FABRIQUÉE ET OUBLIÉE A ROME
dàmnàhi dés pfÔ|)ositi6hs mot pDUf tnbt de ^iiii Paul. QUe ftlt devenue la constitution en ï'rancè , et les projets hl àVàncés du P. Tellîer , si elle eût avorté dans Rome presque avant que dé nattre? Aussi fût-ce lé chéf-d'œuVré de Tart/ da l'argent, des souplesses dès jésuites et des leurs , de parer un coup si funeste. Le cardinal Albani et les créatures du pape Jies plus attachées à lui s'employèrent par degrés pour des tem*pèraments qu^eà e^et ils iie voUloietii pas admettre , mais en leurrer pour émoussèr le premier feu ; et , pour ne nous pas trop arrêter à Rome , le grand intérêt des cardinaux de ne pas se désunir du pâpé , celui de son infiîllîbîUte qui rejalllft si utilement sur eux, eelui des niâximes ultramohtaiiiés les pliis fortes et les plus habilement ihsëf ées dans la constitution , apaisèrent enfin les ignorants et les politiques , qui éux-mêmeé devinrent lih frein à ceux qui dans le sacfê collège , dans la brélature et dans les emplois réguliers*, saisis par leùi's lumières et guidés par leur conscience, voulurent s'opposer à la constitution , ei demeurèrent enfin réduits à là détester presque eu sileiicé^
Le même jour qu'elle fut aiScliéé dans Éôme, elle (lit êiivoyée àU P, Tellier , par ijh courrier secret qui prévint de peti dé jours celui qui l'apporta au noiicé, qui là reçut i Fontainebleau i lé lUndi 2 octobre, et ta présenta au roi le lendemain matin dans son cabinet , en audience par^» ticulièrè- il fil aii roi un beau discours eh italien , auquel le roi , <iwi l*èntendoit,.et que le P: Tellier avoit eii le temps dé préparer, répondit enfrançôîs le plus favorablement du monde. On remarqua dU'iJ y avoit une grande promenade ordonnée aiitoùr du càhâl pour raçre§-dînée , et qùHl n'y eh éiit point , pai:ce que le foi travailla sur cette eiîaire , seul avec Ydysîn, jusqu'à six heures du spir. te P. tellier, pôûf sonder Un esprits, avoit lâché quelques exemplaires dé la constitution avant que le nonce la portât aii roi. Il dvoit mandé le premier président et le parquet^ qui, dés lé 1*^ octobre y alarmés des inaximes ultramontalnes dûntU constitution éioii remplie, vinrent présenter un mémoire au roi.
Elle eiii en f'rànce le 'même sort qu'elle avoit essuyé à ftome ; le cri fut universel. Le cardipal de Rohan déclara qu'elle ne pduvoit être reçue , et fei^sy niême prolesta contre elle ; les uns indignés de sa naissance des plus épaisses ténèbres , les autres dé la pi^oposition touchant l'excommunication qui rêndoit le pape maître obliquement de toutes les couronnes ; les uns choqués dé là condamnation de la doctrine et des passages de saiut Augustin et des 'autres Pères; tous effrayes de celle des paroles mêm^ de saint Paul. 11 nV eut pas deux avis dans les premiers huit jours. Le cardinal de ta Trémpille À qui le pape avoit en par* ticulier manqué de parole , comme il en avoit manqué i tout le sacré collège , et sur lequel ses plaintes ayoiént eu a;ussi peu d'effet , envoya un courrier exprès pour §e Justifier d'avoli* laissé publier une constitution si directement contraire aux maximes du royaume qu'elle attaquoit de jTront , et souleva tous les tninistres eicepté le duc de ^eauvilliers. ta cour , la Ville et lef provinces , i mesure qUe là cçnstitution y ^ut con-^ nue , se ppu levèrent égalemeut.
Le JP. tellier tint ferme, fronça le sôureil sur Bissy i comme »ur un homme dans sa dépendance , qui ne teiioit pas encore son chapeau , et à
4 SOULE VEBIENT GÉNÉRAL [1713]
qui en disant un mot, et ici et à Rome, il pouvoit le faire manquer; il parla ferme à Rohan, et lui fit entendre le pétil qu'il couroit à ne pas tenir les promes$es qui lui avoient valu la charge de grand aumônier; et il n'oublia rieil pour se rendre maître de tout ce qu'il put d'évéques , et pour intimider ceux qui étoient déjà siens , [de façon] qu'aucun ne lui put échapper.
Il falloit recevoir la constitution , et la manière de le faire étoit embarrassante par la contradiction qu'elle rencontroit dès son premier abord. Le Tellier , qui me cultivoit toujours , m'avoit parlé souvent de cette affaire avant et depuis qu'elle fut portée à Rome; et moi, qui évitois ces conversations , mais qui ne pouvois lui fermer ma porte , surtout à Fontaiuebleau où il étoit toujours à demeure , je lui répondois si franchement et si fort selon la vérité et ma pensée , que Mme de Saint- Simon m'en reprenoit souvent , et me disoit que je me ferois chasser et peut-être mettre à la Bastille.
La constitution venue , le P. Tellier mé demanda un rendez-vous pour raisonner avec moi. Je crus que c'étoit pour me la montrer, car presque personne encore ne l'avoit vue et le nonce ne l'avoit pas encore portée au roi. Quand nous fûmes tête à tête je lui demandai à la voir. Il me dit qu'il n'en avoit qu'un exemplaire sur lequel on travailloit , mais qu'il me la donneroit au premier jour, et qu'il pouvoit m'assurer qu'elle étoit bien et bonne, et telle que j'en serois content; que ce qui l'avoit engagé à me demander cette conversation , c'étoit pour me consulter sur la manière de la faire recevoir. Je me mis à rire de ce qu'il vouloit me demander ce qu'il savoit l)ien mieux que moi , et peut-être ce que déjà il avoit résolu. Il se répandit en discours , partie de compliments , partie de la difficulté de la chose ^ur un premier effarouchement qui cemmençoit à bourdonner. Il me pressa tellement que je lui dis qu'il me paroissoit qu'il avoit sa leçon toute tracée dans la manière dont le roi avoit fdt recevoir la condamnation de M. de Cambrai , qui étoit parfaitement juridique , sans embarras , et selon toutes les formes les plus ecclésiastiques.
Je n'eus pas l&ché la parole que d'un air de confiance et d'ingénuité, dont je ne reviens pas encore , Il me dit en propres termes qu'il ne se joueroit pas à cela , et qoe cette forme étoit trop dangereuse ; qu'il se garderoit bien de livrer la constitution aux assemblées provinciales de chaque métropolitain , au génie de chaque évèque du royaume , et à des gens qui ne seroient pas dans Paris, sous ses yeux. Je sentis incontinent la violence qu'il vouloit exercer qui nfanima à disputer contre, et à lui représenter Tirrégularité d'une Téceptton faite par des évêquey qui au hasard se trouveroient à Pans. « Au hasard t reprit le confesseur , je ne veux point me fier au hasard; je prétends mander des provinces les évêques qui me conTiendront, empêcher de venir ceux que je croirai difficiles à conduire ; et comme je ne puis pas empêcher ceux qui sout à Paris d'être de l'assemblée iju'il y faut faire pour recevoir, et qu'il peut y en avoir -de dyscoles , fy-fourreraiies évèques mparribu^, etceux même^qui sont nommés et qui n'ont pas encore leurs- bulles, pour être par eux plus fort en voix , et les opposer à quiconque voudra Taisonner. »