire à son aise , et y faire ses corrections. Fabroni le traita comme autrefois , il étourdit le pape et le malmena. Clément crut au moins s'en tirer de biais, en représêirtaiit à f atrôtiilé danget d'exjitjser i l'eiamen des cardinaux une censure expr-essè dfes tériiés forniell de saiiit Paul , dont il n'j ayoit point d'exemple dans TËglise, et même de saint Augustin , dans une ihaiièrè oii elle àvbît âdôpié sa doctrine pour sienne. Mais cela
n'arrêta point Fabroni , qui lui répondit qu'il seroit plaisant de donner ,
«ngagé de parole , au cardinal de La Trômoille en particulier t de m rien donnelf là-dessus que de conoert arec lui; et qu'il ayoit solennellemiint l^romii» an sacré (Collège qud la pièce ne ^eri-oitpas l€ Jour qu'ils ne Pëiiisseiit examinée |^ar t)êtltes congrégations les iltis avec les àdtnis , et que conformément à l'avis du plus grand nombre d*eiltrë eiii. Fabfmii s'emporta de colère , . traita le pape de foible et qui se rendoit un petit garçon ; lui soutint la constitution belle et bonne , tonte telle qu'il la ftiiiôit, et que , S'il aVolt fiait la sottise de donner cette parole , 11 ne falroit pas la combler en h tenant,, laisse le pape éperdu, sôrij et de c^ ps renvoie affichet' par tdu$ lés lieux publics où on a coutume d'afficher et de publier les balles ei lës constitutions nouvellement faites à Rome.
te boup fit Un grand bruit parmi les cardinaux, qui se virent joués 6t hioqtiés par uil manquement de parole si complet et àî peu attendu; lis s'assemt)lèrent par troupes les unâ chez les autres , et leurs plai0tes Ie$ plus fortes y fUrent promptement résolues. Les chef^ d'Ordre , et les plus considérables d'entre les autres, allèrent par huit, par dix, par Ait , ttouver le pape , â qui ils témoignèrent l'étbnnement d'un manquement de parole aussi éclatant^ et d'une parole si solennellement sortie de âa bouche *, et leur scandale de toir émaner une constitution doctrinale et de jugement en première instance dans Koihe, sans avoir été consultés comme l'exigent leur droit , leur pourpre , leur qualité d'assesseurs et de conseillers nécessaires , sur des matières de cette importance et dé eistte qualité. Le pape confus ne sut que leur répondre. Il protesta que la publication s'étoit faite à son insu ; et les paya de compliments , d'^x^ cu^ës et de larmes qu'il avoit fort â commandement.'
Gela n'apaisa point le bruit. Les cardinaux prétendirent revenir & l'examen, et à soutenir leur dig:nité violée. Casohi , Davia , quelques autres de la première considération pouf leur savoir ou pour les anaires qu'ils atoient maniées . trouvèrent la substance de la chose plus intolérable éhcore que le procédé. Ils allèrent représenter au pape que sa constitution renversoit la doctriiie de l'Église reçue de tous les siècled , celle dé s4int Augustin et d'autreâ Pères adoptée pour telle par les conciles généraux et par tous ies papes jusqu'à lui ; que jamais les hérétiques mêmes n'avoient osé attenter à condamner expressément des textes formels de l'Ëcriture ; et qu'il étoit le premier qui depuis Jésus-Christ eût ébraiilé lies fondements les plus ihcbiitestables de la religioà , en con-