‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 111 sur 232 · LÉGISTES DEVENUS MAGISTRATS · texte numérisé non relu

LÉGISTES DEVENUS MAGISTRATS

Bientôt après , ce peu d'ecclésiastiques et de nobles d'entre les mandés pour composer ces parlements achevèrent de s'en dégoûter. Alors les légistes, devenus d'abord juges avec eux, le demeurèrent sans eux par la même nécessité de vider les causes. C'est le quatrième état des légistes ; mais toujours sur le marchepied, parce qu'il pouvoit venir de ces nobles et de ces ecclésiastiques mandés , dont souvent il s'en trouvoit à quelques séances.

La maladie de Charles YI et le choc continuel des factions d'Orléans et de Bourgogne fît prendre le parti de ne changer plus les membres de ces parlements, qui demeurèrent à vie. Ce fut l'époque de la manumission des légistes. Les nobles et les ecclésiastiques choisis pour ces parlements, voyant qu'il falloit désormais assister à tous, ne purent s'y résoudre , trop occupés de leurs guerres , de leurs fonctions , de leurs affaires. Presque tous s'en retirèrent, de sorte que les légistes demeurèrent seuls membres des parlements et seuls juges des procès. C'est leur cinquième état , qui n^'a fait que croître depuis à pas de géant.

Le parlement 2 devenu fixe à Paris et sédentaire toute l'année par la multiplication sans nombre des procès , éleva de plus^n plus les légistes ; ce qui fut leur sixième état.

Les malheurs de l'Ëtat et la nécessité d'argent tourna en offices vénaux , puis héréditaires , leurs commissions devenues à vie , et forma le septième état des légistes , qui alors , juges à titre d'office vénal et héréditaire , devinrent magistrats , firent une compagnie réglée et permanente , tels qu'ils sont demeurés depuis. De là sortit la formation -successive des autres parlements du royaume et de tant d'autres sortes de tribunaux partout. C'est le septième état des légistes, qui. forme leur consistance jusqu'à aujourd'hui.

Ces gradations néanmoins ne changèrent pas la nature originelle et purement populaire des légistes devenus magistrats , comme on le démontrera bientôt , et ne l'a pas changée jusqu'à présent , quelques efforts que dans la suite ils aient pu faire pour sortir de cette essentielle bassesse , dont l'idée ne leur est venue que longtemps depuis.

Devenu cour de justice , pour juger les causes des particuliers , le parlement de Paris prit occasion de s'arroger le titre de cour des pairs, de ce qu'étant la plus ordinaire à la portée des rois et de leur accompagnement, les pairs y prenoient bien plus ordinairement séance, et que, pour les choses que les rois vouloient rendre notoires par quelque solennité publique , ils alloient avec les pairs les déclarer en parlement. Cette même raison de rendre notoire ce qui émanoit du roi , comme édits , ordonnances , déclarations, érections de pairies, lettres patentes, etc., les engagea de les envoyer registrer au parlement, ut nota fièrent, et afin que les tribunaux y conformassent leurs jugements. C'est ce qui fit envoyer les mêmes actes aux autres parlements^ et aux divers autres tribunaux qui pourroient avoir à rendre des jugements en con^ formité.

A quelque distance déjà prodigieuse que ces divers degrés aient porté les légistes de leur source et de leur état primitif, mais sans avoir lors , ni jamais depuis « pu changer leur nature originelle , qui d'eux-mêmes ,

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