INCROYABLES ABUS
dans l'élévation où on les voit ici , auroit ojsé imaginer det se p^ran^ner ' aux pairs, de précéder les pairs nés successibles de droit à la couronne, d'opiner devant une reine régente en lit de justice, malgré la différence immense du Heu et de la posture d'opiner , de parler aux pairs en public comme on ne parle même plus aux valets d'autrui , de n'oublier rîen pour les égaler en tout aux légistes et pour oser se former un trône, l'un fort élevé, l'autre sous une sorte de pavillon royal, et de là voir en places communes les pairs , les princes du sang et les ^Is de France, et que les entreprises se souffrent depuis tant d'années, et s'augmentent encore au gré de l'orgueil et de l'industrie? Enfin, qui de ces légistes si parvenus au point où on les voit arriver à celte cause, eût pu croi^-e qu'il fût tombé dans l'esprit de leurs successeurs de s'ériger en tuteurs des rois mineurs , en modérateurs des rois majeurs , dont l'autorité a besoin de la leur jusqu'à demeurer inutile et sans effet sans son concours , et prétendre faire d'une simple cour de justice le premier corps de l'État , ayant tout pouvoir par soi sur tous les grands actes concernant le royaume? On a déjà vu la plupart de ces usurpations pionstrueuses, dont on a tellement abrégé tout ce qui pouvoitTêtre sans e^ affoiblir la lumière que la récapitulation en seroit presque aussi longue que l'a été le récit, si on ne se contentoit de ce peu de lignes. Venons, çn attendant des détails qui seront fournis par la régence de M. le duc d'Orléans, à cette prétention si moderne d'être le premier corps de l%tat , et qui est telle qu'il n'est point de nom qu'on puisse lui donner.
Le nom dé parlement a été d'un grand usage pour éblouir. Les ignorants qui font plus que jamais Je très-grand nombre dans tous les États -, la magistrature et ses suppôts , qui composent un peuple entier , dont l'intérêt n'a cessé de donner cours aux idées les plus absurdes ; les gens foibles et bas qui ne veulent pas choquer des gens qui peuvent avoir leurs biens entre leurs mains, quelquefois même leur vie, et qui s'en servent avec la dernière hardiesse et liberté pour leurs vengeances; tout ce qu'il y a de gens de condition magistrale , ou qui en ont le but en sortant des bas emplois de finance et de plume qui maintenant inonde tous les parlements ; toute la bourgeoisie qui ne peut avoir que le même but pour leurs familles ; les marchands , ceux qui se sont enrichis dans les met tiers mécaniques pour relever leurs enfants; tout cela fait un groupç qui ne s'éloigne guère de l'universalité. Ajoutons à ce poids l'idée flatteuse qui en entraîne tant d'autres , que le parlement est le rempar^ contre les entreprises des ministres bursaux sur les biens des syjets, et il se trouvera que presque tout ce qui est en France applaudira à toute* les plus folles chimères de grandeur en faveur du parlement, par crainte , par besoin , par basse politique , par Intérêt ou par ignorance. Cette compagnie a bien connu de si favorables dispositions , et bien su s'en prévaloir ; son nom de parlement , le même pour le son que celui de ces anciens parlements de France où se faisoient les grandes sanctions de l'État , le même encore que celui des parlements d'Angleterre , leur 9^ été d'un lï^erveillçux usage pour sp mettre dan» Vidée publique à J'unis-